‹ Physiologie de l'homme (volume 4)Chapitre 8 sur 35 · CHAPITRE IL · texte numérisé non relu

CHAPITRE IL

Examen comparatif. des Feégétaux et des ATUMAUX.

Jadis: les végétaux et les animaux étaient séparés en deux grands règnes; mais les grands traits généraux que nous venons de dire appartenir aux corps organisés , Sont communs aux uns et aux autres, En effet, d’un côté, les végétaux ont, aussi bien que les animaux, pour mode de structure, une organisation ; c'est-à-dire qu'ils offrent toujours une composition chimique opposée aux affinités chimiques ordinaires , une réunion de parties solides et de parties fluides , un assemblage d’or games, et ont une forme et un volume constans et déterminés. D'un autre côté ; ces végétaux ont, aussi bien que les animaux, pour modé d’activité, une wie, c’est-

à-dire qu’ils ont pour origine une génération, croissent par intus-susception , finissent par une mort, se conservent éommé individu par une nutrition ; et comme espèce par une reproduction , et pendant la durée de leur existence, qui est déterminée, sont susceptibles d’éprouvér les mutations des âges, et celles de la santé et de la maladie.

Ainsi se trouve justifié le rapprochement que les M odernes ontfait dés végétaux et des animaux dans une même classe de corps. Ge rapprochement est si judiciéux, que, dans le parallèle que nous allons faire de ces êtres, nous ne pourrons trouver aucune ligne de démarcalion absolue entre eux, et ils ne paraîtront différer que du plus au moins. Suivons le même ordre que pour les corps inorganiques et organiques, et comparons successivement la composition matérielle et les actions,

ArTicze 1.

Différence de la Composition matérielle chez les Végétaux et les Animaux.

La composition matérielle est chez les uns et les autres une organisation ; mais généralement cette organisation est plus simple dans les végétaux que dans les animaux; et il en résulte quelques différences, sinon entre tous les végétaux et les animaux , au moins entre les plus élevés d’entre eux. Du reste, comparons successivement le volume , la forme, la composition chimique et l’organisation intime. |

1° Volume. I ne fournit aucun caractère distinctif; les deux règnes offrent également les plus grands extrêmes ; depuis de plus petit lichen jusqu’au baobab, depuis le ciron jusqu’à la baleine.

2° Forme. On pourrait presque en dire autant de la forme. Il est des végétaux et des animaux qui sont également amorphes , c’est-à-dire dont le corps ne peut être comparé à aucune forme déterminée. Il en est éga- Jement qui sont radiatres, c’est-à-dire dont Île corps consiste en rayons qui sont disposés autour d’un centre. Cependant beaucoup d’animaux présentent une forme paire où symétrique, c'est-à-dire que le corps est composé de deux moitiés semblables placées le long d’une ligne ou d’un axe médian ; et, au contraire, aucun végétal ne la présente, au moins en entier.

3° Composition chimique. Les élémens qui forment les végétaux et les animaux sont généralement les mêmes, etil n'y a de différences que dans leur proportion relative. Ainsi, le carbone prédomine dans les végétaux; et comme ce principe est solide, sa prédominance est une des causes pour lesquelles le végétal est lent à se putréfier après la mort, et dure encore long-témps. Au contraire, c’est l’azote qui prédomine dans l'animal; et, comme ce principe est diffusible , cela explique pourquoi cét être est plus promptement putréfié et détruit après la mort. Le phosphore paraît aussi être plus propre aux animaux. La terre qu’on retire d'eux est plus généralement de la chäux dans un état de combinaison saline; et, au contraire , celle qu’on retire des végétaux est argileuse , et contient de la silice. Enfin, la composition chimique paraît être un peu plus simple dans les végétaux que dans les animaux; car , tandis que les principes immédiats dé ceux-ci sont le plus souvent-des composés quaternaires, la plupart de ceux des végétaux, au contraire , ne sont que des composés ternaires. On ne trouve aussi de composés quaternaires acides que dans les animaux ; les com-

eb VÉGÉTAUX ET ANIMAUX.

posés quaternaires des végétaux sont toujours neutres.

4° Composition intime, et organisation. C’est sous ce point de vue qu’on trouve le plus de différences. D'abord, les végétaux et les animaux offrent également dans leur texture une réunion de parties solides et de parties fluides; mais chez les premiers les solides l’emportent de beaucoup sur les fluides, et c’est le contraire chez les seconds : c’est I une nouvelle cause de la lenteur de la putréfaction chez les premiers, et de sa rapidité chez les seconds. En second lieu, chez le végétal , les filamens qui composent les organes, sont entrelacés comme en tout corps organisé; mais cependant Ja tissure est moindre que dans l’animal;.les fibres semblent davantage n'être qu’accolées les unes aux autres. En troisième lieu , quand on remonte aux filamens primitifs qui, composent les parties du végétal, à leurs élémens anatomiques, si l’on peut parler ainsi, on n’en trouve qu'un seul, un tissu wésiculaire, disposé en aréoles ou en vaisseaux, et dont en dernière,analise paraissent for. més tous les organes,;.et au contraire, dans l'animal , on trouve au moins trois de ces, élémens, anatomiques , le tissu cellulaire, qui est l’analogue de ce tissu, vésiculaire des végétaux; le tissu musculaire et le tissu.nerz veux. Quatrièmement, le végétal, dans son intérieur, n’a aucune cavité, ou n’en a qu'une qui règne dans toute sa longueur; l’animal , au contraire, en a le plus souvent plusieurs placées les unes au-dessus ou au-de. vant des autres, la tête, le thorax, l’abdomen ; cavités qu’on appelle splanchniques , parce qu’en elles sont renfermés les principaux organes. Enfin , le végétal offre un moindre nombre d’organes; tout se réduit chez lui à du tissu cellulaire, des organes sécréteurs, sexuels ou

SPRUCTURE. 33 reproducteurs : Panimal, au contraire, a déjà tous ces organes , et de plus des vaisseaux, des organes sensoriaux, locomoteurs, digestifs, etc. Ajoutons que, dans les végétaux, les organes sont si simples, qu’ils peuvent facilement se transformer les uns dans les autres; ce qui ne s’observe pas de même dans les animaux.

Mais ces différences, quelque capitales qu’elles paraissent , ne suflisent pas pour différencier d’une manière absolue les végétaux et les animaux, parce qu’elles ne s'appliquent pas à la généralité des deux règnes , et ne conviennent qu'aux végétaux et animaux supérieurs. Dans plusieurs végétaux, les fluides paraissent l’emporter en quantité sur les solides ; et beaucoup d’animaux n’ont pas plus que les végétaux de tissu musculaire et nerveux , de cavités splanchniques, de vaisseaux , d’organes distincts , etc.

Il n’y a donc pas de différences absolues entre les deux règnes, sous le rapport de la composition matérielle , puisque celles que nous avons indiquées ne sont vraies que des végétaux et animaux supérieurs. Arrivons à l'examen comparatif des actions.

Anricze Il.

Différences dans les Actions des F égétaux et des Animaux.

* Ces actions, chez les uns et les autres, constituent également une vie; mais généralement cette vie est plus simple dans le végétal que dans l’animal , et y est accomplie par un moindre nombre d’actions.

D'abord ; on peut signaler entre les végétaux et les animaux cette première et importante différence, que chez les premiers tous les actes qui, par leur succession.

38 VÉGÉTAUX BT ANIMAUX.

accomplissent la vie, sont également irrésistibles et hors la perception de l'être, se passent sourdement en lui, sans qu'il en ait conscience et puisse influer sur eux par sa volonté; tandis que dans les animaux, quelques-uns de ces actes au moins sont laissés à la dépendance de sa volonté et à sa connaissance; savoir , ceux qui, Consistant en des rapports avec l'extérieur , commencent la nutrition et la reproduction , comme là préhension des matériaux nutritifs pour le premier objet, et le rapprochement des sexes pour le second. Il est sûr , en effet, que, tandis que le végétal absorbe irrésistiblement et sans perception ni volonté de sa part dans le sol et l'atmosphère les matériaux extérieurs nécessaires à sa nutrition; tandis que le plus souvent des agens étransers portent à son insu le pollen de l’étamine sur le pistil pour la fécondation, c’est par une volonté spéciale , et avec perception de sa part, que l’animal prend dans l'univers lair et ses alimens, et se rapproche de l'individu de l’autre sexe, du concours duquel 1] a besoin pour sa reproduction.

Or, de cette première différence entre les végétaux et les animaux découlent, pour ces derniers, les particularités suivantes :

1° Par cela seul que les animaux ont perception de quelques-uns des actes de leur vie, et surtout peuvent les effectuer à leur volonté, ils ont dû avoir deux facultés ou fonctions qui manquent chez les végétaux; savoir, la sensibilité, ou la faculté d’avoir la conscience, le sentiment, la connaissance d’une impression quels conque ; et la focomotilité, ou la faculté de mouvoir à sa volonté et sous la direction de cette volonté tout son corps en massé, Ou au moins quelques-unes des parties

de son corps. En effet, nous avons vu , d’une part, que toute nutrition et reproduction exigent que l'être qui se nourrit et se reproduit établisse pour ce double objet des rapports au dehors de lui. Nous venons de dire, d'autre part , que la nature a voulu laisser à animal la faculté de régler lui-même ces rapports extérieurs dont dérive tout le reste du mécanisme de sa vie. Dès lors il a fallu nécessairement que cet être eût, 1° les moyens de connaitre lui et l’univers , qui sont les deux termes de ces rapports, les moyens de sentir le besoin de ces rapports ; 2° qu’il eût les moyens de les établir , puisque la nature ne s'était pas chargé de le faire elle-même, comme dans le végétal,

Or, c’est là le double oflice de la sensibilité et de la locomotilité | que l'animal possède de plus quele végétal. Par la sensibilité, l'animal se sent vivre, a un moi qui perçoit ; il connaît l'univers ,apprécieles corpsqui le composent, et éprouve tous les désirs, tous les sentimens intérieurs quile sollicitent aux actes extérieurs qui im-portent à sa conservation comme individu et comme espèce , etqui sont relatifs au rôle qu’il doit remplir dans le monde. Par la locomotilité , il effectue tous ces actes extérieurs que sa sensibilité lui a fait juger lui être nécessaires. La première est pour lui une sentinelle, qui l’avertit de ses besoins ; elle est un moyen que la nature s’est ménagé en lui pour le faire agir dans le but de sa conservation , et c’est elle qui vraiment donne du prix à sa vie. La seconde est celle qui lui fait satisfaire ses besoins, et qui parce qu’elle le fait se mouvoir d’une manière apparente, l’afait dire animé , par opposition au végétal, dont l’immobilité fait contraste. Remarquons que ces deux facultés se supposent mutuellement; et, en effet,

elles existent toujours simultanément; car, d’un côté la sensibilité seule n’est qu’un guide, qu’un conseil, et c’est réellement la locomotilité qui opère ; et, d’autre part, la locomotilité reconnaît toujours pour principe une volonté, laquelle est un acte de la sensibilité.

Evidemment les végétaux n’ont ni la sensibilité ni la locomotilité. D'abord , ils n’ont pas celle-ci, car ils sont fixés au sol, et ne peuvent se déplacer en masse. C’est une subtilité de considérer comme une espèce de locomotion le déplacement des plantes stolonifères ou nageantes, ou celui d’une espèce d’orchis qui, repoussant chaque année un bulbe nouveau au-devant de l’ancien, occupe par suite , chaque année , une place nouvelle. De même, is n'ont pas la sensibilité, car on ne les voit manifester aucun des actes par lesquels s'annonce cette faculté chez les animaux, comme d’exécuter des mouvemens , de proférer des sons. On peut le conclure d’ailleurs de cela seul qu’ils n’ont pas la locomotilité ; car nous avons vu que la sensibilité ne serait rien sans celte seconde faculté; et il est évident même qu’elle serait un don funeste , puisque, rendus par cette faculté aptes à sentir le plaisir et la douleur, on n'aurait aucuns moyens de rechercher l’un et de fuir l’autre. L

°° Ces actions de sensibilité et de locomotilité que possède l'animal ont ceci de particulier , c’est qu'elles ne peuvent s'exercer toujours ; elles sont soumises à une intermittence pendant laquelle cet être est à leur.égard presque dans les mêmes conditions que le végétal; l’animal estalors sans sentiment , sans volonté , sans possibilité de se mouvoir; et, sousce rapport, sa viese partage en deux états bien différens , et qui n’ont pas leurs analogues dans le végétal, l’érai de veille danslequel ces deux

facultés peuvent être mises en action, et l’état de sommeil, dans lequel , au contraire, elles sont irrésistiblement suspendues.

3° Les facultés de sensibilité et de locomotilité entratnent nécessairement dans les animaux l'existence d’une action qui manque encore dans les végétaux, celle des expressions ou du langage. Ges êtrés , en effet, pouvant se mouvoir à leur volonté dans l'univers et agir à leur gré sur les divers corps qui le forment , devenaient par là une véritable puissance ; ils pouvaient évidemment tour à tour se nuire ou s’aider les uns les autres; et dès lors ils ont dà avoir les moyens de se communiquer leurs sentimens intérieurs , pour s’avertir , soit des appuis qu'ils peuvent se prêter, soit des dangers respectifs dont ils se menacent. Aussi tout être sensible , tout animal a un langage qui est en rapport pour sa richesse avec l'étendue de sa sensibilité, et le degré de puissance qu’il peut exercer sur l'univers.

4° Enfin, de la première différence que nous avons signalée , il résulte encore que tandis que les végétaux ne sont en rien maîtres de leur existence, puisqu'ils sont entraînés irrésistiblement et sans perception ni volonté de leur part à la série des actes par lesquels ils vivent: les animaux, au contraire , sont maîtres de leur conservation comme individu et comme espèce , puisqu'ils peuvent à leur gré effectuer ou non les actes extérieurs qui commencent leur nutrition et leur reproduction , et sans lesquels ne pourraïent se produire aucuns des autres actes qui en achèvent le mécanisme.

Mais il est.possible de trouver encore d’autres différences entre les végétaux et les animaux , sous le rapport de leurs actions, en comparant avec plus de détails Le

mécanisme de leur nutrition , et celui de leur reproduction.

1° Lanutrition, d’après l’idée généraleque nous en avons donnée , exige : d’un côté, que l'être puise sans cesse au dehors de lui des matériaux, les élabore , et les approprie à sa substance ; et, d’un autre côté, qu’il rejette en même temps une certaine quantité des matériaux qui le composaient préalablement. Elle constitue dans l’être vivant deux mouvemens opposés : l’un par lequel il se recompose , et l’autre par lequel il se décompose. Or, voici quelques différences sous le rapport de l’un et de l’autre entre les végétaux et les animaux.

Dans le végétal, les matériaux étrangers qui doivent servir à la nutrition, et quisont toujours de deux sortes, savoir l'air, et d’autres matières liquides ou solides , sont contenus dans l’élement ambiant, tout disposés à être absorbés. Etant forcément en contact avec la surface externe de l'être , il semble que ce soient le solet l’atmosphère qui les portent aux racines et aux branches. A la vérité ces racines et ces branches se meuvent un peu pour se diriger du côté où ces matériaux sont plus abondans ou meilleurs; mais on n’en peut pas moins établir que dans le végétal c’est la nourriture qui vient chercher l'être. La préhension s’en fait irrésistiblement, comme tous les autres actes qui constituent la vie du végétal. Cette préhension enfin consiste en une absorption qu'effectue la surface externe , et qui est continue, parce que les matériaux sur lesquels elle opère sont toujours là.

L'animal, sous tous ces rapports, nous offre autant de différences. D'abord l'élément dans lequel il vit ne contient plus les matériaux nutritifs tout prêts à être absor-

bés:; du moins, cela n’est plus vrai que de l’une des espèces de ces matériaux , l'air; l’autre qu’on appelle généralement aliment , a besoin de subir auparavant, dans une cavité intérieure de l'être, une élaboration qu’on appelle digestion, et qui la rend apte à être absorbée. Cette première différence est une suite forcée de l'existence de la sensibilité et de la locomotilité.

. Eneffet , d’un côté, Fanimat, jouissant de la faculté de se mouvoir, ne pouvait attendre passivement , comme le végétal, sa nourriture d’un sol qui pour lui change sans cesse ; il fallait, comme dit M. Cuvier , qu'il pâttoujours transporter avec lui sa provision, qu’il eût en lui une espèce de réservoir où il déposät ses matériaux nutrilifs , etc’est ce qu'est l'appareil digestif, D'autre part , la nature ayant voulu laisser l'animal libre d’effectuer ou non sa nutrition, on conçoit que la nécessité d'introduire l’aliment dans une cavité intérieure , exige bien plus une volonté réelle, qu’une préhension qui, comme celle du végétal , consisterait en une absorption effectuée par 4 surface externe de l'être. En second lieu , aliment ne se trouvant pas dans un contact forcé avec la partie du corps qui doit le saisir , il faut que ce soit l'animal qui établisse ce contact; et c’est vraiment cet être qui va chercher sa nourriture. En troisième lieu , cette préhension est un acte entièrement volontaire de sa part ; et il n’y a d’irrésistible que les agtes qui lui font suite. Enfin, Landis que dans le végétal l'absorption nutritive se faisait à la surface externe de l'être , était continue : dans l’animal , d’abord cette absorplion se fait à la surface interne de la cavité digestive; ensuite elle peut n'être pas continue , car elle est évidemment dépendante de la présence dans la cavité digestive d’alimens digérés, c’est-à-dire dieposés à être

absorbés. Gette dernière différence est une conséquence des précédentes. Puisqu’en effet les alimens étaient déposés d’abord dans une cavité digestive , il fallait bien que ce füt à la surface interne de cette cavité que l’absorption vint en saisirla partie nutritive. Remarquons toutefois le rapport qui existeentre ces deux absorptions ; et ce rapport n'avait pas échappé à Jippocrate , qui a dit que l'estomac est aux animaux ce que le sol est aux végétaux, ventriculus sicut humus; non plus qu’à Boëérhaave , qui a dit que les animaux ont leurs racines nourricières dans leur intestin. En somme, la nutrition de l’animal se distingue de celle du végétal par deux traits surtout : 1° dans le végétal , tous les actes qui l’accomplissent sont également irrésistibles, et non perçus : dans l’animal, ceux qui commencent Ja nutrition, et quiconsistent dans la préhension des matériaux nutritifs sont volontaires et perçus; et iln’y a d’irrésistibles et de non sentis que ceux qui leur font suite. 2° L'animal a toujours au moins un acte de plus, parmi ceux qui effectuent sa nutrition, savoir, la digestion.

Tout ce que nous venons de dire de la nutrition n’a trait qu’aumouvement de composition ; ajoutons, relativement à celui de décomposition , que dans les végétaux les matières rejetées sont les substances les plus hydrogénées, et que dans les animaux ce sont, au contraire, les substances les plus azotées. ,

5° Les différences dans la reproduction sont bien moindres que celles que nous venons de reconnaître dans le mode de Ja nutrition ; et peut-être est-il juste de dire que les végétaux et les animaux se ressemblent plus par la génération que par toute autre fonction. En effet, dans tous les êtres vivans en général ,

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la reproduction s’accomplit de deux manières; sans le concours de sexe , ou par des ‘sexes. Dans le premier cas , un individu se reproduit seul, il se partage de lui-même en plusieurs fragmens , où développe à sa surface des bourgeons, des gemmes, qui se détachent et forment des individus nouveaux." Dans le second cas, deux sortes d'organes concourent à l’accomplissement de la génération : les uns, dits mâles , fournissant une matière fécondante; les autres , dits femelles, fournissant un germe qui , consécutivement à sa fécondation par le principe de l’organe mâle, éprouve une suite de développemens , et devient l'individu nouveau. Dans ce dernier cas, qui est le plus complexe , on peut distinguer dans la génération Ja succession des phénomènes suivans : 1° le rapprochement des deux organes sexuels , pour que le principe fécondant de l’organe mâle soit appliqué au germe de l'organe femelle ; 2° l’avivement du germe par suite de cette application, avivement qui s’appelle fécondation ; 5° enfin le détachement du germe à une époque déterminée, après qu'il à subi de premiers développemens , et lorsqu’il.est apte à vivre d’une vie isolée , et à constituer un individu nouveau.

2 Or, les végétaux et les animaux offrent également ces deux modes de reproduction. Les conferves et les polypes, par exemple ; nous présentent le premier mode, et sans aucunes différences ; ils se reproduisent en dé-. veloppant à leur surface des gemmes qui grossissent , se détachent et forment alors de nouvelles conferves , de nouveaux polypes. De même qu'un végétal se reproduit par bouture ,.de même aussi la section d’un polype en plusieurs morceaux , fait de chacun de ces morceaux autant de polypes distincts. D'autre part, ces deux classes

d'êtres nous offrent la reproduction par sexes; cependant ici on peut au moins signaler les oppositions suivantes : (1 Dans le végétal , le rapprochement des sexes n’est pas un acte volontaire, et se fait irrésistiblement : l'application du pollen de l'organe mâle , à l'organe femelle , est la suite forcée et mécanique de la disposition des parties. La plupart des végétaux , en effet, sont hermaphrodites, c'est-à-dire portent dans une même fleur les deux sexes ; ces deux sexes sont géréralement disposés l’un par rapport à l’autre , de manière que le pollen tombe mécaniquement sur le stigmate de l'organe femelle : par exemple, si la fleur est droite , les étaminès sont plus longues que le pistil ; c’est le contraire si la fleur est penchée. D'ailleurs, ce sont les vents, les insectes, les corps extérieurs qui , le plus souvent, transportent le pollen de l'organe mâle à l’orgame femelle. Aussi, ce principe fécondant n’est pas à mu , mais renfermé dans de petites capsules, qui ne se brisent qu’au moment du contact, ce qui fait qu'il m'est pas altéré dans le trajet. Au contraire, dans l’animal.,. ce rapprochement est évidemment un acte: volontaire, Le plus souvent les sexes sont séparés et portés par deux individus distincts: C’est l’animal dui- même:, «et non aucun agent étranger , qui applique le principe fécondant au germe ; il l'y applique immédiatement, d'où il en résulte que ce principe n’a plus eu besoin d’être renfermé dans des capsules protectrices ; et est versé à nu. En second lieu , dans le végétal, le détachement du germe se fait à une époque déterminée sans doute , mais aussi irrésistiblement et avec aussi peu de perception que se sont faits son avivement et ses premiers

développemens.. Au contraire, dans l'animal, ce détachement , indépendant aussi de toute volonté, est au moins perçu par l'être à l'instant où il s'opère.

En somme ; dans le végétal, tous les actes qui constituent la reproduction , savoir, le rapprochément des sexes, la fécondation, et la naissance du nouvel individu , sont également hors la perception et la volonté de l'être : et, au contraire , dans l’animal, le premier de ces actes, le rapprochement des sexes, est un acte volontaire et perçu; le dernier, la naissance de l'individu nouveau est perçu, et même un peu aidé par la volonté; et il n’y a d’irrésistibles et dé non sentis que la fécondation, et les premiers développemens qui la suivent, Ajoutons encore comme différences ; que dans le végétal les orga< nes sexuels n'existent pas dès les premiers temps de la vie de l'être, et ne se développent qu’à l’âge où la reproduction est possible ; qu'ils ne servent jamais qu’une seule fois et meurent après la fécondation; et que si la plante est vivace, ils tombent de même à chaque reproduction, et se renouvellent chaque année. Dans l’animal, au contraire, ils existent dès les premiers temps de la vie, survivent aux fécondations , durent autant que l'individu, et peuvent servir plusieurs fois.

Telles sont les différences que, sous le rapport des actions , on peut constater entre les végétaux et les animaux. Mais, quelque capitales que paraissent être ces différences , on.va voir qu’elles ne sont pas plus absolues que celles que nous avions signalées dans la structure. D'abord , remarquons qu’elles ne doivent pas empêcher de réunir en une même classe les végétaux et les animaux : elles laissent, en effet, subsister les grands traits caractéristiques de Ja vie ; l'origine, par une génération;

la fin, par une mort; la conservation de l'individu , par une nutrition, etc. ; il n'y a que des degrés divers de simplicité ou de complication dans la manière dont s’accomplissent la nutrition et la reproduction.

Ensuite , pour que ces différences fussent propres à séparer à jamais les végétaux et les animaux , il faudrait qu’elles fussent vraies de tous ces êtres sans exception, c’est-à-dire que tous les animaux eussent ; par exemple, la sensibilité; la locomotilité , et une digestions et, qu’au contraire , aucun végétal ne présentât ces fonctions : or, c'est ce dont’ on peut douter.

D'une part /il'est beaucoup d'animaux qui paraissent être ; aussi irrésistiblement que les végétaux, entraînés aux rapports extérieurs qui commencent leur nutrition et leur reproduction, et par conséquent manquer de la sensibilité et de la locomotilité. Ils n’ont pas, en effet, les systèmes nerveux et musculaire qui, dans les animaux supérieurs , sont les instrumens exclusifs de ces facultés : ils ne se meuvent pas en masse ; leurs mouvemens partiels ne sont pas plus étendus que ceux qu'exécutent certains végétaux. De sorte qu'il n’y a pas de raisons pour supposer en eux, plus que dans les végétaux, la sensibilité et la locomotilité ; ou’qu’au moins l’existence de ces facultés y est douteuse.

- D'autre part, est-il bien sûr que des végétaux n'aient ni la sensibilité ni la locomotilité ? l'est vrai, qu’attachés fixement au sol, ils ne se meuvent jamais en inasse : mais ils exécutent beaucoup de mouvemens partiels ; et parmi ces mouvemens, il en est: qui sont #i bien en harmonie avec les circonstances extérieures , qu’on peut presque les croire l'effet d’une volonté qui a apprécié ces circonstances extérieures , et a raisonné, Par exem-

ACTIONS. 49 ple, dans quelque position qu’une graine soit plantée, on voit toujours la plantule se diriger vers la terre , et la plumule vers l’atmosphère. Les branches d’un arbre s’éloignent ou se rapprochent du tronc central, de manière à être toujours dans une position parallèle à la pente du terrain. On voit les racines aller comme par une sorte d’instinct au-devant du sol qui leur convient , et se détourner au contraire de la veine de terre qui leur serait nuisible. Il en est de même des feuilles, des tiges que l’on voit se diriger du côté d’où leur viennent l’air et la lumière. Les plantes dites grimpantes ne se contournent-elles pas dans une direction toujours constante, et que l’agriculteur ne peut changer? ne choisissent-elles pas les végétaux qui leur servent d’appui? d’autres ne se dirigent-elles pas constamment vers le soleil, et ne suivent-elles pas li marche de cet astre? Il est certains végétaux qui ferment leurs feuilles et leurs fleurs la nuit, par les impressions de l’humidité et de l'obscurité, phénomène que Linnæus avait appelé le - sommeil. des plantes. Qui n’a pas aperçu et épié les mouvemens de la dionea muscipula ou atirape-mouche, ceux des sensitives, végétaux dont les feuilles sé resserrent comme par instinct sur l’insecte qui paraît les fatiguer par sa présence ? qui n’a admiré enfin les mouvemens des organes sexuels des végétaux, mouvemens par lesquels les sexes se rapprochent ; et dont Linnæus avait compris l’ensemble sous le nom allégorique de mariage des plantes ? Tous ces mouvemens ne semblent-ils pas l'effet d’uneivolonté , et par conséquent devoir faire | admettre, dans les végétaux , les premiers rudimens au moins de la sensibilité et de la locomotilité ? Ce qui ajoute à la difficulté, c’est l'impossibilite’ où

l’on est de reconnaître, autrement que par l’analogie, l’existence de la sensibilité dans les êtres autres que soi. Chacun a la certitude de sa sensibilité ; il se sent vivre; mais personne n’a un moyen absolu de reconnaître celle des autres. D’ordinaire , on dit sensible un être, quand, à la suite d’impressions auxquelles on le soumet , on le voit proférer des cris , exécuter des mouvemens ; mais ces cris et ces mouvemens ne prouvent rien en euxmêmes; ils n’annoncent la sensibilité qu’autant qu'ils sont les produits d’une volonté qui, par les uns, exprime la sensation qu'on éprouve, et, par les autres , cherche: à s'approcher ou à s'éloigner de la cause de cette sensalion, Or , l’on n’a aucun moyen de reconnaitre qu'ils sont tels ;,et si on le préjuge, comme la volonté: dont on les dérive alors est déjà un acte de sensibilité, c’est supposer existante cette sensibilité dont on est en doute ; de sorte que dans cette recherche, on est réellement , comme l’a dit M. Cuvier, dans un cercle vicieux, puisqu'on prouve la sensibilité par la sensibilité. Nous n’avons réellement , pour prononcer , d’autre suide.que l’analogie ; mais qui osera indiquer les bornes où cette analogie doit s'arrêter ? et qui ne sait combien nous risquons, d’être trompés par elle ?

Ainsi , les caractères tirés de la sensibilité et de la locomotilité, qu’on aurait pu croire d’abord si propres à différencier les végétaux. et les animaux , ne sont pas absolus.

Nous pouvons en dire autant de la digestion : ce n’es£ pas qu'aucun végétal en présente la moindre trace ; mais il est impossible d'en aflirmer Fexistence dans tous les animaux : il en est, à l'extrémité du règne, qui sont irop petits pour qu'on puisse réconnaître en eux une

cavité digestive ; probablement ils se nourrissent aussi par l'absorption qu’effectue la surface externe de leur corps, le milieu dans lequel ils vivent contenant leurs matériaux nutritifs tout disposés à être absorbés. Du moins , d’après la gradation que la nature affecte dans l’ensemble de ses créations, on peut croire que les animaux les plus simples , les animaux infusoires , par exemple, n’ont pas encore de cavité digestive.

Relativement au mécanisme de la nutrition dans les végétaux et les animaux , on avait encore indiqué, comme caractères différentiels , que ces derniers ne se substan taient qu'avec des substances solides ou liquides, tandis que les premiers ne se nourrissaient qu’à l’aide de corps gazeux Ou vaporeux ; mais Cela n’est pas vrai encore dé tous les animaux. On avait dit que les végétaux puisaient généralement leurs matériaux dans le règne inorganique , et les animaux dans l’une et l’autre classe des êtres qui composent le règne vivant; mais les animaux n’usent-ils pas de substances minérales, d’eau, par exemple ? et les végétaux ne prennent-ils pas le plus souvent pour leur nourriture des substances organisées ? qui ne connaît l'utilité des engrais pour la végétation ? Enfin, on avait dit que dans la nécessité où est tout être vivant du contact de l'air atmosphérique, les végétaux puisaient surtout dans cet air le gaz acide carbonique, et y exhalaient de l’oxigène, tandis que les animaux y prenaient cet oxigèné, et y rejetaient du gaz acide carbonique; mais cela ne doit pas s'entendre encore d’une manière absolue : les végétaux ont aussi besoin d’oxigène pour leur nutrition; une graine ne germe pas dans un air qui ne contient pas ou ne peut

fournir ce principe ; et, enfin , dans l'obscurité tout A]

[Sa

D végétal absorbe de l’oxigène, et exhale du gaz acide carbonique.

Enfin , il n’y a rien d’absolu encore dans les différences que nous avons signalées relativement à la reproduction. D’un côté , beaucoup de végétaux ont les sexes séparés, et portés par des individus différens : dans plusieurs, on voit des mouvemens spontanés par lesquels les organes sexuels se rapprochent; dans la rhue, par exemple , les étamines s'inclinent lesunes après les autres sur le pistil pour aller toucher le stigmate avec leurs anthères; dans la fleur de la passion, ce sont, au con: traire, les pistils qui vont chercher les étamines pour être fécondés : ce sont les mouvemens de ce genre qui ont fait douter si la sensibilité existe dans les végétaux. D'un autre côté, indépendamment de ce que beaucoup d'animaux sont hermaphrodites, il en est quelques-uns dans lesquels ce sont des agens étrangers qui sont chargés aussi d'appliquer au germe le principe fécondant et où rien ne paraît volontaire dans cette application; quelquesuns aussi meurent nécessairement après l’acte de la reproduction.

Ainsi donc , il est vrai qu’on ne connaît jusqu’à présent aucune différence absolue entre les végétaux et les animaux; etil n’est aucune des particularités qu'offre l’un de ces deux règnes qui ne se trouve aussi dans l’autre. Les uns et les autres, par exemple, sont susceptibles de voir quelquefois leur vie se suspendre pendant l'hiver , de former des êtres composés, etc. Ces êtres ne diffèrent réellement que du plus au moins; et l’on peut dire d’eux que, bien distincts les uns des autres dans leurs espèces les plus compliquées, ils se confondent , au contraire , dans leurs espèces les plus sim-

ples : ils forment , comme l’a dit M. Brisseau-Alirbel , deux séries graduées , deux chaînes ascendantes qui partent d’un point commun , mais qui s’écartent l’une de l’autre à mesure qu’elles s'élèvent.

Cependant , comme il n’est pas impossible de concevoir, sans le concours de Ja sensibilité, et par le fait seul d’un organisme heureux , les différens mouvemens partiels des végétaux; comme , d’autre part, l'impossibilité de constater l’existence de la sensibilité dans des animaux , n'empêche pas, si on le veut, de regarder la sensibilité et la locomotilité comme les facultés caractéristiques du règne animal, en n’appelant dès lors animaux que les êtres qui offriront évidemment ces facultés, et en avouant qu'il est certains êtres qu’on ne sait trop à quel règne rapporter : d’après ces deux raisons , et dans la nécessité où l’on est de trancher la question , nous établissons que les caractères essentiels des végétaux et des animaux, sont la sensibilité et la locomotilité , que ces derniers seuls possèdent. Il nous est d'autant plus permis de raisonner ainsi, qu'ici nous avons à nous occuper spécialement de l’homme , et que ces différences sont absolues pour lui, ainsi que pour les animaux supérieurs.

Dès lors , nous pouvons nous expliquer ies différences que nous avions signalées dans la structure des végétaux et des animaux. Si, par exemple, le corps du végétal présente un moindre nombre d’organes que celui de l'animal , c’est que sa vie comprend un moindre nombre ‘d'actions, c’est que cet être a de moins la sensibilité, la locomotilité et la digestion. Si la substance du végétal se réduit à un seul tissu générateur , le tissu vésiculaire ou lamineux , et n’offre pas les tissus nerveux et musculaire ,

c'est que ce végétel a de moins la sensibilité et la locomotilité, dont les tissus nerveux et musculaire sont les instrumens,

Tels sont les faits que nous présente l’examen comparalif des végétaux et des animaux; et l’on voit que cet examen nous a mis à même de spécifier de nouveaux . phénomènes de la vie, la sensibilité et la locomotilité ,

“les expressions , le sommeil. Ainsi, nous avons pénétré : plus avant dans le sujet de notre étude, la physiologie de l’homme. Maintenant, laissons les végétaux, et étudions les animaux , auxquels appartient l’homme.

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