FONCTIONS DE REPRODUCTION, OU DE LA GÉNÉRATION
Tous les êtres organisés et vivans se reproduisent, c’est-à-dire donnent naissance à des individus semblables à eux, et à l’aide desquels ils perpétuent leur espèce. La nature les ayant condamnés à mourir, devait leur donner cette précieuse faculté , sans laquelle l’univers n'aurait eu qu’une courte durée. C’est en effet par la faculté de reproduction que le Créateur a assuré la conservation de notre monde ; aussi semble-t-elle lui être plus chère que la faculté de nutrition elle-même : les individus ne semblent vivre que pour son accomplissement. Dans les derniers animaux, beaucoup ne paraissent exister que pour se reproduire , et meurent aussitôt après. Dans les animaux supérieurs, les individus ne sont parfaits qu’à l’âge auquel la reproduction est possible , ét ils cessent de l’être et commencent à mourir, si l'on peut parler ainsi, dès que cette faculté ne peut plus s’accomplir. Qui ne sent d’ailleurs que la faculté de nutrition n’a trait qu’à l'individu, qui n’est qu’un
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infiniment petit dans le grand ensemble, et qu’au contraire la reproduction a trait à la conservation des espèces ? La reproduction fonde donc un des plus importans phénomènes de la vie. Destinée à réparer les pertes continuelles que cause la mort, elle impose à son tour V'ihexorable nécessité de celle-ci; sans la mort, la reproduction , toujours agissante, aurait bientôt surchargé l'univers de trop d'êtres vivans.
Bien que les actes par lesquels s’accomplit la reproduction soient souvent assez nombreux et assez divers, cependant on n’en a pas fait, comme de ceux qui opèrent la nutrition, plusieurs fonctions distinctes ; on les a tous réunis en une seule , qu’on appelle génération , et qui est une fonction exclusive aux êtres vivans. On ne peut pas en effet appeler de ce nom la manière dont les minéraux se forment les uns des autres : quand un minéral donne l'être à un autre, c’est en fournissant tout ou partie des élémens qui le forment, et en cessant d'exister lui-même : l’être vivant, au contraire, se reproduit sans mourir , fournissant seulement une partie de lui-même qui, à la suite de plusieurs développemens, devient un individu nouveau semblable à lui.
Les procédés par lesquels s’accomplit, dans la généralité des êtres vivans, la génération , sont très-divers; et nous allons les rappeler brièvement, les ayant indiqués déjà quand nous avons traité des animaux en général.
D'abord, peut-être existe-t-il quelques êtres vivans qui se forment de toutes pièces, en quelque sorte, par la réunion de leurs élémens constituans , à la manière d’un minéral, mais consécutivement à une force autre que l'attraction moléculaire , puisqu'elle a pour résultat
la formation d’un corps vivant : c’est ce qu’on appelle génération spontanée. À la vérité, la plupart des physiologistes récusent ces générations équivaques , admettant que dans Les cas où on les suppose , ont été apportés par l'air ou par l’eau des œufs ou des graines que leur pelitesse n’a pas permis d’apercevoir, Mais peutêtre que leur assertion est trop absolue; et quelques faits rendent, sinon démontrée, au moins très-probable , une génération spontanée pour les derniers degrés de l'échelle végétale et animale. Par exemple , des animaux infusoires se sont montrés dans des liqueurs auxquelles on avait fait subir auparavant une ébullition prolongée; peut-on croire, avec Spallanzant , que les œufs qui leur ont donné l'être ont résisté à cette forte: chaleur ? Plusieurs êtres vivans, comme des nostocs, des tremelles , dans le règne végétal; le rotifère , l’anguille des toits, dans le règne animal; après être restés des années entières immobiles et paraissant n’être que
des cadavres desséchés , tout à coup ont été rendus à
la vie par l'influence de l'humidité : cela a été fait plu-
sieurs fois de suite; et, par exemple, Spallanzani a fait ainsi sécher et revivre onze fois le rotifère. Dira-t-on
que ces êtres ayaient conservé en eux, lors de leur des-
siccation, une vie latente? et n’est-ce pas plutôt, qu'ayant toujours la structure matérielle, qui les rend propres à recevoir la cause excitatrice de la vie, quelle qu’elle soit,
ils ont à chaque fois reçu une nouvelle animation ? Parmi les vers intestinaux, plusieurs sont placés en des
lieux où nul germe n’a pu pénétrer du dehors : les filaires,
par exemple , qui sont situés le long de la colonne veriébrale; les gordyles, qu’on trouve dans les chairs des muscles ; les hydatides , qu’on observe dans les paren-
chymes des viscères : faut-il, avec Spallanzani, en faire provenir les germes des alimens, et faire arriver ces germes avec le sang? ou croire, avec Rudolphi, Bremser , qui sont d'imposantes autorités sur ce sujet, que ces vers proviennent par génération spontanée ? Dans de certains temps, lors de pluies soudaines, par
exemple, on voit tout à coup apparaître des myriades
d'êtres vivans, €l il serait souvent difficile d'indiquer d'ou auraient pu provenir alors les nombreux germes qu'ils pécessiteraient. Enfin, on dit avoir, dans des expéviences , réussi à faire des êtres vivans de toutes pièces : Wiegmann à mis dans un vase un demi-gros de corail blanc ou rouge avec six onces d’eau distillée; il ‘exposa Je vase aux rayons du soleil, ayant soin de l’agiter plusieurs fois par jour, €t de décanter de temps en temps ; et, après quinze jours , il vit se former d’abord de la matière verte, puis des conferves , et enfin celles-ci, après deux où trois mois, donnèrent naissance aux cyprides detectæ. Ayant fait l'expérience dans un étroit et long cylindre , | a vu se former des espèces d’alves qui, après un certain temps, 5e sont converties en daphniæ longispinæ. M. Fray a fait en France de semblables essais : ayant fait macérer dans des vases bien clos avec de l’eau distillée , tantôt des matières végétales et animales , taniôt des gaz seuls , 1 dit avoir vu se former de même, par Je concours de la lumière et de la chaleur, des êtres vivans, végétaux et animaux. Sans doute nous ne voulons
as trop accorder à ces expériences, non plus qu'aux gonsidérations précédentes ; mais ilnous semble que tous ces faits commandent au moins le doute, et justifient MM. Lamarck et Geoffroy de croire probables les généra- Lions spontanées aux derniers degrés de l'échelle vivante.
si
Au-delà de ce premier mode de génération, le plus simple de tous, la reproduction ne s’accomplit plus qu’à l’aide d’une partie qui est toujours fournie par un corps vivant, et qui devient un individu nouveau semblable à celui qui la portait : dès-lors tout individu provient nécessairement d’un autre, et les êtres, dans leur succession , sont dépendans les uns des autres ; mais nous allons trouver encore beaucoup de modes divers et successivement plus compliqués. Ainsi, au-delà de la génération spontanée est la génération fissipare , ou par scission du corps mère , dont les animaux infusoires nous offrent un exemple : l'être, à une certaine époque de sa vie, se partage de lui-même en plusieurs fragmens qui forment autant d'individus nouveaux. À un autre degré déjà plus élevé, mais encore bien inférieur , est la génération gemmipare , qui consiste en ce que l'être pousse à un certain endroit de son corps de petits bourgeons, des gemmes , qui, à une époque déterminée aussi, se détachent pour former autant d'individus nouveaux. Selon que c’est à la surface externe du corps , ou dans un lieu spécial et intérieur que se développent les bourgeons , cette génération gemmipare est dite externe ou interne. Dans ces divers modes, un individu peut se reproduire seul. Enfin, apparaissent des organes spéciaux pour la génération, ce qu’on appelle les sexes , organes qui sont de deux espèces , les femelles et les mâles, fournissant d’après l'opinion la plus universellement recue, les premiers, un germe contenant les rudimens de l’individu nouveau, et les seconds , un fluide qui avive le germe et en détermine le développement et le détachement.
Dans ce dernier mode, qui est celui de l’homme :
tantôt les deux sexes sont réunis sur un seul individu , qui peut se reproduire seul et qui est ce qu’on appelle hermaphrodite , comme cela est dans presque toutes les plantes, beaucoup de mollusques : tantôt ils sont réunis sur un seul être, mais qui ne peut plus se reproduire seul, et qui exige pour sa reproduction le concours d’un autre , chaque individu remplissant même à la fois le double office de mäle et de femelle : quelquefois enfin, chaque sexe esl porté par un individu différent, et l'espèce animale est composée de deux individus , le mäleet la femelle, dont le concours est absolument nécessaire pour la reproduction. L 2
Mais, deux nouvelles différences se présentent dans :
le mode selon lequel se fait ce concours. Quelqueïois le fluide du sexe mâle n’est appliqué à l’œuf du sexe femelle, que lorsque celui-ci a été excrété, pondu, comme dans les poissons; et dans ce cas, le mâle ne connaît pas la femelle qui concourt à sa reproduction. D’autres fois, au contraire, le fluide du sexe mâle est appliqué à l'œuf du sexe femelle, quand celui-ci est encore renfermé dans l’intérieur de la femelle, comme dans les oiseaux , les mammifères; l'œuf ne pourrait plus être fécondé après la ponte; et, dans ce dernier cas, il y a nécessairement dans la génération ce qu’on appelle un rapprochement ; une copulation.
Enfin , la génération diffère encore dans les animaux relativement à ce que devient l'œuf immédiatement après l’accouplement et la fécondation : 1° dans les ovtpares il est pondu aussitôt, et ce n’est qu'après la ponte qu'il éclôt, et qu'apparaît l'individu nouveau; 2° dans les ovo-vivipares , ilest aussi détaché aussitôt de l'ovaire, et en voie d’être pondu ; mais parcourant avec lenteur
les voies de son excrétion , il éclôt pendant la ponte, de sorte que l'individu nouveau sort du sein de sa mère avec sa forme propre; 5° enfin, dans les vivipares, l’œuf se détache aussi de l'ovaire immédiatement après la copulation ; mais au lieu d’être pondu , il va se placer dans un réservoir, appelé matrice, uterus ; il y prend attache, en tire des sucs utiles à son développement; et, croissant ainsi aux dépens de sa mère, il éclôt dans ce réservoir, de manière que l'individu nouveau naît sous sa forme propre. De plus, cet individu, après sa naissance , doit à une sécrétion de sa mère son premier aliment , le lait. Dans ce dernier cas, la génération comprend nécessairement , ouire la copulation, ce qu’on appelle une gestation où grossesse, et l'allaitement.
Tels sont les modes divers par lesquels s’accomplit la génération dans la généralité des animaux. Quelque divers que soient ces modes , il y a des formes qui sont comme autant de passages des uns aux autres. Ainsi, la génération gemmipare interne évidemment conduit à la génération par sexes, Les animaux qui, bien que possédant les deux sexes , ont besoin du concours d’un autre pour leur reproduction, conduisent à ceux chez lesquels ces sexes sont séparés. Enfin , ces reptiles batraciens qui se cramponnent à leurs femelles, et qui vivifient de leur sperme les œufs au moment même où ceux-ci sont pondus , forment évidemment le passage des animaux qui n’ont pas de copulation à ceux qui en ont une.
Au milieu de toutes ces différences, voici ce qui est de la génération de l’espèce humaine : elle se fait à l’aide de sexes ; ces sexes sont séparés et portés chacun par un individu distinct , l’homme et la femme ; c’est lorsque
l’œuf est encore intérieur que s’en fait la fécondation, de sorte qu’il faut un rapprochement, une copulation : enfin la génération est vivipare, et comprend une grossesse et un allaitement. Nous allons commencer son étude par l'examen anatomique des organes qui l’accomplissent.
CHAPTLERE TL.
Anatomie de l ‘appareil générateur.
Dans ce chapitre , nous allons traiter successivement : de l’appareil génital de l'homme; de celui de la femme; et des différences que présentent, sous tous les autres rapports et dans les autres points de leur économie , les deux sexes.
AgTicre:[®.
De l'appareil génital de l'homme.
L'appareil génital de l’homme se compose de deux sortes de parties; celles qui forment le fluide destiné à féconder le germe, et qui fondent l'appareil de fécondation ; et celles qui portent profondément ce fluide dans les parties de la femme, pour qu’il aille au loin attemdre le germe, et qui constituent l'appareil de copulation.