ANATOMIE DU GRAND SYMPATHIQUE
formé en grande partie, du plexus où elle n’existe pas. Wutzer d'ailleurs a prouvé que la nature chimique des ganglions n’était pas la même que celle des nerfs et de l'encéphale, qu'il y avait en eux une plus grande proportion de gélatine. Quant aux nerfs qui émanent de ces ganglions, les rameaux propres sont distincts des rameaux anastomostiques qui unissent les ganglions entre eux et avec les paires encéphaliques et spinales. Ces rameaux restent grêles, ou au moins ne diminuent pas de volume à mesure qu'ils s’éloignent de leur point d’origine; ils sont plus mous, et formés des deux mêmes substances qui composent les ganglions ; on ne peut pas les réduire de même en filets; cependant Scarpa et Lobstein disent l’avoir fait. Ils paraissent spécialementdestinés aux vaisseaux; Sæœmmering et Behrens croyaient même qu'ils se perdaient daus les parois des artères ; mais Scarpa en a poursuivi des filets jusque dans les fibres musculeuses du cœur, et Lobstein dans le canal diges-tif, la membrane muqueuse de ce canal , dans des os. Les veines et les vaisseaux lymphatiques en paraissent dépourvus. Une chose bien digne d’être remarquée, c’est que la texture de ces nerfs, ainsi que celle des ganglions, varie dans la longueur du grand sympathique. Au contraire, les rameaux anastomotiques paraissent partout semblables , et en outre plus analogues à ce que sont les nerfs spinaux; ils sont, en effet , plus blancs , plus fermes, et ont une composition fibrillaire évidente,
Nous avons, à l’article du système nerveux en géné ral, parlé des débats relatifs à l’origine du grand sympathique , et à la question de son unité ou de sa pluralité. Les Anciens le disaient un nerf encéphalique et le dérivaient de la cinquième ou sixième paire encéphalique.
Avec plus de raison ensuite, on le fit provenir de la moelle spinale. Enfin Reil et Bichat le considérèrent , non-seulement comme un système neryeux indépendant, mais encore comme formé d'autant de parties distinctes qa’il y a en lui de ganglions; les branches qui s’élendent des uns aux autres de ces ganglions, et qui semblent faire de tous un système continu , n'étaient que des rameaux anastomotiques, du même genre que ceux qui font communiquer ces ganglions aux nerfs spinaux. Cette dernière opinion a été généralement admise d’après les faits suivans : 1° les rameaux anastomotiques qui sont étendus de la moelle spinale aux ganglions du grand sympathique, rougissent et prennent successivement les caractères de ce nerf à mesure qu'ils approchent des ganglions ; d’où l’on peut conclure que ces nerfs sont plutôt des rameaux anastomotiques à la moelle que des rameaux d’origine du grand sympathique; 2° les rameaux qui sont étendus d’un ganglion à l’autre, sont entre chacun, tour à tour uniques ou multiples, grêles ou gros ; et cette disposition ne s'accorde guère ayec l’idée qui fait de tous ces rameaux un seul et même perf continu; 35° il n'y a pas de proportion entre les filets qui sortent en bas d’un ganglion et ceux qui y ont pénétré en haut, ce qui ne permet guère de croire que les premiers ne soient que ceux-ci qui auraient seulement traversé le ganglion; 4° il est évident que chaque ganglion , ainsi que les nerfs propres qu'il fournit, ont chacun Jeur texture propre , et qui les distingue de tous les autres; 5° enfin, on dit avoir vu des interruptions dans la longueur du grand sympathique; aller, par exemple, l’a vu finir à la sixième côte, et renaître plus bas du septième nerf dorsal ; Bichat dit que souvent il est
ANATOMIE DU NERF VAGUE, OU PNEUMO-GASTRIQUE. 193 interrompu entre le dernier ganglion thoracique et le premier lombaire, et entre le dernier lombaire et le premier sacré. Cependant quelques anatomistes de nos jours contestent ces idées de Reil et Bichat. M. Béclard, par exemple, professe que le grand sympathique a son origine dans la moelle spinale ; et M; Lobstein dit avoir, par la dissection, suivi le nerf à travers les ganglions cervicaux jusque dans les thoraciques , le nerf sans doute se mêlant dans chacun d'eux aux cordons divers qui constituent leur substance , mais néanmoins restant assez distinct, pour qu'on puisse le reconnaître : il occupait le côté interne des ganglions. Cet habile anatomiste dit aussi avoir poursuivi les racines du nerf grand splanchnique jusque dans le premier ganglion cervical. Nous reviendrons là-dessus à l’article de la fonction.
CHAPIFRE LL.
Anatomie du nerf vague, ou preuro-gastrique.
Ce nerf, appelé encore la huitième paire encéphalique, moyen symphatique, a son origine aux parties supérieures de la moelle , à la portion qui est renfermée dans le crâne , dans la rainure qui sépare les éminences olivaires qui sont en avant, et les corps restiformes qui sont en arrière. Il naît Îà par une rangée de filets qui, bientôt se réunissent en un cordon large et aplati, où cependant ils ne communiquent pas ensemble. Ce cordon sort du crâne par le trou déchiré postérieur, et alors les filets qui le forment s’anastomosent les uns avec les autres, de manière à simuler un plexus fort serré. De ce point, oil est intimement uni aux nerfs kypoglosse, spinal nncien, et à des filets
du ganglion cervical supérieur, par un tissu cellulaire serré, le nerf vague descend le long du col, appuyé sur les muscles grand droit antérieur de la têle et long du col. Entrant ensuite dans le thorax, il passe, celui du côté droit devant l’arière sous-clavière, celui du côté gauche devant la crosse de l'aorte; et l’un et l’autre se dirigent en arrière derrière les bronches en augmentant de volume. Après, ils se portent vers l’œsophage, le gauche étant plus en avant et le droit plus en arrière ; et parvenus à la partie inférieure de ce canal, ils passent avec lui parlorifice du diaphragme, et vont se terminer à l'estomac et à quelques parties circonvoisines.
Dans ce longirajet, ce nerf fournit des filets à un trèsgrand nombre de parties, d'où le nom de vague qui lui a été donné. 1° Dans le trou déchiré postérieur, il envoie un ou deux filets anastomotiques au nerf spinal; eten en sortant, il communique aussi avec le vlosso-pharyngien ; l'hypoglosse, et quelques filets du ganglion cervical supérieur. 2° Un peu plus bas, il envoie au pharynx un rameau assez considérable, appelé pharyngien , dont les filets anastomosés avec beaucoup d’autres venant du glosso-pharyngien , du laryngé supérieur et du ganglion cervical supérieur , constituent un plexus destiné à cette partie première du canal digestif, eb appelé pleæus pharyngien. 20 Plus basencore, il fournit un autre rameau plus gros, appelé laryngé supérieur, et qui bientôt se subdivise en deux nerfs; l’un, le laryngé externe, destiné aux parties extérieures du larynx; l’autre, le laryngé interne , affecté aux parties intérieures de ce même organe , et surtout à sa membrane muqueuse, aux muscles crico-thyroïdien et A Là aussi, il en-
voie des filets anastomotiques à branche cervicale du
ANATOMIE DU NERF VAGUE, OU PNEUMO-GASTRIQUE. 105 nerf hypoglosse , à la première paire cervicale, et quelques filamens qui accompagnent l'artère carotide interne. 4° Au-dessous du rameau précédent , mais encore pendant son trajet au col, le nerf vague détache plusieurs rameaux dils cardiaques , trois ou quatre du côté droit, et un seul du côté gauche : mais aucun de ces rameaux n’aboutit directement au cœur; ils se mêlent aupara-
vantdansle ganglion cardiaque, avec les nerf cardiaques provenant des ganglions cervicaux. 5° Aussitôt après son entrée dans le thorax, le nerf vague fournit les rameaux dits récurrens ou laryngés inférieurs. Celui du côté droit naît plus haut que celui du côté gauche. Se récourbant aussitôt en haut, il embrasse en forme d’anse l'artère sous-clavière, s'applique sur le côté de la trachée, et remonte jusqu’au larynx. De la convexité de son anse, il détache deux ou trois filets cardiaques qui s’unissent à ceux que le nerf a fournis plus haut ou qui viennent des ganglions cervicaux; ces divers filets forment un entrelacement remarquable entre l’artère sous-clavière et la trachée-artère. Plus haut, ce nerf fournit des filets pulmonatres, descendant sur le devant de la trachée-artère, et accompagnant les artères pulmonaires droites. Le long de la trachée-artère il envoie des filets , et dans les parois de l’æsophage, et à la partie inférieure de la thyroïde , et dans les parois et à la surface interne de la trachée-artère. Ces filets s’anastomosent etavec ceux du côté opposé, et avec des filets des ganglions cervicaux. Enfin, parvenu à la partie inférieure du larynx , le nerf pénètre cetorgane, s’y anastomosant avec le laryngé interne, mais surtoutse distribuantexclusivement aux nmuscles crico-arythénoïdiens postérieur et latéral, et thyroarythénoïdien. Le nerfrécurrent du côté gauche naît plus
bas , se contourne autour dela crosse de l'aorte , et envoie des filets à la partie postérieure de l'artère pulmonaire et du cœur. 6° Après avoir fourni les nerfs récurrens, le nerf vague , d’abord envoie quelques filets à la trachée-artère; les uns se portant sur la face antérieure de ce canal, s’y ramifiant et s’y anastomosant avec des filets du récurrent et du ganglion cervical inférieur ; les autres se portant à sa face postérieure ,eise distribuant à sa membrane muqueuse , et à ses follicules muqueux. Ensuite, au niveau de Îa bifurcalion des bronches , le nerf augmente beaucoup de volume, ses filets s’écartent les uns des autres , et formentune espèce de trame mêlée de tissu cellulaire et de beaucoup de vaisseaux ; il constitue derrière chaque poumon un plexus fort compliqué , appelé pleæus pulmonaire. C’est de ce plexus , à la composition duquel concourent des filets du ganglion cervical inférieur , et des premiers ganglions thoraciques , dans le réseau duquel sont renfermés beaucoup de ganglions bronchiques, que se détachent les nerfs qui vont aux poumons , lesquels suivent la distribution des bronches, et se distribuent à leur membrane muqueuse, sans paraître pénétrer jusqu'au parenchyme de l'organe ct jusqu’à ses vaisseaux sanguins. 7° Au-delà des plexus pulmonaires, les filets des nerfs vagues se réunissent en deux cordons qui descendent le long de l’œsophage, et qu’on appelle œsophagiens ; le cordon provenant du nerf vague du côté droit est situé sur la partie postérieure dé l’æsophage, et celui du nerf vague gauche descend sur la face antérieure de ce canal. Ils communiquent souvent ensemble par des filets transversaux en avant el en arrière, et envoient quelques filamens aux parois mêmes de l'œsophage et à l'artère aorte ; parvenus au bas de l'œso-
ANATOMIE DU NERF VAGUE , OU PNEUMO-GASTRIQUEs +07
phage ils pénèirent avec lui par l'ouverture æsophagienne du diaphragme dans l'abdomen. La manière dont ces cordons œsophagiens sont formés par les rameaux qui proviennent des plexus pulmonaires , ressemble assez à celle selon laquelle le nerf grand splanchnique provient des ganglions thoraciques. &° Enfin, les nerfs vagues arrivés dans l'abdomen , se distribuent à l'estomac, et à quelques-uns des organes voisins. Celui du côté droit, qui est le plus gros, et collé à la partie droite et postérieure de l’œsophage, se divise : d’abord de manière à former autour du cardia un plexus très-marqué ; ensuite de ce plexus naissent deux sortes de filets ; les uns, destinés à l’estomac, se portent à la face postérieure de ce viscère , de la petite courbure à la grande , et pénètrent ses parois de l'extérieur à l’intérieur; les autres se jettent dans les plexus hépatique, splénique, cœliaque, gastro-épiploïque droit, et s’y entrelacent avec les nombreuses irradiations du plexus solaire ; plusieurs parviennent au pancréas, au duodénum , à la vésicule biliaire, s’épanouissent sur la veine-porte, etc. Le nerf vague du côté gauche est sur la face antérieure de l’æsophage ; il suit d’abord la petite courbure de l'estomac, du cardia au pylore, envoyant de nombreuses ramifications à toute la face antérieure de ce viscère : parvenu au pylore, il s'y anastomose avec le nerf vague droit; puis, il suit l'artère pylorique, et va se Jeter dans le plexus hépatique.
Tel est le nerf pneumo-gasirique , dont la description devait d'autant plus être jointe à celle du nerftrisplanchnique , que, dans toutson trajet, comme on vient de le voir, ce nerf a les communications les plus intimes et les plus multipliées avec lui; et que dans la série des animaux vertébrés, comme nous l'avons déjà dit, son
développement est en raison inverse de celui du système nerveux ganglionnaire.
CHMELER ELLE P
De l’Influence nerveuse organique, ou de l’Innervation.
Jusqu'ici nous n'avons étudié du système nerveux, que les actions par lesquelles il sert aux fonctigns sensoriales ou de relation, savoir : celles par lesquelles les expansions de ce système dans les organes sensibles effectuent les impressions sensitives tant externes qu’inter nes ; celles par lesquelles le cerveau perçoit ces impressions, accomplit les facultés intellectuelles et affectives, et ordonne les mouvemens volontaires; celles enfin par lesquelles Les nerfs, faisant l'office de conducteurs, transmettent, des parties au cerveau les impressions sensitives, et du cerveau aux muscles les volitions. Mais le système nerveux sert aussi aux fonctions organiques; il exerce sur les organes de ces fonctions une influence sans laquelle ceux-ci ne peuvent ni les accomplir, ni même continuer de vivre. Au moins, c’est ce qui est évident dans les animaux supérieurs, et pour les premières des fonctions organiques. Dans l’étude que nous avons fait de ces fonctions pour l’homme, n’avons-nous pas vu la section, la ligature des nerfs qui se distribuent à l’estomac , au poumon, au cœur, non-seulement anéantir la production de toutes sensations, de tous mouvemens volontaires dans ces organes , Mais encore paralyser lout-à-fait ceux-ci plus ou moins promptement, et amener la cessation de la digestion , de la respiration , de la circulation ? De ce dernier fait, ne résulte-t-il pas
EN
LIMITES DE L'INNERVATION. 199 que les nerfs dispensent à ces organes une influence à laquelle ceux-ci doivent de pouvoir agir.
Cette influence, qu'on appelle innervation , qui fonde une des conditions premières de la vie, et dans la connaissance de laquelle en réside peut-être tout le secret, est un des faits les moins connus en physiologie. Les auteurs ne sont d'accord, ni sur les limites réelles dans lesquelles elle doit être renfermée , ni sur les nerfs qui la dispensent , ni sur la source dont elle émane : encore moins peuvent-ils dire en quoi elle consiste, étant à cet égard dans la même ignorance que pour toutes les autres actions nerveuses.
$. IT. Limites de l'Innervation.
Les auteurs à cel égard se partagent en deux secles. Les uns prétendent que l'influence nerveuse ne s'étend pas à toutes les fonctions organiques, et n’est réelle que des premières de ces fonctions. ils disent, qu'étant d'autant plus grande sur ces fonctions , qu’elles sont plus élevées en animalité, elle va en s’affaiblissant dans les fonctions inférieures, et finit par être nulle relativement aux derniers actes, à ceux qui accomplissent immédiatement la nutrition el la reproduction. Leurs argumens sont : 1° que ces derniers actes existent dans Funiversalité des êtres vivans, dans les végétaux comme dans les animaux, et que cependant il n'existe pas de système nerveux dans les végétaux non plus que dans les derniers animaux; 2° que dans Îles animaux supérieurs, et même dans l'homme, pour ne pas sortir de notre sujet, il ÿ à beaucoup de parties qui né paraissent pas contenir de nerfs ; 3° que le nombre des nerfs va en diminuant, à mesure qu’on pénètre dans
le parenchyme des organes, dans la rame profondé des parties, à moins qu'il ne s'agisse d'organes chargés de fonctions sensoriales, Ils disent que si l’on voit les orages des passions, les grands troubles nerveux , porter leurs effets sur les fonctions nutritives jes plus profondes , ce n’est pas directement, mais par J'intermédiaire des fonctions organiques premières. Enfin, considérant le système nerveux comme un système qui a élé surajouté aux êtres vivans, quand ceux-ci ont éû, nonseulement vivre, se nourrir, se reproduire, mais encore sentir, se mouvoir, être animés; ils pensent que des extensions de ce système ont dû alors être envoyées aux organes des fonctions intérieures ou nutrilives , pour les
lier aux org
etque c’esten ces liaisons seules que consiste l’innervation.
anes des fonctions extérieures ou sensoriales ;
Ainsi l'influence nerveuse ne serait qu'un produit de la nécessité de lier les organes, et elle ne serait condition de la vie qu’indirectement, et dans les animaux supé rieurs seulement. Les sectaleurs de cette première opinion posent en effet à son égard les deux lois suivantes : 1° que cette influence nervete, d’autant plus grande sur les fonctions organiques qu’elles sont plus élevées en animalité, finit par être nulle pour les dernières , si ce n’est dans les animaux supérieurs,à cause de la seconde loi qu'on va émettre ; »° que l’empire de cette influence
est d'autant plus grand, et surtout s’étend sur un nombre de fonctions d’autant plus considérable, que la vie extérieure à plus de prédominance, et par conséquent que le système nerveux a plus de développement. Ainsi, d’après la première de ces lois, l’innervation serait très-puissante sur les fonctions de digestion, de respiration el de circulation , qui sont parmi les fonctions or-
LIMITES DE L'INNERVATION. 201 ganiques, les plus élevées en animalité , puisqu'elles sont exclusives aux animaux , et même aux animaux supérieurs ; ct elle s’aflaiblirait graduellement à mesure qu'on descendrait dans le mécanisme de la nutrition et de la reproduction aux actes les plus profonds. D’après la seconde de ces lois, cette innervation s’étendrait chez l’homme, qui est le premier des animaux sous Îe rapport des fonctions sensoriales et qui a le système nerveux le plus développé, sur le plus grand nombre de fonctions possible, et peut-être jusqu'aux fonctions organiques les plus reculées , les sécrétions , la calorification , la nutrition proprement dite.
D’autres physiologistes au contraire veulent, que cette innervation régisse toutes les fonctions organiques sans exception, fonde la condition vitale par excellence; ajoutant seulement que ses agens ou conducteurs dans les diverses parties, sont d’autant moins dépendans des centres nerveux, quand il en existe, qu’il s’agit de fonctions moins élevées en animalité, et d'animaux plus inférieurs. Ils la disent donc commune à tous les êtres vivans, el à toutes les parties du corps humain , et voici leurs raisons. 1° À supposer qu’il existe des êtres vivans sans système nerveux ou sans un analogue de ce système, n'est-il pas possible que dans ces êtres simples et chez lesquels la vie se réduit à deux actes, absorption composante et exhalation décomposante , le tissu même du corps soit apte à puiser dans le milieu ambiant ou dans le fluide nutritif le principe moteur de vie dont le système nerveux serait seul, dans les êtres vivans plus compliqués, l'agent producteur ou conducteur? 2° on dit les végétaux sans système nerveux; mais cela est-il bien sûr? il y a dans ces êtres un système qui parait
exercer sur toutes leurs parties une influence nécessaire à leur vie, et qui par conséquent serait l’analogue du système nerveux des animaux; c’est celui de la moelle. Du moins c’est ce que professent un certain nombre de physiologistes. De la moelle des végétaux partent des appendices médullaires qui se répandent dans toutes les parties végétales, et qui sont surtout abondantes dans celles qui sont chargées de fonctions très-actives , comme dans la fleur. Linnæus et Haller, sans assimiler la moelle des végétaux au système nerveux des animaux , avaient proclamé la grande importance de cet organe dans l’économie des plantes; et, dernièrement , un physiologiste, M. Brachet, à nettement émis l’idée de cette analogie , sur ce que les nouures de la moelle ressemblent aux ganglions du système nerveux, et sur ce que la destruction de la moelle, et surtout de ses nouures, entraîne la mort des parties qui en reçoivent leurs filets. Dans un ouvrage qu’a récemment publié M. Dutrochet , sur la structure intime des végétaux et des animaux, ce savant consacre aussi l’existence dans la moelle des végétaux de corpuscules nerveux , constituant les élémens d’un système nerveux, qui seulement serait pour ces êtres diffus au lieu d’être réuni en masse. 3° Est-il bien vrai que quelques parties du corps animal soient absolument dépourvues de nerfs? Les filets du grand sympathique qui accompagnent les artères, paraissent au moins être aussi universellement répandus que ces vaisseaux , et probablement concourent avec eux à la composition des plus profonds parenchymes. Si l’on réfléchit qu'il A n’est aucune partie du corps animal qui ne puisse devenir douloureuse , il n’est guère possible de croire que des nerfs n’existent pas partout; car sans nerfs , aboutis-
LIMITES DE L'INNERVATION. 203 sans à un organe de perception, à un cerveau , pas de sensation. Si, dans certains cas, on voit des passions étendre leurs effets perturbateurs jusque sur les fonctions qui se passent dans les parenchymes les plus profonds, mest-ce pas une preuve que le système nerveux à des expansions jusque dans ces parenchymes ? 4° Enfin, n ’eston pas autorisé à considérer le système nerveux comme le rouage principal de l’économie , le dispensateur réel du moteur vital, quel qu’il soit , quand on remarque que c’est lui qui apparaît le premier dans les embryons des animaux ? S'il n’avait pas à exercer alors une influence primitivement nécessaire à la vie, pourquoi existeraitil à cet âge auquel aucune fonction sensoriale n’est en exercice ? Combien cet argument en faveur de l’universalité de l’innervation prend de force, si les derniers travaux de M. Dumas sur la génération sont fondés , et si les animalcules spermatiques qui, selon lui, sont les agens de la fécondation, ne sont autre chose que les rudimens du système nerveux de l'individu nouveau! Ainsi, dans cette autre opinion, l’innervation serait générale à toutes les fonctions , fonderait la condition première de la vie; et dès qu’un système nerveux entrerait dans le plan d'organisation d’un être vivant, ce sysième deviendrait l'agent producteur ou conducteur du principe, quel qu'il soit, qui fait produire à la matière les phénomènes vitaux. Seulement, selon que la centralisation de la vie dans les animaux serait plus ou moins grande , les diverses parties du système nerveux seraient plus ou moins rattachées à une partie centale, et l’innervation dans chaque partie serait plus ou moins dépendante de cette partie centrale. Cette dépendance serait en raison des deux mêmes lois indi-
quées plus haut, l’animalité de la fonction , et le degré de prédominance du système nerveux , d’où résulte le rang de l’animal dans l’échelle des êtres.
Quelle que soit celle de ces opinions qu’on admette, le résultat est à peu près le même pour ce qui est de l’homme. Dans la première comme dans celle-ci, on admet en effet que chez cet être, vu son rang élevé dans l’échelle animée, et la prédominance de son système nerveux, l'empire de l’innervation s’étend à toutes les fonctions organiques; mais est d’autant plus grand sur ces fonctions qu’elles sont plus élevées en animalité, et d'autant moindre qu’elles sont plus inférieures. D'abord , on ne peut mettre en doute cet empire pour ce qui est dela digestion et dela respiration. La destruction des nerfs qui se distribuent à l'estomac et au poumon, des pneumo-gastriques , fait cesser ces fonctions : on a vu que la section de ces nerfs, non-seulement paralyse le poumon et l'estomac, sous le rapport des sensations que ces organes peuvent développer, mais encore les prive de la faculté d'effectuer leurs fonctions propres, lhématose el la chimification, leur ôte le pouvoir de se contracter et d’exécuter les mouvemens involontaires et non percus, par lesquels ils remplissent leurs offices. Il en est de même de la circulation. Haller à la vérité le nie, et dit le cœur indépendant en ses mouvemens de toute influence nerveuse; il argue de ce que la section des nerfs vagues et grands sympathiques au col n’a aucune influence sur les contractions de cet organe. Mais cette expérience n’est pas concluante. D’un côté, les nerfs lésés ne vont pas directement au cœur , ils concourent seulement à former le plexus qui fournit les nerfs cardiaques, et ce sont ceux-ci qu'il aurait fallu
couper. D'un autre côté, il n’est pas étonnant que la section des nerfs vagues et grands sympathiques au cok soit sans influence sur les mouvemens du cœur ; les premiers ne fournissent que la plus petite partie des nerfs cardiaques ; et quant aux grands sympathiques , on ne peut les couper que très-haut ; d’où il résulte que la partie qui est au-dessous de la section peut encore, par le moyen de ses anastomoses avec la moelle spinale, continuer ses offices. Nous convenons qu’on ne peut avoir , pour la fonction de la circulation, des preuves aussi directes que pour les fonctions précédentes : les nerfs cardiaques sont situés trop profondément pour qu'on puisse les couper , et voir quel effet cette section a sur les mouvemens du cœur. Mais à défaut de cette preuve directe, on en à d’autres aussi convaincantes. Si une influence nerveuse ne présidait pas à l’action du cœur, à quoi serviraient les nerfs si nombreux et si gros qui se distribuent à cet organe ?.On ne peut pas dire qu'ils y servent à la production de sensations et de mouvemens volontaires , car le cœur est un organe dont on ne perçoit pas les actions , et sur le jeu duquel la volonté n’a aucun empire. Les nerfs du cœur d’ailleurs sont, comme ceux de l'estomac et du poumon, un mélange de filets venant de la huitième paire et du grand sympathique ; et si ceux-Ci président aux actions de digestion et de respiration, n’estil pas probable que les autres régissent les contractions du cœur? Les effets qu'amènent dans ces contractions les passions et les affections de l’âme, ne sont-ils pas une preuve qu’une influence nerveuse, qui alors est troublée , d'ordinaire les dirige ? Enfin, voici une expérience de Legallois , tout-à-fait convaincante : si sur un animal vivant, on détruit la moelle spinale jusqu’à
une certaine hauteur , le cerveau étant laissé intact, le cœur cesse ses contractions ; ce ne peut être par défaut de respiration, car la huitième paire, intacte , peut commander de même la continuation de cette fonction: il faut donc bien que ce soit par la cessation d’une influence nerveuse , que la destruction de la moelle spinale a rendue impossible. Ainsi déjà ces trois fonctions premières, digestion, respiration et circulation , sont chez l’homme soumises à l’innervation.
Si de ces fonctions nous passons à celles qui ont lieu dans les parenchymes mêmes, nous ne pourrons pas constater directement leur dépendance de l’innervation; les nerfs de ces parenchymes ne sont pas isolés, et l’on ne peut, dans une expérience, les couper, pour voir si leur paralysie en résulte ; mais on la prouve indirectement, par le trouble, les modifications qu’apportent dans ces fonctions les passions , les affections de l’âme. En effet, ces irradiations perturbatrices ne peuvent être propagées du cerveau aux parenchymes des organes que par des nerfs ; et si des nerfs existent dans ces parties, dont les actions ne sont ni senties ni dépendantes de la volonté, ce ne peut être que pour présider à leurs fonctions propres. Or, c’est ce qui est plus ou moins de toutes les fonctions organiques. Évidemment l'état des centres nerveux modifie la circulation capillaire ; on voit la peau rougir ou pâlir dans les passions. Il en est de même de la calorification ; que de variations dans la chaleur animale, selon les divers états de l’âme! La dépendance où est cette fonction d’une influence nerveuse est si évidente, que certains physiologistes n’ont pas craint de faire de cette fonction une des ac-
\ tions propres du système nerveux : nous avons rapporté
LIMITES DE L'INNERVATION. 207 les opinions de Brodie et de Chossat à cet égard. L’influence de l’innervation sur les sécrétions est aussi incontestable. D'abord, on peut la prouver directement à l'égard de certaines sécrétions glandulaires ; en coupant les nerfs d’une glande, on en suspend la sécrétion (Béclard). Ensuite, que de faits nous montrent les sécrétions modifiées par l’état des centres nerveux ! et encore une fois, ces irradiations ne peuvent être apportées que par des nerfs, et des nerfs existant en ces parties , ce ne peut être que pour exercer sur leur jeu une influence quelconque. La sécrétion des larmes s’augmente dans les affections de l’âme. Toutes les sécrétions de l’appareil digestif se tarissent ou s’exaltent, selon que l’imagination se représente le tableau d’alimens qui dégoûütent ou qu’on appète. Celle du sperme est aussi modifiée par les idées qui ont trait à la génération. Quelles variations continuelles de la sécrétion urinaire, de la perspiration cutanée , dans les orages des passions ! Enfin , en voyant l’état des centres nerveux influer sur des fonctions aussi moléculaires, aussi profondes que celles de la circulation capillaire, de la calorification , des sécrétions, peut-on croire qu’il ne modifie pas aussi les absorptions et les nutritions proprement dites ? n'est-il pas d’observation , que les contagions morbifiques sont plus ou moins facilement propagées , selon le degré de crainte ou de sérénité que manifestent les personnes qui s’y exposent ? et, dans l’amaigrissement qu'amène le chagrin, n'est-il pas probable qu'il y a une influence de la passion exercée directement sur la nutrition proprement dite ? Peut-on en douter quand on voit ses effets s’étendre jusqu'aux cheveux, et ces organes blanchir soudain par suite d’une affection morale ? 3
Enfin, les mêmes considérations peuvent s'appliquer aux fonctions de la reproduction. Quelle influence direcle exercée par l'imagination , sur le phénomène de l'érection, qui en ouvre la scène ! Nous citions tout à Fheure la stimulation qu’impriment à la sécrétion spermatique les idées qui ont trait à la génération. Bien qu’on ne connaisse rien de l’acte de la conception, son résultat n’est jamais plus parfait que lorsque toute l’activité de l'être semble concentrée dans l’accomplissement de cet acte : et, si alors une distraction nuit aux qualités du pro: duit, n'est-ce pas une preuve que cet acte est lui-même modifié par l'influence de ce système, universel dispensateur de la vie? Enfin, la grossesse, l'accouchement Pourraient-ils être affranchis d’une influence nerveuse ? Ne sont-ce pas des actes assez élevés dans l’animalité, et étant à l'acte de la reproduction , ce que les fonctions de digestion, de respiration et de circulation sont à celui de la nutrition ? pourquoi les nerfs si gros el si nombreux qui se distribuent à l'utérus ? À coup sûr une influence nerveuse préside à la puissance contractile de la vessie et du rectum, pour l’excrétion de l'urine et pour la défécation ; la section des nerfs qui se rendent à ces organes , ou la destruction de la partie inférieure de la moelle spinale dont ces nerfs proviennent en partie, paralysent ces organes. Pourrait-il n’en pas être de même de la puissance contractile de l'utérus ? M. Brachet rapporte l'observation d’une femme paraplégique, qu'il fallut accoucher avec le forceps, parce que la matrice ne se contracta pas, etqu'iln’y eût pas de douleurs expulsives : cette femme, avant sa paraplégie, avait été enceinte trois fois, et avait accouché naturellement. Le même M. Brachet a coupé chez des lapines la moelle épinière,
De
tantôt immédiatement après l’'accouplement , tantôt au moment même de la parturition : dans le premier cas, les lapines chez lesquelles la gestation eut lieu, moururent sans pouvoir mettre bas; dans le second cas, les contractions utérines se ralentirent et même s’arrêtèrent : quelles preuves plus fortes peut-on donner de la dépendance dans laquelle sont d’une influence nerveuse les contractions de l’utérus, et par conséquent l'accouchement ? Enfin, la question à l'égard de la lactation rentre dans ce que nous avons dit des sécrétions : qui ne sait avec quelle facilité la sécrétion du lait est modifiée par les passions ?
On objectera peut-être, que tous ces faits que nous venons de citer en dernier lieu, prouvent bien que des liens existent entre les parenchymes les plus profonds et le cerveau et les centres nerveux, mais non qu’une influence nerveuse soit exercée constamment sur ces parenchymes et en régisse les fonctions. Mais, puisque les modifications survenues dans les centres nerveux ne peuvent être propagées que dans des divisions de ce système, de ces faits, ne résulte-t il pas déjà que le système nerveux a des expansions jusque dans les parenchymes ? Et dès-lors, à quoi peuvent servir, si ce n’est pour l’innervation, ces expansions dans des organes dont les opérations ne sont ni senties ni volontaires? Répondrait-on que c’est pour unir ces organes aux centres nerveux ? on conçoit la nécessité de ces connexions entre le cerveau et les organes chargés d’une fonction de relation quelconque; mais de quelle utilité seraient-elles ici, où le travail des organes se fait irrésistiblement etsans qu’on en ait conscience ? Il est plus rationnel de croire, que si les passions portent leurs effets jusque dans les pa-
renchymesles plus profonds , c’est parce que le système nerveux a des expansions partout, pour l’accomplissement de l’innervation ; que de penser que s’il existe des expansions nerveuses partout, c’est pour établir des liaisons dont on ne peut comprendre l'utilité. Enfin , n’at-on pas l’analogie des autres fonctions organiques ? évidemment les nerfs des organes digestifs, respiratoires et circulatoires, ne servent pas seulement à unir ces organes aux centres DEFVEUX ; certainement ils en régissent les actions; pourquoi n’en serait-il pas de même des nerfs propres aux parenchymes ? Les actes de la chymifcation, de lhématose, les contractions du cœur, sont-ils des phénomènes plus sentis et plus dépendans de la volonté , que ceux des sécrétions , des nutritions ? et si cependant une influence nerveuse régit ceux-ci, quelle présomption pour croire qu’une influence semblable régit aussi les autres ? Ces dernières considérations rendent, ce me semble, plus probable, l'opinion de ceux qui font de l’innervation üne condition de vie primordiale, et commune à tous les êtres vivans comme à Loutes les fonctions.
$. Ii. Des nerfs qui dispensent l'Innervation.
Nous venons de voir les débats des physiologistes sur les limites dans lesquelles doit être renfermée l'influence nerveuse organique. Ces physiologistes ne sont pas plus | d'accord, quand il s’agit de spécilier quels nerfs la dispensent et en sont les conducteurs ou les producteurs. Presque tous croient que dans les derniers animaux, les mêmes nerfs qui servent aux sensations et aux mouvemens président à l’innervation : on ne peut en effet dans