DES NERFS QUE DISPENSENT L'INNERVATION
certam que dans l’état normal cela n’a pas lieu , et que les actions de nos viscères s’accomplissent sourdement et sans que nous les percevions. Or, puisque le grand sympathique , ce système nerveux spécial , évidemment destiné aux fonctions organiques, n°y sert pas à la production de sensations ni de mouvemens volontaires, on peut déjà conclure par voie d'exclusion, qu'il doit y être l’agent de l’innervation. Il a d’ailleurs pour cet effet toute l'étendue , la dissémination nécessaires; Car, accolé aux artères , il suit ces vaisseaux dans toutes leurs rawifications:; ses filets s'étendent jusque dans le cerveau avec l’arière carotide interne, et jusque dans le placenta chez le fœtus ; de sorte qu’il n’est aucune partie du corps qu’on ne puisse concevoir comme conte nant quelques dépendances de ce nerf. 4° Enfin, ce qui appuie cette conclusion , c’est que le grand sympathique est dans la généralité des animaux, comme dans l’évo- Jution du fœtus humain , la première partie nerveuse qui existe. D’un côté, M. Gall et autres, disent que dans la complication successive que présente le système nerveux dans la série des animaux , le grand sympathique est la partie qui existe la première; que, composant quelquefois à lui seul le système nerveux de l'être, ce n'est que lorsque les animaux doivent développer les fonctions sensoriales, qu'apparaissent la moelle, les nerfs des sens et le cerveau. Or, en ces derniers êtres, c’est évidemment Ini qui à accompli l'innervation, puisqu'il existe seul: et l'analogie dit d'autant plus, que c'est encore lui qui l'accomplit dans les animaux SUPÉTIEUFS ; que certainement il est de toutes les parties de leur système nerveux celle qui ressemble le plus à ces ganglions épars, mais unis par des branches communicantes,
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qui forment.le sysième nerveux des derniers animaux, M. Brachet l'assimile tout-à-fait à la moelle des végétaux , qu'il considère comme le système nerveux de ces êtres. D’un autre côté, selon Ackermann, le grand sympathique est dans le fœtus humain la première partie formée ; on l’a trouvé entier et bien développé dans des fœtus acéphales, chez lesquels n’existaient ni encéphale , ni moelle épinière; et , outre que ce fait prouve que son existence est indépendante de celle de ces centres, comme ces fœtus étaient arrivés à terme et n’avaient aucunes fonctions sensoriales , il est certain que chez eux c'était lui seul qui avait présidé à l’innervation, et qu'il n’a pu y servir qu’à cet office.
D’après cet ensemble de raisonnemens et de faits, Bichat, Reil, MM. Gall, Broussais, et beaucoup d’autres , font le grand sympathique l'agent spécial de l'influence nerveuse organique. Quelque imposante que soit l’autorité de ces grands noms, nous avouerons que leur assertion ne nous paraît pas rigoureusement démontrée. Nous convenons bien avec eux que ce grand sympathique constitue un système nerveux à part: de plus, qu'il est spécialement affecté aux fonctions organiques ; nous reConnaissons même qu'il est le principal nerf qui dispense, aux organes de ces fonctions, l’innervation. Mais de ces faits, s’ensuit-il rigoureusement qu'il soit l’agent exclusif de cette innervation ? pour que cela soit, existe-t-il partout? ne manque-t-il pas au contraire aux artères des membres ? et à ces arières , ses filets ne sont-ils pas remplacés par beaucoup de nerfs du sysième cérébro-spinal? dans les viscères auxquels il se distribue, ne peut-il pas être relatif à quelque autre but; comme de les isoler du cerveau et d'empêcher,
DES NERFS QUI DISPENSENT L'INNERVATION. 217 d’un côté , que les impressions éprouvées par ces organes soient portées au cerveau, el par/conséquent senties ; et, de l’autre, que les volitions cérébrales arrivent à ces organes , et par conséquent ne subordonnent leurs mouvemens à la volonté? À ce titre, on concevrait, et sa distribution presque exclusive aux organes des fonctions nutritives, et sa structure différente de celle des autres nerfs , et son insensibilité dans les expériences et dans l’état normal. Reste donc cet unique argument , que le grand sympathique est la première portion nerveuse qui existe , soit dans l’échelle des animaux, soit dans l’évolution du fœtus humain. Mais ces faits sont-ils bien sûrs ? D’une part, les zoologistes, dans leurs considérations philosophiques, disent que le grand sympathique des animaux supérieurs , de l’homme, est l’analogue du système nerveux ganglionnaire des derniers animaux ; mais ils se contredisent dans leurs descriptions anatomiques ; ils avancent dans ces dernières que le grand sympathique n'existe pas au-delà des animaux vertébrés, et même que son développement, le plus grand possible chez l’homme , va en diminuant de cet être au dernier des poissons. Or, ceci peut-il s’accorder avec l’idée que le grand sympathique est l’agent unique de l’innervation, idée qui nécessite son existence dans tous les animaux, et même dans les végétaux ? et au contraire, ce fait anatomique ne trouve-t-il pas son explication dans d’autres conjectures faites sur ce grand sympathique ; par exemple, celle qu'il lie tous les organes entre eux; ou qu’il isole du cerveau, qui perçoit et ordonne tous les mouvemens volontaires, les organes dont les opérations ne doivent être ni senties ni voulues ? D'autre part, M. Béelard, dit que les ganglions spinaux sont avec leurs
nerfs les premières parties visibles du système nerveux ; et, dans les cas d’acéphalie qui ont offert l'existence du grand sympathique , malgré l’absence de l’encéphale et de la moelle spinale, les nerfs du système cérébrospinal existaient aussi.
L'association que presque tous les physiologistes ont faite , du nerf vague au grand sympathique pour présider aux fonctions organiques, prouve même contre l’idée générale qu’ils ont voulu donner de ce dernier nerf, et le rôle exclusif qu’ils ont voulu lui faire jouer dans l’influence nerveuse organique. Les faits contraignaient à admettre cette association ; le nerf vague se distribue, comme le grand sympathique, aux organes des premières fonctions organiques ; ses filets se mêlent partout à ceux du grand sympathique, et c’est du mélange de ces deux nerfs que sont formés ceux qui vont immédia- ‘ tement vivifier le cœur, le poumon, l’estomac ; son influence sur les actions de ces viscères est telle, que sa section au col les paralyse et amène la mort. Les zoologistes disent même avoir remarqué que ce nerf vague va en augmentant de volume et d'importance dans les animaux , à partir de l’homme, à mesure que par contre le grand sympathique décroit; et qu'au-delà des vertébrés , il finit par être le seul nerf viscéral et le seul nerf dispensateur de l'influence nerveuse organique. Or, ce nerf ne ressemble pas au grand sympathique ; c’est à tort que Reil le disait formé de même d’une série linéaire de ganglions ; il a évidemment la même structure, les mêmes propriétés que les autres nerfs spinaux et encéphaliques ; comme eux il est sensible ; son irritation, comme la leur, excite des contractions dans les muscles auxquels il se distribue; et cependant le voilà reconnu
DES NERFS QUI DISPENSENT L'INNERVATION. 219 dispensateur de l'influence nerveuse organique ! quelle nécessité, dès-lors, d'admettre un système nerveux spécial pour cet effet ? et au moins, n’y a-t-il pas ici contradiction dans les auteurs dont nous discutons les idées ?
A la vérité, plusieurs ont cherché à échapper à cette contradiction, MM. Gall et Brachet, par exemple. Le premier veut qu'on restreigne le nerf vague à ceux de ses rameaux qui vont au larynx, et l'appelle à cause de cela le nerf vocal; il croit que ceux de ses filets qui vont au poumon, au cœur el à l'estomac, lui sont mal à propos rapportés et appartiennent au grand sympathique. Mais, si cela était, la section des nerfs vagues au col ne devrait avoir d’autres effets que celle des grands sympathiques au même lieu ; et cependant, tandis que celle-ci n’a que peu d'influence, au moins laisse survivre long-temps les animaux, l’autre les fait périr promptement , après quelques jours au plus. M. Brachet veut que les nerfs vagues ne président dans les organes intérieurs, qu'aux sensations dont ces organes son le siége, comme le besoin d’inspirer, d’expirer, ceux de la faim, de la soif, ete. ; et que ce soit le grand sympathique qui y régisse les actions organiques proprement dites. Selon lui, la nature a fourni à tous les organes intérieurs , qui ont à développer des sensations, des nerfs du système cérébro-spinal, en même temps que des nerfs du trisplanchnique ; et c’est ainsi, qu'outre les rameaux que recoivent de ce nerf la vessie; le rectum , l’utérus , ces organes en reçoivent de la portion inférieure de a moelle spinale, pour présider en eux aux besoins d’uriner, de la défécation, et aux douleurs de l’accouchement. Sans doute les nerfs vagues président aux sensa-
tions normales de l’estomac et du poumon, comme les nerfs de la partie inférieure de la moelle spinale à celles du rectum, de la vessie et de l'utérus. Les animaux auxquels on a coupé les nerfs vagues ne sentent plus la faim ni la satiété, car ils refusent de manger, ou s’ils mangent, ils le font avec indifférence, et tellement machinalement, qu'ils continuent de le faire quoique l’estomac soit plein. Ils ne sentent pas plus le besoin de vomir, puisqu'on leur donne en vain des émétiques. Chez eux, les sensations d’inspirer et d’expirer sont également anéanties; car si l’on submerge à la fois deux chiens, dit M. Brachet, mais après avoir fait à l’un la section des nerfs vagues, on voit que le premier s’agitera, se débattra jusqu’à ce qu’il soit asphyxié , tandis que l’autre se laissera périr sans lutte, parce qu’il ne sent pas le besoin de l'inspiration. Enfin il est sûr qu’une lésion de la partie inférieure de la moelle spinale , rend la vessie et le rectum inaptes à produire les sensations qui se rapportent à leurs fonctions excrémentitielles. Mais si ces faits prouvent qu’effectivement les nerfs vagues et autres nerfs spinaux président aux sensations des organes auxquels ils se distribuent , n’est-il pas d’autres faits qui prouvent que ces nerfs font encore plus dans ces organes ? D'abord , à quoi serviraient les nerfs vagues dans le cœur, organe qui, dans l’état normal, n’est jamais le siége d’aucunes sensations? Ensuite, par la section des nerfs vagues, sont anéanties , non-seulement les sensations de l'estomac et du poumon, mais encore leurs fonctions de chymification et d’hématose ; Brodie a vu la sécrétion des sucs intérieurs de l’estomac cesser alors de se faire , les alimens rester dans l’intérieur de ce viscère sans y être chymuñés; M. Dupuy dit que c'est