‹ Physiologie de l'homme (volume 5)Chapitre 15 sur 53 · DES NERFS QUE DISPENSENT L'INNERVATION · texte numérisé non relu

DES NERFS QUE DISPENSENT L'INNERVATION

servant à séparer, unir et mêler les différens filets nerveux ; et le grand sympathique ne fut encore pour eux qu’un nerf unique, mais formé par le concours des cinquième et sixième paires encéphaliques et de toutes les paires spinales. Bichat au contraire accueillit et étendit l’idée de Winslow ; il cessa de considérer le grand sympathique comme un nerf unique , et le dit un groupe de plusieurs systèmes nerveux spéciaux , ou de ganglions , ayant chacun leurs fonctions propres, et unis entre eux par des branches de communication. M. Gall adopta tout-à-fait cette manière de voir de Bichat. Il en fut de même de Reil, qui, de plus, établit que Le plexus solaire était aux divers ganglions du grand sympathique, comme un centre, un cerveau ; et qui présenta les deux nerfs grands sympathiques comme embrassant dans une espèce d’ellipse tous les organes intérieurs , et les tenant isolés dans cette ellipse, dans laquelle ne plongeait aucun autre nerf encéphalique que le nerf vague. M. Lobstein, au contraire, reproche à Bichat d’avoir accordé trop d'importance aux ganglions considérés isolément, et d’avoir trop méconnu celle qu’a le nerf dans son ensemble : les ganglions, dit-il, ne sont-ils pas souvent trop petits, relativement à la quantité des nerfs dontils sont supposés l’origine ? on suit d’ailleurs un même cor-

-don à travers plusieurs ganglions. M. de Blainville ,

admettant pour les fonctions organiques des ganglions spéciaux , autres que ceux qui président aux fonctions sensoriales , savoir, le ganglion cardiaque, le semi-lupaire, etc. ; présente le grand sympathique comme un grand appareil nerveux, n’existant que dans les animaux supérieurs, et destiné à unir les ganglions des fonctions organiques qui sont en dedans, avec ceux des

fonctions sensoriales qui sont plus en dehors : nous avons : dit dans le temps, comment il trouvait la connexion de ce nerf avec chacun des ganglions encéphaliques, excep-

té l’olfactif, aussi évidente que celle avec les ganglions spinaux. Enfin , M. Magendie , dégoûté sans doute par

la divergence de toutes ces opinions , va jusqu’à deman- à der si le grand sympathique est bien un nerf, et doit être rapporté au système nerveux.

Sous le rapport physiologique , les dissidences ne sont pas moindres. 1° On dit d’abord le grand sympathique destiné à unir les diverses parties du corps, d’où ce nom de grand sympathique quilui a été donné. En effet, son union, avec plusieurs des nerfs encéphaliques dans la tête, avec le nerf vague dans les organes des premières fonctions organiques, et avec toutes les paires spinales dans la longueur du corps, autorisait assez cette conjecture. Gomme le nombre des organes augmente à mesure que l’animal est supérieur , on concevait , dans cette hypothèse , pourquoi le grand sympathique n'existe que chez les vertébrés , et va en augmentant des animaux à l’homme. Tous les anatomistes qui , avec Scarpa, Zinn, Meckel, n’ont vu dans les ganglions qu'un artifice anatomique, servant à unir, séparer, mêler les filets nerveux, et à influer mécaniquement sur leur distribution , n’ont regardé le grand sympathique que comme un moyen d'union, d'association des organes. 2° D’autres, remarquant que tous les organes auxquels se distribue le grand sympathique, sont ceux dont le à jeu est involontaire et non senti, regardèrent les ganglions de ce nerf comme destinés à isoler du cerveau les organes intérieurs , et tout le nerf comme un appareil d'isolement. Les ganglions, en arrêtant les impres-

DES NERFS QUI DISPENSENT L'INNERVATIOX. 295 sions éprouvées par les organes intérieurs, et en les empêchant d’arriver au cerveau , faisaient que ces impressions n'étaient pas senties ; et de même, en arrétant les volitions cérébrales et les empêchant d’arriver jusqu'aux organes intérieurs , ils rendaient le jeu de ceux-ci indépendant de la volonté. Si le grand sympathique , outre les nombreux ganglions dont il est parsemé , avait encore une texture différente de celle des autres nerfs , c'est qu'en restant apte à produire l’innervation, il devait cesser d’être conducteur des impressions sensitives et des volitions cérébrales. Cependant cet office d'isolement n'était réel que dans l’état normal : dans certains cas d’exaltation , soit des organes intérieurs, soit du cer- Veau, le grand sympathique ne s’opposaii plus à la communication ; d’un côté, les impressions éprouvées par les viscères étaient propagées jusqu’au cerveau qui en avait la perception, ou qui au moins était troublé par elles dans son travail propre ; et, d’un autre côté, les irradiations cérébrales arrivaient jusque dans les viscères, comme dans les passions. Ainsi s’expliquait : pourquoi, dans les cas ordinaires , le jeu des organes intérieurs n’est ni senti, ni dépendant de la volonté: et pourquoi, dans d’autres cas, il y a des irradiations continuelles des organes intérieurs sur le cerveau, et du cerveau sur les organes intérieurs. C’est dans ces dernières circonstances qu’on faisait jotter un rôle au plexus solaire , appelé centre épisastrique, cerveau abdominal, soit comme point de départ des irradiations qui allaient perturber le cerveau, soit comme terme de celles’ par lesquelles le cerveau perturbait les organes intérieurs. Dans cette hypothèse, on concevait encore pourquoi le grand sympathique était plus développé dans les animaux su-

igo 13

périeurs; à mesure que le cerveau avait acquis plus d'importance , la nature avait dû rendre plus complet l'appareil d'isolement destiné à arrêter les irradiations de ce centre sur les organes intérieurs. 3° Dans une troisième hypothèse , on considère les ganglions du grand sympathique, ou comme des centres nerveux spéciaux destinés à développer par eux-mêmes l’action nerveuse nécessaire à chaque fonction, ou comme des appareils destinés à coercer, rassembler celle qui dérive de la moelle spinale ou de l'encéphale, et à influer sur sa distribution. C’est ainsi que Bichat , M. Gall, ont fait de chaque ganglion un centre d'action affecté chacun à une fonciion organique spéciale; s'appuyant de l’analogie des derniers animaux dans lesquels chaque ganglioà est si bien indépendant, que ces animaux, coupés en autant de morceaux qu'il y a de ganglions , deviennent autant d’êtres distincts. C’est ainsi que d’autres, sans admettre dans les ganglions une indépendance aussi absolue , ont considéré ces corps comme servant à accumuler en eux l’influx nerveux, et à influer sur sa distribution. 4° Enfin, beaucoup de physiologistes ont fait jouer à la foisaux grands sympathiques ces divers usages. M. Béelard , par exemple , dit que les ganglions ont le double usage ; d’un côté, d'arrêter l'influence du centre nerveux sur les organes intérieurs, et d'empêcher la transmission des impressions aw centre, pour que les fonctions intérieures soient isolées des extérieures; et d’un autre côté, de rassembler la force nerveuse qu'ils puisent dans la moelle ou développent eux-mêmes , pour la communiquer convenablement aux nerfs et aux organes auxquels ceux- ci se distribuent. De même, MM. Broussais, Lobstein font du grand sympathique,

DÉS NERFS QUI DISPENSENT L'INNEMVATION. 297 “on-seulement le moteur de toutes ies fonctions organiques, mais encore l'intermédiaire entre le cerveau et les viscères, le moyen par lequel ceux-ci expriment au centre de perception tous leurs besoins , etenfin le grand agent de toutes les sympathies. Certainement , il n’est aucun de ces usages attribués aux grands sympathiques, qui ne paraisse plus ou moins vraisemblable , qu’on ne puisse appuyer sur quelques faits, sur quelques analogies ; mais certainement aussi, il n’en est aucun qu’on puisse dire complètement démontré,

C'est en vain qu’on a cherché à s’éclairer ici par des expériences sur des animaux vivans. Bichat dit, qu'ayant coupé au col, sur des chiens , les deux nerfs grands symphatiques, ces animaux non-seulement survécurent indéfiniment , mais même ne présentèrent aucuns troubles sensibles dans leurs fonctions. M. Magendie dit avoir impunément enlevé tous les ganglions du col, et les premiers ganglions thoraciques. M. Dupuy, professeur à Alfort, a, de concert, avec MM. Dupuytren et Breschet, extirpé, sur des chevaux, les ganglions gut turaux des grands symphatiques de l’un et de l’autre côté du col ; un resserrement de la pupille , une rougeur de la conjonctive, furent les phénomènes qui se présentèrent d’abord ; les animaux ensuite maigrirent sensiblement ; il survintuneinfiltration générale des membres, une éruption de gale sur toute la peau; et enfin, après un, deux et souvent trois mois, les animaux périrent. Sans doute la mort ne pût ici être attribuée qu’à la section des nerfs, et prouve par conséquent l'influence de ces nerfs sur les fonctions nutritives ; cependant elle fut bien plus tardive que celle qui suit la section des nerfs vagues, et conséquemment l'expérience est

228 DE L'INNERVATION, moins décisive. Du reste, il est facile d’en donner les raisons. Les grands sympathiques ne peuvent être coupés qu’au col; partout ailleurs , ils sont situés trop profondément. Or, leur section au col ne les lèse que légèrement, et ne doit avoir que des résultats faibles ou éloignés. Dit-on, en effet, avec Bichat, ces nerfs une suite de ganglions indépendans? on conçoit que ceux de ces ganglions qui sont situés au-dessous de la section et qui sont les plus importans , Ont dû continuer leurs offices. Les dit-on au contraire un sseul système? après leur section au col, il leur reste assez de liaison, et avec l'encéphale par la huitième paire , et avec la moelle spinale par le dernier ganglion cervical et les ganglions thoraciques , pour qu’ils puissent exercer leur influence sur les organes centraux de la vie, le poumon et le cœur. Toutefois , bien qu’on ne puisse faire un choix absolu entre toutes ces hypothèses, il en résulte toujours que le grand sympathique est un système nerveux spécial , affecté aux fonctions organiques , indispensable à leur . accomplissement, et dont l'étude devait se rattacher à celle de ces fonctions organiques. Arrivons à une troisième queslion relative à l’innervation, celle de la source dont elle émane.

$. III. Sources de l’Innervaton.

Presque tous les physiologistes placent la source de l'innervation dans les grands centres nerveux , l’encéphale et la moelle spinale, et ne considèrent les nerfs que comme de simples conducteurs. L’analogie et des faits directs viennent en effet à l'appui de cette opinion. D'un côté, les nerfs dans les autres actions nerveuses

Si”

ne sont évidemment que conducteurs, soit des impressions sensitives , soit des volitions. D’un autre côté, que les centres nerveux soient lésés, ou seulement que la communication avec eux soit détruite par la section ou la ligature du nerf qui l’établit, il n’y a plus d'influence nerveuse produite, et les organes meurent, quand bien même la lésion ne serait pas de nature à arrêter les mouvemens du cœur. Cependant Reil, Prochaska ont conjecturé , qu'outre l’influx nerveux évidemment fourni par les centres nerveux, chaque nerf avait le pouvoir de sécréter lui-même le fluide, quel qu'il soit, qui Le constitue. Îls arguaient, 1° de ce qui est dans les derniers animaux, chez lesquels chaque partie nerveuse est si bien apte à produire l’innervation, que chaque fragment détaché du corps peut continuer de vivre; 2° de ce qui est dans les embryons des animaux supérieurs eux-mêmes, chez lesquels les expansions nerveuses sont développées avant les centres; 5° de ce qu’un nerf coupé et conséquemment séparé des centres, continue de provoquer , quand on l’irrite, des contractions de muscles jusque dans ses ramifications dernières; 4° enfin, de la persistance qu’on observe encore dans les fonctions or-

ganiques dans les morts subites, après la destruction

des centres nerveux. (C’est afin de fournir à cette sécrétion nerveuse, disent-ils, que les nerfs reçoivent tant de vaisseaux artériels » et en sont partout pénétrés. Plusieurs modernes ont adopté cette manière de voir de Reil et Prochaska. Nous citerons M. Broussais F qui dit que les nerfs jouissent en tout lieu de jeur forcs et de leurs propriétés ; qu’ils ne les empruntent point au cerveau , et qu'ils ne communiquent avec cet organe que pour la correspondance. Legaliois penchait aussi pour

Pise

cette opinion, bien qu'il eût vainement cherché à la démontrer par l'expérience suivante : il mit à nu dans un jeune chat les nerfs vagues au col , et détruisit dans une étendue aussi grande qu’il lui fut possible tous les vaisseaux qui S'y rendent , espérant que si ces nerfs sécrètent eux-mêmes le fluide nerveux par lequel ils agissent, ces nerfs ne recevant plus le sang duquel ils le retirent , l'animal manifesterait les mêmes eflets que ceux qui résultent de la section de ces nerfs ; cela n’arriva pas, et la respiration resta facile. Il est certainement possible que les nerfs soient, non-seulement conducteurs , mais encore un peu producteurs de l’influx nerveux, quel qu'il soit: ne voit-on pas l’irritation artificielle d’un nerf amener des contractions musculaires , quand lirritation du centre nerveux auquel aboutit ce nerf ne suffit plus pour amener ce résultat? Mais certainement dans les animaux supérieurs chez lesquels la vie est centralisée , la principale source de l'influence nerveuse est dans les centres ; et si l’on veut que chaque nerf sécrète le fluide nerveux qu’il emploie, comme il faut reconnaître qu'il est, dans cette action de sécrétion, subordonné à l’état des centres, c’est comme si l’on disait qu'ilreçoit de ces centres l'influx nerveux. Il est certain, en effet, que, dans les animaux supérieurs, la centralisation de la vie n’est pas établie seulement par le concours des fonctions organiques supérieures qui servent à faire le sang, ce stimulus indispensable de toute vie; mais qu’elle résulte encore de la liaison qui est établie entre toutes les parties nerveuses, et de la dépendance dans laquelle sont toutes ces parties nerveuses d’une partie centrale qui fonde tout-à-fait l’individualité de l’être. A l'article des connexions des divers organes entr’eux, nous recher-

cherons quelle est la parlie nerveuse centrale, et dans quel degré lui sont subordonnées toutes les autres; nous verrons que cela variera selon l’espèce animale, et selon l’âge.

$. IV. Essence de l’Innervation.

Enfin , en quoi consiste cette innervation, que nous venons deprésenter comme une condition non moins nécessaire à la vie des organes que celle du sang qui les nourrit, et qui peut-être est la première el l'unique , 61 lé sang ne sert qu’à fournir au système nerveux les matériaux avec lesquels il la produit? On est ici dans la plus complète ignorance. L'action n’est-elle pas moléculaire , et conséquemment hors la portée d’aucun sens ? Avons-nous pu pénétrer toute autre action nerveuse ? et pouvons-nous en savoir plus sur celle-ci, dans laquelle réside peut-être tout le secret de la vie? La science ne peut jusqu’à présent offrir sur ce fait premier de physiologie, que des conjectures plus ou moins fondées. On avait pu appliquer quelques hypothèses mécaniques au jeu des nerfs, pour la transmission des impressions sensitives et des volitions cérébrales; par exemple , supposer des vibrations dans leurs fibrilles élémentaires, dans les globules qui les composent. Mais ici on a plutôt supposé un fluide , du genre des fluides impondérables de là nature , et étant à la production des phénomènes vitaux, ce que le calorique, le fluide électrique sont, dans la physique générale, aux divers phénomènes qu’on leur rapporte. N'est-ce pas en effet aux fluides impondérables que, dans la natu'e générale, sont dus les plus importans phénomènes ? et quelle présomption pour qu'il en soit de même dans la nature organisée ?

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Cette hypothèse, qui fut celle admise dès les premiers temps de la science , est encore celle à laquelle on s’arrête aujourd’hui ; et depuis Aristote jusqu’à M. Cuvier, on voit presque tous les savans rapporter à l'influence d'un fluide nerveux, tour à tour appelé pneuma , ciher, âme sensitive, esprits animaux, fluide électrique, galvanique , etc., tous les phénomènes de la vie. Mais les opinions sur ce qu'est ce fluide sont très- diverses. Nul doute que le système nerveux en soit l’agent sécréteur , ou du moins l’unique conducteur dans l’économie. Mais est-ce un fluide impondérable spécial aux êtres vivans ? ou est-ce un de ceux admis dans la physique générale , le fluide électrique, par exemple, ou le calorique, mais modifié par une action particulière du système nerveux, et par conséquent produisant cet ordre de phénomènes nouveaux dont l’ensemble constitue la vie ? C’est ce qu’on ignore, et ce que chacun a conjecturé tour à tour, M. Lamarck admet que la cause excitatrice de la vie est répandue dans les milieux divers dans lesquels sont plongés les êtres vivans; que , pour les plus simples de ces êtres , cette cause , qui est probablement un mélange de lumière et de fluide électrique, pénètre sans cesse du milieu ambiant dans le corps de ces êtres, pour y entretenir la vie, et même pour la commencer; mais, qu'indépendamment de ce qui leur en est fourni par le milieu ambiant , les animaux supérieurs ont en eux un moyen de la développer toujours. M. Cuvier fait sécréter du sang ce principe, par l’action du système nereux; el, des modifications qu’amènent dans sa composition chimique les différens agens extérieurs, résultent tous Les phénomènes de la vie: bien qu’émané du sang, c'est son influence qui fait agir les vaisseaux qui sont

ESSENCE DE L'INNERVATION, 233 les conducteurs de ce fluide ; de sorte que du rapport réciproque des vaisseaux et des nerfs, dépend Îe degré d'intensité des acies vitaux.

Quant à la question de savoir, si le fluide nerveux, au lieu d’être un fluide spécial, n’est pas seulement un des

fluides impondérables connus, mais modifié par des

conditions qui sont encore à découvrir, la plupart des physiologistes ont penché pour ceite opinion, tant à cause de l'unité de plan qu’il est raisonnable d'admettre dans l’ordonnance de tout l'univers , qu’à cause des faits nombreux qui semblent montrer , eñtre Les fluides neryeux et galvanique, sinon une identité complète, au moins beaucoup d’analogie. D’un côté, bien que dans l’état actuel de la science tous les phénomènes vitaux ne soient aucunement explicables par les lois physiques et chimiques générales, il est probable cependant que ces phénomènes ont pour moteurs les mêmes agens que les phénomènes physiques; avec cette addition seulement que ces agens, ou sont plus nombreux, ou ont subi quelques modifications, en un mot, se trouvent dans quelques conditions nouvelles, dont la découverte serait celle de la vie. Beaucoup de physiologistes de l’époque actuelle présument, que les lois de la vie re sont que les lois physiques générales modifiées ; et dès-lors, ils s’efforcent , par une investigation et une comparaison continuelles de la nature morte et de la nature vivante, de pénétrer en quoi consistent ces modifications. D’un autre côté, beaucoup de faits que nous allons rapporter montrent de l’analogie entre les fluides nerveux et gal-

vanique.

1° [l'est remarquable que Le système nerveux, qui es évidemment l'agent sécréteur, l’unique conducteur

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du fluide de ce nom, est aussi le seul qui se monire sensible au galvanisme , quand ce galvanisme est appliqué au corps des animaux, soit vivans , soit morts. On a même, par ce fait seul , soupçonné d’abord, ensuite découvert dans des animaux, des nerfs qu'on n’y Supposait pas auparavant. 2° Le fluide galvanique , appliqué après la mort à des nerfs, a déterminé, dans les muscles auxquels se distribuent ces nerfs, des contractions analogues à celles qu'y provoquent la volonté ou leurs excitans propres. Depuis le jour où le hasard présenta pour la première fois Ce phénomène à Galvani, il a été constaté par un grand nombre d’expérimentateurs , Bichat, Aldini, M. de Humboldt , etc. ; et les faits que nous pourrions citer ici se présentent en foule. Peu sont aussi remarquables que ceux qu'a communiqués, à la société littéraire de Glascow, le docteur Ure : sur le cadavre d’un meurtrier , âgé de trente ans, et mort du supplice de la potence, ce médecin a fait contracter violemment tous les muscles du corps , en appliquant les deux conducteurs d’une pile voltaïique composée de deux cent soixante-dix paires de plaques, l’un à la moelle épinière au col , et l'autre au nerf sciatique à la hanche ; en opérant sur le nerf phrénique , il détermina une véritable respiration ; et en agissant sur le nerf susorbitaire au front, il fit produire aux muscles de la face les expressions les plus diverses. 3° En remplaçant, lors de la section d’un nerf, l’influx nerveux par un courant galvanique , on a prévenu la paralysie des organes auxquels le nerf coupé se distribue, et on à vu leurs fonctions continuer. Ainsi Wilson Philip a vu , comme nous Vavons dit dans le temps, que lors de la section des nerfs vagues , s’il faisait passer un courant galvanique

ESSENCE DE L INNERVATION, 295 par le nerf, la chymification n’était pas suspendue, et la respiration ne manifestait pas la gêne qui suit d’ordinaire cette section. MM. Edwards et Levasseur ont vérifié ce fait à Paris. Ce même Wilson a constaté la même puissance d’un courant galvanique à l'égard des sécrétions , de la calorification. Ainsi, de même que le fluide galvanique produit sur les muscles pendant la vie et après la mort la même influence que l’influx nerveux , de même il paraît pouvoir remplacer cet influx nerveux pour d’autres actes organiques , la chymification , l’hématose , etc. : appliqué aux nerfs des sens, il excite aussi Ja production des sensations qui leur sont propres; et dès long-temps, Sulzer avait annoncé qu'ayant placé deux métaux différens , l’un au-dessus et l’autre au-dessous de la langue, et les ayant ensuite fait communiquer , l'individu soumis à l’expérience avait éprouvé une sensation de saveur. 4° Non-seulement le fluide galvanique a remplacé le fluide nerveux et entretenu les mouvemens vitaux, mais le système nerveux seul a développé en de certains cas le galvanisme , et avec lui tous ses effets. Aldini, au lieu de faire dans ses expériences communiquer le nerf et le muscle par un arc métallique, les à mis dans un contact immédiat, et il a vu les contractions survenir ; il fallait seulement que les parties eussent plus de vitalité; le phénomène à eu lieu sur des animaux à sang chaud, chien, chat, comme sur des animaux à sang froid. 5° Des animaux développent de véritables phénomènes électriques ; la torpille, par exemple , et surtout l’anguille tremblante de Surinam , gymnotus electrieus. Or, l'organe qui en eux est l'instrument de leur action électrique , non-seulement a une structure qui est assez analogue à une pile de Volla, est

formé d’un double étage de cellules ou tubes aponévrotiques, remplis d’une humeur gélatineuse et albumineuse, et contigus supérieurement et inférieurement à la peau de l’une et l’autre surface du poisson; mais encore cet organe est très-riche en nerfs qui se distribüent à chacun des tubes, et la section de ces nerfs le paralyse, comme si ces nerfs étaient ici ce qui produit le dégagement du fluide. 6° Selon certains physiologistes, plusieurs phénomènes vitaux peuvent être dits des phénomènes électriques; et, par exemple, MM. Dumas et Prévost viennent de présenter comme tels la contractilité musculaire : établissant que la fibre musculaire , au moment de sa contraction , se fléchit en zigzag, et que les angles de flexion sont toujours situés aux mêmes points , et là où les filets nerveux coupent les fibres à angles droits ; ils conjecturent, que cette contraction est due au passage d’un courant électrique dans ces filets nerveux, et à leur rapprochement, consécutivement aux lois connues des actions électro-dynamiques. 7° Enfin, il est entre les fluides nerveux et électrique des analogies, qui jusülient le rapprochement que les faits précédens ont fait établir entre eux. Ainsi, le fluide électrique agit un peu à distance, s’élançant de ses conducteurs sur les corps, avant que ceux-ci soient au contact ; el il en est de même du fluide nerveux. Dans les expériences dans lesquelles on a coupé les nerfs pour arrêter l’influx nerveux, on a vu celui-ci continuer d’être propagé, si Les deux bouts du nerf coupé restaient en contact ou même n'étaient que peu éloignés ; tandis que le courant nerveux était arrêté, si l’on avait retourné les deux extrémités du nerf coupé. M. Desmoulins vient d'avancer que les nerfs encéphaliques et spinaux, sauf l’olfactif et l'optique, ne

BSSENCE DE L'INNERVATION. 257

sont pas continus à l’axe cérébro-spinal , mais seulement sont juxta-posés à cet axe, de sorte que pour l’exécution de leurs fonctions, il faut bien admettre une transmission à distance : cette disposition anatomique est surtout, dit ce naturaliste, évidente dans les poissons. Une autre analogie est que le fluide électrique forme commeune atmosphère autour de ses conducteurs ; et plusieurs physiologistes, Reil, M. de Humboldt disentque cela est aussi du fluide nerveux. Æeil avait supposé cette atmosphère pour expliquer la sensibilité des parties dans lesquelles les extrémités nerveuses n’avaient pas paru pénétrer; et M. de Humboldt l'a admise en ce que, dans les expériences galvaniques, il n’était pas absolument nécessaire, pour déterminer la contraction, que l’arc métallique touchät le muscle, mais qu'il suflisait qu'il en fût rapproché de la distance d’une ligne. Enfin, l'intensité des phénomènes électriques est en raison de l'étendue des surfaces desquelles le fluide est dégagé; et de même les phénomènes nerveux sont, pour {eur énergie, en raison de l'étendue des épanouissemens nerveux auxquels ils se produisent. M. Desmoulins a fait voir, que la vision était d'autant plus étendue que la rétine offrait plus de plis intérieurs; que l'intelligence était en raison , non du volume et de la masse du cerveau, mais de l'étendue des surfaces externe et interne de cet organe, c’est-à-dire de celle des circonvolutions en dehors , et des ventricules en dedans; et, d’après ces faits et plusieurs autres, ce naturaliste a admis cette loi, que l'énergie de l’action nerveuse est toujours proportionnelle à l’étendue des surfaces nerveuses.

Sans doute, ces divers faits sont propres à justifier jusqu'à un certain point, un rapprochement entre les

fluides nerveux et électrique ; et en faisant ce rapprochement , les physiologistes imitent les physiciens , qui s’efforcent de ramener tous les phénomènes à un moteur unique, venant de rattacher le magnétisme à l’électricité, comme ils l'avaient fait déjà du galvanisme. Mais, cependant, loin d’imiter ceux qui {ont de l’encéphale et de la moelle spinale de purs électro-moteurs, nous ne présentons tout ceci que comme conjecture. Si un courant galvanique a, lors de la section des nerfs, entretenu les fonctions , ce n’a été.que pendant un temps fort court; et le fluide galvanique a pu n’agir ici que comme stimulus, déterminant. le développement de la portion d'influence nerveuse qui n’est pas encore éteinte. Nous bornant donc ici à rappeler ce qui a été présumé, et les faits d’après lesquels on a établi de premières suppositions , NOUS attendons, pour prononcer, que le temps ait apporté de nouvelles lumières, reconnaissant toute la difficulté du problème, mais ne désespérant pas de la possibilité de le voir résoudre.

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