ARTICLE I
Des parties annexes du Fœtus.
On appelle ainsi les parties de l’ovule qui en constituent les parois, qui l’attachent à l'utérus , l’unissent au fœtus, et servent à la nutrition et à l’accroissement de cet être. Elles consistent : 1° en deux membranes qui font les parois de l’ovule, concentriques l’une à l’autre 4 l’une en dehors , qu’on appell) le chorion , l’autre, intérieure , remplie d’un fluide dans lequel est plongé le fœtus, qu’on appelle l’amnios; 2° d’une masse spongieuse , Yasculaire, circulaire , située en dehors du chorion, dans le quart de l’étendue de l’ovule, qui est le moyen d'implantation de l’ovule dans l’utérus, et qu’on appelle placenta ; 5° d’un cordon de vaisseaux , étendu
de ce placenta au fœtus par l’ombilic duquel il pé=.
nètre, qui est le grand moyen d’union de la mère à l’en-
fant , et qu’on appelle cordon ombilical; 4° d’une vésis,
cule pleine d’un liquide supposé nutritif, communiquant avec l'intestin du fætus, qu’on assimile au jaune de l'œuf des ovipares, et qui est nommée vésieule ombilicale ; 5° enfin, d’une autre vésicule qu’on n’admet dans l'œuf humain que parce qu’on la trouve dans celui des
autres mammifères, et qu’on appelle allantoide. 4 la description que nous allons donner de ces diverses”
parties , on verra qu’elles n’existent pas toutes en même temps , et qu'à mesure que quelques-unes se détruisent, d’autres se forment.
Chorion. Le chorion est la plus extérieure des membranes qui forment l’enveloppe de l’ovule. Distincte , dit
M. J’elpeau, dès le douzième jour après la conception , elle est alors fort épaisse, opaque, résistante, plus large
que l’amnios qui est dans son intérieur, et velue et to-
menteuse à ses deux faces. En dehors elle correspond à la membrane caduque, dont nous avons fait l’histoire à l'article de la grossesse. Si on admet le mode de forma tion de cette membrane indiqué par M. Chaussier, elle en est complètement entourée; si au contraire on admet celui indiqué par MM. Moreau et Velpeau , elle ne lui correspond que dans les trois quarts de son étendue, et dans l’autre quart, qui est celui où se développera le placenta, elle est en contact avec l’utérus lui-même. Selon ces derniers, le cercle que trace sur l’ovule, sur le chorion , la caduque réfléchie, marque dès l'origine le lieu où se formera le placenta, et l'étendue qu’aura cet organe. À cette surface externe, le chorion est hérissé de villosités vasculaires , de granulations , sur lesquelles nous reviendrons à l’occasion du placenta. Ges villosités, dans toute la portion de l’ovule qui correspond à la caduque, servent à le faire adhérer à cette membrane ; mais dans la portion qui correspond à l'utérus , elles se développeront pour constituer le placenta. A sa face interne , le chorion correspond à amnios ; dans les premiers temps de la vie, un liquide séreux sépare ces deux membranes , mais, Vers trois mois, il a disparu , et elles
+ alors en contact immédiat. Hewson, Bojanus,
Dutrochet, disent que le chorion est, dans son ori- | gine, bifolié; et nous verrons que plusieurs feront provenir le placenta du dédoublement de ses lames, et du développement des vaisseaux qui rampent entre elles. M. Velpeau, au contraire, prétend qu'il est toujours unifolié, et que, sur des ovules de quinze jours comme
oo VIE INTRA-UTÉRINE.
sur des ovules à terme, il n’a jamais pu le séparer en lames , même après l’avoir fait macérer préalablement. Ge qui, selon lui, a induit en erreur les anatomistes qui \ ont dit le contraire, c’est qu'il se forme, entre le chorion et le placenta, lorsque celui-ci est développé, une concrétion membraniforme assez épaisse, et qu’on peut séparer en plusieurs feuillets. Gomme c’est en dehors du chorion que le placenta se développe , ainsi que nous le verrons, celle membrane revêt la face fœtale de cet organe , et même se réfléchit sur le cordon ombilical, et va avec ce cordon jusqu’à l’ombilic du fœtus, où elle se confond avec le derme de la peau de cet être, dont elle est ainsi une dépendance. Du moins, c’est ce qu’assure M. f’elpeau; non qu'il ait pu par la dissection isoler le chorion et le poursuivre jusqu’à ce point d’union; mais il a pu faire cette dissection à l’égard de l’amnios ; et au - dessous, il a vu nettement le chorion se continuer jusqu’à la peau de l’abdomen. À mesure que la grossesse avance , le chorion perd de son épaisseur, de sa ténacité, de sa densité. À terme, il n’est plus qu’une membrane mince, transparente , incolore , beaucoup plus fine que l’amnios. Selon Jaller et Blumenbackh , il est entièrement sans vaisseaux; selon Wrisberg, il en recoit des troncs ombilicaux du fœtus ; et selon Sandifort, de la membrane caduque. | Amnios. Gette membrane, concentrique à la précé# dente , est remplie d’un liquide séreux, et contient im- | médiatement le fœtus. Dans les premiers jours de la vie intra-utérine , elle est mince, transparente , facile à déchirer , et assez semblable à la rétine. N’adhérant d’abord au chorion que par un point qui répond à l’abdomen du fœtus , elle en est, jusqu’à trois mois, séparéa
ANATOMIE DU FOETUS, 4o1 dans le reste de son étendue par un fluide que nous avons déjà mentionné , et qu’on appelle fausse eau de l'amnios ; mais à cette époque, les deux membranes se mettent en contact, et adhèrent par des filamens celluleux très-déliés ; cette adhérence est faible, sinon au placenta et au cordon. Avec le temps , l’amnios prend de l'épaisseur, de la résistance; et à terme cette membrane est plus épaisse, plus ténace que le chorion, élastique, demi-transparente , d’une couleur blanche, comme laiteuse. À yant la même étendue que le chorion, elle s’étend, ainsi que lui, sur le placenta, sur le cordon; et à l’ombilic du fœtus, elle se confond avec l’épiderme de la peau de cet être. M. F’elpeau assure être parvenu à la détacher du placenta , du cordon, et à se convaincre de sa dérivation de l’épiderme. Cette membrane a-t-elle des vaisseaux ? /Zaller le croyait, pour avoir vu ramper en elle une branche de l’artère ombilicale , avant son arrivée au placenta ; d’autres l’ont pensé aussi, à cause du liquide qu’elle contient et qu'on a dit sécrété par elle. Mais alors, ces vaisseaux viennent-ils de la mère ou du fœtus ? Selon les as, des vaisseaux de la mère passent de l'utérus à la caduque, de celle-ci au chorion, et enfin du chorion à l’amnios ; mais en examinant les villosités , les filamens qui unissent l’utérus à la caduque, la caduque au chorion, et le chorion à l’amnios, leur
en devient de plus en plus douteuse, à mesuré
qu'on arrive à un point plus intérieur. Il est plus probable que les vaisseaux viennent du fœtus. Cependant on ne peui faire à cet égard que des conjectures. A la
vérité, Monro dit qu'ayant injecté de l’eau tiède dans
les artères ombilicales du fœtus, cette eau suinta en
. -gouttelettes à la surface de l’amnios; mais Wrisberg a
le J 26
vu l'injection s'arrêter entre le chorion et l’amnios ; et M. Chaussier a obtenu le même résullat que Monro, en injectant les vaisseaux de la mère.
L'’amnios contient un liquide séreux, dont la quantité relative est d'autant plus grande que le fœtus est plus jeune ; son poids, par exemple, est déjà de plusieurs gros, quand celui du fœtus n’est encore que d’un à deux grains. Dans l'origine, cette humeur est claire, transparenie ; mais, à terme, elle a une couleur laiteuse , qu’elle doit à des flocons d’une matière caséeuse qu’elle tient en suspension. Elle a alors une saveur salée, une odeur de sperme, un toucher visqueux et gluant. Elie n’est plus au fœtus que dans la proportion d’un tiers, et sa quantité absolue est d’une livre et demie à deux livres. On ignore quelle influence a, sur sa quantité, la constitution , soit de la mère, soit de l'enfant. M. Vauquelin y à trouvé pour élémens : de l’eau, 98,8; de l’albumine, de l’hydrochlorate de soude, de la soude, du phosphate de chaux et de la chaux, 1,2. M. Berzelius y a signalé aussi de l’acide hydrophtorique ou fluo. rique. Suivant Scheel,elle contigndrait de l’oxigène à l’état libre ; M. Lassaigne crut d'abord y avoir trouvé les 4/13x en volume , d’un gaz composé à peu près comme l'air atmosphérique ; mais l'expérience , refaite avec soin par ce chimiste et par M. Chevreul, n’a plus démontré que
la présence d'un gaz composé d'acide carbonique ct
d'azote ; et il faut de nouveaux travaux, pour affirmer l'existence de l’oxigène dans l’eau de l’amnios.
D’où vient cette humeur? Les auteurs sont divisés. Les uns la font provenir de la mère , les autres du fœtus. Haller lattribuait à la mère, la faisant sourdre de l’utérus à travers les membranes, par des voies inconnues.
ANATOMIL DU FŒTUS, 403
Scheel, Lobstein, lui assignent la même origine, Mai$ la disent sécrétée par la membrane amnios, sa sécréton dans cette membrane étant alimentée par les vaisseaux qui arrivent de l'utérus : les vaisseaux qui, de cet organe vont à la caduque, leur paraissent trop abondans, pour ne servir qu’à la nutrition de cette membrane , et ils présument qu'ils vont au-delà fournir dans l’amnios, à la secrétion dont il s’agit. Vanden- Bosch, au contraire, fait provenir des vaisseaux ombilicaux, et par conséquent du fætus, le sang qui alimenterait cette sécrétion. Le doute dans lequel on est ici, lient à celui dans lequel on est relativement à la source réelle des vaisseaux qui vivifient la membrane, car il est très-probable que c’est elle qui est l'agent sécréteur : nous avons déjà dit que des injections faites dans les artères ombilicales et utérines, parvenaient également dans la cavité de l’amnios. Pour prouver que la liqueur de l’amnios provient de la mère, on a dit que celte liqueur participait de l’état des humeurs de la mère; que, par exemple, on y avait trouvé du mercure dans une femme soumise à un traitement antivénérien : mais ce fait s'accorde aussi avec Fopinion qui en place la source dans le fœtus, à moins que ce fœtus ne soit mort. Considèrera-t-on cette liqueur, ainsi qu’on l'a fait, comme le produit de la transpiration du fœtus , comme son urine ? Mais sa quantité est d'autant plus grande, que le fœtus est plus petit. M. Yeckel, croit qu’elle provient principalement de la mère; mais qu’au terme de la grossesse, elle est en partie fournie par le fœtus.
Placenta. On nomme ainsi une masse molle, spongieuse, vasculaire , développée dans un point de la sur-
face du chorion, adhérant d’une part à l'utérus, et communiquant de l’autre par le cordon vasculaire, dit ombilical, au fœtus. Aux premiers jours de la vie intrautérine, ce placenta n'existe pas; on ne voit sur toute la surface externe de l’ovule, du chorion, que ces villosilés, ce tomentum, ces granulations qui doivent , dans la portion de l’ovule qui correspond à la caduque, établir ladhérence avec cette membrane, et dans celle qui correspond à l'utérus , fermer l'organe dont il s’agit ici. Du reste , à raison dela dissidence des opinions sur le mode de formation de la membrane caduque, les auteurs sont aussi dissidens sur celui du placenta. 1° Selon les uns, les villosités, qui d’abord sont répandues uniformément sur toute la surface externe du chorion, se rassemblent graduellement de tous les points de cette surface en un seul, pour y former conjointement avec d’autres vaisseaux qui viennent de l’utérus, et qui traversent la caduque, le placenta. Ce corps, par conséquent, a une étendue d’autant plus grande, qu’on est plus près du commencement de la vie; occupant d’abord les trois quarts, puis les deux tiers, la moitié de la surface du chorion, il arrive à n’en occuper plus que Le tiers : mais , en compensation , très-mince d'abord ,il devient de plus en plus épais et dense. Les vaisseaux qui le forment , ont évidemment deux origines ; les uns pro-
viennent des villosités du chorion, et s'offrent d’abord :
sous l'apparence de divisions vasculaires , sembiables à des branches de corail; les autres proviennent de l’utérus. La double dérivation de ces vaisseaux , de la mère d’une part, et de l’enfant de l’autre, sera encore bien
plus certaine, quand on examinera le placenta ; lors de.
son développement complet, à l’époque de l’accouche-
ment. Vers le milieu de la grossesse, la caduque disparaît derrière le placenta; la surface de cet organe devient de ce côté lisse, et serait en contact inimédiat avec l'utérus , sans l’intervention d’une nouvelle membrane mince , qui se forme entre l’un et l’autre. 2° Selon d’autres, le placenta se forme par le dédoublement des lames du chorion , et par le développement des divers vaisseaux qui rampent entre ces lames. 3° Enfin , selon M. Velpeau, le placenta ne se forme qu’au point de l'ovule que ne revêt pas la caduque, et qui est aussitôt en contact immédiat avec l'utérus; et il résulte du développement des granulations qui recouvrent ce point du chorion. Le chorion , en effet, adhérant bientôt à la portion de la cad::que qui lui correspond, on ne peut concevoir , dit M. Felpeau, cette concentration successive de toutes ses villosités extérieures en un seul point, pour constituer le placenta, comme le veulent les fauteurs de a première théorie; et on ne peut pas davantage admettre la seconde, puisque le chorion n’est évidemment formé que d’une seule lame. Selon lui, le placenta ne se forme qu’au point où la caduque ne recouvre pas l’ovule ; et le disque que fait cette membrane en se réfléchissant sur l’ovule, marque dès les premiers temps de la conception , la place qu'occupera ce corps , et quelle sera son étendue. Il résulte du développement des granulations qui recouvrent en ce point la surface du chorion, granulations que les auteurs qualifient de villosités vasculaires, mais qui sont , selon M. F’elpeau,
des organes gangliformes, contenant les rudimens des
vaisseaux placentaires. Existant sur le chorion, dès l'instant où l’ovule était encore attaché à l’ovaire , ces granulations lui sont éirangères en quelque sorte, mais
s’implantent en lui par des pédicules d’une demi-ligne de longueur. Toutes celles qui recouvrent la portion du chorion qui correspond à Ja caduque , ne se développent pas; mais avortant en quelque sorte, elles se bornent à faire adhérer entr’elles ces deux membranes. Toutes celles au contraire, qui existent à la portion du chorion que la caduque réfléchie a laissé libre et en contact immédiat avec l’utérus , se développent , deviennent vasculaires et forment le placenta. M. F'elpeau , pour justifier ce mode de formation, dit qu'ayant détaché la caduque réfléchie du chorion , il a vu les granulalions être d’autant moins grosses , d'autant plus longues et d'autant plus écartées, qu’elles étaient plus loin du disque de la caduque réfléchie.
Quoi qu’il en soit du mode selon lequel se forme ori ginellement le placenta, il est déjà apparent et reconpaissable dans le cours du second mois. Il va ensuite-en s’accroissant successivement , de telle manière cependant qu’à la fin de la grossesse il est moins pesant, plus dense , moins vasculaire, parce que plusieurs des vaisseaux qui le forment, et que nous allons décrire, se sont oblitérés, et se sont changés en filamens fibreux durs, et même en filamens calcaires. Ce changement qui est un signe de maturité du fœtus, et un prélude à sa naissance , apparaît même quelquefois hors des vaisseaux , et surtout à la face utérine du placenta, qui est toujours plus dense et plus unie.
Voici quelles sont à terme sa conformation et sa texture. Son étendue est le quart de la surface de l’ovule ; son diamètre, de six à huit pouces; sa circonférence, de vingt-quatre pouces; son épaisseur, de douze à quinze lignes au centre, et de quelques lignes à la cir-
ANATOMIK DU FOŒRTUS. 407
conférence; son poids, avec le cordon et les mem-
branes, de dix-huit à vingt onces. Sa forme est
orbiculaire, et le cordon est implanté à son centre. Cependant, en tout ceci, on observe de nombreuses variétés ; on a trouvé le placenta, mince comme une memnbrane , ovalaire, bilobé, multilobé , réniforme ; ayant le cordon attaché à son bord, ou les vaisseaux de ce cordon déjà séparés avant de l’atteindre , et le pénétrant en des points divers, d’où les noms de placenta en raquette, en parasol, qui lui ont été donnés en ces deux derniers cas. Il peut être situé à tous les points de la matrice , même à son col; mais il l’est le plus souvent à la région qui correspond à l'ouverture des trompes. De ses deux faces, celle qui correspond à l'utérus , est divisée en lobes ou cotylédons irrégulièrement arrondis ; et une membrane cellulo-vasculaire, molle et peu ténace, la recouvre. Cette membrane, selon M. Chaussier, n’est que la caduque, qui dans son système enveloppe l'œuf entier : selon Wrisberg, MM. Lobstein, Désormeaux, la caduque a disparu derrière le placenta , vers quatre à cinq mois, et y a été remplacée par cette membrane
nouvelle : selon M. Yelpeau, jamais la caduque n’a
existé là, et la membrane dont il s’agit ici, ne peut être confondue avec elle. Quelques-uns y admettent des vaisseaux , intermédiaires à ceux de l’utérus et du placenta. L'autre face du placenta, dite fœtale , est lisse, polie, recouverte par le chorion et l’amnios, et présente l’implantation du cordon, dont les principaux troncs et rameaux se dessinent à sa surface.
Quant à l’organisation de ce placenta, ses élémens constituans, sont : 1° Des vaisseaux sanguins qui proviennent de deux sources , de la mère et du fœtus. Les
408 VIE INTRA-UTÉAINE.
premiers viennent de l’utérus : connus par Albinus, injectés , il y a plus de trente années, par notre célèbre professeur Dubois, ils consistent en artères et en veines. Les artères fort tortueuses ont souvent jusqu'à une ligne de diamètre. Les veines plus grosses encore, se distinguent par des renflemens ou cellules qui les font différer des autres radicules veineuses ; elles sont comme les premiers rudimens d’un développement vasculaire, et ressemblent beaucoup aux vaisseaux qu’on voit se former dans les concrétions qui s'organisent. Les vaisseaux sanguins qui proviennent du fœtus, sont ceux que nous verrons former le cordon ombilical : savoir, une veine appelée ombilicale, venant de la veine cave inférieure du fœtus, et deux artères dites aussi ombilicales, qui sont des divisions des deux iliaques primitives de cet être. Ces vaisseaux, après avoir pénétré la face fœtale du placenta, se ramifient dans la substance de cet organe, de telle manière qu'il y a pour chaque lobe un rameau artériel et un rameau veineux, qui s’y divisent à l'infini, mais sans s’anastomoser avec les vaisseaux des autres lobes. En examipant au microscope les dernières ramifications , on voit que toujours une artériole et une veinule marchent de concert, étant enfermées dans une même gaîne celluleuse , et présentant de distance en distance des nodosités, comme nous en verrons dans le cordon. 2° Des expansions du chorion, qui se divise, dit-on, en gaînes celluleuses pour accompagner les vaisseaux jusqu’à leurs dernières ramifications : M. F’elpeau nie ce fait anatomique. 3° Des filamens blancs, qui sont d'autant plus nombreux, que la vie intra-utérine est plus avancée, et qui paraissent n'être que des vaisseaux oblitérés.
ANATOMIE DU FOETUS. 409 4° Une substance intermédiaire, sorte de tissu cellulaire , servant à unir les vaisseaux entr’eux, et qu’on a dit être un prolongement de la caduque qui a suivi ces vaisseaux. 5° Enfin, une certaine quantité de sang infiltré dans ce tissu cellulaire intermédiaire aux vaisseaux, et qu’on en retire par le lavage. Littre ÿ admet tait aussi, mais à tort, des glandes : Schreger , deslymphatiques , surtout à la face utérine; et MM. Chaussier et Æibes, des nerfs provenant du trisplanchique du fœtus. Tous ces élémens par leur association forment un organe spongieux , mollasse , facile à déchirer, dont la couleur rouge disparaît par le lavage, dont les lobes enfin sont réunis en une seule masse, à la différence de ce qui est en beaucoup de mammifères chez lesquels ce placenta est composé de cotylédons séparés. Du reste, cette différence est plus apparente que réelle, car chaque lobe du placenta humain a ses vaisseaux propres, quine communiquent pas avec ceux des autres lobes. On peut même dire qu’il y a deux placentas, un utérin et un fœtal, le premier formé par les ramifications des vaisseaux utérins , et le second formé par celles des vaisseaux ombilicaux : distincts dans les deux premiers mois de la vie, ils se confondent ensuite en une seule masse. Néanmoins leurs vaisseaux respeclifs restent toujours séparés : dans le placenta utérin, les artères et veine$ utérines communiquent directement entr’elles , comme dans le placenta fœtal communiquent directement les artères et veine ombilicales ; mais il n’y a pas communication directe des vaisseaux utérins aux vaisseaux ombilicaux, et des vaisseaux ombilicaux, aux vaisseaux utérins.
Quant à l’attache du placenta à lutérus, tour à tour
on l’a assimilée à une grefle, à l’enracinement des plantes parasites, à l’enchâssement du noyau avec la pulpe dans un fruit drupacé, etc. Elle est due aux vaisseaux uléro-placentaux de M. Dubois, pénétrant, soit la caduque et le chorion , soit les granulations qui sont à l'extérieur de ce chorion, selon la théorie que l’on admet sur la formation de la caduque et du placenta. Cordon ombilical. De la face interne du placenta, part un cordon vasculaire qui va pénétrer lombilic du fœtus, et par conséquent faire communiquer le placenta avec cet être. Jusqu'à la fin du premier mois, ce cordon n’existe pas , et l'embryon est, par la face antérieure de son corps, immédiatement appliqué à l’amnios, aux enveloppes de l'œuf. C’est vers la cinquième semaine qu’en apparaît la première trace. Selon tous les auteurs , il est alors tout droit, très-court, mais trèsgros , parce qu'il contient une partie du canal intestinal; il semble même n'être qu’un prolongement de l’abdomen, et est situé tout-à-fait au bas de cette cavité. Selon M. Felpeau, il consiste d’abord en quatre renflemens , séparés par autant de rétrécissemens ou collets ; l’un, plus allongé, adhérant au placenta; l’autre formant l’anneau ombilical; les deux autres, dans l’intervalle. Ensuite , ces renflemens disparaissent ; en premier lieu , celui qui adhère au placenta; en second lieu , celui qui est à l’anneau ombilical; en troisième lieu, celui qui fait suite au premier qui a disparu ; enfin, le quatrième , qui est celui dans lequel était l'intestin. Ge n’est qu’alors, que le cordon se présente avec l'aspect d’une corde. Suocessivement il s’allonge, devient plus grêle ; son attache à l'abdomen devient moins large , et correspond à un point de cette cavité de moins en moins
ANATOMIR DU FOTUS. ua
élevé : enfin il se contourne , ordinairement de gauche à droite, et finit par présenter des nœuds souvent assez compliqués.
À terme, sa longueur est généralement celle du fœtus, du reste variable de quelques pouces à quelques pieds ; sa grosseur égale celle du petit doigt. Il est composé de trois vaisseaux , la veine ombilicale et les deux artères du même nom, et d’une substance gélatiniforme particulière, La veine ombilicale est aussi grosse à elle seule que les deux artères ombilicales : elle vient de la veine cave inférieure du fœtus. Après avoir communiqué dans l'abdomen de cet être, avec la veine-porte et les veines sous-hépatiques , elle sort par l’ombilic , suit le cordon, et va se ramifier dans le placenta fœtal; elle est sans valvule , et doit être considérée comme une expansion radiculaire du fœtus. La suppose-t-on, au contraire , provenir du placenta? à peine a-t-elle pénétré dans J'abdomen du fœtus , qu’elle s’y partage en deux bran- ‘ches , une gauche , qui va au côté gauche du foie et paraît être la division gauche de la veine porte, et une autre qui, sous le nom de canal veineux, va s’ouvrir dans la veine cave inférieure. Une valvule existe au point de la bifurcation, comme au lieu de la jonction avec la veine cave inférieure. Les deux artères ombilicales sont des continuations des iliaques primitives du fœtus ; après leur sortie par l’ombilic, elles tournent en spirale autour de la vessie, et viennent se ramifier aussi au placenta fœtal. Nous avons dit que MM. Chaussier et Ribes avaient suivi le long de ces vaisseaux, jusque dans le placenta, des filets du nerf trisplanchnique. Un tissu cellulaire , infiltré d’une humeur albumineuse épaisse, attache ces vaisseaux entre eux, et constitue
celte substance gélatiniforme que nous avons annoncée comme le troisième élément du cordon. Sa quantité est variable , et détermine ce qu’on appelle les cordons gras et les cordons maigres. On parvient difficilement à pousser de l’air ou une injection mercurielle dans ses cellules ; cependant elles sont perméables, car si par un de ses bouts on plonge le cordon dans l’eau , on voit le liquide monter jusqu’à l’autre bout. Sur ce fait, on avait avancé qu'il se faisait dans ce tissu une circulation de l'humeur gélatineuse dont il est infiltré. Du côté du fœtus, ce tissu se continue avec le tissu cellulaire souspéritonéal , et, du côté du placenta, il accompagne les vaisseaux dans leurs divisions. Le cordon, enfin, est revêtu extérieurément par le chorion et l’amnios , comme nous J’avons dit.
Dans le cordon ombilical, se trouvent encore : 1° un canal, dont nous devons parler ci-après, dit ouraque, étendu du sommet de la vessie à l’ombilic , et se prolongeant par cette ouverture dans le cordon ; 2° des vaisseaux très-grêles, dits omphalo-mésentériques , sortant aussi par l’ombilic, pour se rendre à la vésicule ombilicale qui va nous occuper.
Vésicule ombilicale. On appelle ainsi un petit sac rempli d’une liqueur jaunâtre , situé d’abord à la partie inférieure de la face antérieure de l'embryon , mais qui s’en écarte à mesure que le cordon se forme, arrive successivement à la face fœtale du placenta, et enfin disparaît vers le troisième mois de la vie intra-utérine. Cette vésicule a donné lieu à de nombreux débats, relativement à son origine, ses rapports avec le fœtus et ses usages. Osiander voulait qu’elle ne fût qu’une difformité , mais il est sûr qu’elle appartient à l’état nor-
ANATOMIE DU FOETUS. 413 mal. On ignore à quelle époque précise de la grossesse elle apparaît; mais s’il est vrai qu’elle soit, comme on va le dire, l'analogue du jaune de l’œuf des ovipares , elle doit exister la première; et peut-être que la vésicule pleine de liquide, qui constitue primitivement l’ovule, n’est que cette vésicule ombilicale à laquelle est annexée la cicatricule , alors si petite qu’on ne peut la voir. Quand on peut la distinguer du fœtus, elle a pour paroi une membrane granuleuse, solide , très-résistante ; et elleest remplie d’un liquide primitivement limpide, mais qui, par les progrès de l’évolution, devient blanc, s’épaissit ; s’endurcit, et diminue de quantité. D'autant plus grosse proportionnellement que l'embryon est plus jeune, elle reçoit des vaisseaux, provenant des mésentériques de cet être, appelés omphalo-mésentériques , et consistant en une artère et une veine. L’artère vient de la mésentérique supérieure, et est à gauche; la veine vient de la veine porte ventrale, et est à droite. C’est parce que ces vaisseaux sont les mêmes que ceux qui se distribuent dans l’œuf des ovipares à la membrane du jaune, qu'on a fait généralement de la vésicule ombilicale, l’analogue du jaune. Ces vaisseaux ordinairement disparaissent avec la vésicule; M. Ribes, qui en a donné une bonne description, ne les à jamais trouvés dans les embryons âgés de plus de deux mois et demi. Cependant quelquefois ils ont encore été trouvés dans le cordon à l'instant de la naissance, et M. Béclard dit en avoir aperçu une fois Les restes à l’ombilic , sur un enfant de douze ans.
Getie vésicule a-t-elle, outre ces vaisseaux omphalomésentériques , quelque communication directe avec l'intestin du fœtus, comme cela est de la vésicule du jaune ? Les physiologistes sont partagés. Quelques-uns,
Had VIE INTRA-UTÉRINE.
Emmert, M. Cuvier, disent que celte communication n’est pas prouvée. La plupart, au contraire , l’admettent d’après les raisons suivantes : 1° l’analogie des oiseaux , des reptiles et des poissons. olf a fait voir qu'évidemment, dans les oiseaux, le canal intestinal procède de la membrane du jaune; que d’abord ces parties parais= sent n’en former qu’une; qu'ensuite, à mesure que. l'intestin se forme, il reste, à la partie inférieure de l’intestin grêle, une ouverture qui donne passage à un conduit qui va au jaune ; qu'enfin ce conduit s’oblitère , et laisse comme un appendice en cul-de-sac suspendu à l'intestin. Dans les détails que nous avons donnés sur le développement du poulet dans l'œuf, on a vu que le jaune communiquait avec l'intestin, et finissait par en être une dépendance. 2° Dans l'origine du fœtus, le capal intestinal est placé dans la base du cordon, hors l'abdomen , conséquemment le plus près possible de la vésicule ombilicale. 5° M. Meckel a trouvé une fois, sur un embryon long de cinq lignes, un filament de connexion entre la vésicule ombilicale et l'intestin , et il est très-probable que ce filament avait été creux dans son origine. En effet , il contenait une artère et une veine ;, qui évidemment étaient les vaisseaux omphalo-mésentériques ; ensuite un semblable filament a été trouvé creux par Oken, Bojanus , sur des embryons de mammifères ; enfin, /lunter l'a trouvé tel une fois sur un embryon humain; U put pousser par lui, dans l’abdomen, tout le fluide qui remplissait la vésicule ombilicale.
Alors , dans quelle région de l'intestin est la commupication supposée ? Oken dit que ia vésicule envoie haut et bas deux prolongemens qui se rendent , l’un à l’intestin supérieur où stomacal, et l’autre à l'intestin in{é=
ANATOMIE DU FŒTUS. 419 rieur ou anal; et que , lorsqu'elle se détruit, elle laisse à l'intestin un reste, qui est le cœcum ou son appendice. M. Meckel, au contraire, veut que la communication soit à la partie inférieure de l'intestin grêle, à l’iléon ; objectant que, d’après l’idée d’Oken , il devrait y avoir un cœcum dans tous les animaux qui ont une vésicule ombilicale ; arguant de l’analogie des oiseaux chez lesquels la communication a lieu au point qu’il indique, tellement que l'intestin en conserve toute la vie la marque, par une petite bosselure; établissant enfin que les diverticules qu’on trouve quelquefois à la partie inférieure de l’iléon en sont des restes,
M. Felpeau ne croit pas non plus que l’appendice cœæcal soit le reste de la vésicule ombilicale: il se fonde sur ce qu'il a trouvé cet appendice dans des embryons si jeunes, que l'intestin était encore renfermé dans le cordon. La vésicule ombilicale est , selon lui, un ou plusieurs des renflemens, qu'il dit composer primitivement le cordon ; il a vu , en effet, ces renflemens communiquer ensemble , et contenir un fluide séreux, limpide ; le second était même rempli d’une matière jaune. Au lieu d’être siluée entre le chorion et l’amnios, comme le disent tous les auteurs , elle serait en dehors du chorion, qui lui fournirait une gaîne sur le cordon.
Allantoide. Enfin, dans les œufs des quadrupèdes , on trouve, entre le chorion et l’amnios, disent la plupart des auteurs, et en dehors du chorion, dit M. Zelpeau, un réservoir membraneux qui, par un canal ap-
pelé ouraque, va communiquer avec la vessie. Ge
réservoir a une forme allongée, et a recu son nom de sa ressemblance avec un boudin , une saucisse. Rempli d'un liquide , que les uns disent être l’urine du fœtus,
que les autres considèrent comme une substance nutritive mise en réserve pour lui, il se continue avec le canal appelé ouraque. Gelui-ci se place dans le cordon ombilical, pénètre par lombilic dans l’abdomen , et vient s'ouvrir dans la vessie.
Dans l'œuf humain, on n’a encore trouvé de cet appareil, que l’ouraque. Mais, néanmoins, on en admet l'existence : 1° à cause de l’analogie des autres mammifères ; 2° à cause de la présence de l’ouraque , qui doit faire supposer l’allantoïde ; 3° parce qu’on a trouvé quelquelois l'intervalle entre le chorion et l’amnios plein d’eau; certains physiologistes disent même que le chorion est tapissé intérieurement d’une membrane trèsfine, qui s’est collée à lui au point de n’en être plus séparable, et qui serait l’allantoïde ; 4° enfin, parce que M. Meckel dit avoir trouvé, sur un embryon de quatre semaines, une vésicule plus grande que l’'ombilicale, qui évidemment n’était pas elle, et qui probablement était l’allantoïde. M. de Blainville croit qu’on fait, dans l'espèce humaine, un double emploi, et que ce qu’on y appelle la vésicule ombilicale, n'est que l’allantoïde.
Pour ce qui est de l'ouraque, les uns le disent un simple ligament étendu du sommet de la vessie à l’ombilic, et se prolongeant dans le cordon; les autres le disent un canal. Il est creux en effet, dans son origine; il ne s’oblitère qu’à trois mois; avant cette époque, on a pu l’injecter avec du mercure, assez loin dans le cordon. aller, Sabatier, disent même lavoir vu plusieurs fois , creux encore du côté de la vessie dans des enfans nouveau-nés ; et l’on cite des cas où il est resté ouvert toute la vie, et où l’urine était excrétée par l’'ombilic. Du reste, il est d'autant plus considérable ;
ANATOMIE DU FOŒTUS, 417 d'autant plus large, relativement à la vessie, et d’autant plus prolongé dans le cordon, que l'embryon est plus jeune.
Telles sont les parties annexes du fœtus. Si la grossesse est composée, le plus souvent les œufs ne sont que contigus. Quelquefois cependant cela n’est pas ; dans quelques cas,ona trouvé les placentas confondus en un seul, ayant entr’eu%les communications vasculaires les plus intimes. Dans d’autres, il n’y avait évidemment qu’un seul placenta , donnant naissance à deux cordons } ou même à un seul, mais qui se bifurquait pour chacun des deux fœtus. On concoit qu’alors il faut lierle cordon après la sortie du premier enfant , si l’on ne veut pas que le second meure d’hémorragie.
ArTicze II.
Du Fatus lui-même.
Nous avons déjà dit qu'il n’y avait rien de fixe relativement à l’époque à laquelle on commence à voir. dans la vessie pleine d’un liquide transparent qui constitue
Vovule, un petit point nuageux , solide, opaque, annonçant l'individu nouveau. On ne le voit que postérieurement à l’ovule proprement dit, car il en provient; du moins , à juger d’après les ovipares chez lesquels l’embryon naît de la cicatricule qui se développe sur le jaune et à ses dépens. Si la vésicule ombilicale est dans l'espèce humaine l’analogue du jaune, c’est à sa surface qu'il doit apparaître. Selon les uns, il est dès son | origine , lié à ses enveloppes ; selon d’autres , il naît libre au milien du liquide de.l’œuf. Bien distinct vers là
Le 27
troisième semaine, il est-alors oblong, vermiforme, renflé à son milieu, obtus à l’une de ses extrémités , terminé en pointe mousse à l’autre, droit ou faiblement courbé en avant. Il n’est alors qu’un petit corps gélatineux , d’un blanc grisâtre, demi-opaque, sans consistance, long de deux à trois lignes , et du poids de deux à trois grains. Îl est réduit au torse; il n’y a pas encore en lui trace. de la tête; on voit seulement en avant une petite saillie séparée du ré$te par une entaille. Il y a encore moins trace des membres, ni vestige d’aucune proéminence ; d’aucune ouverture à la surface du corps. Le ventre apparaît sous forme d’une saillie conique; et à sa partie tout-à-fait inférieure et antérieure, au point où naîtra le cordon, il appuie immédiatement sur l'enveloppe intérieure de l'œuf. Celui-ci, dans son entier, a le volume d’une grosse noisette, ou d’une petite noix; aucun organe ne peut y être distingué , même au microscope, L'embryon humain a alors la texture homogène du plus simple des êtres organisés.
De Ja cinquième à la sixième semaine, il est devenu plus consistant; et ses parties sont plus distinctes : sa longueur est de cinq à six lignes, son poids d’environ dix-neuf grains; sa forme a été comparée par Aristote; à uné fourmi; par Burton, à un grain d'orge; à l'os du marteau, par Baudeloeque. La tête a grossi considérablement à proportion du reste, et à cette époque, fait à
elle seule la moitié du corps ; la face y est beaucoup plus | petite que le crâne, et généralement le sera d'autant |
plus que lembryon sera plus jeune. On y distingue déjà, supérieurement deux-points noirs tournés de côté, qui sont les rudimens des yeux, et une petite fente transversalé pour là bouche. Sur les côtés du tronc,
deux petits mamelons obtus, annoncent le prochain développement des membres thoraciques. Il n’y à pas encore trace de col. Le thorax est ouvert par devant, et laisse voir le cœur dont les battemens sont déjà appréciables. Mais le sang qui circule dans Les vaisseaux est encore blanc. L’abdomen saille en avant, et dans sa partie inférieure adhère encore aux membranes de l’œuf, ou offre déjà un premier rudiment du cordon. Sur ses côtés , deux mamelons oblus marquent l'emplacement des membres abdominaux. L’extrémité inférieure du rachis fait une saillie, fléchie en avant et en haut , et qui constitue une queue. L’œuf dans son entier a de quinze à dix-huit lignes de long , sur douze à quinze de large, De la septième à la huitième semaine, l’embryon acquiert une longueur de douze à quinze lignes, un poids de deux à quatre gros. La tête n’est déjà plus que le tiers de tout le corps. Aux rudimens des yeux et dela bouche, se sont ajoutés ceux des narines, qui cependant sont encore confondus avec la bouche, et deux petites fossetles pour les emplacemens des oreilles. Dans les membres supérieurs dont le développement est commencé, on peut déjà distinguer l’avant-bras et la main: mais le bras manque, et la main est plus grande que lavant-bras, et non digitée encore. Le cordon ombilical apparaît long de quatre à cinq lignes; il a la forme d’un entonnoir , paraît se continuer immédiatement avec l'abdomen, et est très-gros, parce qu’il contient alors une grande portion de l'intestin : il est situé tout-à-fait
au bas de l'abdomen. Entre le point de son implanta-
tion et la fin du rachis, se montre un petit tubercule garni d’une ou plusieurs ouvertures étroites , qui sont les rudimens de l’anus et des organes sexuels,
Aux neuvième et dixième semaines, l'embryon est long de deux pouces, pèse d’une once à une once et demie. À la face, le nez commence à se montrer, el à son sommet se voient les deux narines qui sont dirigées en avant. On commence aussi à voir les paupières et les lèvres : auparavant les paupières n’existaient pas, Ou étaient transparentes , Car le pigmentum noir des yeux était apparent : dès-lors l'œil est caché. Les ouvertures auriculaires apparaissent sous la forme de fentes oblongues , bordées en avant et en arrière de tubercules destinés à former le pavillon de l'oreille. Il y a enfin trace du col. Les tégumens et les parois du thorax sont formés , les côtes au moins; et par conséquent, le cœur
n’est plus à découvert. Les membres thoraciques plus
développés présentent distinctement les trois brisures qui les composent, bras, avant-bras et main; mais la main est comme palmée , les doigts sont réunis par une substance molle. Le cordon dont la longueur surpasse celle de l'embryon, commence à se tordre ; quoique contenant encore une portion de l'intestin , il n’est plus autant en entonnoir , et paraît déjà implanté à une partie moins inférieure de l'abdomen. Les membres abdominaux ont suivi le développemont des thoraciques; cependant ils restent un peu au-dessous ; les pieds sont encore sans orteils, et ont la plante tournée en dedans, etle dos en dehors; la cuisse est encore plus courte que la jambe, comme aux membres thoraciques il en était du bras par rapport à l’avant-bras. La partie inférieure du rachis qui faisait une queue diminue graduellement et disparaît. Le sexe n’est pas encore distinct; on voit seulement saillir un tubercule qu’on croit être le clitoris : les ouvertures anus et génitales sont réunies. C’est
à celte époque que disparaît la vésicule ombilicale ? il reste seulement un vestige du pédicule qui l’unit à l'intestin. L’œuf entier à le volume d’un œuf de poule. * Pendant le cours de la onzième et de la douzième semaines , l'embryon acquiert une longueur de cinq à six pouces, un poids de trois onces. La têle, quoique grosse encore proportionnellement au reste du corps, est déjà moins disproportionnée. Les paupières bien distinctes sont fermées et collées l’une à l’autre. Le nez proémine. Le front et la bouche sont bien dessinés ; celle-ci est close. Les éminences du pavillon de l'oreille sont formées, mais non encore réunies. Le col est disünct. Le thorax est tout-à-fait fermé ; le sternum que Wolf appelle la cicatrice du thorax , est formé. Le cordon ne contient plus dans son intérieur aucune portion intestinale , et l’intestin est dès-lors en entier dans l’abdomen. Aux membres supérieurs , le bras s’est allongé, et est plus en proportion avec l’avant-bras; les doigts sont séparés , et une ébauche des ongles apparaît sous la forme de petites plaques membraneuses et minces; ces membres sont abaissés sur les côtés du corps. La région du bassin est distincte, et les membres inférieurs présentent des progrès analogues ; ces membres sont relevés contre l’abdomen. Le tubercule saillant qu’on croit être le clitoris , est fort long; au-dessous de lui, est une fente longitudinale , dont les rebords paraissent être les grandes lèvres de la vulve ; une lame transver-
sale sépare cette fente en deux parties, et annonce la
séparalion qui commence à se faire de l’anus et des voies génitales. La peau qui dans les deux premiers mois était un enduit visqueux , mou, dans le troisième eommence à se former; mais elle est mince, trans-
parente, facile à déchirer, ét encore sans apparence fibreuse.
Au quatrième mois, quoique l'accroissement soit moins rapide que dans les temps précédens , les formes deviennent de plus en plus prononcées ; l'être nouveau n’est plus un embryon, mais un fœtus , parce qu’alors toutes les parties de son corps sont distinctes. Sa longueur est de six à sept pouces, son poids de six à sept onces. La tête devient de moins en moins disproportionnée; quoique Possification qui dès la neuvième semaine a commencé dans les os du crâne continue, cependant les fontanelles sont encore très-amples , et les commissures du crâne très-larges. La face estencore peu développée. Les yeux sont fermés: le nez et les oreilles bien distincts ; les lèvres formées; la langue se voit dans la bouche. A l'abdomen, le cordon paraît implanté plus haut que dans les temps précédens, et la moitié du corps du fœtus répond à plusieurs centimètres au-dessus de Vombilic. Dans les membres, la proportion s'établit davantage entre les supérieurs et les inférieurs , et dans chacun entre les bras et les avant-bras, les avant-bras et les mains, entre les cuisses et les jambes, les jambes et les pieds. Le sexe alors est distinct ; on voit le scrotum et son raphé, mais il ne contient pas encore les testicules; le pénis est grand , et à le gland dénudé : ces deux dispositions sont d'autant plus prononcées que l'embryon est plus jeune. Si c’est une femelle, le clitoris paraît moins grand que dans les mois précédens. La peau à une couleur rosée, ressemble à un satin mince, et déjà est recouverte d’un léger duvet; quelques cheveux forts courts, rares, blancs et argentins, paraissent à la tête. Une graisse rougeâtre existe dans les
aréoles du tissu cellulaire, et déjà les muscles peuvent exécuter des mouvemens notables.
A cinq mois, le fœtus est long de huit à onze pouces, pèse de huit à dix onces. La tête n’est déjà plus que le quart de tout le corps; et devenant la partie la plus pesante , elle commence à se placer en en bas. De meilleurs proportions s’observent entre toutes les parties : les membres abdominaux qui jusque-là avaient été plus petits que les thoraciques , commencent à avoir plus de longueur. La peau offre de petits poils soyeux blancs. Les mouvemens du fœtus sont alors nettement sentis par la mère, parce que d’une partses muscles sont plus éner-
giques ; et d’autre part , parce qu'ayant plus de volume ;
cet être remplit davantage l’œuf. S'il naissait alors, il pourrait vivre quelques minutes.
À six mois , le fœtus a une longueur de onze à quatorze
pouces, un poids de douze à seize onces. La tête encore
assez grosse relativement au reste du corps , est couverte de petits cheveux blancs argéntés. Les paupières sont collées ; et à leurs bords, ainsi qu'aux sourcils, apparaissent de pelits poils déliés. Le sternum est tout-à : fait ossifié, et l’union de ses deux mditiés s’est faite de haut en bas. À la peau, on commence à pouvoir distinguer le derme et l’épiderme. Cette membrane est fine, mince, lisse, et a une couleur pourprée, surtout à la face, aux lèvres, aux oreilles ‘à la mamelle, à la paume des mains, à la plante des pieds. Elle paraît plissée, parce qu’il n’y a pas encore de graisse dans le tissu cellulaire sous-cutané. Le scrotum est petit, d’un rouge vif; la vulve saillante ; et ses lèvres écartées par la saillie du clitoris. Lestongles sont déjà assez solides. Si le fœtus naissait alors, son développement est assez
grand pour qu'il puisse respirer, crier, commencer la vie extérieure , mais il mourrait après quelques heures.
Pendant le cours du septième mois , toutes les parties acquièrent plus de consistance , grossissent, s’arrondissent, se proportionnent mieux. La longueur totale du fœtus est de treize à seize pouces; son poids, de deux livres et demie. La tête s’est dirigée vers l’orifice de l'utérus, et l’on peut l'y sentir avec le doigt introduit dans le vagin; mais elle est encore bien mobile. Les paupières commencent à s’entr'ouvrir, et alors disparaît la membrane gui clot le trou pupillaire. La graisse plus abondante donne plus de rondeur aux formes, La peau est plus rosée, ses follicules sébacés sont formés, et sécrètent à sa surface un enduit blanc, graisseux. Les cheveux sont plus longs , et d’une couleur déjà plus foncée. Les testicules descendent dans le scrotum.
Dans le huitième mois, le fœtus croît plus en grosseur qu’en longueur; celle-ci est de seize à dix-huit pouces, son poids de quatre à cinq livres. Toutes ses parties sont de plus en plus fermes et formées, A la tête les fontanelles sont moins évasées que dans les mois précédens ; les paupières sont ouvertes. Le Lesticule gauche au moins, est descendu dans le scrotum.
Dans le neuvième mois, le fœtus est long de dix-huit à vingt pouces, il pèse de six à sept livres. Le duvet des paupières et des sourcils est remplacé par de véritables poils.
A terme, c’est-à-dire, au moment de la naissance, voici , d’après une table qu'a établie M. Chaussier, sur l'examen de plus de quinze milie enfans naissans , les proportions les plus ordinaires: La longueur totale du
co sin iii
ï ANATOMIK DU FOETUS. 429
fœtus est de quatre cent quatre-vingt-neuf millimètres ; ou dix-huit pouces : du sommet de la tête à l’ombilic , il a deux cent quatre-vingt millimètres , ou dix pouces quatre lignes; et de l’ombilic aux pieds, deux cent neuf millimètres , ou sept pouces huit lignes : du sommet de la tête au -pubis, deux cent quatre-vingt-dix millimètres , ou onze pouces, neuf lignes; et du pubis aux pieds, cent soixante-dix millimètres ou six‘pouces trois lignes : de la clavicule au bas du sternum , la longueur est de cinquante-cinq millimètres , ou deux pouces trois lignes , et du bas du sternum au pubis de cent soixante millimètres, ou six pouces. L’étendue transversale du fœtus est, du sommet d’une épaule à l’autre, de cent vingt millimètres, ou quatre pouces six lignes; du sternum au rachis, de quatre-vingt-treize millimètres , ou trois pouces six lignes ; d’un os des îles à l’autre, de soixante-quinze millimètres, ou trois pouces; d’une tubérosité fémorale à l’autre, de quatre-vingt-quatre millimètres , ou trois pouces trois lignes. La tête a; à son diamètre transversal , trois pouces , quatre lignes ; à son grand diamètre, quatre pouces, trois lignes ; à son diamètre diagonal ou occipito-mentonnier, cinq pouces; à son diamètre sphæno-bregmatique, trois pouces, quatre lignes. Sa circonférence est de treize à quinze pouces. Les os du crâne, quoique mobiles encore, sont arrivés à se toucher par leurs bords : cependant la grande fontanelle est encore large d’un pouce. Les cheveux sont assez épais, blonds, et longs d’un pouce. La face n’a
plus autant l’aspect de la vieillesse. Le thorax est court
et aplati. L’abdomen est ample, fort étendu, arrondi, et fait saillie au niveau de l’ombilic qui se trouve juste au milieu de la longueur du corps. Le bassin est étroit
et peu développé. Le scrotum est moins rouge et ridé, Les ongles sont prolongés jusqu’à l'extrémité des doigts et souvent les dépassent. Dès cette époque, on peut, dit Sæœmmering, saisir les différences générales des deux sexes.
Comme on le concoit, nous ne disons que ce qui est le plus général; il y a dans tout ceci beaucoup de variétés, surtout en ce qui concerne les premiers mois. Tous les auteurs diffèrent dans les évaluations qu'ils ont données à leur égard, et sont plus d’accord en ce qui regarde la dernière moitié de la grossesse : M. Chaussier, dit qu’à partir du cinquième mois, le fœtus croît d’un pouce tous les quinze jours. Le trait le plus important à noter est, la diminution progressive de la moitié supérieure du corps, le cordon qui d’abord était au bas du torse, arrivant à être au milieu du corps : non que ce soit ce cordon qui se déplace, mais parce que les parties du corps qui sont au-dessous de son point d'insertion , et qui n’existaient pas d’abord , ou à peine, se développent.
Quant à la situation du fœtus; dans les premiers temps, il est suspendu par le cordon, dans l’eau de l’amnios dont la poche est alors fort étendue; sa tête plus pesante se porte en en bas : ses premiers mouvemens ne sont peut-être qu'un pivotement sur ce cordon; et c’est peut-être à cela qu'est due la torsion qu'offre celui-ci. Quand le cordon a pris plus de longueur, le fœtus peut se livrer à des mouvemens plus étendus, et il est possible que quelquefois les fesses soient en bas. Jusqu'au milieu de la grossesse, il n’a pas de position fixe. Mais après cette époque , l’espace qui lui est offert devenant chaque jour moindre, et son volume au con-
ANATOMIE DU FOETUS. 423 iraire augmentant toujours , il est obligé de rester dans une même attitude, et voici celle qui est la plus ordinaire. Il est courbé en avant, le menton appuyé sur le thorax , l’occiput incliné vers l'ouverture supérieure du bassin , les bras rapprochés en devant et les mains portées vers la face ; les cuisses fléchies sur l’abdomen , les genoux écartés, et les jambes croisées de manière que le talon gauche est sur la fesse droite, et vice versà ; les pieds fléchis sur la face antérieure de la jambe. Il représente dans son ensemble, un ovoide long de dix pouces; et sa position est telle, que sa tête à la naissance repose sur le col de l'utérus, et répond à l'entrée du bassin, tandis que ses fesses répondent au fond de l'organe. Jadis on croyait, mais à tort, que cette position qui est la plus ‘favorable à l’accouchement. était due à une culbute que faisait spontanément le fœtus dans les deux derniers mois de la grossesse.
Mais ce n’est pas assez d’avoir décrit semaine par semaine, mois par mois, les développemens successifs de l'embryon et fœtus humain , considéré dans ses formes extérieures et dans ce qui est apparent à la surface de son corps : il faut pénétrer dans son intérieur, et indiquer les changemens graduels de ses principaux organes et appareils. Dans son origine, l’embryon , avons-nous dit, est une masse gélatineuse sans consis= tance, où aucun organe n’est distinct; tout semble être tissu celluleux ou muqueux , comme dans le plus simple des animaux. Les auteurs sont partagés sur celui des systèmes généraux , nerfs ou vaisseaux, qui apparaît le premier dans cétie masse homogène. Les uns, d’après les observations sur l’œuf des oiseaux, croient que les vaisseaux sont les premiers formés, et par consé-
426 VIB INTRA-UTÉRINE.
quent l’élément organisateur. D’autres, Rolando, par exemple, disent que ce sont les nerfs. Quelques-uns enfin, comme Meckel, n’admettent pas d’élément organisateur primitif, et croient que le premier rudiment du fœtus contient la base de toutes les parties, comme dans les animaux inférieurs toute l’organisation est représentée par la substance homogène qui forme le corps. Notre ignorance sur l'essence de la génération, et sur les premiers développemens de Fembryon humain, rend peut-être ce problème insoluble. Gependant les derniers travaux de M. Serres, sur le mode de développement du système nerveux, nous portent à croire que ce sont les vaisseaux qui apparaissent les premiers. En effet, les diverses parties nerveuses ne se montrent, que postérieurement aux artères qui leur sont destinées; elles apparaissent dans le même ordre que sont créées leurs artères; leur développement se fait dans la même direction que ces vaisseaux; leur volume enfin, et les degrés divers d’activité de leur accroissement, sont en raison du nombre et du calibre de ces artères. Voici les faits confirmatifs de ces diverses propositions : 1° La moelle épinière apparaît avant le cerveau, et le cerveau avant le cervelet; or, les artères de la moelle épinière devancent celles du cerveau , et cellesci celles du cervelet. Dans l’encéphale proprement dit, les tubercules quadrijumeaux sont plus précoces que le cerveau, et le cerveau que le cervelet; or, les artères des tubercules quadrijumeaux apparaissent avant les carotides internes qui fournissent au cerveau , et les carotides internes avant les vertébrales qui se distribuent au cervelet. 2° Les vertébrales qui fournissent au cervelet sont dirigées d’arrière en avant, et c’est aussi dans
ANATOMIE DU FOETUS. 429 cette direction que se fait le développement de cette partie nerveuse : au contraire, les carotides internes qui alimentent le cerveau sont dirigées d'avant en arrière , et c’est en ce sens que se développe Le cerveau. 3° Toute partie nerveuse ne se développe que consécutivement à l'apparition des artères qui leur apportent du sang; par exemple, les couches optiques, les corps striés, le corps calleux, avec les artères -choroïdienne , striée, cérébrale postérieure; le lobe médian du cervelet avec la cérébelleuse antérieure, et les hémisphères de cet organe avec la cérébelleuse postérieure. 4° Toujours il y a un rapport entre les diverses parties encéphaliques et les artères qui les alimentent, non -seule ment aux diverses phases des développemens de l’embryon humain, mais encore dans les diverses classes d'animaux. Ainsi, dans l'embryon humain, ce sont d’abord les tubercules quadrijumeaux qui prédominent , et ce n’est qu'à la fin que l’emportent les hémisphères du cerveau et du cervelet : or, les artères des tubercules quadrijumeaux sont d’abord les plus grosses, et elles diminuent de calibre à mesure que se développent les cérébrales et les cérébelleuses. Le poisson a les tubercules quadrijumeaux énormes, et les hémisphères du cerveau et du cervelet très-petits, et coincidemment sont très-grosses en lui les artères des lobes optiques, et très-grêles celles du cerveau et du cervelet. Dans le reptile , les lobes optiques ont déjà diminué au profit des hémisphères cérébraux : dans les oiseaux, le cervelet, presque rudimentaire dans la classe précédente, a pris un grand accroissement : enfin , dans les mammifères , les lobes optiques sont tout-à-fait dominés par les hémisphères du cerveau et du cervelet. Or les mêmes
proportions s’observent dans les artères de ces diverses parties. Nous ne parlons ici que des trois parties foudamentales de l’encéphale ; savoir , tubercules quadrijumeaux, cerveau et cervelet; mais le rapport que nous signalons s’observe aussi dans chacune des dépendances de ces trois parties. 9° Enfin, ce qui achève de faire croire , avec M. Serres, que les conditions d’existence du système nerveux et de l’encéphale sont subordonnées aux dispositions du système sanguin , c’est que si une artère manque ou est double , la partie nerveuse manque ou est double aussi, comme le prouvent les monstres. Voyez d’un côté, les monstres par défaut ; des artères manquent ou sont oblitérées ; dans les anencéphales , pas d’artères encéphaliques; dans les acéphales , pas de carotides primitives ; dans les fœtus sans membresthoraciques ou pelviens , pas d’artères axillaires ou fémorales , etc. Voyez de l’autre, les monstres par excès ; les bicéphales, les tricéphales, ont les carotides primilives doubles, triples; ceux qui ont deux cervelets, deux troncs, ont doubles les artères vertébrales , l'aorte descendante, etc. Si tous ces faits sont vrais, il est évident qu'ils fondent une forte présomption pour l'opinion à l'appui de laquelle nous les présentons. Toutefois, sans nous arrêter davantage à ce point de la science, nous allons nous borner à passer successivement en revue, sous le rapport de leurs développemens progressifs , chacun des principaux appareils et organes du corps, en prenant pour point de départ ce que nous Savons de l’âge adulte.
1° Système vasculaire sanguin. Nous allons dire d’a- ‘bord ce qu'il est chez l'oiseau. Dès la douzième heure de V’incubation , on voit se former entre les membranes au
ANATOMIE DU FOETUS. 491 jaune des globules ou vésicules éparses , qui sont des rudimens de veines ; peu à peu ces vésicules se réunissent entr’elles , et il en résulte un réseau évidemment vasculaire. Ge nesont pas d’abord des veines proprement dites, car elles sont sans parois ; ce sont de simples trajets que le liquide s’est creusé dans la substance qui le renferme ; mais bientôtles parois se forment, et la texture vasculaire est manifeste. Après la trentième heure , un des vaisseaux de ce réseau prend un grand développement, et devient le cœur. Au troisième jour, ce cœur présente des renflemens distincts : bientôt les artères apparaissent, un sang rouge y circule, l’allantoïde etles vaisseaux ombilicaux se montrent; et enfin le système circulatoire va en se développant SO où Ainsi, ce sont les veines qui se montrent d'abord, puis le cœur , et en dernier lieu, les artères. Cependant Æolando, comme on a pu le voir dans là description que nous avons donnée d’après lui du développement du disque de substance spongieuse de la cicatricule, fait développer les artères les premières.
Dans les mammifères et dans l’homme, on ne peut saisir, dès le premier instant de leur formation , les vaisseaux de la vésiculeombilicale: on ne peut donc assurer s'ilssont desveines ou des artères; maisles vaisseaux qu’on distingue les premiers dans les villosités du chorion , sont des veines. L’analogie porte à croire que ces vaisseaux , quels qu'ils soient , se forment de la même manière que dans l'oiseau; c’est-à-dire qu'ils sont d’abord de simples vésicules isolées, puis des canaux creusés dans la substance gélatineuse qui forme l'embryon , et enfin des vaisseaux à parois distinctes. C’est en effet, en passant par ces trois degrés que l’on voit se former les
vaisseaux qui apparaissent dans les membranes acci-.
dentelles qui s'organisent; et les premiers vaisseaux qui sont visibles dans le placenta, ne laissent voir ni couches, ni fibres distinctes dans leurs parois. Toutefois, la veine porte, dont la veine omphalomésentérique qui va à la membrane du jaune dans l'oiseau, et à celle de la vésicule ombilicale dans les mammifères, est une branche, est le premier tronc qui se montre. Cela devait être, puisque l’embryon est d’abord réduit au torse, à l'abdomen. Ensuite apparaît la veine ombilicale. Les deux veines caves sont plus tardives; elles ne se montrent qu'avec les parties desquelles elles r rapporteront le sang, et lorsque se forment les deux artères qui leur correspondent. La supérieure resle distincte ; mais l’inférieure est unie avec la veine ombilicale par un rameau assez gros, dit canal veineux. La veine porte existe seule encore, quand le cœur commence à être visible. Get organe n’est d’abord qu’un renflement irrégulier de cette veine; mais bientôt il se courbe en demi-cercle , et offretrois dilatations, et deux rétrécissemens manifestes. Les dilatations sont l'oreillette, le ventricule gauche, et le bulbe de l’aorte; le ventricule paraît avant l'oreillette. À mesure que ces dilatations se rapprochent, les rétrécissemens qu'on voyait entr’elles disparaissent. Le cœur est d'autant plus gros que l'embryon est plus jeune; à la septième semaine , qui est l'époque à laquelle paraît le diaphragme, il remplit tout le thorax et l'abdomen, et est dirigé tout droit en avantet en bas. Bientôt l'oreillette se partage en deux par une cloison incomplète qui se développe dans son intérieur, mais qui cependant laisse entre les deux une grande ouverture de communication, dite
ANATOMIE DU FOETUS. 433 trou de Botal. Du deuxième au troisième mois, apparaît sur cette cloison mitoyenne des oreillettes, une valvule qui, en croissant de haut en bas, diminue chaque jour de plus en plus l’ouverture interauriculaire : l’occlusion ne sera complète qu’à la naissance, par l'application définitive de cette valvule contre la paroi inférieure de la cloison. En même temps que l'oreillette devient double , il part de la base du ventricule gauche un petit prolongement qui va constituer un second ventricule, le ventricule droit, Le cœur alors a les quatre cavités que nous lui avons reconnues. Les oreillettes sont d’abord plus grandes que les ventricules , et la droite plus que, la gauche. Le ventricule gauche est d’abord le plus grand, mais à partir du sixième mois, c’est le droit. Les parois du cœur , des ventricules surtout, sont d’abord fort épaisses. À l’embouchure de la veine cave inférieure dans l’oreillette droite est une valvule dite d’ÆEustachi, que nous verrons iniluer d’une manière remarquable sur le mode de circulation du fœtus.
Quant aux artères , l’aorte est la seule qui existe jusqu'à la septième semaine. À cette époque apparaît la pulmonaire, qui d’abord est sans rameaux, et va à l'aorte dont elle semble être une racine. Vers la huitième semaine, celte artère pulmonaire détache de petites branches pour le poumon. Ges petites branches, d’autant plus grêles que l’embryon est plus jeune, grossissent graduellement; vers le cinquième mois, elles égalent en volume le tronc primitif de la pulmonaire, qui est toujours continu à l'aorte, et qu’on appelle canal artériel ; à la naissance, chacune d'elles enfin légale et même le surpasse. De même, le canal veineux, ou la communication de la veine ombilicale avec la veine cave
inférieure , se rétrécit à mesure qu’on approche de fin de la vie intra-utérine.
À la descriplion de lartère pulmonaire , nous rattacherons celle des poumons; les rudimens en apparaissent vers la sixième ou septième semaine. Ils sont alors petits, blancs, très-rapprochés l’un de l’autre, tout lisses , et silués tout au bas de la poitrine, au-dessous du cœur qui les dépasse beaucoup. Bientôt apparaissent sur leur côté externe des échancrures, qui annoncent leur séparation en lobes. Après , ils paraissent lobuleux , granuleux , mais solides et pleins. Vers quatre mois, leur couleur, de blanche qu’elle était, devient rose. Quelque développement qu'ils prennent , ils restent denses. En eux, les artères bronchiques se forment avant les branches de l'artère pulmonaire. À terme, la trachcée-
artère est étroite , remplie d’un liquide transparent; les
pièces du larynx qui, dans l’origine étaient membraneuses , sont devenues cartilagineuses , mais non encore osseuses.
Nous ne nous astreignons pas à indiquer les développemens semaine par semaine , Mois par mois , Car nous serions entraînés à des détails infinis. Il doit nous suflire d'indiquer la série des formes principales , et celles qui influent sur le mécanisme des fonctions. Ghaque artère se forme avec la partie qu'elle doit alimenter. Une différence que présente le système artériel du fœtus, consiste dans les artères ombilicales, qui sont la continuation des iliaques primitives.
Il est quelques organes que leur développement pré coce, l'abondance des vaisseaux quiles pénètrent, et leur voisinage de la veine cave, font présumer influer, soit sur la formation du sang, soit sur sa circulation, €6
ANATOMIE DU FORTUS. 435 dont nous pouvons à ce litre, rattacher la description à celle de l'appareil circulatoire sanguin. Tels sont, la thyroïde et les capsules surrénales, que nous avons décrits dans l’âge adulte , et le thymus qui est un organe exclusif à la vie fœtale. La thyroïde est en effet de bonne heure apparente ; et pendant toute la vie intra-utérine , elle est proportionellement plus volumineuse, plus molle, plus pénétrée de sang, que dans les âges suivans. Il en est de même des capsules surrénales; distinctes déjà dans l'embryon de deux mois , et plus grosses que les reins, elles sont sans doute par la suite surpassées en volume par ces organes ; mais elles restent toujours fort grosses , comparativement à ce qu'elles sont dans les autres âges; car à la naissance , leur poids est à celui des reins comme un à trois, tandis que dans l’âge adulte elles sont aux reins comme un à vingt-huit. Quant au thymus, c’est un organe de structure vésiculeuse , qui ne se prolonge guère au-delà de la vie fœtale, et qui est situé dans le thorax, à sa partie antérieure et supérieure, derrière le sternum : non visible avant le troisième mois , il croît rapidement, çar au septième, il a dix-huit lignes de long , et à terme, sa longueur est de deux pouces el demi, et son poids de quatre à cinq gros. C’estun assemblage de cinq à six lobes , qui, bien qu’unis par une enveloppe commune assez dense , sont distincts, et peuvent être considérés comme autant de thymus séparés, car chacun a ses vaisseaux propres : chaque lobe est divisé en lobules, et ceux-ci en grains. Dans chaque lobule est une petite cavité contenant un suc blanchätre , visqueux, coagulable par l'alcool , semblable à du lait , ou mieux à du pus. On avait supposé à ce thymus un conduit excréteur aboutissant dans l’æso-
phage, ou le péricarde; mais cela n'est pas. Il croit encore pendant les deux années qui suivent la naissance. |
2° Système nerveux. Rien n'en apparaît encore dans le premier mois, à cause de l’état fluide dans lequel est d’abord ce système; la tête et la carêne paraissent transparens et remplis d’un fluide diaphane. Dans le second mois, on distingue dans la carêne un ‘canal qui en parcourt la longueur, et à la tête une vésicule arrondie , distendue par un fluide blanc et transparent ; bientôt le microscope y fait reconnaître les méninges, et la masse nerveuse qui ressemble à du blanc d'œuf. Si on soumet celle-ci à l’action de l’alcool, comme l’a fait Tiedemann , auteur d’un beau travail sur ce sujet, et auquel j’emprunte tous les détaiis que je vais donner, on voit nette ment le rudiment du système nerveux cérébro-spinal, sous la forme d’un cordon aplati, à peine plus large à l'extrémité céphalique qu'ailleurs, et divisé en arrière sur toute sa longueur. Au troisième mois, l'extrémité céphalique a cru assez pour être bien distincte de la moelle. Celle-ci, à sa partie supérieure, à ce qu'on appelle la queue de la moelle allongée, forme une saillie intermédiaire au cerveau et au cervelet , et qui, pour le volume, tient le milieu entre ces deux parties. Elle offre distinctement les trois faisceaux dits pyramides antérieures , cordons olivaires, et pyramides postérieures, qui vont former le cerveau et le cervelet. Comme le pont de Varole manque alors, on voit nettement les deux premiers de ces faisceaux se porter d’abord dans les péduncules du cerveau, ensuite les pyramides antérieures dans les corps striés, les cordons olivaires dans les couches optiques, et enfin les uns et les autres rayonner
ANATOMIE DU FOETUS. 457 au-delà de ces parties en éventail, et former la membrane future des hémisphères. De même , les pyramides postérieures vont former le cervelet, L’encéphale est alors fendu en arrière dans toute sa longueur; la membrane des hémisphères, que nous venons de voir se former par les radiations des pyramides antérieures et des cordons olivaires, commence bien à se recourber par ses bords en dedans et en arrière; mais elle laisse encore à découvert les pédoncules du cerveau, les corps siriés, les couches optiques, les tubercules quadrijumeaux, toutes parlies qui sont déjà apparentes. Les éminences mamillaires, la glande pituitaire, les nerfs optiques, olfactifs, sont aussi déjà visibles. Les lobes antérieurs sont déjà assez gros ; les moyens et postérieurs ne sont que naissans. Quant à la moelle spinale, elle s’offre sous la forme d’une lame dont les bords se renversent en dedans.et en arrière , et se réunissent pour constituer dans son intérieur un canal : ce canal se continue dans l'encéphale avec le quatrième ventricule, qui lui-même est continu avec la troisième par l’aqueduc de Sylvius, qui est alors une assez grande cavité.
Au quatrième mois, les cordons olivaires sont plus gros ; le corps calleux commence à se montrer, mais il est situé verticalement; le pont de Varole apparaîl; les lobes postérieurs du cerveau ne dépassent pas encore les tubercules quadrijumeaux, mais latéralement ils ont atteint le cervelet. Celui-ci a une cavité dans chacun
de ses côtés. La voûte à trois piliers apparaît formée de
deux rubans distincts ; ses piliers antérieurs se recourbent sur les couches optiques, et ses piliers postérieurs se continuent avec les cornes d’Amimon : ces dernières parties sont apparentes ,. ainsi que la glande pinéale et
ses péduncules : les ventricules latéraux existent, et les bords recourbés de la membrane des hémisphères étant alors réunis, ces hémisphères ressemblent à deux vésicules membraneuses. La moelle spiuale s’étend en queue de cheval jusque dans Le sacrum ; elle conserve encore son canal intérieur dans lequel se dépose de la substance nerveuse grise.
À cinq mois, le cerveau couvre déjà en arrière les tubercules quadrijumeaux; la réunion des bords recourbés de la membrane des hémisphères ne permet plus de voir aucune de ses parties intérieures. Le corps calleux est plus étendu , et la com missure antérieure est visible; les premiers rudimens des circonvolutions se montrent. Le cervelet offre des sillons qui le divisent en cinq lobes, et sa cavité intérieure a beaucoup diminué,
À six mois, les lobes postérieurs sont arrivés à couvrir une partie du cervelet : le corps calleux n’est pas encore assez étendu pour couvrir toute la couche optique; mais illacache déjà en partie. On voit distinctement les fibres des péduncules du cerveau aller en divergeant, se répandre sur tout l'intérieur des ventricules latéraux. Le septum lacidum est très-apparent. Dans le cervelet, on distingue l’'éminence vermiculaire supérieure , l'arbre de vie.
À sept mois, les lobes postérieurs du cerveau dépassent le cervelet; les cifconvolutions sont distinctes ; on peut déjà retrouver tous les traits de l’âge adulte, comme les fibres transversales de la protubérance annulaire , et Les longitudinales des péduncules du cerveau: Alors apparaissent les lobes et lobules foliés du cervelet. L'origine de tous les nerfs est facile à démontrer ;
. ANATOMIE DU FOETUS. 439 ces nerfs sont plus mous, plus gros, plus rouges que dans les âges suivans; les points de l’encéphale où ils aboutissent, sont les premiers qui se montrent consis tans. La moelle spinale voit son canal intérieur s’oblitérer, et graduellement elle descend moins bas, de manière à finir aux vertèbres lombaires.
Enfin , dans les huitième et neuvième mois , C'est surtout la périphérie de l’encéphale qui croît en volume et en consistance: les circonvolutions deviennent plus saillantes ; les lamelles du cervelet se multiplient. On voit distinctement l’entrecroisement des fibres des pyramides antérieures , le passage de ces fibres au-dessous du pont de Varole dans les péduncules du cerveau , et leur divergence au-delà des corps striés dans les hémisphères.
Cette recherche du mode de développement de l’encéphale , est utile pour éclairer la question des rapports qu'ont entr’elles les diverses parties cérébrales ; et, par exemple, elle a justifié en beaucoup de points les idées de M. Gall, sur l'anatomie du cerveau , comme en tout ce qui concerne les fibres divergentes. En d’autres, au contraire , elle les a contredites; par exemple, la substance blanche apparaît avant la grise, el conséquemment ne peut en provenir, elc. C’est la surface interne de la pie-mère tant interne qu’externe, qui sécrète la substance nerveuse , et celle-ci est déposéesuccessivement de dehors en dedans. Il est difficile de savoir lesquels sont les plus précoces, des systèmes nerveux animal et organique : Ackermann prétend que c’est ce dernier ; il n’a en effet manqué jamais dans les acéphales. M. Serres dit que tous les nerfs sans exception, se développent avant les centres; leur développement parait être indé-
pendant de celui des parties auxquelles ils se distribuent, T'iedemann , dans le beau travail auquel nous avons emprunté ces détails, dit qu'il résulte de ses recherches , que l’encéphale du fœtus humain est d’abord celui de l'animal vertébré le plus simple; et qu’ensuite, tant par l'addition de nouvelles parties, que par le développement de celles qu’il avait d’abord, il passe successive ment par chacune des formes qui appartiennent à chacune des quatre classes d'animaux vertébrés , à commencer par les poissons.
M. Serres, dans un ouvrage qu’il vient de publier sur l'anatomie comparée du cerveau dans les quatre classes d'animaux vertébrés , et qui a été couronné par l'Institut, a mieux encore mis hors de doute ce fait important , en même temps qu’il a donné de nouveaux détails sur le mode de développement de lencéphale. D’après ce savant, le système nerveux, comme tout le corps en général , se développe, non du centre à la circonférence, ainsi qu'on l’avait dit, mais de la circonférence au centre. Ainsi les nerfs latéraux de la tête, du tronc, du bassin, sont déjà formés, que l’axe cérébro-spinal est encore liquide; d’où il résulte déjà que ces nerfs n’y ont pas leur origine, comme on l'avait dit, mais seulement y aboutissent; et en effet, il est un temps où ils ne communiquent même pas avec cet axe. Ensuite apparaît la moelle épinière, après l’encéphale ; et dans l’encéphale, ce sont les tubercules quadrijumeaux qui se montrent les premiers , puis le cerveau , et enfin le cervelet. Cela est subordonné à l’ordre selon lequel paraissent les arières. Toutes ces parties sont primitivement doubles, composées de deux moitiés, qui,en se développant, marchent lune vers l’autre pour se réunir sur la ligne médiane.
Par exemple, la moelle épinière est d’abord composée de deux cordons séparés; bientôt les cordons se réunissent en avant , et font de cet organe une véritable goultière ; plus tard, ils se réunissent de mêmeen arrière, et laissent dans son intéricur un canal; ce canal enfin disparaît, à mesure que, de dehors en dedans , de la matière nerveuse y est déposée. La même disposilion s’observe dans toutes les autres parties encéphaliques, tubercules quadrijumeaux, péduncules du cerveau, cervelet; et la réunion des deux moitiés primitives sur la ligne médiane , est ce qui donne naissance dans l’encéphale à ces parties appelées commissures, et à ces trous, ces cavités connues sous le nom de ventricules; ces ventricules sont les analogues du canal primitif de la moelle épinière. Quant au fait, que l’encéphale du fœtus humain offre successivement les formes de l’encéphale de chacune des quatre classes d'animaux veriébrés, M. Serres en a donné la démonstration la plus directe, en déterminant le premier avec rigueur les élémens de l’encéphale dans les quatre classes d’animaux, et en fournissant ainsi des principes fixes à l’anatomie comparée. On sait que le système nerveux de ces êtres se compose de la moelle épinière et de l’encéphale; et que dans la masse dite encéphale, on doit distinguer les tubercules quadrijumeaux , les lobes olfactifs, le cervelet et les hémisphères cérébraux. Or, M. Serres a vu que chacune de ces parties fondamen-
tales du système étaient dans les quatre classes d’ani-
maux vertébrés, tour à tour dominantes et dominées, et que les premières formes que présentaient les embryons des classes supérieures étaient les formes permanentes des animaux inférieurs. Ainsi, dans les poissons,
il y a grand développement des lobes optiques et olfactifs, du lobe médian du cervelet, et de la moelle épinière; et ! au contraire, les hémisphères du cerveau et du cervelet sont réduits à zéro ; la moelle épinière , les tuber cules quadrijumeaux sont creux, ainsi que l’est toute partie de Pencéphale très-développée. Dans les reptiles , déjà les lobes optiques sont moindres, parce que les hémisphères cérébraux sont un peu développés; mais le cervelet est plus petit encore que dans les poissons ; les tubercules quadrijameaux sont creux encore, mais les hémisphères cérébraux, qui étaient tout solides dans les poissons , ont déjà aussi une cavité intérieure. Dans les oiseaux , c’est le cervelet qui est l’élément dominateur , et qui à pris la place des tubercules qnadrijumeaux ; aussi a-til une cavité dans son lobe médian. Enfin, dans les mammifères , les hémisphères cérébraux sont à leur summum de développement, etleslobes optiques tout-à-faitétouftés. Or, ces formes sont celles que présente successivement Fencéphale de l'embryon humain. N’avons-nous pas dit que les tubercules quadrijumeaux étaient les parties encéphaliques qui paraissaient d’abord ? ajoutons que dans leurorigine,ces luberculessont creux comme dänsles poissons, et doubles ; ce n’est que plus tard que leur cavité s’oblitère , et qu'ils se divisenten quatre par un sillon transversal. Nous avons vu aussila moëlle offrir primitivement un canal dans son intérieur. Les hémisphères cérébraux ont été d’abord deux petites vésicules isolées l’une de l’autre, comme dans les poissons: et le cervelet, une petite languette sans hémisphères, comme dans les reptiles. En somme , dit M. Serres, en remontant dans la vie utérine d’un mammifère , on voit les parties de l’encéphale disparaîlre, de manière que cet organe présente successive-
ANATOMIE DU FOETUS. 443 ment les formes de l'oiseau, du reptile et du poisson; comme en remontant Péchelle des animaux, du poisson au mammifère, on voit l’encéphale se compliquer d’après les mêmes lois; de telle sorte que les premières formes des embryons supérieurs représentent les formes permanentes des animauxinférieurs.
5 Appareil digestif. Puisque l'embryon est primitivement réduit au torse , que le ventre est en lui la première partie formée, le premier organe digestif qui apparaît est le canal intestinal : mais les auteurs sont très-dissidens sur le mode de développement de ce canal. Wolf, d’après ses observations sur l’œuf des oiseaux , le fait provenir de la membrane vitellaire : celle -ci est d’abord appliquée sur la colonne vertébrale de l’embryon; mais tout le long du rachis se développe bientôt un demi-canal , qui se réunit par les côtés depuis le haut jusqu’en bas avec la membrane du jaune, et qui finit par former un canal entier qui reste appliqué au rachis dans toute sa longueur. Ge canal ne communique plus à sa partie inférieure avec le vitellus que par un conduit étroit qui se rétrécit chaque jour de plus en‘ plus; et quand le reste du vitellus rentre dans l'abdomen, on ne voit plus à la partie inférieure de l'intestin, qu’un petit appendice en cul-de-sac , vestige de la communication avec le jaune. Oken dérive l'intestin de la vésicule ombilicale : celle-ci lui donne naissance par deux prolongemens , un inférieur pour l'intestin anal, et un supérieur pour l'intestin stomacal; la portion intestinale inférieure se forme avant la supérieure, comme le prouvent les monstres acéphalo - gastres. Le cæcum , qui est situé entre les deux parties intestinales , est considéré par Ohker comme le reste de la vésicule ombi-
licale. Selon Meckel, l'intestin est d’abord un canal droit et court, placé au devant du rachis; ce canal ensuite se recourbe en avant, s'engage dans la base du cordon, qui alors est si ample qu’on peut le considérer comme un prolongement de l’abdomen; là, il s’unit à la vésicule ombilicale, mais à la fin de l’iléon , et non pas au cœcum, comme le dit Oken; après, il s’en sépare pour rentrer dans le ventre. Nous avons dit comment Rolando le faisait provenir du sacculus vitellarius, sous l'influence du système nerveux; formant d’abord un canal étendu de la bouche à l’anus; puis se repliant en avant pour constituer la vessie; et enfin, allant au dehors de l’être, former l’allantoïde. T'iedemann , arguant des occlusions et des diverticulums qu’on trouve quelquefois dans sa longueur, prétend qu'il se forme de plusieurs pièces qui se réunissent ensuite les unes aux autres. Enfin , M. Felpeau , nie toutes ces origines, et dit que l'intestin est primitivement renfermé dans l’un des quatre renflemens qu’il a signalés dans le cordon; qu'il y est enveloppé d’un fluide séreux lympide, dans lequel on voit une petite quantité de matière jaune, ressemblant à du jaune d'œuf cuit; et que dès ce lieu il a déjà ses circonvolutions.
Sans prétendre indiquer quelle est parmi ces descriptions celle qui est conforme à la nature, nous allons nous borner à spécifier les différences que présente pendant la vie fœtale l'intestin, sous les rapports de sa longueur, de son calibre , de sa situation, etc. Plus le fœtus est jeune , plus l'intestin est court; mais aussi plus il est ample. Il a d’abord partout le même calibre, puis il se partage en grêle et en gros, à mesure que le méconium se fait. L’intestin grêle est d’abord beaucoup plus court
Ro CEE Se —— —
ANATOMIE DU FOŒTUS. 44à que le gros; à six semaines, époque à laquelle le cæœcum apparaît , il est de moitié moins long : mais ensuite ces deux proportions diminuent, de sorte qu’à six mois, le gros intestin est le plus court, a avec le grêle le rapport qu'il aura toute la vie, et qu’à la maturité l’un et l’autre sont, dans leurs rapports avec la longueur du corps, ce qu'ils sont dans l’âge adulte : il y a même un moment, où l'intestin grêle, d’abord si court, est proporlionnellement au corps plus long qu’il ne sera jamais. Toutes ces dispositions successives sont celles des animaux des classes inférieures, et sont importantes à noter, parce qu'elles sont en rapport avec le besoin de l’alimentation , et le degré d'activité qu’aura la fonction. A la fin de la grossesse, l'intestin d’abord si large, est proportionnellement plus étroit qu’il ne sera par la suite , et le gros intestin est tout-à-fait devenu le plus gros, ce qui n'était pas d’abord. L’estomac est d’abord situé verticalement; par degrés, il se place horizontalement ; il est d'abord allongé ; ensuite il s’arrondit, parce que son culde-sac, qui n'existait pas d’abord, se forme, et même est beaucoup plus grand proportionnellement , qu’il n’est dans l’âge adulte : vers le troisième mois, cet excès de grandeur commence à diminuer, C’est à cette époque que, dans l'intérieur de l'intestin, commencent à être wisibles les villosités : ces villosités sont d’abord uniformément répandues dans toute sa longueur; mais, à partir du moment de leur formation, elles vont en diminuant, surtout dans le gros Intestin, ét au sep-
tième mois, celui-ci n’en offre plus. C’est à sept mois
qu'apparaissent les valvules conniventes, sous forme de
| légères élévations qui s’effacent quand on distend le | Canal; ces valvules sont encore peu formées à terme.
La valvule iléo-cœcale est déjà très-visible à trois mois, et est complète au moment de la naissance. Le pylore ne commence à se former qu’à quatre mois et demi, et son développement n’est pas encore complet à terme. À la fin du cinquième mois, apparaissent les bosselures du colon: c’est la portion transversale qui en offre le plus, la portion iliaque n'en à pas encore à la naissance. Le grand épiploon apparaît dès l’âge de deux mois au bord de l’estomac; au troisième mois, apparaît la portion colique vers le pancréas, et à quatre mois, ces deux portions se réunissent. À mi-terme , apparaissent les appendices épiploïques ; mais toutes ces parties n’'offrent pas encore de graisse, même à la naissance. Quant à la situation de l'intestin, M. F’elpeau, qui fixe dans le cordon le lieu de sa première formation , dit qu’il y est d’abord renfermé. La plupart des autres anatomistes disent au contraire, qu'il est d’abord situé tout droit le long du rachis, et que ce n’est que lorsque le cordon s’esé formé , qu'il s’y est introduit. ILest certain qu'il y est contenu en partie jusque vers le deuxième mois. Alors, à mesure que Ja vésicule ombilicale s'éloigne de l’abdo= men , que le cordon se resserre, l'intestin rentre dans le ventre, le gros d’abord , puis le grêle. À deux mois, le cæcum est placé derrière l’ombilic; à trois , il est déjà au-dessus ; à quatre, il est près l'extrémité supérieure du rein droit; à cinq, près l'extrémité inférieure de cet organe; à sept, dans la fosse iliaque droite, où il doit toujours rester ; de sorte que le colon est d’abord tout entier descendant , puis transverse , puis ascendant , et enfin à la fois ascendant , transverse et descendant. Le mésocolon est d'autant plus large que le fœtus est plus jeune. En somme, le canal alimentaire présente aussi
dans ses développemens successifs les formes propres à chaque division du règne animal, comme cela avait été des systèmes nerveux et circulatoire, du cerveau et du cœur.
Quant à la portion supérieure de lappareil digestif, nous avons dit que la bouche avait paru à la face, sous la orme d’une fente, dans le premier mois. Dès le quarantième jour, il y a déjà commencement d’ossification dans les mâchoires : les os maxillaires sont, après les clavicules, ceux où l’ossification est la plus précoce. À deux mois et demi, les lèvres sont formées, et la bouche close; la lèvre inférieure offre, sur la ligne médiale , une échancrure ; et la supérieure , un lobe moyen et deux échancrures latérales. Dès le commencement du deuxième mois sont visibles, dans les mâchoires, les germes des dents. Ce sont, d’abord , de petites vésicules membraneuses, miliaires, suspendues aux nerfs et aux vaisseaux ; ensuite des follicules membraneux, formés de deux lames, enveloppant un bulbe nerveux et vasculaire, tenant par une extrémité à la gencive, et par Vautre , au pédicule vasculaire et nerveux qui le pénètre. À trois mois, l’ossification de ces germes commence successivement à la première , deuxième incisive, première molaire, la canine, et la deuxième molaire : le
. travail est toujours un peu plus hâtif à la mâchoire infé- . rieure. À la naissance, ces cinq dents ne sont pas encore
achevées , et elles sont encore cachées sous la gencive.
| La langue paraît dès le deuxième mois ; d’abord elle pend hors de la bouche ; mais bientôt elle y rentre, et
. dès le quatrième mois, on peut distinguer à sa surface
les papilles, À la description Es l'appareil digestif, nous rattache-
rons celles des glandes, qui, dans l'adulte, en sont des annexes , les salivaires, le pancréas et le foie. Les salivaires et le pancréas ne paraissent qu’à quatre mois, et restent peu développés pendant toute la vie fœtale. Il n’en est pas de même du foie, un des plus gros et des plus précoces organes du fœtus. Il est en effet visible dès la troisième semaine, dit W'alther; à la quatrième , il occupe presque tout l'abdomen , dont il soulève la paroi antérieure ; il pèse alors, à lui seul, presque autant que le corps entier. Sa face convexe est tournée en avant, sa face concave en arrière, et son bord antérieur descend jusqu’au bassin , au lieu où le cordon est implanté. Il est alors composé de deux lobes égaux en volume, et symétriques. Ge volume énorme et disproportionné du foie, commence à diminuer à partir du
quatrième mois; à mesure que les intestins se forment , !
il se place aussi plus horizontalement. À la naissance, il occupe encore la moitié de l'abdomen, descend jusqu’à J’ombilic , et le lobe gauche a commencé à avoir un vo- Jume moindre que le droit. À la quatrièmesemaine , sa substance était presque diffluente ; à trois mois et demi, sa texture molle et pulpeuse ressemblait, pour la cou- Jeur et la consistance , à celle du cerveau ; à cinq mois et demi , il est déjà ferme, granuleux , d’un rouge foncé. Quant à la vésicule biliaire, elle apparaît, au quatrième mois, sous la forme d’un fil dans lequel on distingue à peine une cavité ; elle commence à contenir du mucus; au cinquième mois ; puis, de la bile jaune, au sixième et septième ; à terme, elle en est remplie ; mais cette bile est muqueuse et insipide. La rate ne se montre qu’au deuxième mois , et reste petite relativement au gros vo- Jume du foie.