SECTION F
Vie intra-utérine.
Cette époque de la vie humaine embrasse tout le temps où l’homme, successivement ovule, embryon , fœtus, est renfermé dans le sein de sa mère, les neuf mois qui s’écoulent de la conception à la naissance. Quoique cet intervalle soit court relativement à la durée du reste de la vie, il est marqué par beaucoup plus de changemens que l’homme n’en éprouvera par la suite. Dans l’histoire que nous allons en faire, il est plus utile que jamais de suivre notre ordre accoutumé, c’est-àdire, de commencer par la description des parties, avart d’en exposer le jeu.
LP 2 2 Vo sd M à De Me Anatomie du Fœtus.
Pendant la vie intra-utérine , l’homme passe par
ANATOMIE DU FOETUS. 581 beaucoup d’états, dont plusieurs , les premiers surtout, sont couverts encore des plus épaisses ténèbres.
D'abord, qu’est-il avant la conception? Nous ne rexiendrons pas sur ce qui a élé dit à cet égard à l’article de la génération. Pour les sectateurs de l’épigénèse, il n'existe pas encore; chaque sexe seulement prépare les matières qui par leur association doivent le former , le sperme d’une part, et la vésicule ovarienne de l’autre. Pour ceux de l’évolution, il existe, soit sous forme d’animalcule spermatique dans le fluide séminal, soit sous forme de germe dans la vésicule ovarienne. Celle-ci , comme nous l’avons dit en parlant des ovaires, est transparente, du volume d’un grain de millet, et formée d’une membrane fine que remplit un liquide jaunâtre ou rougeâtre, dans lequel on ne distingue rien de solide.
En second lieu, la vésicule ovarienne, qu’elle soit un germe contenant les rudimens de l’individu nouveau, et n'ayant besoin que d’être avivé, ou qu’elle soit seulement un des élémens destinés à le former, subitelle une sorte de maturation indispensable, avant d’éprouver la fécondation? Nous avons dit que cela était sùr pour les animaux chez lesquels la fécondation a lieu à l'extérieur ; que l’analogie portait à croire qu'il en était de même chez les autres ovipares , qui en effet pondent des œufs sans avoir souffert aucunes approches ; que quelques physiologistes le croyaient même des vivipares; mais qu’à l’égard de ces-derniers , cependant la chose était plus douteuse. Ceux qui admettent cette maturation , la font consister en ce que la vésicule première a beaucoup grossi, s’est crevée, et a laissé échapper de son intérieur une autre vésicule beaucoup
plus petite , et qu’on a appelée ovule pour la distinguer de la première. Get ovule à paru être aussi une petite vessie, pleine d’un liquide transparent et albumineux, ayant à l’extérieur une apparence mamelonnée, et elfrant en un de ses points une petite tache blanche, qu’on appelle cicatricule. Gette petite tache est trèsimportante, car elle est le rudiment de l'individu nou: veau; le reste de l’ovule ne paraît être que de la matière nutritive , préparée pour ses développemens.
En troisième lieu, quel changement imprime, soit à la vésicule ovarienne primitive, soit à cette vésicule mürie el devenue ovule, la fécondation ? Ge changement ne peut encore être caractérisé, et nous sommes ramenés aux aveux d’ignorance que nous avons faits à l’article de la conception. Selon les uns, l’ovule n’a l été qu’avivé; selon d’autres, une partie du sperme, l’animalcule spermatique , par exemple, s’est joint à lui pour former le rudiment de l'individu nouveau. On se rappelle que MM. Dumas, Prévost et Rolando, ont professé cette dernière opinion , disant que l’animalcule. spermatique s'appliquait à la cicatricule pour former le sysième nerveux du nouvel être, et que celle-ci et le reste de l’ovule n'étaient que la guangue gélatineuse avec laquelle, sous l’influence du système nerveux, étaient formés les organes. C’est toujours le même débat de l’épigénèse et de l’évolution. Quoi qu'il en soit, à partir de ce moment, la vésicule ovarienne réprésente l'individu nouveau, car elle est destinée à le devenir; et voici en quoi elle diffère de ce qu’elle était dans le temps précédent : la cicatricule est plus brillante; formée primitivement d’une lame membraneuse blanche, fort épaisse , criblée de petits trous à travers lesquels on
voyait le reste de l’ovule, cette cicatricule est devenue plus mince , transparente ; et elle est partagée en deux z0nes, une extérieure plus épaisse , appelée champ opaque, etune intérieure plus diaphane , appelée champ transparent: au centre de celle-ci qui estrégulièrement circulaire, on voit un petit trait d’une demi-ligne de longueur, qui est le rudiment du fœtus, de son système nerveux. L’ovule fécondé, et tel qu’on vient de le décrire
quitte alors l'ovaire. Les uns disent que c’est au moment même de la conception, et nous avons cité une observation de grossesse extra-utérine , qui semble devoir le faire croire. Les autres , et c’est le plus grand nombre, disent que ce n’est qu'après quelques jours, qu'après un temps qui varie dans chaque espèce animale. Cruiskanck expérimentant sur des lapines, voit les ovules dès le troisième jour dans la trompe, et dès le quatrième, dans l'utérus. Haigton, en coupant les trompes dans les deux premiers jours , détermina des gestations tubaires dans ces mêmes animaux; mais en ne faisant
la section qu'après soixante heures, la gestation utérine
eut lieu, preuve que les ovules à cette époque avaient déjà passé. Nous avons cité une expérience analogue, de Nuck, de laquelle on pouvait déduire la même conséquence. MM. Dumas et Prévost disent, que ce passage se fait chez la chienne, du huitième au onzième jour. Dans l'espèce humaine, on a dit le douzième jour; mais il se fait plus tôt; /1ome, examinant le cadavre d’une femme morte huit jours après. une approche,
trouva déjà dans l’utérus l’ovule qui était membra-
neux , et qui avait une ligne de longueur sur une demiligne d'épaisseur.
Dans son trajet à travers la rompe: l'ovule at-il
changé? Cela est certain dans les ovipares : dans les oiseaux, par exemple, l’ovule n’est composé à l'ovaire que du jaune , substance nutritive destinée à nourrir l'individu nouveau , et de la cicatricule qui est le rudiment de celui-ci : c’est en traversant l’oviductus qu'il a acquis le blanc extérieur au jaune, et en traversant le cloaque, qu'il a revêtu l'enveloppe crétacée, la coquille. Mais cela est douteux , én ce qui concerne les vivipares et l’homme. Cruiskanck, dit que dans le trajet à travers la trompe, l’ovule s’est gonflé comme .un pois chiche. D’autres ont pensé que la substance séro-albumineuse, qui, immédiatement après un coil fécondant , est sécrétée dans l'utérus pour la formation de la membrane caduque, est dans les vivipares l’analogue des blancs dans l'œuf des ovipares. Récemment, M. Geoffroy St.-Hilaire à soutenu que dans la trompe, l'ovule ne faisait que grossir, et que sans éprouver aucuns changemens importans il arrivait à l'utérus tel qu'il était à l’ovaire. Quel est en effet, dit ce naturaliste , le but des changemens qu'éprouve dans la trompe l'ovule des ovipares? c’est d’affranchir cet ovule du besoin de s'implanter ù | Ja mère, pour subvenir à ses développemens ; c’est de lui donner les formes qui permettront ses développemens sans le secours d’une communication directe avec la mère : or, ajoute-t-il, ces formes n’étaient pas nécessaires à l’ovule des vivipares, et par conséquent, cel ovule a pu parvenir à l'utérus sans les acquérir. L’ovule arrivant dans l’utérus, ou se plonge en entier dans la substance séro-albumineuse qui remplit alors cet organe, et voit s'organiser autour de lui le double feuillet membraneux qui constitue la caduque ; ou trouvant déjà cette membrane organisée el tapissant l’u-
ANATOMIE DU FOETUS. 585 térus, il la pousse devant Jui à mesure qu'il pénètre le viscère, et s’en entoure dans la plus grande partie de son étendue. On admet l’une ou l’autre de ces deux manières de voir, selon qu’on a admis l’une ou l’autre des deux opinions coïncidentes sur le mode de formation de la caduque. Continuant de grossir dans l'utérus , en
cinq jours chez les chiens, il atteint le diamètre d’un
pois, devient pyriforme, et bientôt par des filamens qui naissent de sa surface externe , il contracte des adhérences avec la caduque, et cesse d’être flottant.
Examiné à cette époque, il ne paraît être encore | que ce qu'il était à l'ovaire après la fécondation, sauf qu'il est plus gros.
L'époque à laquelle on commence à voir nettement | dans l’ovule un rudiment d’embryon, est peu précise, même dans les ovipares chez lesquels cependant les observations sont plus faciles. aller dit que sur des brebis, animaux qui portent sept mois, il ne vit jus- | qu'au dix-septième jour, qu’un mucus uniforme: qu’alors des membranes parurent former l'enveloppe de « l’ovule, et en déterminer la forme: et qu'au vingt- | cinquième jour, un point opaque annonca le fœtus.
Haigton, observant sur des lapines, dont la gestation
est de trente jours, ne vit rien avant le sixième jour,
et le fœtus ne s’annonca qu’au dixième. Dans l’observation de /ome , que nous avons citée, et qui à le mé-
rite d’être relative à l'espèce humaine, Fovule qui avait huit jours, offrait déjà deux petits points opaques: il avait la forme d’un flocon grisâtre , semi-transparent ; il était prompt à se liquéfier , et son poids pouvait, par approximation , être évalué à un grain.
Les développemens premiers que subit l’ovule, pour
arriver au point où l’on pent y distinguer nettement le nouvel être sous forme d’embryon ou de fœtus, et les parties annexes qui lui sont unies pour le faire vivre et croître , sont inconnus dans l’homme. Chez cet être, en effet, ils se font à une époque trop rapprochée de la conception ; ils se succèdent avec trop de rapidité, et
souvent, une heure ou deux sullisent pour le passage.
d’une phase à une autre ; l'observation en est délicate et difficile, parce que les objets sont alors si petits, qu'ils sont à peine saisissables par le microscope ; enfin,
les occasions de faire ces observations, sont rares. Ce
n’est que par les recherches qu’on a faites sur les animaux , et surtout sur les animaux ovipares , qu'on a pu s’en faire quelque idée. Chez les ovipares, tous ces développemens se font comme à l'extérieur , et il était plus facile de remonter à leur origine , et d’en suivre les progrès. Aussi, telle a été la marche suivie par tous les physiologistes depuis Aristote , jusqu’à nos Jours. Fabrice d'Aquapendente, Malpighi, Haller, Spallanzani, Wolf, MM. Cuvier, Dutrochet, Pander et Rolando , etc. , se sont efforcés de suivre les phases du développement, soit du poulet dans l’œuf de la poule, soit du tétard et de la grenouille dans l’œuf des batraciens; e écemment, de semblables travaux ont encore été entrepris par MM. Dumas et Prévost. Malheureusement tous ces expérimentateurs sont dissidens ; il est difficile d’entendre , même avec le secours des figures , les descriptions forcément minutieuses qu'ils ont tracées: souvent ils ont donné aux mêmes parties des noms différens , ajoutant ainsi aux diflicultés de la chose elle-même , les embarras d’une nomenclaiure peu fixe ; enfin , ils n’ont fait que fournir des argamens à l’ana-
LE
ANATOMIE DU FOETUS. 387 logie; et peut-être ici l’analogie n’est pas applicable, car l’œuf d’un ovipare, qui doit contenir en lui tous les élémens de ses développemens futurs, doit être diffé-
remment édifié que celui d’un vivipare destiné à s’im-
planter dans le sein maternel, et à y puiser; et par la même raison, les développemens de l’un et de l’autre peuvent se faire d’après des lois diverses. Toutefois , voici quelques détails rapides sur les travaux de ce genre.
Un œuf d'oiseau, de poule, par exemple , est composé de deux sortes de parties; les unes qui ne prennent presque aucune part au développement du nouvel être, et qui après son éclosion restent comme des résidus morts; les autres dont les métamorphoses sont en rapport avec celles de l’embryon, et qui coopèrent à sa formation. Les premières sont la coquille, et la membrane qui la tapisse; les secondes sont le blanc de l’œuf, le jaune et la cicatricule. La coquille est poreuse, pour permettre l’absorption de l’air extérieur , et l’éva poration d’une partie du blanc de l’œuf;-encore membraneuse à l'ovaire , c’est dans le cloaque qu’elle est devenue terreuse. La membrane qui la tapisse, est blanche, bifoliée ; les deux lames qui la forment, se séparent au gros bout de l’œuf, et y laissent un espace rempli d’air, provenant de l’évaporation de l’albumine intérieure , et d'autant plus grand que l'œuf est plus vieux. Le blanc n'exislait pas dans l’œuf attaché encore à l’ovaire: il ne s’est interposé entre le jaune et la coque , que lorsque l’œuf a traversé l’oviductus ; il y en a deux, un en dehors, mince, fluide, qui s’évapore en partie, et qui est d'autant moins abondant, que l’œuf est plus vieux; un autre plus intérieur , beaucoup plus dense , enveloppé par le premier, et ne touchant à la coque qu’à la
53 del
pointe de l'œuf, par un prolongement de sa substance , appelée par Tredern le ligament du blanc. On pourrait croire que le jaune ou vitellus, n’est qu'une masse demi-fluide sans organisation ; mais d’abord deux membranes , dites épidermiques , l’enveloppent en commun avec la cicatricule , et deux prolongemens de ces membranes, appelés chalazes, s’attachent aux deux bouts de l’œuf, et l'y suspendent comme à deux pôles; ensuite , il estencore renfermé dans une membrane propre. Enfin, sous les tuniques épidermiques du jaune, et sur sa tunique propre, est la cicatricule.
Tous les expérimentateurs disent que c’est de cette dernière partie de l'œuf que provient le nouvel être, et que le blanc et le jaune ne sont que des matières nutritives préparées pour subvenir à ses développemens. Haller a même prouvé que le jaune avait une communication directe avec l'intestin du fœtus, et paraissait en êtreune dépendance. Du reste, sans remonter aux expériences de ce physiologiste et à celles des auteurs anciens sur l’évolution du poulet dans l'œuf, arrêtonsnous à celles plus récentes faites par MM. Cuvter et Dutrochet, Pander et Rolando ; elles sufhiront à notre objet. ;
Selon MM. Cuvier et Dutrochet , rien ne paraît changé encore dans l'œuf, dans les premières heures de l'incubation; mais, vers la septième à peu près, la cicatricule a grossi , et représente, à la partie supérieure du jaune, et sous ses tuniques épidermiques , un pelit sac contenant quelque chose de fluide ; ce sac est l'embryon, contenu dans une membrane qui lui est propre , et qu'on appelle amnios. En même temps la chalaze du gros bout de l'œuf s’est détachée, et a permis au jaune de se
ANATOMIE DU FOËTUS, 589
porter de ce côté, pour que l’embryon ou cicatriculese melte en rapport avec l’air, qui remplit l’espace vide qui y existe; le blanc est porté au contraire en en bas, et d’ailleurs est absorbé successivement par le jaune, qui ainsi se fluidifie, et augmente de masse. Vers la trentième heure, ce petit sac de l’embryon, successivement agrandi, offre dans son milieu un petit cercle de couleur blanchâtre, dans le centre duquel est un point semblable à un ver ; ce point est le rudiment du poulet; et le cercle est le premier vestige des vaisseaux qui puisent dans le jaune , ce que /Zaller appelle la figure veineuse. Le sang n’y pénètre pas d’abord ; mais bientôt cela arrive ; un point saillant et battant apparait dans le poulet, c’est le cœur; on voit l'aorte en naître, et ses branches se rendre dans la figure veineuse. Le poulet s'offre alors sous l’apparence d’une ligne courbe, dont la partie antérieure renflée est la tête. Dans les deux jours suivans , le jaune continuant d’absorber le blanc et de grossir, ses membranes épidermiques se brisent etlaissent le sac de Famnios à nu : sur celui-ci , la figure veineuse a continué de s’agrandir. Il paraît que dans ces premiers temps, c'est le jaune qui a nourri l'embryon , et que l’air renfermé dans l’espace qui est au gros bout de l'œuf à servi à sa respiration. Dans le cours du quatrième jour , sort, entre les rudimens des pieds du poulet, une petite vessie , grosse comme une tête d’épingie, ayant quelques vaisseaux qui lui sont propres, et communiquant avec le cloaque. Gette vessie, qu’on à appelée allantoïde , grossit rapidement ; tellement qu’à la cent huitième heure, elle sera assez grande pour envelopper tout le sac du jaune et le sac du poulet, bien que celui-ci ait continué de grandir. Au cinquième jour,
on distingue donc dans l’œuf trois sacs, celui du jaune, celui de lamnios ou du poulet, et celui de l’allantoïde ; et voici comme chacun se comporte. Le sac du jaune va en diminuant graduellement, et celui du fœtus .en augmentant; le premier , qui, d’abord était presque tout l'œuf, arrive à n'être plus qu’un point; et le second qui n’était primitivement qu’un point, la cicatricule , parvient à constituer presque tout Pœuf; à mesure que l’un augmente, l’autre diminue, se creuse davantage ; et lorsque, vers la cent vingtième heure, le fœtus est assez formé pour qu’on distingue en lui l'intestin, on voit clairement que le ja:me y tient par un pédicule , et que les vaisseaux qui se rendent à la membrane de ce jaune sont des vaisseaux qui proviennent des troncs mésentériques du fœtus, qui sont sortis par son ombilic, et qu’on a appelés à cause de cela omphalo-mésentériques. À mesure que le développement avance , le jaune se montre de plus en plus une dépendance de l'intestin du poulet; à tel point qu'aux approches de l’éclosion , ce qui en reste rentre dans l’abdomen du poulet, et que le sac se remplit du même méconium vert que contient l’intestin. Quant à l’allantoïde, continuant de croître avec rapidité, bientôt elle enveloppe tout l'œuf; et dès le huitième jour, ses extrémités venant à se joindre vers le petit bout, elles se collent entre elles, et elles entourent l’œuf d’une double tunique , une extérieure , qu’on appelle chorion , et une intérieure, qu’on appelle la membrane moyenne, parce qu'elle est ainsi entre le chorion en dehors , et l’amnios en dedans. Du moment de cette union, la figure veineuse perd de son éclat, et il est évident qu’une partie du sang qu'elle recevait va à l’allantoïde. Les vaisseaux de celle-ci vien-
ANATOMIE DU FOETUS. 3G1 nent aussi du fœtus; ce sont ceux qu'on appelle ombilicaux. Is consistent; en une veine dite ombilicale, qui, venant de la veine-cave, a traversé la scissure du foie et est sortie par l’ombilic; et en deux artères, portant le même nom, et qui sont des continuations des iliaques primitives. Jusqu’au dixième jour, la membrane moyenne de celte allantoïde , communique avec ie cloaque par un canal particulier, appellé ouraque, et contient un fluide, qu’à cause de cette communica tion, on croît être de l'urine : mais plus tard ce canal de communication se casse et disparaît , et le fluide est résorbé et réduit à une matière glaireuse et crayeuse.
Dans les autres ovipares, les phénomènes, disent MM. Cuviter et Dutrochet, sont à peu près les mêmes, si ce n’est que dans ceux qui respirent l'air, l'œuf ne contient pas de blanc, et que dans ceux qui respirent l’eau, non-seulement il n’y a pas de blanc, mais encore rien de ce qui appartient à l’appareil de l'allantoïde ne se développe. L’œuf réduit au jaune et à la cicatricule se gonfle par suite de son séjour dans l’eau ; bientôt le fœtus apparaît attaché à la boule du jaune, et celleci est si évidemment un appendice de l’intestin du fœtus, que la peau de cet être, son périloine , son inteslin luimême, en forment les parois. Enfin , dans les mammifères et dans l’homme, ce sont encore, disent MM. Cuvier et Dutrochet, les mêmes dispositions : le fœtus est aussi renfermé dans une membrane propre, appelée amnios ; une vésicule dite ombilicale, tenant à son intestin, et recevant les mêmes vaisseaux, dits omphalomésentériques, que la membrane du jaune, remplit à son égard les mêmes offices que ce jaune; enfin, l’'allantoide , en se développant, forme aussi autour de tout
l'œuf une double membrane , savoir , un chorion, et une membrane moyenne. La seule différence est, que les vaisseaux ombilicaux qui, dans l’œuf de l’ovipare, ont fini aux deux membranes dites chorion et membrane moyenne , dans l’œuf du vivipare percent ces membranes, et vont au-delà former un organe spongieux, vasculaire, destiné à s'implanter dans l'utérus, et appelé placenta.
Ces travaux de MM. Cuvier et Dutrochet nous donnent de premières lumières sur les parties annexes de l'individu nouveau ; ceux de Pander et de Rolando sont plus relatifs à cet être lui-même, et tendent à spécifier l’ordre dans lequel apparaissent ses diverses parties. Pander dit , que la cicatricule est située sous la membrane même du jaune, qui est plus claire, plus mince à l'endroit qui lui correspond. Elle se présente sous l’apparerce d’une tache circulaire , de deux lignes de diamètre, dont le bord externe est plus clair et plus blanc, et dans le milieu de laquelle est un point blanc, se faisant remarquer par sa clarté. Elle est composée de deux parties, une qui est plongée dans le jaune, et l’autre qui est disposée comme une couche sur sa surface : celleciest, selon lui, la partie de laquelle et dans laquelle se forme le poulet, et il l'appelle à cause de cela la membrane du germe, le blastoderme ; il appelle l’autre, noyau de la cicatricule. Le blastoderme est composé primitivement d’une couche simple de granulations ; mais par l’incubation il s'agrandit; de nouvelles granulations plus homogènes se développent à sa surface ; il pàrait partagé en deux zones, une intérieure, dite le champ transparent, et une extérieure, dite le champ opaque ; à son centre est un point brillant, et dès la
douzième heure , il paraît composé de deux couches, une plus épaisse, granuleuse, opaque , que Pander appelle le feuillet muqueux, et une autre, extérieure, plus mince, transparente, qu’il appelle le feuillet séreux. C’est sur lui que vont se développer les germes importans des systèmes nerveux et sanguins. En effet, bientôt les granulations du feuillet muqueux se retirent du milieu du blastoderme vers son bord externe , et laissent ainsi au centre une place ronde, plus claire, où ce
feuillet est très-aminci, et qui est le siége futur de l’em-
| bryon, et que Pander appelle l'aire du germe. Gette
aire, d’abord petite et circulaire , augmente rapidement avec le blastoderme; successivement elle devient ovale, pyriforme; et vers la seizième heure, se montrent en elle deux petites raies parallèles et longitudales , qui sont les premiers rudimens de l’embryon, et que Pander appelle les plis primitifs : d’un côté, ces deux raies se réunissent en arc pour former la tête du poulet; de l’autre, elles restent écartées, et entre elles naît un petit filament , qui est la moelle épinière. Bientôt les deux plis se rapprochent pour entourer la moelle, mais graduellement, et laissant en haut des vésicules dans lesquelles plus tard se montrera le cerveau. De chaque côté, apparaissent des taches quadrilatères , rudimens des vertèbres. Alors, entre les deux feuillets du blastoderme, se forme une troisième membrane , dans laquelle se développent les vaisseaux , ét que Pander appelle la membrane vasculaire. Enfin, tandis que le développement de cette troisième membrane va donner naissance successivement à la figure veineuse, aux vaisseaux, au cœur du poulet; de seconds plis, disposés en sens contraire des plis primitifs, vont former les cavités
thoracique et abdominale et les viscères qui y sont contenus ; et des plis tertiaires, les enveloppes du fœtus.
Selon Rolando, la cicatricule est composée de trois parties : 1° d’une très-pelite vésicule qui, par ses développemens , donnera naissance à la membrane amnios et aux tégumens du nouvel être; + d’un disque de substance spongieuse, dont les développemens produiront successivement la figure veineuse de Haller, le cœur et tout le système vasculaire ; 3° enfin, d’un petit corps de substance blanche, qui est ce que Pander a appelé le noyau de la cicatricule, et Haller, le sacculus vitellarius, et qui est destiné à former le canal alimentaire. À ces trois parties constituantes de la cicatricule, la fécondation en ajoute une quatrième , qui apparaît à son centre sous la forme d’une demi-ligne de long, et qui est le rudiment du système nerveux. Il est aisé de reconnaître, dans ces trois parties admises par Rolando dans la cicatricule, les trois feuillets, séreuxæ, muqueux et membrane vasculaire, que Pander à signalés dans ce qu’il a appelé le blastoderme. Selon Rolando, c’est le rudiment nerveux qui imprime le mouvement de développement ; alors le disque de substance spongieuse s'agrandit ; dès la sixième heure de l’incubation , il s’est accru de manière à faire
voir nettement en lui beaucoup de vaisseaux entre-croi<
sés de mille manières, et remplis d’une liqueur rougeâtre. À la douzième heure , il forme une aire pyriforme, partagée en deux zones, une intérieure, qui est le champ transparent de Pander, et une extérieure, qui est son champ opaque. Entre la vingtième et trentième heure, se montrent les deux artères de la figure veineuse , et à
| la trente-sixième , le cœur, qui provient d’un des vais-
seaux du champ transparent. Ce cœur occupe d’abord tout le tiers supérieur du fœtus; mais à la quarantième
heure, on y distingue trois dilatations, qui sont l’oreil-
lette gauche, le ventricule gauche et le bulbe de l'aorte. À la cinquante-huitième heure ; part de loreillette, au côté opposé à celui par lequel lui arrivent les veines caves, un petit vaisseau qui s'applique à droite du ventricule gauche, pour former le ventricule droit. A la
quatre- vingtième, une cloison partage l’oreilette en
deux. Ainsi le cœur est primitivement vasculaire, et il
ne cesse de l’être qu’à mesure que des fibres musculaires | se déposent sur le vaisseau qui le formait primitivement, En un mot, du réseau vasculaire délié qui forme la
figure veineuse, et surtout de son centre, de ce qu’on
a appelé le champ transparent, proviennent le cœur, et
toutes les artères et veines du corps. En même temps,
à mesure que le rudiment nerveux se développe pour
former la moelle spinale , le sacculus vitellarius se pro-
| longe en avant sous lui, et s’unit par des vaisseaux avec | la lame spongioso-vasculaire ; sa figure est d’abord py- | riforme ; mais comme il s’allonge toujours , il arrive à
former un canal, étendu du bord antérieur de la tête au cœur , et assez large ; ce canal sera la bouche et l’œsophage. Ce canal ensuite se prolongeant en bas, dans la même proportion que la moelle, le sacculus vitellarius paraît ne plus exister, et est remplacé par un tube
étendu de la bouche:à l’anus, qui reste ouvert quelque
temps à son bord antérieur, et qui est l’intestin. Enfin ce canal, continuant de s’allonger, se replie en avant pour former en dehors de l’être une longue vessie, qui | lui est continue sans interruption ,etqu'on appelle «llan-
toide. Dans les animaux simples, dépourvus de viscères |: et d’organes sécréteurs , ce canal reste ainsi sans appen- | dices; mais dans les autres , sa tunique celluleuse se pro: : longe pour constituer ceux-ci. Aux points où ces organes annexes doivent être situés, s'élèvent de petits. tubercules qui s'unissent avec des vaisseaux capillaires sanguins , pour former les vaisseaux sécréteurs ; ceux-ci ensuite s’associent avec d’autres vaisseaux sanguins pour composer les organes. Cela s’étend comme les branches | d’un arbre. C’est de haut en bas que se forment ces diverses parties ; c’est-à-dire , les salivaires d’abord , puis | les trompes d’Eustachi, les conduits aérifères, cholé- | doque, hépatique, cystique , etc. Quelques -unes ce- | pendant paraissent provenir de la membrane tégumen: } taire, de l’amnios , les mamelles, par exemple. Quant | aux tégumens extérieurs, d’abord ils recouvrent sans | interruption tout l'animal; mais aux lieux où il doit | exister des ouvertures, ils sont en contact immédiat | avec le sacculus vitellarius, ou le canal qu’on vient de | décrire , et les vaisseaux à une certaine époque venant à leur manquer, ils se percent; si par une cause quel- | conque ces vaisseaux continuent de les pénétrer, ils conservent toute leur densité, et il en résulte ce qu’on | appelle des imperforations. | Nous ne dissimulerons pas que ces diverses descrip- | tions laissent beaucoup à désirer ; lues dans les expéris
mentateurs eux-mêmes, elles m'ont semblé insuflisantess | à plus forte raison doivent-elles le paraître, étant ré- | duites à un si court exposé. Cependant on verra que | celle de MM. Cuvier et Dutrochet nous servira lors de | l'étude des parties annexes du fœtus humain, et que | celle de M. Rolando éclairera aussi l’évolution du fœtus
lui-même. Du reste, ces descriptions sont en quelque sorte hors de notre sujet ; nous avons déjà dit qu'il fal- Jait être très- circonspect dans les analogies à établir entre les ovipares et les vivipares. Il est une famille d’animaux qui aurait pu fournir plus de lumières, c’est celle des marsupiaux ; l’ovule arrive, dès les premiers jours de ses développemens , dans la bourse extérieure ;
par conséquent on pourrait voir en quel état 1l est alors,
quelles métamorphoses successives il éprouve, car c’est
presque comme une gestation qui se ferait à l'extérieur : mais ce sont autant d’observations à faire.
Passant doné sur ce qui est des premiers développemens de l’ovule humain, parce qu'ils n’ont jamais été reconnus , et parce que ce qu’on en a observé dans les autres animaux est peu de chose encore et peut-être me lui est pas applicable, nous arrivons tout de suite au moment où l’on peut distinguer en lui l'être nouveau,
et les parties qui lui sont annexées pour le nourrir et le faire croître. Cette distinction peut se faire dès le quinzième jour de la conception ; elle devient ensuite ‘de plus en plus prononcée, et dans la description à donner de l’ovule, on peut alors séparer, comme nous al- Jons le faire, ce qui est des parties annexes du fœtus, de ce qui est du fœtus lui-même. L’ovule n’en reste pas moins, pendant tout le cours de la vie intra-utérine, une vessie globuleuse ; mais cette vessie, remplie d'un liquide dans lequel est plongé le fœtus, va en grossissant continuellement; et l’augmentation de son volume peut se mesurer par le degré de dilatation qu'éprouve l’utérus pendant la grossesse, car celui-ci est en proportion de celle-là.