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CHAPITRE III

Des Propriétés vitales.

Par la comparaison des actes physiques et chimiques d’une part, et des phénomènes de la vie de l'autre, et en raison de la différence et même de l’opposition qui existe entre les uns et les autres, les physiologistes avaient été conduits, pour représenter ces derniers, à abstraction de la force vitale. Par la comparaison des phénomènes de la vie entre eux , et en raison de leurs différences , ils ont été conduits à de nouvelles abstractions , qui représentent chacune chacun des acies de la vie en particulier , et qui sont ce qu'ils appellent les proprictés vitales. Les actes de la vie, en effet, bien que semblables en ce sens qu’ils sont différens des actes physiques et chimiques , ne sont pas tous d’un même genre, d’un même ordre; etparconséquenton a pu les rattacher à autant de forces vitales particulières, qu’on a pu distinguer en eux de différences bien marquées. Les forces physiques et chimiques sont multiples : on compte parmi elles la gravitation , les affinités, etc. Les forces vitales le sont de même ; et ce sont les subdivisions de la force vitale, en quelque scrte, qu’on a appelées les propriétés vitales. Cette dénomination est peut-être impropre , comme multipliant les abstractions sans nécessité; et peut-être eût-il mieux valu dire les forceswitales. C'était l'opinion de M. Hallé, qui voulait qu'on n’appelât propriétés que les qualités passives de la matière , comme l'étendue , la porosité, et qu’on donnât le nom de forces à ses qualités actives, comme la gravitation , l’élasticité. Mais cette distinction de la force et des propriétés vi-

DES PROPRIÉTÉS VITALES. 669 tales est venue, de ce qu’on à considéré la première comme un principe réel qui, incoercible et par conséquent inconnu en lui-même , avait pour propriétés les facultés dont nous allons parler en ce chapitre.

Toutefois , la création de ces propriétés vitales, faite au même titre que celle de la force vitale, est encore plus utile. Celle-ci n’indiquait qu’une notion générale ; savoir , que le mode de motion de la matière organisée est autre , et en quelques points contraire de celui de la matière inorganique , constitue une exception temporaire aux lois générales de la matière ; mais elle ne faisait rien apprendre de ce que sont les mouvemens vitaux en eux-mêmes. Les abstractions des propriétés vitales au contraire tendent, comme on va le voir, à caractériser ces mouvemens vitaux : elles en indiquent ; ou les traits extérieurs , ou lesrésultats : elles conduisent jusqu'aux derniers actes observables dans l’économie des êtres vivans , non-seulement jusqu’à ceux au-delà desquels nos sens ne peuvent plus rien saisir , mais encore jusqu’à ceux au-delà desquels notre esprit ne peut plus rien concevoir : elles nous font remonter enfin jusqu'aux phénomènes élémentaires de la vie, à ceux desquels résulte l’accomplissement des diverses facultés que nous avons vu la caractériser.

Les premiers documens en remontent à Stahl et à Haller. Le premier , ayant signalé dans quelques-unes de nos parties des mouvemens obscurs d’oscillation, des alternatives de contraction et d'expansion , soit lors de l’accomplissement de leurs fonctions, soit lors de l’application d’un corps extérieur quelconque, conçut que toutes les parties du corps étaient plus où moins suscepiibles en tout temps de semblables mouvemens : il ap-

pela ces. mouvemens toniques , dit que leur résultat était de constituer dans les organes ce qu’on en appelle le ton, et il les rapporta à une propriété spéciale de Ja malière vivante, qu'il appela tonicité. Déjà les Anciens avaient remarqué cette disposition du parenchyme de nos parties , à être, ou ferme et vibratile , ou flasque et mou , et ils en avaient désigné les différens degrés dans les maladies , sous les noms de strictum et de laxum. Cette propriété vitale de tonicité influait sur la progression des fluides , la circulation des humeurs , et du reste n'avait aucun rapport avec les forces physiques de cohésion , d’affinité d’agrégation, qui, dans la matière inorganique , déterminent le degré de densité , de consistance des corps.

Hailler groupa , sous deux autres propriétés vitales , deux phénomènes de vie non moins distincts , et qui lui parurent également élémentaires ; l’un qui est celui par lequel une partie vivante se montre sensible , transmet à l’âme la conscience, le sentiment de l'impression , soit externe, soit organique, qui lui est appliquée : l’autre qui est celui par lequel une partiese contracte d’une manière appréciable par les sens, soit sous l’empire de la volonté , soit sous l'influence d’un stimulus externe ou interne quelconque. Il rapporta le premier fait à une propriété vitale spéciale , qu’il appela sensibilité, du nom qui, depuis long-temps, était donné aux actes qu'elle était destinée à représenter ; et il rapporta le second à une autre propriété , qu'il appela trritabilité. Ge dernier nom avait été inventé par Glisson. Ce médecin avait signalé ce trait spécial qu'offre la matière vivante, de réagir sur les corps extérieurs qui sont mis en contact avec elle, de se mouvoir consécutivement à toute stimu-

DES PROPRIÉTÉS VITALES. 665 lation, dans un mode qui n’a aucun rapport avet les motions physiques et chimiques : il avait fait de ce trait l'acte le plus universel de la vie , celui auquel sont dus tous les autres ; et il l’avait rapporté à une propriété vitale première, qu’il avait appelée érritabilité, Gorter ensuile avait étendu à la vie des végétaux la notion de cette irritabilité , qui ainsi devait être dite la propriété vitale universelle. Âaller s’empara de ce mot déjà usité dans la science , mais pour lui donner une acception plus restreinte; il n’y rattacha que ceux des mouvemens de nos parties qui tombent sous les sens , comme les contractions des muscles volontaires , celles du cœur , etc. Bien que ces deux ordres de mouvemens soient bien distincts , puisque les uns sont volontaires, el les autres involontaires , cependant il les rangea dans la même catégorie, parce que l’essence de Flirritabilité est qu’une stimulation précède et provoque la contraction qui la constitue, et qu’il considéra l’ordre de la volonté comme étant aux muscles volontaires , ce qu'est le contact du sang au cœur. Proclamant ainsi deux propriétés vitales premières , la sensibilité et l’irritabilité, Haller d'abord chercha, par des expériences sur des animaux vivans , à spécifier quelles parties constituantes du corps possèdent ou non ces propriétés; et ces conclusions furent que la sensibilité réside exclusivement dans le système nerveux , et l'irritabilité dans le système musculaire. Partageant ensuite tous les phénomènes de la vie, selon qu'ils se rapportent à l’une ou à l’autre de ces deux propriétés , il perut réellement en avoir pénétré le mystère , en donner l'explication, tant est grande la tendance qu’a l’homme. à se payer de mots, et à les prendre pour les choses.

Aussi l'apparition de cette doctrine fit-elle révolution en physiologie ! Elle donna lieu surtoutà trois grandes controverses. 1° On ne s’accorda pas sur celles de nos parties qui sont sensibles et insensibles , irritables et non irritables. 2° On mit en doute que le système nerveux fût l'agent exclusif de la sensibilité, et le système musculaire celui de l’irritabilité. 3° Enfin, tandis que Haller faisait de la sensibilité et de l’irritabilité deux propriétés distinctes , quelques-uns voulurent rattacher l’irritabilité à la sensibilité, et la considérer comme en étant une dépendance.

Nous ne nous arrêterons pas aux deux premières de ces controverses , dont nous avons parlé ailleurs. Nous avons dit, en eflet , que si des parties qui avaient paru insensibles aux uns, s'étaient montrées sensibles à d’autres , c’est que ceux-ci avaient employé d’autres excitans , chaque partie ayant sa sensibilité spéciale; de sorte que la diversité des résultats s'explique par la diversité des excitans employés dans les expériences. Nous avons ajouté, que toute partie étant susceptible de développer de la douleur par l’état de maladie, Haller avait eu tort de dire, d’une manière absolue, certaines parties insensibles. Enfin, nous avons dit, que dans l’impossibilité où nous sommes souvent, de prouver l'existence de nerfs dans des parties là où nous voyons de la sensibilité, nous aimions mieux cependant croire que ces organes y existent, que de supposer possible sans eux la manifestation de cette faculté; de sorte que nous pensions, avec Haller , que la sensibilité réside exclusivement dans le sysième nerveux.

Nous devons , au, contraire, nous arrêter un peu à la troisième controverse, ne fût-ce que pour avoir l’occasion

DES PROPRIÈTÉS VITALES. 667 defaire connaître les faits qui y ont donnélieu. Nousavons dit que l’irritabilité supposait toujours une stimulation préalable : or, comme cette stimulation , lorsqu'il s’agit des mouvemens volontaires, consiste en un influx nerveux; et que lors des mouvemens involontaires euxmêmes , cette stimulation , pour être reçue, et pour provoquer à sa suite l’irritabilité, réclame aussi une influence nerveuse; quelques physiologistes ont voulu subordonner l'irritabilité à l'influence nerveuse ou à la sensibilité, et n’admettre ainsi que celle-ci pour propriété vitale unique. Voici les faits sur lesquels ils se fondent, 1° Il est évident, en ce qui regarde les mouvemens volontaires, que c’est une influence nerveuse qui commande et régit l’irritabilité à laquelle ils sont dus , et que les muscles cessent de répondre aux ordres de la volonté lorsqu'on a coupé, lié les nerfs qu'ils reçoivent. 2° La chose est aussi certaine, en ce qui regarde les mouvemens involontaires, car les muscles qui les exécutent reçoivent des nerfs, et cessent de répondre à leurs stimulans accoutumés , si on a lié ou coupé ces nerfs. Les expériences dans lesquelles on a amené la paralysie de l'estomac, de la vessie, par la section des nerfs qui vont à ces organes, en sont la preuve. À la vérité, AHaller, pour démontrer l'indépendance dans laquelle est l'irritabilité de toute influence nerveuse, disait que l’on pouvait couper les nerfs du cœur sans arrêter les mouvemens de cet organe; mais c’est qu'on ne coupait ces nerfs qu'au col; et les expériences de Legallois sur la moelle spinale , ont assez prouvé que les mouvemens de ce viscère sont aussi soumis à la nécessité d’une influence nerveuse. 3° Si on irrite le nerf qui se rend, soit à un muscle volontaire, soit à un muscle organique, on

détermine dans ces muscles une contraction , même plus vive, que lorsqu'on les irrite directement. 4° La même chose s’observe , si on fait l’expérience après la mort. 5° C’est à l'influence de l'irritabilité que Æaller rapportait le phénomène de l’antagonisme des muscles : or, une influence nerveuse agit encore ici, car il suflit que les nerfs d’un côté soient coupés ou paralysés, pour que les muscles auxquels ils se distribuent ne puissent plus contrebalancer leurs antagonistes, et cela, même sans l'intervention de la volonté. 6° C’est à elle aussi que Haller rapportait la roideur cadavérique; mais les détails dans lesquels nous sommes entrés sur ce phénomène , annoncent aussi qu’une influence nerveuse y préside, car la promptitude avec laquelle elle survient, le temps pendant lequel elle persiste, sont en raison du degré d’épuisement qu’a déterminé le genre de la mort. 7° Enfin, on sait que l'exercice de l'irritabilité peut encore être déterminé après la mort, par l'application aux muscles de divers stimulans, comme électricité , galvanisme, etc. Or, la permanence et l'intensité de celteirritabilité après la mort, se montrent très-variables selon diverses circonstances qui n’ont pu agir que sur le système nerveux. Par exemple, Fontana a remarqué que cette irritabilité était moindre et bien plus promptement éteinte dans le cadavre des personnes tuées par la foudre, dans celui des animaux morts par le venin de la vipère. Il y a aussi beaucoup de différences sous ce rapport dans les cadavres des criminels, selon que ces criminels ont subi, avec courage ou avec pusiilanimité et abattement, leur supplice. Ainsi, soit pendant la vie, soit après la mort , toujours une influence nerveuse précède la manifestation de l’irritabilité; et par conséquent cette

dernière propriété peut être considérée comme une dépendance de la première, Gomme on le conçoit, Haller et ses sectateurs ne laissaient pas ces diverses objections sans réponses. 1° Tous les faits qui prouvent qu'un influx nerveux met en jeu l'irritabilité, soit pendant la vie, soit après la mort , ou est nécessaire à sa manifestation, prouvent bien que cet influx nerveux peut être le stimulus que l’on a dit être nécessaire à son développement ; mais ils ne prouvent pas que l'irritabililé n'existe pas en elle-même. 2° Les deux propriétés appartiennent à deux systèmes d'organes distincts; l’un qui est sensible et nonirritable, le système nerveux; et l’autre qui est irritable et non sensible, le système musculaire. 3° Les excitans re ces deux propriétés sont divers et même opposés ; ainsi, Bikker, avec de la vapeur de soufre Ôte le sentiment seul aux muscles, et avec des vapeurs caustiques les prive de leur irritabilité. 4° Beaucoup de faits contredisent la dépendance de l'irritabilité de la sensibilité; par exemple, la permanence de l'irritabilité et son énergie après la mort, sont en raison inverse de l'énergie musculaire et de l’activité cérébrale: l'irritabilité est extrême dans les derniers animaux chez lesquels la sensibilité est obluse, ou même n’existe pas; elle est plus grande dans les reptiles que dans les oiseaux, etc. Nysten , cherchant à la développer dans des cadavres de paralytiques, l’y a trouvée aussi énergique. bi rilabilité existe dans les végétaux, qui, évidemment n’ont ni système nerveux, ni sensibilité. 6° Enfin, on la développe pendant la vie et après la mort, par l’irritation directe d’un muscle, lors même que ce muscle est isolé du cerveau et de tous ses nerfs, et lorsque l'irritation de ses nerfs ne peut plus l’exciter en lui.

On ne peut pas dissimuler la faiblesse de ces argumens des Hallériens; et, par exemple, si le muscle irrité directement se contracte, c’est à raison du reste d'influence nerveuse qu’il possède. En effet, dans ces expériences, ne faut-il pas varier successivement les excitans , à mesure que fa sensibilité s’y accoutume ? quand on applique l’excitant au nerf, ne faut-il pas irriter successivement un point plus rapproché du muscle, et suivre en quelque sorte le progrès de la puissance nerveuse, comme le faisait Bellint, dans sa fameuse expérience du nerf phrénique ? ne faut-il pas faire de nouvelles incisions au muscle, comme le conseillait Fontana, afin de mettre toujours à nu de nouvelles fibrilles nerveuses non encore influencées ? et enfin, si la stimulation directe du muscle provoque encore l'irritabilité, lorsque celle du-nerf déjà ne le peut plus, n'est-ce pas parce que la puissance nerveuse éparpillée dans les filets nerveux du muscle, est plus longue à s’y dissiper, que dans le tronc nerveux lui-même ?

Cette controverse , qui dure encore, me paraît être une pure dispute de mots, et l’on peut faire de justes reproches à chacun des deux partis. D’un côté, les antagonistes de l’irritabilité Hallérienne avaient tort de confondre deux choses aussi distinctes que la sensibilité , et l'influence nerveuse ou l’innervation; et, s’il est vrai que l’irritabilité soit subordonnée à cette dernière, il est évident qu’elle ne peut être confondue avec la sensibilité. D'un autre côté, les Hallériens erraient, en niant que lirritabilité fût , dans les animaux supérieurs au moins, comme tout autre acte vital, subordonnée à une influence nerveuse,

Toutefois, telles furent les premières propriétés

vitales qui furent désignées comme animant la matière vivante. Mais ces propriétés étaient bornées à certaines de nos parties seulement, la sensibilité au système nerveux , l’irritabilité au système musculaire : bientôt on les généralisa, on les dit communes à tous les organes; et dès-lors fut fondée la doctrine qui règne de nos jours. D’un côté, en cherchant à pénétrer jusqu’aux derniers mouvemens observables de nos organes, on vit que partout ces mouvemens étaient précédés d’une impression , à laquelle nos organes paraissaient sensibles , et qui semblait provoquer leurs actions; et l’on appela cette propriété générale et commune à toute partie vivante , de recevoir une impression , sensibilité ; généralisant ainsi la propriété que Âaller avait bornée à la seule perceptibilité par l’âme. Ainsi, toute partie fut dite sensible au sang dont elle va se nourrir; le cœur le fut à ce fluide, lorsqu'il va se contracter pour le lancer au loin, etc. D’un autre côté, on vit qu’à la suite de l'impression qu’elle a reçue, toute partie se meut ; tantôt d’une manière apparente, comme le fait le cœur ; tantôt trop petitement pour que ses mouvemens soient reconnus autrement que par leurs résultats, comme le fait une glande qui sécrète ; mais toujours d’une manière spéciale à la matière organisée, et qui ne peut être dite ni physique , ni chimique ; et cette motion fut rapportée à une autre force, qu’on appela motilité, et qui n’est aussi que l’irritabilité généralisée. On L’'appela motilité et non mobilité, pour faire entendre qu’elle représente la faculté de se mouvoir spontanément, et non celle

‘être mue ; et en exprimant que les mouvemens qui dépendent d’elle et qui suivent l'impression, sont tantôt perceptibles par les sens , tantôt moléculaires et reconnus

seulement par leurs résultats, on confondit les notions d’irritabilité et de tonicité. |

Ainsi, d’une part, action première par laquelle la matière vivante recoit une impression, ou sensibilité : d'autre part, autre action qui fait suite à la précédente, par laquelle la matière vivante se meut, consécutivement à l'impression qu’elle a reçue:etdans un mode qui lui est propre, ou motilité : telles sont les deux propriétés vitales élémentaires admises par les Modernes , les derniers termes auxquels iis sont arrivés dans l’analise des phénomènes. Tout organe est dit sentir et se mouvoir à sa manière pour sa fonction, l’estomac pour digérer , l'appareil circulatoire pour chasser le sang, le muscle pour se contracter , le nerf pour transmettre Les impressions sensitives à l’âme , etc.

Cependant, tout en admettant la sensibilité et la motilité, presque tous les physiologistes modernes ont spécifié un plus grand nombre de propriétés vitales ; et l’on peut attribuer leurs dissidences, sous ce rapport, aux deux causes suivantes : 1° À ce que, remarquant que chaque partie à son mode de sensibilité et de motilité, souvent ils ont fait de quelques-uns de ces modes, quand ils sont très-différens , autant de propriétés vitales spéciales. 2° À ce que souvent ils ont considéré comme un acte vital élémentaire , et digne , à ce titre, d’être rapporté à une propriété première, des phénomènes qui ne sont que les résultats d’une ou plusieurs fonctions. C’est ce que va prouver l’examen rapide que nous allons faire des principales théories modernes sur les propriétés vitales , des théories de Barthez, de Blumenbach , de M. Chaussier, de Dumas et de Bichat.

Barthes admettait cinq propriétés vitales, qu'il disait être des lois, des qualités primordiales du principe vital qu'il supposait exister dans tous les êtres vivans ; Savoir, la sensibilité, la force de contraction , celle d’expansion où de dilatation active, celle de situation fixe, et celle de tonicité! La sensibilité était prise par Barthez dans le sens circonscrit de aller; ce n’était que la faculté de transmettre à l’âme une impression quelconque ; la seule différence est qu’il n’en faisait pas la propriété exclusive du système nerveux, prononcant contre {aller dans la seconde des controverses auxquelles la doctrine de celui-ci avait donné lieu. La force de contraction comprenait tous les mouvemens musculaires, tant volontaires qu'involontaires, et, par conséquent, n’était aussi que lirritabililté hallérienne. La force de tonicité n’était aussi que ce que Stahl avait appelé de ce nom; seulement Barthez avait commis la faute d’y rattacher plusieurs phénomènes qui tiennent, ou à la simple élasticité physique, ou à ce que /Zaller appelait force morte,et que Bichat a depuis appelé contractilité de tissu. Restent donc les forces d'expansion, et de situation fixe, et voici en quoi elles consistent. La première est la propriété à laquelle certaines parties doivent de se mouvoir, non en se contractant, c’est-à-dire en rap prochant leurs extrémités de leur centre, mais en se dilatant. Il est certain que quelques-unes de nos parties paraissent se mouvoir en se dilatant, le cœur, par exemple, la pupille, tous les organes érectiles , etc. ; et l’on peut, dès-lors, admettre une force d’expansion ou de dilatation, au même titre qu’une force de contraction. C'est ce qu'a fait Barthez, et il a été imité en cela par plusieurs physiologistes mes contemporains,

MM. Roux, Rullier, etc. Mais, en ce qui concerne Île cœur , la dilatation de cet organe n’est que le résultat de la cessation de son action de contraction; etquantauxorganes érectiles , il est possible que leur turgescence tienne à une disposition particulière de leur système vasculaire, et spécialement de leur système veineux. Dans tous les cas , cette force d'expansion n’est, comme on voit, qu'un mode de motilité. Quant à la force de situation fixe, une des créations les plus chéries de Barthez, ce physiologiste appelait ainsi une faculté qu’auraient les muscles et toute partie quelconque, de maintenir leurs molécules composantes dans une position fixe déterminée , telle, que des efforts supérieurs à ceux qui rompraient le muscle dans son relâchement et même dans sa contraction, ne pourraient augmenter nidiminuer la distance de ces molécules , ni en changer les rapports. Pour mieux faire comprendre son idée, Barthez citait le tour de la grenade , que l'athlète Milon retenait dans sa main, assez fortement pour que personne ne pût la lui ravir, et cependant sans l’écraser. Or, il nous semble qu'ici ce physiologiste rattachait à une force spéciale un phénomène qui tient à l'exercice de la contractilité musculaire volontaire , et, par conséquent, faisait un abus du mode de philosopher, dont nous passons en revue en cé moment les produits.

Blumenbach reconnaît aussi cinq propriélés vitales , la sensibilité, Virritabilité, la contractilité , la force de vie propre et la force de formation. Les trois premières ne sont encore que la sensibilité et l’irritabilité de Haller , et la tonicité de Stahl. Gelle-ci, seulement, est désignée sous le nom de contractilité où force cellulaire , pärce que son mode de motion est la contraction, et

qu'elle est dite résider particulièrement dans le issu cellulaire , cet élément primordial de tout organe. Quant aux forces de vie propre, et de formation , la première est cette faculté en vertu de laquelle chaque organe accomplit ce qu'il y a de spécial, de propre en sa fonction; et la seconde est cette autre faculté qui préside , non-seulement à l’animatior , à la fécondation du germe , mais encore à la nutrition, au développement de tout organe. D’une part, certains organes exécutent des actions qu'il est difficile de rapporter aux forces sensitives et motrices ; et, pour ces actions, Blumenbach suppose des forces de vie propre , qui ne sont presque que les archées particulières de an - Helmont. D'autre part, Blumenbach suppose que l'acte vital de l’avivement d’un germe. est l'effet d’une force spéciale qu’il appelle force de formation; et faisant de cette force la cause efficiente de toute action réparatrice et conservatrice , il dit que c’est par elle que se nourrit et S® développe tout organe. Nos lecteurs pressentent d'avance ce que nous pouvons dire de ces deux forces prétendues. D’un côté, c’est , sans doute, une philosophie commode que celle qui consiste à supposer une force pour l'explication de tout phénomène naturel; mais aussi c’est une philosophie qui n’aboutit à rien, et l’on peut faire à la force de vie propre de Blumenbach le même reproche de stérilité qu'aux causes occultes des Anciens. D’un autre côté, si l’on peut conserver la force de formation, comme abstraction représentant le phénomène vital si important de la fécondation , il ne paraît pas au moins qu’on doive y rattacher la nutrition des parties.

Dans les théories de Barthez et de Blumenbach , il n’était encore question, sous le nom de sensibilité, que

de la faculté qu’a le système nerveux de donner à l'âme la conscience et le sentiment d’une impression, et sous celui d’irritabilité , que de la contractilité musculaire. Mais , dans la théorie de M. Chaussier, ces propriétés sont désormais généralisées. Ce célèbre professeur , qu’on peut regarder comme le fondateur de la doctrine du vitalisme dans la faculté de Paris , et dont l’enseignement a pendant trente années fourni le germe de tous les travaux qui ont été faits à cette faculté sur les propriétés vitales , en admet trois , la sensibilité, la motilité et la caloricité, HN définit la sensibilité, la faculté qu'a toule fibre vivante de changer par une impression , un contact, son rhythme habituel et naturel; ce n’est donc plus la perceptibilité par l’âme , comme l'avait dit Haller, mais une faculté commune à toutes les parties, comme à tous les êtres vivans. Dans le corps humain, en effet, elle existe dans les os comme dans les nerfs ; et dans la nature vivante, lé végétaux la possèdent aussi bien que les animaux. Quelque idée que puisse inspirer le nom qui lui a été donné, il ne faut voir en elle, dit formellement M. Chaussier, qu'un mode de motion , celui qui est propre à la matière vivante. La motilité est cette autre faculté qu’a toute fibre vivante, non-seulement de se contracter sous l'impression d’un stimulant, mais même de tendre à le faire continuellement. Susceptible de deux modes d’exercice , tantôt les mouvemens dont elle est la cause sont occultes, involontaires, continus; tantôt, au contraire, ils sont apparens, et exclusifs aux muscles tant involontaires que volontaires. Les premiers sont rapportés au mode de motilité qu'on appelle lonicité , tension vitale, contractilité fibrillaire, force tonique. Les seconds constituent la myotrlité ou la contractilité

DES PROPRIETÉS VXTALES. TT musculaire , c’est-à-dire l'irritabilité hallérienne. Enfin, sous le nom de caloricité, M. Chaussier désigne cette faculté qu’a tout être vivant de développer assez de calorique , pour être indépendant dans sa température de celle du milieu ambiant : mais en parlant de la chaleur animale, nous avons prouvé que ce phénomène de vie n’était pas élémentaire , mais un résultat d’autres actions vitales, et qu'à ce titre il fallait le considérer comme une fonction, et non comme une propriété vitale première.

Selon Dumas , professeur à Montpellier , tous les phénomènes de la vie pouvaient être rapportés à quatre propriétés vitales , la sensibilité , la motilité, la force d'assimilation, et la force de résistance vitale ; comme tous ceux de la matière inorganique peuvent être attribués aux forces d'impulsion , d'attraction, d'affinité et d'inertie. Nous ne dirons rien dela sensibilité et de la motilité, parce que Dumas attachait à ces mots à peu près les mêmes idées que M. Chaussiér. Nous nous arrêterons seulement aux forcés d'assimilation et de résistance:vitale ; qui sont les deux créalions nouvelles dé sa théorie. Par la première, Dumas désigne nné faculté en vertu de laquelle chaque partie revêt de la vie, les sucs qui lui sont apportés pour sa réparation , et des rend propres à faire partie d’un corps vivant, et à exécuter des actes vitaux. On sait que la matièreiqui forme nos organes se renouvelle sans cesse, etique les matériaux que nous prenons pour cela au dehors de nous, nous sont assimilés après une ‘série d'élaborations , qui sont sans le moindre rapport avec aucune action chimique connue. Or, c’est ce, fait qui est rapporté à uné force vitale première, que Dumas appelle force

d’assimilation , M. Rullier , force d'affinié vitale ; M. Broussais, chimie vivante, qui préside aux combinaisons matérielles spécifiques que présentent les corps vivans , et que ces physiologistes disent devoir animer tous les organes , et même préexister aux forces sensilives et motrices, puisqu'elle forme primitivement les parties. Nous dirons ci-après, qu'il y a quelques motifs pour justifier cette création. Il ne nous paraît pas en être de même de la force de résistance vitale. Dumas appelait ainsi une faculté, à laquelle les corps vivans et leurs organes devraient de se maintienir dans leur état propre, quoique cet état soit opposé aux forces générales de la matière. Ce serait à cette force que les solides et les fluides du corps devraient de persister dans les combinaisons qui les constituent, quoique ces combinaisons soient sans cesse attaquées par les affinités chimiques. Ce serait parce que cette force se concentrerait dans les muscles, qu’on verrait ces organes résister lors de leurs contractions les plus violentes, et fracturer de préférence les os auxquels 1ls sont attachés , etc. Qui ne voit que sous le premier rapport , la force de résistance vitale rentre dans celle d’assimilation ? Et n’est-il pas possible de dire de ces deux forces, que les faits qu’on leur rapporte sont moins des actes vitaux élémentaires, que des résultats produits par le concours de toutes les fonctions ?

De toutes les théories modernes sur les propriétés vitales, sans contredit celle qui a obtenu et dû obtenir le plus de succès, est celle de Bichat; les phénomènes élémentaires de la vie y sont en effet nettement-distinvués; et tout ce qu’avaient laissé d’obscur ou de confus les théories précédentes, y a enfin disparu. Dans celles-ci, on confondait encore ; d’un côté la sensibilité

ne

d'u à CAM

DES PROPRIÉTES VITALES. 679 percevante avec la sensibilité générale ; et de l’autre , la contractilité musculaire ue avec l’involontaire. Bichat, comme on va le voir, a fait cesser cette con fusion. IL admet cinq propriétés vitales : la sensibilité organique ; la contractilité organique insensible, la contractilité organique sensible, la sensibilité animale, et la contractilité animale. La sensibilité organique, est la faculté qu’a toute fibre vivante de recevoir une impression, d’être modifiée par un contact, de manière que la modification reste bornée à la partie qui l’éprouve et n’est pas transmise à l’âme. Ainsi, chaque partie reçoil du sang une impression en rapport avec sa nutrition; l'estomac en reçoit une des alimens, le poumon de l'air, etc. C’est la sensibilité tout-à-fait sénéralisée. Bichat Y'appelle sensibilité organique, sensibilité, parce que c'était la dénomination déjà établie; organique, pour faire entendre qu’elle est l’attribut exclusif de tout êlre organisé el qu'elle est commune à tous. Non-seulement cette propriété a un mode particulier dans chaque organe , COMME le prouve la diversité de leur nutrition, de leur fonction; mais encore elle met chaque organe en rapport avec des stimulans extérieurs divers : c’est ainsi que-les glandes: salivaires sont spécialement influencées par de mercure, les reins par les cantharides. Connue par ses résultats seulement, son exercice est continu , involontaire ; et elle est d'autant plus corisidérable dans les êtres vivans, qu'ils sont plus inférieurs. On verra que l’autre espèce de sensibilité, c’est-à-dire la sensibilité animale, aura des caractères inverses. La contractilité organique insensible, est la faculté qu'a toute partie vivante de se mouvoir par elle-même, d’une manière inapercue, par suite de l'impression qu’elle a

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reçue immédiatement, sans que l’âme ait la conscience de celte motion, que la volonté y ait part, et qu’elle soit aucunement commandée par le cerveau. Ainsi, chaque partie réagit sourdement sur le sang pour s’en nourrir; l’estomac digère les alimens , etc. Bichat Va appelée , contractilité, parce que la contraction est le mode de motion qui la constitue ; organique, pour faire entendre qu’elle est exclusive et commune à tous les êtres vivans ; insensible, pour exprimer que l’âme n’a pas la conscience des mouyemens qui la constituent , et que ces mouvemens, trop moléculaires pour tomber sous les sens, ne sont reconnus que par leurs résultats. Comme la sensibilité organique, elle a un mode particulier en chaque organe; son exercice est de même continu , involontaire; et elle se montre aussi d’autant plus intense, qu’on descend plus dans l’échelle des êtres. Établie sur les mêmes faits que la sensibilité organique, présentant les mêmes caractères, inspirant les mêmes considérations , elle coexiste toujours avec elle, et n’en est séparable qu'aux yeux de l’esprit. La contractilité organique sensible , est la même faculté motrice que la précédente, avec cette seule différence , que les mouvemens qui lui sont dus tombent sous les sens et sont reconnus indépendamment de leurs résultats. Ainsi, le cœur se contracte sans que la volonté régisse ses contractions , et par le fait seul de l'impression locale'que fait sur lui le sang ; mais ses mouvemens ne sont pas occultes , comme l'étaient ceux de la contractilité organique insensible. Nous n'avons pas besoin de répéter les motifs de l’emploi de ces trois mots : contractilité, organique, sensible. Cette propriété a aussi un mode particulier en chaque organe; son exercice est également involon-

DES PROPRIÉTÉS VITALES. 681 taire ; et elle ne diffère réellement de la précédente que par le degré , le mouvement qui la constitue étant apparent au lieu d’être moléculaire. Dans la comparaison que Bichat en fait, il oppose l’une à l’aflinité, l’autre à l'attraction ; et Barthez, avec plus de bonheur encore, dit que la première est à la seconde, ce que dans une montre l'aiguille des heures est à celle des minutes ou des secondes. Par sensibilité animale, Bichat désigne la propriété qu'ont certains organes de transmettre à l’âme, par l'intermédiaire du cerveau , la conscience du sentiment, des impressions qu'ils ont recu. C’est la sensibilité, dans le sens restreint de Haller , et dans l’acception vulgaire des gens du monde. Bichat Yappelle sensibilité, parce que c'était l’expression récue , et animale, pour faire entendre, qu’à la différence de l’autre espèce de sensibilité qui appartenait à toute la nature organique, celle-ci est exclusive aux animaux. A la fonction des sensations, nous avons traité de tous les faits dont elle est l’expression abstraite, Nécessitant dans son exercice le concours de trois organes, l’un qui recoit une impression, un autre qui conduit celte impression , et un troisième qui la perçoit , elle réside essentiellement dans le système nerveux. Elle a des caractères tout'inverses de la sensibilité organique , car elle est toujours perçue, n’a pas un exercice continu , et’ diminue d'intensité à mesure qu’on descend dans l’échelle des êtres. ‘H'est d’ailleurs d'autant moins permis de confondre ces deux propriétés, que la sensibilité animale peut être suspendue , comme dans le sommeil, les paralysies , tandis que la sensibilité organique continue d'agir. Cependant Bichat est tombé ici un peu en contradiction avec lui-même, en ajoutant

SO PEN Fa en oi.

que, de même que les deux contractilités organiques étaient de même nature et ne différaient que par le degré, ilen est de même des deux sensibilités. Il se fondait en ceci: 1°sur ce qu’en certaines de nos parties , les deux sensibilités s’enchaînent ; auxmembranes muqueuses, par exemple , organes qui , à leur origine, ont la sensibilité animale, et qui, dans leur profondeur, n’ont plus que la sensibilité organique; 2° sur ce qu’un changement dans les excitans, ou l’état maladif, transforment en sensibilité animale la sensibilité organique , tandis que l'habitude, au contraire, transforme en sensibilité organique la sensibilité animale. Enfin , Bichat faisait une cinquième propriété vitale, sous le nom de contractilité animale, de la contraction musculaire volontaire et cérébrale, dont nous avons traité à l’article de la locomolion. Exclusive aussi aux animaux , comme l'indique son nom, elle se distingue des contractilités dites organiques , en ce que sa cause excitatrice ne siége pas dans l'organe même qui la développe, c’est-à-dire le muscle , mais dans le cerveau, En outre, tandis que les deux autres contraclilités étaient irrésistiblement liées et proportionnelles au mode de sensibilité qui leur correspond , celle-ci ne l’est pas de même à la sensibilité animale, et son exercice n’est jamais continu.

À ces propriétés vitales , ainsi nommées , parce qu’elles produisent la vie et n’existent qu'avec elle, Bichat ajou: tait ce qu'il appelait des propriétés de tissu, c’est-à-dire qui tenaient à la texture, à l’organisation des parties, etqui, par conséquent , persistant plus ou moins après la mort, ne disparaissaient que lorsque la putréfaction avait détruit toute organisation. Ces propriétés étaient au nombre de trois : l’extensibilité de tissu, ou la pro-

DES PROPRIÈTÉS VITALES. 683 priété qu'ont les tissus vivans, de céder à une cause extensive; la contractilité de tissu, qui est la faculté inverse, que //aller avait déjà signalée sous le nom de force morte; et enfin, la contractilité par racornissement, où la propriété qu'ont les tissus organisés de se crisper sous l'influence du feu, des acides et de divers autres agens. Le racornissement était de deux espèces; ou subit et développant dans les organes qui léprouvent une grande élasticité ; ou , s’opérant d’une manière lente , ne rendant pas de même élastiques les tissus qui l’éprouvent, et permettant encore , après lui, Le racornissement subit.

Ainsi que nous l’avons annoncé d’abord , celte théorie de Bichat a de grands avantages sur toutes les autres. La distinction des sensibilités organique et animale, empêche d’y confondre la sensibilité généralisée avec la sensibilité percevante, et fait cesser les équivoques auxquelles ce mot de sensibilité avait donné lieu. La distinction des contractilités organique et animale, sépare aussi l'irritabilité proprement dite de la contractilité musculaire volontaire , et par conséquent met un terme à la controverse dans laquelle on voulait que la première de ces propriétés fût une dépendance de la sensibilité. Cependant on y reconnaît des traces des deux causes qui ont fait multiplier le nombre des proprictés vitales. D’un côté, les deux contractilités organiques ne sont que des degrés divers d’une même force motrice : de l’autre, la sensibilité et la contractilité animales sont de véritables fonctions. Il nous semble en effet qu’on ne doit considérer comme propriétés vitales que les actes de vie qui sont communs à tous les êtres vivans , el à toutes les parties d’un corps animé ; et

qu'au contraire, tout acte qui est le produit d’un appareil particulier doit être considéré comme une fonction. Or, la sensibilité percevante , et la locomobilité volontaire, ne manquent- elles pas dans les végétaux , dans plusieurs parties du corps humain ? la première de ces facultés n’a-t-elle pas pour organe exclusif le système nerveux ? et ne peut-on pas la dire la fonction de ce système , au même litre qu'on dit la digestion , la respiration, les fonctions des appareils digestif et respiratoire.

Ainsi, en faisant abstraction des fonctions que par abus on a élevé au rang de propriétés vitales , on voit que chez tous les physiologistes, celles-ci se réduisent à la sensibilité et à la motilité. Mais il y a plus ; ces deux propriétés peuvent même se réduire à uné seule. Qu’expriment-elles en effet ? le pouvoir qu’a toute partie vivante d'exécuter, pour l’accomplissement, de sa fonction , consécutivement à une impression , une stimulation, des mouvemens, tantôt visibles, apparens , tantôt trop moléculaires pour tomber sous les sens et constatés seulement par leurs résultats, qui enfin n'étant ni physiques, ni chimiques , mais autres que ceux de la matière inorganisée , sont à ce titre appelés vitaux. dusqu'ici les physiologistes ont séparé, la susceptibilité de recevoir l'impression qui provoque au mouvement , de la faculté de le produire ; et en ont fait deux propriétés sous les noms de sensibilité et de motilité : supposant un instant , rapide comme l'éclair, entre le moment de l'impression et celui du mouvement qui le suit , ils ont considéré comme distinctes, l’action de recevoir l'impression , el celle de se mouvoir consééutivement. Mais ces deux actions n’en font réellement qu'une seule : ce sont les mouvemens qu’exécute une partie à l’occasion

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d’une impression , qui prouvent que cette partie a été sensible à cette impression. Sentir n'est, comme l’ont dit M. Chaussier , Bichat, que changer de manière d’être par suite d’une impression : ce n’est que se mouvoir dans un mode qui n’est ni physique ni chimique. Cela est évident pour les cas dans lesquels les mouvemens sont occultes; sans les résultats qu'ont amené ces mouvemens , la sensibilité n’eût pas été manifeste ; ce sont vraiment eux qui la constituent. Pourrait-il en être autrement , quand ces mouvemens sont apparens ? ceux-ci ne sont-ils pas de même nature que les premiers ? et en diffèrent-ils autrement que par le degré ? Les deux propriétés , sensibilité et motilité, sont donc vraiment réductibles à une seule, qu’on appellera sensibilité, si l’on veut, mais qui emportera avec elle l’idée de mouvement , et sera la facullé active, motrice de la matière vivante,

Nous pouvons trouver dans celle des théories modernes qui jouit de plus de crédit, dans la théorie de Bichat, la justification de ces idées , et ramener à une seule les cinq propriétés vitales dont elle se compose , en invoquant l’autorité de Bichat lui-même. En effet, nous avons déjà dit que la sensibilité et la contractilité animale étaient des fonctions ; et quant aux trois propriétés organiques , Bichat lui-même a exprimé tacitement qu’elles se réduisaient à une seule : d’une part , en effet , il a avoué que la sensibilité organique n’était que la contractilité organique insensible , que l'esprit seul en avait séparé : ,d’autre part, il a reconnu que les deux contractilités organiques étaient la même propriété, différant seulement par le degré : n’est-ce pas convenir que ces trois propriétés n’en font qu'une ?

Ainsi donc , on est conduit à consacrer en physiologie une seule propriété vitale , Ja sensibilité, qui est dite animer tous les êtres vivans , les végétaux comme les animaux , toutes les parties du corps humain , les os comme les nerfs , et qui est présentée comme l’âme de tous les phénomènes de la vie. Ayant dans chaque partie un mode spécial, c’est elle qui préside à leur jeu , qui fait que le cœur se contracte , que l'estomac digère , que le nerf sent , etc. Généralisation la plus élevée à laquelle on puisse parvenir dans la science de la vie, elle est dans cette science, ce que l’attraction est dans la science des corps inorganiques. Il est malheureux seulement qu’on lui ait donné le nom de sensibilité. qui, dans l’acception habituelle emporte avec soi l'idée d’une perception par l’âme. De delà, en effet , ont résulté de continuelles équivoques , à cause desquelles tour à tour on a nié ou concédé que les végétaux eussent la sensibilité, que dans les animaux les os en fussent doués , etc. Pour les faire cesser , plusieurs physiologistes modernes ont proposé de l'appeler ; ou excitabilité, pour faire entendre qu’une stimulation est nécessaire pour la mettre en jeu; ou irritabilité, comme dès le principe l’avait fait Glisson, afin de laisser désormais au mot sensibilité la signification qu’il a chez les gens du monde. La mettant en opposition avec les forces physiques , on lui a assigné pour attributs , d’avoir une instabilité qui contraste avec Ja fixité des forces générales , et de n’avoir qu'une durée limitée. Mais , indépendamment de ce que chercher des caractères aux forces, c’est tacitement les pcrsonnifier; on a mal exprimé ceux qu'on attribue à la sensibilité. Il est bien vrai, d’une part , que les phénomènes de viesont plus divers que les phénomènes phy-

siques et chimiques , sont plus mobiles , et qu'à cetitreils ne sont pas calculables : mais il ne faut pas dire pour cela, que la sensibilité qui y présidesoitune force variable ; elle a de même ses lois constantes et immuables ; seulement ces lois sont plus complexes , et embrassent un nombre plus grand de conditions, dont plusieurs sont encore inconnues; rien dans la nature n’est affranchi de règles. D'autre part, s’il est dans la nature de Ja sensibilité de s’épuiser , de n’animer qu’un certain temps la matière; n'en est-il pas de même un peu des lois physiques ? la matière ne s’en dépouille-t-elle pas en partie , quand elle entre dans la composition des corps vivans ? et n’y at-il pas dans la nature mutation continuelle de corps , d’un côté arrivant à la vie, et de l’autre la perdant ? Mais, encore une fois, assigner des caractères aux forces , c’est paraître oublier qu’elles ne sont que des abstractions , et les traiter comme des êtres réels.

Telle est donc la propriété vitale unique , admise aujourd’hui en physiologie. Cependant, comme elle est une abstraction représentant le mode de motion de la matière organisée , on concoit qu’on peut la subdiviser en autant de forces diverses qu’on peut signaler de phénomènes distincts dans l’économie vivante. Nous en avons vu des exemples dans plusieurs des théories que nous avons analisées ; el plusieurs des physiologistes actuels croient encore ces distinctions utiles. C’est ainsi que M. Rullier reconnaît trois propriétés vitales, sous les noms de motilité, d’ impressionabilité ,et de force d° ai nité vitale , rattachant à cette dernière la faculté qu'a la malière vivante de maintenir dans des combinaisons contraires aux lois chimiques , les élémens qui la forment. Nous croyons qu’il suffit de concevoir la propriété

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de la sensibilité , se modifiant dans toute partie en raisor de l’organisation de cette partie, ou coïncidemment avec elle, pour concevoir tous les phénomènes. Mais , sil’on tenait à ces distinctions , il faudrait , évitant de ressusciter les archées particulières de J’an-Helmont,se gardant des abus des Anciens qui créaient une force propre pour chaque phénomène de vie, une force digestive , auctrice pour la digestion , l'accroissement , etc. , n’admettre que celles que nécessiterait la spécialité des actions. Or:, tous les phénomènes de la vie se réduisent à quatre : production de sensalions , production d’un mouvement apparent , constitution d’une matière organisée , c'està-dire d’une matière dont la nature est contraire aux affinités chimiques, et création ou avivement d’un germe. On pourrait donc admettre quatre propriétés vitales spéciales pour chacun de ces phénomènes, la sensibilité animale pour le premier , la contractilité pour le second , la force d’assimilation de Dumas ou d’affinité vitale de M. Rullier pour le troisième , et la force de formation de Blumenbach pour le quatrième. Mais , encore une fois, nous croyons ces distinctions sans importance,

Nous terminerons cette discussion en faisant remarquer, que la force de sensibilité étant la force motrice de la matière organisée, et ce mot étant synonyme de celui de vitalité, tout ramener en physiologie à cette force, c’est professer pleinement la doctrine du vitalisme. Cest qu’en eflet cette doctrine nous paraît être la seule qui, dans l’état actuel de la science, puisse y être adoptée. N’avons-nous pas , dans l’étude des divers actes vitaux, constaté l'impossibilité d’en rattacher aucun aux lois physiques et chimiques généreles? En vain nous dira-t on que cette philosophie est stérile ? que se bor-

DES PROPRIÉTÉS VITALES, 689 per à dire en physiologie qu’un phénomène est wival, c’est simplement avouer qu'il est inconnu? qu'il vaut mieux , en recherchant les conditions de production des phénomènes vitaux, s’efforcer de les rallier aux lois générales ? Voici quelles seront nos réponses. 1° En disant qu'un acte est vital, nous savons bien que nous ne don nons de cet acte qu’une hotion négative, puisque c’est dire seulement qu'il n’est ni phÿsi jue ni chimique : mais toute négative que soit cette notion, elle exprime un fait réel; et il est d'autant plus utile de la poser, qu’elle prévient toutes les fausses notions qu’on pourrait se faire des phénomènes. 2° Par cette même locution, qu'un acte est vital, nous n’interdisons aucuns des efforts ten- dans à faire pénétrer son essence, et à le rattacher aux lois générales ; nous exprimons seulement que dans l’état actuel de la science on n’y est pas encore parvenu. Nous sommes si loin de condamner les travaux qui ten- * dent à confondre les phénomènes physiques et vitaux, que ce n’est qu'après avoir vainement tenté d’expliquer un phénomène par les lois communes de la matière, que nous le déclarons vital. Nous sommes très-disposés à croire que les phénomènes de la vie sont dus aux lois générales, mais après que celles-ci ontsubiune importante modification par le concours de quelque élément qui reste à découvrir, et nous applaudissons aux recherches qui ont pour but de faire trouver en quoi consiste cette modification. 5° Enfin, non-seulement la doctrine du vitalisme est la seule raisonnable , tant que la découverte de cette modiication des lois générales, de laquelle résulte la vie, reste à faire; mais encore elle devra être conservée , lors même que cette découverte aura été faite, à supposer

qu’elle le soit jamais, En effet, supposons qu’on trouve

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par, le concours de quel élément nouveau , par quelle modification les lois générales de la matière produisent les phénomènes vitaux : ce sera , sans doute, une admirable découverte , puisqu'on aura pénétré le secret de la vie : mais celle-ci en constituera-t-elle moins une exception bien distincte à la nature générale ? Et, par conséquent , la partie de la physique générale qui en traitera, en sera-t-elle moins une science à part, et ayant sa philosophie propre? Pour avoir découvert le mécanisme de la production des phénomènes vitaux, ces phénomènes en seront-ils moins différens de ceux que nous appelons aujourd'hui physiques et chimiques ? et la modification des lois générales à laquelle ils seront dus, devra-t-elle moins être distinguée sous le nom de vitalité? Les différences étant dans le fonds des choses , il ne peut pas ne pas y en avoir dans les doctrines.

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