CHAPITRE II
Physiologie de la Fonction de la Sensibilité.
Nous avons dit que la sensibilité était la fonction à laquelle nous devons d'avoir des perceptions , d'éprouver des sentiments. Destinée à nous guider dans l'établissement des rapports extérieurs que réclame notre vie, nous lui devons deux sortes de notions; celle de l'univers extérieur avec lequel tout animal a des contacts inévitables, et dans lequel il puise ce qui est nécessaire à sa nutrition et à sa reproduction; celle de nous-mêmes, et des besoins qun intéressent notre conservation, et le rôle auquel la Providence nous a appelés. C'est une fonction multiple, embrassant un très grand nombre d'actes que nous rapportons à deux ordres : lo les sensations proprement dites , qui se composent de toutes le? actions par lesquelles l'Ame perçoit une impression éprouvée par un oi'gane quelconque du corps ; 2» les facultés intellectuelles et affectives , qui sont les opérations de l'Ame elle-même. Nous allons en traiter successivement; et, après avoir ainsi acquis la connaissance de tous les actes sensoriaux , nous terminerons par quelques considérations sur le plaisir et la douleur , qui sont les deux types sous lesquels tous se présentent.
ARTICLE PREMIER
Des sensations.
Quoique les actes intellectuels et moraux soient , à parler rigoureusement , des sensations , puisqu'ils consistent en des perceptions ; on n'appelle généralement sensations , que les actes divers par lesquels l'Ame a la perception d'une impression éprouvée par un des organes du corps. Ainsi, l'action par laquelle l'Ame perçoit l'impression que la peau reçoit par le contact d'un corps étranger, et qu'on appelle tact; cette autre par laquelle elle perçoit l'impression que manifeste l'estomac qui réclame des aliments, et qu'on appelle failli^ sont des sensations. Une sensation est, comme le dit M. Qall , la perception d'une irritation quelconque.
Ces sensations sont fort nombreuses dans l'économie de l'homme ; et , d'après la cause qui détei'mine l'impression qu'éprouve l'organe, on les divise en deux sections; les externes et les internes. Les premières sont celles dans lesquelles la cause de l'impression est le contact d'un corps étranger, comme cela est dans ce qu'on appelle les sens. Les secondes sont celles dans lesquelles cette cause est organique , interne , comme dans les sentiments de la faim , de la soif ^ etc.
Les unes et les autres de ces sensations sont également les sauvegardes de l'économie. Les sensations externes accusent la présence des corps extérieurs avec lesquels nous avons des contacts continuels et inévitables , et dans lesquels nous puisons ce qui est utile à l'entretien de notre vie ; les sensations internes nous avertissent de nos divers besoins, et sont les sentinelles du dedans, comme les sensations externes étaient celles du dehors. Avant de traiter en particulier des unes et des autres, il faut dire ce qu'elles ont de commun.
Toute sensation, soit de santé et externe ou interne , soit niorhîde et constituant une douleur , bien qu'on la rapporte à l'organe qui éprouve immédiatement l'impression qui en est la cause, a besoin, pour être produite, de l'intermédiaire
du cerveau, ce même organe que nous verrons être le siège des facultés intellecLuelles et afTectives. Il semble que l'organe éloigné ne fasse qu'éprouver l'impression ; et que ce n'est que lorsque cette impression a été portée au cerveau et travaillée par cet organe , que la sensation est produite. Voici les faits qui sont la preuve de cette ]>roposition : i» si le nerf d'une partie sensible quelconque, de l'organe d'un sens , de celui qui est le siège d'une sensation interne , d'une douleur, est lié, coupé, comprimé, et qu'ainsi l'organe sensible ne communique plus avec le cerveau; si ce nerf est imprégné d'opium , substance qui a la propriété d engourdir l'action nerveuse: en vain la cause de l'impression est appliquée à Torgane , et probablement l'impression éprouvée par lui , la sensation, n'est pas produite. Des expériences directes , des observations de maladie , ont mille fois constaté ce fait. 20 Si le cerveau ne peut pas agir , soit parce qu'il est lésé et comprimé, comme dans les plaies de tête, ou parce qu'il est engourdi par de l'opium, plongé dans le sommeil; soit parce que son activité est toute employée à ses actions propres , à des méditations intellectuelles , par exemple ; c'est encore vainement qu'un organe est dans les conditions propres à éprouver une impression sensitive , la sensation n'est pas pi'oduite non plus. 3^^ Si, au contraire, Taction du cerveau est excitée par la volonté , l'attention , des impressions qui semblaient faibles ou même n'étaient pas perçues, paraissent alors fortes et intenses. 4° Enfin, il est des cas où le cerveau seul engendre la sensation , sans qu'existe l'impression qui en est la cause occasionnelle : dans les rêves, par exemple , l'on entend des sous , l'on voit des objets , bien qu'à coup sûr l'oreille et l'œil n'aient pas reçu les impressions qui correspondent à ces sensations : dans les aliénations , les malades accusent des sensations qui ne sont aussi engendrées que dans leur cerveau. Ces faits incontestables prouvent que toute sensation, quoique rapportée par notre sentiment intime à une partie autre que le cerveau , réclame l'intervention de ce cerveau pour être produite.
Les pbysiologistes ont varié sur l'explication qu'ils ont
2 4o FONCTION LE LA SENSIBILITE.
donnée de ces faits. La plupart ont dit que les organes sensibles ne produisaient pas eux-mêmes la sensation qui leur est rapportée; mais qu'ils ne faisaient qu'en éprouver Vinipression , et que c'était le cerveau qui^ en percevant cette impression, la constituait sensation. D'autres ont cru expliquer ces faits par la dépendance dans laquelle sont de l'encéphale les diverses parties nerveuses : dépendance que nous avons dit être d'autant plus grande que les animaux sont plus élevés dans l'éclielle animale, plus âgés , et que la fonction à laquelle ces parties nerveuses président est plus élevée dans l'animalité : alors les sensations seraient en entier produites dans les organes auxquels notre Ame les rapporte. M. Gall est surtout celui qui a émis cette dernière opinion; sans l'affirmer, il cite à l'appui les considérations suivantes. 1» Il y a des animaux qui sont sensibles , et qui , cependant, n'ont pas de cerveau. 2 « Le degré de sensibilité des organes paraît être en raison du nombi-e et de l'état des nerfs qui s'v distribuent, et non en raison du volume du cerveau; par exemple, souvent dans les animaux les sens sont très exquis, quoique le cerveau soit petit. 3^ Des acéphales, des animaux décapités, ou auxquels on avait enlevé le cerveau , ont encore exécuté pendant quelque temps des mouvements volontaires , et , par conséquent , perçus. 4^ Le cerveau lui-même paraît insensible, quand on le coupe. 5^ Chaque sens ayant son ganglion d'origine , ses renforcements spéciaux, son épanouissement final, paraît former un tout; et, d'ailleurs, il est généralement trop compliqué pour n'avoir à effectuer qu'un usage aussi borné, celui de recevoir une impression. 6° Enfin, on a des exemples de personnes qui , ayant perdu un sens, avaient perdu aussi toutes les idées qui se rapportent à ce sens. L'auteur d'un mémoire sur le prix proposé par l'académie royale de médecine en 1824 j a aussi récemment soutenu cette proposition. Aux arguments invoqués par M. Gall, il a ajouté ceux-ci : lors de l'excès d'une sensation , la fatigue n'en est-elle pas exclusivement [rapportée à l'organe du sens? A-t-on jamais j lors d'une sensation, senti cette transmission prétendue de l'impression, depuis le lieu où elle s'est déve-
DES SENSATIONS EN GÉNlîRAL. ^4 I
îoppée jusqu'au cerveau ? Enfin ^ il invoque des faits palliologiques et des expériences sur les animaux vivants, dans lesquels de graves lésions et m util a lions du cerveau n'ont pas entraîné la perte des sens.
Mais, de ces deux explications, la première nous paraît préférable; et, en efïet, on peut réfuter chacun des arguments de M. Gall. Est-il réellement un animal avec sensibilité apparente, qui n'ait pas de cerveau ou au moins son analogue ? Sans doute, l'état et le nombre des nerfs d'un organe influent sur le degré de sensibilité de cet organe; mais c'est seulement comme effectuant l'impression sensitive, et non comme la percevant : les nerfs des organes n'ont que la faculté de recevoir, de propager les impressions, et non celle de les percevoir; de mcme que les muscles n'ont que la faculté d'exécuter les contractions , et non celle de les vouloir. Les mouvements qu'on dit avoir observés dans les animaux décapités et les acépbales , étaient-ils bien des mouvements volontaires et perçus ? très probablement ils n'en avaient que l'apparence, et ont été produits dans le même ordre que s'ils avaient été volontaires , à cause de l'arrangement organique des parties- ou de l'habitude. Si le cerveau est insensible à une irritation extérieure, ce qui d'ailleurs est contestable , cela ne prouve rien dans la question dont il s'agit; car il faut distinguer dans cet organe la faculté qu'il a de recevoir une impression ^ qu'il a comme toute autre partie, de celle qui lui est propre, de percevoir les impressions. Si c'est évidemment le cerveau qui perçoit les impressions des sensations internes, de la faim, de la soif, il doit de même percevoir celles des sens externes : ce qu'il y a de compliqué d'ailleurs dans les organes des sens , n'a trait, comme on le verra, qu'à la partie physique des sens, et, par conséquent, à l'action d'impression. Beaucoup de personnes qui avaient perdu des sens ont conservé les idées qui semblaient appartenir à ces sens; et, d'ailleurs la formation des idées est étrangère à l'dction des sens , et est une œuvre de l'entendement seul. Enfin , l'argument tiré de la persistance des sens dans de graves lésions et mutilations du cerveau, serait sans doute irrécusable, si le fait Tome 1. ,6
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était vrai de toutes les parties de l'encépliaîe : mais nous verrons que, s'il est des parties de ce centre qu'on peut enlever sans paralyser les sens , il est une partie , la moelle alongée , qu'on ne peut léser sans éteindre aussitôt toute sensibilité.
Ainsi , nous pensons que les organes auxquels nous rapportons nos diverses sensations, ne font qu^'é prou ver , effectuer une impression, et que c'est le cerveau qui, en percevant celte impression, fait la sensation. De là, nous conclurons que, dans l'étude de toute sensation , il y a trois choses à examiner : l'action de l'organe, auquel la sensation est rapportée, et qu'on appelle V impression ; l'action ciu ceryeau , qui perçoit cette impression, et la constitue sensation; et, enfin, l'action de l'organe intermédiaire à l'un et à l'autre , et qui conduit l'impression du premier au second. Entrons dans quelques détails sur ce triple objet.
lO Action d'impression. A l'égard de cette action , nous professerons les Aq-Cî^ pro]>osiiions suivantes : qu'il n'est aucun organe du corps qui ne puisse l'exécuter, et qui , par conséquent, ne puisse être dit sensible; et que tout organe doit cette factdté aux nerfs qui entrent dans sa composition. En vain on a contredit, nié même l'une et l'autre de ces propositions; elles nous semblent incontestables.
D'abord , nous disons que toute partie quelconque du corps peut développer l'impression qui est la base de la sensation, ou autrement peut se montrer sensible. Eu cela, nous sommes en opposition avec Haller, qui a déclaré qu'il y avait dans notre corps des parties qui sont toujours et tout-à-fait insensibles. Mais l'erreur dans laquelle est tombé ici^e physiologiste tient à la base sur laquelle il avait fait porter son jugement. Il avait prononcé d'après des expériences faites sur des animaux vivants , d'après des vivisections. Prenant des animaux de différentes espèces et de différents âges , il mettait successivement à nu les différentes parties de leur corps ; et, après avoir attendu quelque temj)s pour laisser ces animaux se remettre de leur effroi , il soumeltait successivement , et tour-à-tour , chacune de ces parties à quelque irritation physique ou chimique; ii les
DES SENSATIOiSS EW GjkKÊRAL. 'â^'^
pinçait, les piquait, les coupait, les brûlait avec le feu ou un caustique, etc.; et il jugeait ensuite par l'agitation et les cris de l'animal , ou par sa tranquillité et son silence , si ces parties étaient sensibles ou non. C'est d'après des expériences de ce genre , et répétées à l'infini , qu'il partagea toutes les parties de notre corps en deux classes : les sensibles , savoir , la peau , les muscles , les diverses membranes muqueuses^ le cœur un peu, les glandes, les viscères , les mamelles , le pénis , la langue , la rétine , l'iris , la cboroïde et les nerfs ; et les insensibles , savoir , l'épiderme, la graisse et le tissu cellulaire , les tendons , les ligaments, les capsules articulaires , le périoste, les os, la moelle, les méninges, les diverses membranes séreuses, les artères, les veines.
Or , qui ne pressent les objections qui peuvent être faites à Haller ? i» Chaque partie a sa sensibilité spéciale, et ne développe de la sensibilité que sous l'influence d'un irritant déterminé; d'où il l'ésulte que, pour oser affirmer qu'une partie est vraiment insensible , il faut avoir essayé sur elle tous les genres d'irritants , ce qui est impossible. Souvent en effet , une partie qui , jusqu'alors , avait paru être insensible, parce qu'on ne lui avait appliqué que les irritants ordinaires, tout à coup s'est montrée sensible, parce qu'on lui a en appliqué un nouveau. Ainsi, ^ic/ifl£ ayant vainement torturé de mille manières les ligaments , sans les trouver sensibles , a mis en évidence leur sensibilité , en les soumettant à une distension. Cette sensibilité spéciale des parties est si réelle , qu'un même organe paraît tour-à-tour être sensible et insensible , selon qu'on Firrite par tel ou tel excitant. 2^ Haller, pour constater la sensibilité d'une partie, la soumettait seulement à une irritation externe ; il ne tenait nul compte des irritations organiques que l'état de maladie peut y développer; or, celle-ci n'en annonce pas moins la faculté d'être sensible; et, sous ce rapport, il n'est aucune partie qui ne puisse la manifester; il n'est aucune partie du corps qui ne puisse, par la maladie, devenir douloureuse.
D'ailleurs, il aurait suffi de la diversité des résultats an-
nonces ^ar Haller et ses disciples sur la sensibilité ou l'insensibilité (le nos parties , pour juger de l'insuffisance du moyen employé par eux. Beaucoup de physiologistes répétèrent les expériences de H aller , et, le fer et le feu à la main , allèrent à la découverte de la douleur dans le corps palpitant des animaux; mais souvent ils annoncèrent des résultais contradictoires. Par exemple, Haller y avec Castelli, Zimmcnnann , Bordencwe ^ Housset, avait dit insensibles les tendons, les ligaments, le périoste , que l'opinion du temps présentait comme doués d'une grande sensibilité, et dont on croyait, à cause de cela, les plaies très dangereuses; et;, au contraire, Boërhaai^e , Le Cat , les disaient très sensibles. La moelle, q^iie Haller avait dite insensible, fut déclarée sensible par Duvernej , Ueventer. Il en fut de même de la dure-mère, que, contre l'autorité de Baglivi, Haller SLYSiil dite insensible, et qui fut déclarée d'une sensibilité exquise par Benefeld, etc. Cependant tous arguaient d'expériences. Leurs dissidences sur un point qui devrait en être exempt, puisqu'il s'agit. d'un fait, s'expliquent aisément. lO L'eifroi de Fauimal pouvait en imposer; d'un côté , faire croire sensible une partie qui ne l'est pas, l'animal criant et s'agitant par crainte, ou par suite des douleurs qu'il redoute ou qu'il a déjà éprouvées; de l'autre, faire croire insensible une partie qui est sensible, parce que la nouvelle douleur qui résulte de son irritation est couverte par le trouble général. 20 Les différents expérimentateurs n'avaient pas pris, sans doute, un égal soin d'isoler des parties qu'ils irritaient, les nerfs qui pouvaient y être accolés, et qui, de toute évidence sout sensibles. 3^ Us n'avaient pas également égard à l'état du centre de perception au moment de l'expérience. Nous avous prouvé plus haut que c'est le cerveau qui, en percevant l'ioipression, la constitue sensation; que si cet organe n'agit pas, en vain l'impression est éprouvée ; que les sensations sont faibles ou fortes, selon l'attention qu'on y apporte; or, dans quels états divers d'excilalion et de stupeur peut se trouver le cerveau d'un animal rempli de crainte, et quon tourmente par la douleur? 4^ Eafin , les expérimentateurs employaient des
irritants divers; et, connue chaque partie a sa sensibilité spéciale, n'est sensible qu'à tel irritant, telle partie qui aura paru insensible à un expérimentateur, parce qu'il ne lui appliquait qu'un seul excitant , se sera montrée sensible à un autriî qui lui en aura appliqué un nouveau.
Toutefois , puisque , pour assurer qu'une partie est inapte à être sensible par cause externe, il faudrait avoir essayé sur elle tous les irritants de ce genre, ce qui ne peut être fait; puisque surtout toute partie du corps peut , par cause organique , interne, développer de la douleur; nous concluons que toute partie du corps est apte à développer une impression sensitive. Nous ajouterons seulement que, dans l'état actuel de la science, il est certaines parties du corps qui ne se sont pas montrées sensibles sous l'influence des irritants externes, quelque variés qu'aient été ces irritants; savoir : les os, les cartilages, tous les organes fibreux , etc.
Yoilà pour notre première proposition : quant à la seconde , que toute partie doit sa sensibilité aux nerfs qu'elle contient, jï«//er l'avait consacrée. Ce physiologiste, voyant que toutes les parties qui, dans ses expériences, s'étaient montrées sensibles, offraient des nerfs dans leur texture; que les parties insensibles , au contraire , paraissaient nen point avoir; que les nerfs étaient les parties qui avaient accusé la plus vive sensibilité; que des parties sensibles avaient cessé de l'être, quand on avait altéré leurs nerfs; Haller avait conclu de ces observations, que la sensibilité était l'apanage exclusif du svstème nerveux ; que toute partie sensible ne l'était que par les nerfs qu'elle possède ; et qu'il n'y a que les parties qui reçoivent des nerfs qui soient sehsibles.
Quelques physiologistes l'ont aussi combattue , et la mettent en doute encore aujourd'hui. Ils se fondent : i^ sur ce que , dans les derniers animaux, il n'y a pas de système nerveux distinct; 2» sur ce que la sensibilité dans un organe n'est pas toujours en raison du nombre et du volume des nerfs qu'il reçoit; et que, tels organes, quoique i-ecevant peu de nerfs, sont plus sensibles que tels autres qui en re çoivent davantage; 3» sur ce que beaucoup de parties où
2^6 fokgtïOj^" de la sensibilité.
l'anatomie ne peut découvrir de nerfs, sont cependant sensibles à divers excitants, les ligaments, par exemple ; 4° enfin , sur ce qu'il y a beaucoup de parties du corps dans lesquelles on n'a pas découvert de nerfs, et qu'il n'en est cependant aucune qui ne puisse devenir sensible en maladie.
Mais on peut répondre à chacun de ces arguments. D'abord , si le système nerveux n'est pas distinct dans les derniers animaux, là sensibilité n'y est pas évidente non plus ; nous avons dit qu'il était impossible de l'y démontrer d'une manière rigoureuse. En second lieu, le nombre et le volume des nerfs ne sont pas les seules conditions qui règlent la sensibilité d'une partie ; celle=ci peut tenir aussi à la nature intime et spéciale du nerf, à la manière dont il se termine et se dispose dans le parencliyme de l'organe. Enfin, est-il réellement quelqu'une de nos parties où il n'existe pas de nerfs? Il est vrai que l'anatomie n'en démontre pas dans toutes; mais y manquent-ils pour cela? suit-on davantage dans les organes les dernières ramifications des vaisseaux ? Il est très probable que les filets nerveux y sont aussi répandus que les vaisseaux, et qu'ils sont, comme eux, un des éléments générateurs de toutes les parties. C'est ce que pense M. Chaussier , qui appelle nerfs stamijiaux ces filets nerveux perdus ainsi dans le parenchyme des parties. Comment concevoir sans cela cette dépendance dans laquelle toute partie est d^une influence nerveuse?
Reil^ à la vérité, avait imaginé, pour suppléera cette absence des nerfs dans les organes, Fliypotlièse de son atmosphère nerveuse; iî supposait que chaque nerf à sa terminaison est enveloppé d'une atmosphère , par laquelle son action se prolonge au-delà du lieu qu'il occupe. Mais ce n'est là qu'une subtilité , et qui; d'ailleurs confirme notre principe, que c'est exclusivement aux nerfs qu'est due la sensibilité.
Ainsi, l'action d'impression aura lieu dans les nerfs de la partie à laquelle est rapportée la sensation. Du reste, elle varie autant qu'il y a d'espèces de sensations, et c'est son étude qui fera l'objet spécial de l'histoire de chaque sensation en particulier.
DES SEJNSATIO.NS lilN GÉ.^ÉRAL. 247
2^ Aclioîi de perception. De toute évidence d'abord, elle a lieu dans le cerveau; c'est ce qui résulte des faits par lesquels nous avons prouvé la nécessité de l'intervention de cet organe pour la production de toutes sensations. Les nerfs qui s'étendent depuis la partie impressionnée jusqu'au cerveau . et la moelle épinière elle-même , ne sont que des conducteurs de l'impression, et la perception de celle-ci ne se fait que dans l'encéphale. Qu'on coupe en effet, ou qu'on lie un nerf^ toute impression provoquée au-dessous du point coupé ou lié, cessera d'être perçue ; au contraire , celle suscitée au-dessus de la section ou de la ligature continuera d'être seutie. En opérant ainsi sur toute la longueur d'un nerf, depuis sa terminaison périphérique , jusqu'à son extrémité centrale, et en voyant toujours le bout supérieur du nerf transmettre aux centres les impressions qu'il reçoit, on acquiert la preuve que ce nerf n'est réellement qu'un conducteur, et que ce n'est pas en lui , mais dans le centre nerveux que se fait la perception. Il en est de même de la moelle spinale : si on la coupe en travers , toutes les impressions qui sont reçues par les j^arties situées au-dessous de la section cessent d'être perçues; mais toutes celles développées dans les parties qui sont situées au-dessus, continuent d'être senties. Si , commue l'a fait M. Flourens , on détruit graduellement la moelle spinale de bas en haut, ou qu'on Fenlève successivement par tranches dans cette direction, on éteint graduellement la sensibilité dans les parties qui correspondent à la portion de la moelle détruite , mais on voit qu'évidemment les impressions reçues par les parties qui sont situées au-dessus du point lésé continuent d'être senties. La moelle n'est donc aussi, sous le l'apport qui nous occupe, qu'un conducteur. D'ailleurs, qu'on isole entre deux ligatures, ou entre deux sections , une portion d'un nerf ou de la moelle épinière , toute irritation appliquée à cette portion cesse d'être sentie , mais le devient dès qu'on détache la ligature su])érieure. Rien donc de mieux |)rouvé que ce fait , que c'est dans l'encéphale qu'a lieu Faction de perception.
Mais est-ce l'encéphale entier ([ui est l'agent de cette ac-
lion, ou seuienient une de ses parties? C'est la dernière de ces propositions qui est la vraie. Si, d'une part, comme l'ont fait Zinn, Ealler\ Lorry , et récemment MM. Rolando et Flourens, on enlève de haut en bas des couches de l'encéphale , on voit que les sensations persistent tant qu'on n'a pas détruit entièrement les hémisphères cérébraux , et tant qu'on n'est pas parvenu jusqu'à la moelle alongée , jusqu'au point de cette moelle où adhèrent les tubercules quadrijumeaux. D'autre part, ce n'est encore que lorsqu'on est parvenu à ce lieu, que les sensations cessent, quand on fait ces mutilations de bas en haut, en remontant dans le crâne depuis la partie inférieure de la moelle spinale et tout le long du bulbe supérieur du prolongement rachidien. C'est donc dans la moelle alongée que réside le point de perception des sensations; et c'est ce qui devait être en effet, puisque c'est à cette moelle qu'aboutissent tous les nerfs des sens.
Maintenant que le siège précis de cette action de perception est indiqué, en quoi consiste-t-elîe? Nous sommes arrêtés dès ce premier pas. En premier lieu, nous ne voyons pas le cerveau agir; l'action à laquelle il se livre est trop moléculaire Dour être aperçue par quelques-uns de nos sens; elle ne nous est manifestée que par son résultat, qui est la perception. En second lieu, l'essence de cette action n'est pas plus pénétrable que celle de toute autre , et nous ne pouvons qu'indiquer celles des forces auxquelles on peut la rapporter. Or, il est évident que ce ne peut être à aucune force physique ou chimique, et que , par conséquent, cette action est de celles qui sont exclusives aux corps vivants , et qu'on appelle organiques et vitales. On verra que trop souvent c'est là le seul terme auquel nous arrivons dans l'étude des phénomènes de la vie; c'est-à-dire que nous consacrons seulement leur opposition avec les phénomènes de la nature morte. Du reste, on voit que, dès la première action que nous avons à analyser, nous nous montrons fidèle à l'ordre de discussion que nous avions annoncé. Seulement nous ajouterons que cette action de perception se produit avec rapidité. Nous diluons qu'elle est l'œuvre du cerveau.
puisque si ce cerveau est malade , ou engourdi par le sommeil, ou livré à ses autres opérations, la perception n'a pas lieu ; puisque , par un long exercice , cet organe se fatigue, et a besoin de se reposer pour pouvoir agir de nouveau. .Nous dirons enfin qu'elle est la même en toute sensation que ce soit, de sorte que désormais elle ne nous occupera plus.
30 Acdoti conductrice des nerfs. Enfin , puisqu'il n'y a de sensation produite qu'autant que l'action d'impression éprouvée par un organe est perçue par le cerveau, on conçoit qu'il faut qu'un organe intermédiaire transmette cette impression, de l'organe qui l'eilectue, au cerveau qui la perçoit; et cet organe est un nerf. C'est ce qui résulte des mêmes faits que nous avons présentés plus haut. Si le nerf intermédiaire au cerveau, et à une partie sensible quelconque, est lié, coupé, comprimé, imprégné d'opium, désorganisé, en vain l'organe de la perception sera intègre, et même tenu en ét^eil par l'attention et la volonté pour opérer la perception; en vain l'impression sera éprouvée par l'organe sensible; la sensation ne sera pas produite : c'est ce qu'ont montré beaucoup d'expériences directes , beaucoup d'observations de maladies. Cela n'a jamais été mis en doute pour les sensations externes. Bichat et Buisson ont voulu le contester pour les sensations internes , et cela , parce que souvent les organes de ces sensations internes ne paraissent pas avoir de nerfs; mais nous répondrons toujours que, dans l'alternative où l'on est alors d'admettre de la sensibilité sans nerfs , ou de croire que des nerfs existent dans des parties sensibles, bien que l'anatomie ne les fasse pas découvrir, la dernière opinion nous paraît toujours la plus raisonnable.
En quoi consiste cette action conductrice du nerf? Nos sens ne peuvent pas plus la saisir ; elle n'est également connue que par son résultat : aussi ignorée que l'action percevante du cerveau, on ne sait d'elle que son opposition avec toute action physique ou chimique, et par conséquent il faut la mettre au rang des actions organiques et vitales.
Les physiologistes, à la vérité, ont été plus ambitieux.
et leur imagination s'est exercée à trouver le mécanisme de cette action de transmission des nerfs. Deux hypothèses principales ont été faites. Dans l'une ^ on admet que le cerveau sécrète un fluide subtil, qui circule dans les nerfs; des parties au cerveau , pour y conduire les impressions qui sont la matière des sensations; et du cerveau aux muscles et aux parties, pour y porter les ordres de la volonté et distribuer l'influence nerveuse dont toutes ont besoin. Dans l'autre , les nerfs sont considérés comnie des cordes qui, ébranlées par l'excitant dans les sensations, et par le cerveau lors des déterminations de la volonté et de l'influence nerveuse , transmettent mécaniquement leurs vibrations, des parties au cerveau dans le premier cas, et du cerveau aux parties dans le second. Faisons remarquer, en eflet , que , comme les nerfs sont aussi les conducteurs des ordres de la volonté et de l'influx nerveux dans l'innervation, il fallait que l'hypotlièse imaginée pût convenir à ce triple office , et cela ajoutait à la difficulté.
L'hypotlièse au fluide nejveux, des esprits animaux , a été la plus répandue. Hippocrate , Galien, les Arabes ^ et la plupart des anatomistes des derniers siècles , Har^ée , Bariholin , Spigel , Vieussens, Wiilis y Borelli , Baglis^i , Boërhaave^ Haller , etc., en ont été successivement les sectateurs. Ils invoquaient les considérations suivantes, lo Le cerveau, auquel paraissent aboutir tous les nerfs^ reçoit à peu près le tiers de tout le sang du corps; c'est beaucoup plus qu'il ne lui faut pour sa nutrition; et c'est déjà une présomption pour croire qu'il est chargé d'une sécrétion. 20 Les nerfs paraissent être une continuation de la substance médullaire du cerveau : or, d'après Maipighi y on considérait cette substance médullaire comme une réunion de tubes sécréteurs, émanés des glandes dont on disait composée la substance grise; il était donc naturel de regarder comme des vaisseaux les nerfs qu'on disait une continuation de cette substance médullaire. 3^^ Cela devait paraître d'autant plus probable , que la ligature de ces nerfs n interrompt leurs fonctions que dans la partie du corps qui est située au dessous de la ligature; qu'une irritation
DES SENSATIONS EN GÉNÉRAL. 25 i
de ces nerfs ne se fait sentir de même qu'aux ramifications qui sont au-dessous du lieu qu'on irrite. Bellini , par exemple , en irritant le nerf plirénique , voyait l'effet de l'irritation ne se manifester jamais qu'au-dessous du point irrité, de sorte qu'il semblait suivre la marche du fluide nerveux. 4° Sans cette disposition supposée vasculaire des nerfs, on ne concevrait pas enfin, comment les nerfs pourraient agir, étant composés, comme ils le sont, de filets très fins, et séparés dès leur origine les uns des autres.
Seulement , les fauteurs de ce système différèrent entre eux, relativement à la manière dont ils appliquèrent l'hypothèse générale à la triple fonction des nerfs, et relativement à la nature qu'ils assignèrent au fluide nerveux. Ainsi , sous le premier point de vue, Baglwi et Pacchioni y qui avaient établi que les méninges étaient l'organe et le siège de la sensibilité , professèrent que le névrilème était la seule partie des nerfs qui effectuait l'action de transmission dont nous nous occupons : mais Monro a expérimenté sur le nerf sciatique d'une grenouille, que ce névrilème est aussi insensible que le sont les méninges elles-mêmes. D'autres fondirent les deux hypothèses , et dirent que les nerfs agissaient par vibrations pour conduire les volitions , et que c était par le fluide nerveux qui circule en eux , qu'ils étaient les conducteurs des impressions sensitives ; ou bien , tout au contraire, que c'était par vibrations mécaniques qu'ils transmettaient les impressions , et par le fluide nerveux qu'ils portaient les ordres de la volonté et l'influx vital. Zimerrnann^ par exemple , a émis la première opinion , et Le Cat la seconde. Hérophile distinguait deux espèces de nerfs, de& sensitifs y solides et agissant par vibrations, et des moteurs y, creux et agissant par le fluide qui circule en eux. Il en était de même de Qalien , qui en reconnaissait de trois espèces, des sensitifs, qui étaient mous, des moteurs ^ qui étaient durs, et des mixtes^ qui avaient ces deux facultés à la fois : les premiers venaient du cerveau; les seconds de la moelle spinale; les troisièmes de ces deux centres à la fois. ?VilliSy Boërrhawe , admirent aussi cette distinction, et firent sécréter, les esprits animaux pour les sensations
et les mouvements dans le cerveau , et les esprits vitaux pour l'innervation dans le cervelet. Enfin , quelques-uns ont, avec Lieutaud , admis deux fluides nerveux, un plus subtil présidant aux sensations , un autre plus matériel présidant aux mouvements ; du reste , l'un et l'autre si déliés qu'ils pouvaient se mouvoir en sens inverse dans le même nerf, absolument comme les rayons sonores et lumineux se meuvent dans l'air sans se confondre.
Sous le second point de vue , Hippocrate disait les esprits animaux de nature aérienne; il les faisait provenir de Fair atmosphérique, qui , lors de la respiration, parvenait par ie nez au cerveau, et était élaboré par cet organe. Sylvius les disait un esprit-de-vin subtil; d'autres, un sel volatil liuileux, un esprit recteur universel; Vieussens en a fait un air subtil imprégné de nitre : Descartes , un étber , une matière ignée; Flenimîng est allé jusqu'à en indiquer les éléments constituants, savoir, de l'eau, de l'huile, un sel animal et une terre, La plupart les assimilèrent au fluide électrique. Halle?^ leur assigna pour caractères; lo d'être très mobiles , afin de pouvoir transmettre avec une rapidité vraiment merveilleuse , et les impressions des sensations , et les ordres de la volonté; 2» d'être très fluides, pour pouvoir se mouvoir avec tant de vitesse; 3^ d'être IvèsJinSy pour pouvoir circuler en des canaux si tenus qu'on ne peut les apercevoir ; 4^ d'être cependant assez matériels pour pouvoir être contenus dans des vaisseaux et arrêtés par des ligatures ; 5» enfin de n'avoir aucunes qualités sensibles , ni odeur, ni saveur, afin de ne pas modifier les qualités des impressions dont ils sont les conducteurs. En un mot, le fluide nerveux futdit, tantôt un fluide qui était assez matériel pour tomber sous les sens, et tantôt un fluide incoercible. Dans ce dernier cas, il fut appelé tour-à-tour éther , pfilogistique ^ fluide magnétique , lumineux, galvanique y électrique. Nous nous abstenons de toutes réflexions sur ces idées , qui sont évidemment hypothétiques , et que nous ne rapportons que comme partie historique de notre science.
L'hypothèse des vibrations , quoique aussi ancienne , et
DES SENSATIONS EN GÉNÉRAL. l53
remontant également au temps à^Hlppocrate , a été bien moins généralement admise. On peut lui opposer en effet que les nerfs sont mous , non tendus , non libres dans leur trajet , et , par toutes ces raisons , incapables de vibrer : qu'ils ne sont pas fixés à leurs extrémités; que, formés d'un grand nombre de filets renfermés dans un même névrilème, ces filets devraient se communiquer aisément leurs vibrations respectives , ce qui devrait amener de la confusion dans les sensations et les autres actions nerveuses. Nous devons dire, cependant, que toutes ces objections ne s'appliquent qu'à 1 opinion qui fait vibrer les fibres nerveuses elles-mêmes , et que beaucoup de sectateurs de i'bypotîièse plaçaient les vibrations , ou dans les fibrilles élémentaires des fibres, ou dans leurs globules constituants, ou dans des fibrilles spirales qu'on disait exister en elles.
De nos jours, ces deux bypotlièses sont également récusées; on avoue que l'action du nerf échappe à nos sens^ et qu'on ne voit d'elle que son opposition avec toute action physique ou chimique quelconque. Si on se laisse aller à quelque conjecture sur ce qu'elle peut être en elle-même , on suppose bien quelque chose d'analogue aux deux systèmes que nous venons de faire connaître, mais on avoue que ce ne sont que des conjectures , et d^ailleurs la chose est conçue moins mécaniquement. Ainsi , remarquant que les phénomènes les plus éminents de la nature, les plus fortes détonations , par exemple , sont dus à l'action de fluides si subtils qu'ils sont impondérables, tels que le calorique , la lumière , le fluide électrique , on a supposé qu'un fluide de ce genre circule dans le système nerveux, et préside à toutes les fonctions de ce système; soit que ce fluide vsoit fabriqué en entier par ce système et sécrété du sang par l'action de la substance grise , soit qu'il soit absorbé dans l'univers; de manière toutefois à ce que , dans les deux cas, il soit la cause de la vie. Yoilà une théorie qui se rattache, comme on voit, à celle des esprits animaux. D'autre part , quelques personnes professent encore le système des vibrations, mais en admettant, non plus une oscillation du nerf en masse, mais seulement des vibrations de chaque
molécule du nerf, se transmettant successivement des unes aux autres.
Nous nous bornons donc à dire que le nerf est le moyen de transmission , en avouant que nous ignorons comment il opère. Nous savons seulement que la transmission est rapide, et que le nerf agit pour l'effectuer. En effet, s^il est malade, la transmission ne se fait plus, et, par un long exercice , ce nerf se fatigue , et a besoin de repos pour recouvrer son aptitude à agir. Nous ajoutons que cette action de transmission est la même en toute sensation que ce soit ; peut-être même n'est-elle que Faction d'impression qu'a effectuée dans l'organe éloigné l'extrémité du nerf, et qui se continue dans toute la longueur de ce nerf, de sorte que ces deux actions ne seraient séparables qu'aux yeux de l'esprit.
Telles sont les trois actions du concours desquelles résulte toute sensation quelconque. On voit dès lors combien il est impropre de dire que nous sommes passifs dans nos sensations. Dans quelque sensation que ce soit, il faut toujours le concours de trois organes, et il suffit qu'un seul n'agisse pas pour que la sensation ne soit pas produite. De ce qu'un excitant extérieur affecte nécessairement un sens , par cela seul qu'il lui est appliqué , il ne s'ensuit pas que ce sens soit passif dans la production de la sensation ; celle-ci est au contraire le fruit de son activité propre : et ce qui le prouve , c'est que la sensation n'est plus produite après la mort; c'est que^ pendant la vie, elle vai-je par l'état de santé et de maladie; c'est que, dans la santé, elle est influencée par la volonté qui érige en quelque sorte le sens pour qu'il réponde mieux à l'excitant.
Mais venons à l'histoire de chacune des sensations en particulier. Nous partageons en deux classes celles qui sont propres à l'état de santé , savoir les externes et les internes ; et dans une troisième classe nous rangeons celles qui n'éclatent aue dans les maladies, c'est-à-dire les douleurs.
DES SENSATIONS EXTEHIVES. 25S
PREMIÈRE CLASSE DES SENSATIOInS.
Sensations externes.
Les sensations externes sont celles qui résultent du contact d'un corps étranger sur quelques-unes des parties du corps, qui sont produites par le contact d'un corps, extérieur à la partie à laquelle on les rapporte. Nous n'indiquons pas seulement pour caractères de ces sensations^ qu'elles soient le produit d'un corps étranger , car elles peuvent résulter du contact d'une des parties du corps humain lui-même sur une autre , ou de celui d'une de ses excrétions y et peut-être répugnerait-on alors à considérer les corps qui sont ici au contact comme étrangers; mais nous disons que, dans toute sensation externe, la cause de l'impression consiste dans le contact d'un corps, qui est extérieur à la partie à laquelle on rapporte la sensation.
INous les subdivisons en deux ordres : celles qui fondent les se?is proprement dûs , et à l'aide desquelles l'esprit acquiert la notion des corps extérieurs et de leurs diverses qualités ; et celles qui, reconnaissant pour cause un contact, d'une part ne sont pas pour l'esprit une lumière , d'autre part, ne sont pas des sensations morbides , des douleurs, et, à ce double titre, doivent constituer un ordre à part, comme le chatouillement , le prurit ou démangeaison , etc.
I*" Ordre. — Sens externes.
Les sens externes sont des organes qui , consécutivement au contact des divers corps extérieui's, font éprouver des sensations à l'aide desquelles l'esprit acquiert la notion de ces corps et de leurs qualités. Instruments qu'emploie l'esprit pour arriver à la connaissance du monde extérieur, ils varient en nombre et en délicatesse dans les divers animaux; et leur puissance réunie fixe seule la somme des connaissances que nous pouvons acquérir sur l'univers. L'homme en a cinq : le tact ou le toucher , le goûty V odorat, Vouïe et
la vue. Avant de faire Fliistoire particulière de chacun d'eux, nous allons présenter quelques considérations générales , qui sont communes à tous*
D'abord , puisque les sens sont destinés à nous faire connaître par un contact les divers corps de l'univers et les qualités extérieures de notre propre corps, on conçoit que leurs organes doivent être placés tous à la périphérie du corps y ou au moins y aboutii*. C'est ce qui est en effet. L'organe du tact et du toucher est la peau, qui forme la ^urface extérieure du corps. L'organe du goût est la memhrane qui revêt la surface supérieure de la langue; l'organe de Todorat, celle qui tapisse V intérieur du m^z; et ces deux membranes communiquent librement à l'extérieur par des ouvertures , ou toujours béantes , ou que nous pouvons ouvrir à volonté. Enfin, il en est de même de Yoreille ^ qui est l'organe de Fouie , et de Vœil, qui est celui de la vue. Ainsi , déjà les organes des sens sont constamment extérieurs.
En second lieu , par cela seul qu'ils sont situés à la périphérie du corps , et parce qu'ils sont chargés d'une fonction de relation, ils sont symétriques, c'est-à-dire ou formés de deux moitiés semblables, ou pairs. La peau, la langue , le nez sont dans le premier cas , et l'oreille et l'œil dans le second.
En troisième lieu, quelque simples ou compliqués que soient les organes des sens, on peut toujours faire en eux la distinction de deux parties principales: i» une nerveuse, qui est située plus profondément, et qui, étant celle qui, parle contact du corps extérieur, développe l'impression d'où résulte la sensation, est la plus importante; 2» une autre placée au-devant de celle-là , destinée à recevoir préalablement le corps extérieur, et à le lui appliquer convenablement , et , à cause de cela , généralement calculée d'après les lois physiques qui régissent ce corps. En effet, puisque d'une part les organes des sens sont des instruments de sensation , il fcillait bien qu'ils eussent en eux une portion nerveuse , une dépendance du système sans lequel il n'y a pas de sensation. D'autre part, puisque les sens doivent