CHAPITRE PREMIER
Examen comparatif des Corps inorganisés et des Corps
organisés.
L'étude de tout corps naturel , quel qu'il soit, comprend deux objets, savoir : l'examen de sa composition matérielle ^ c'est-à-dire de sa structure, des parties diverses qui le forment; et l'examen des actions diverses par lesquelles il se conserve, et remplit dans l'univers, dans le système général de la nature, le rôle particulier qu'il est appelé à y jouer. D'une part, il est évident que tout corps est composé de parties matérielles, dont on doit clierclier à connaître la disposition et l'arrangement. Cela est de tous les minéraux, de tous les végétaux et de tous les animaux. D'autre part, il est également certain que tout corps agit, exécute des mouvements, tantôt dans sa totalité, tantôt dans son intérieur et entre les parties qui le forment , pour se conserver , se modifier, et produire tous les phénomènes qu'il présente. Or . les corps inorganisés et organisés diffèrent sous l'un et l'autre point de vue.
ARTICLE PREMIER
Différences de la Composition raate'rielle dans les Corps inorganisés et ' organisés.
Quand on étudie la composition matérielle ou la structure d'un corps , il faut successivement exposer ce qui apparaît à son extérieur et ce qui se montre quand on pénètre dans son intérieur : \di forme , le volume ont trait au premier ob-^ jet; et la nature cliim.ique et la texture aU second. Or, sous chacun de ces points de vue , les corps inorganisés et organisés sont entièrement différents.
lo CORPS INORGAT^ISÉS ET ORGANISÉS.
lo Forme extérieure. Dans le corps inorganique ou minéral, Informe du corps n'est pas fixée d'une manière invariable. Le plus souvent cette forme est irrégulière, et elle dépend de l'ordre dans lequel se sont agrégées les molécules qui le constituent. Il n'y a que celles-ci qui aient une forme déterminée. Quelquefois, à la vérité, ces minéraux forment des cristaux réguliers. Mais d'abord , pour que cela soit , il faut que la liqueur de laquelle doivent se précipiter les molécules du minéral , jouisse , comme on dit en minéralogie, des conditions dn temps y de V espace et du repos, ce qui manque souvent. Ensuite, très souvent une substance minérale , même lorsqu'elle cristallise , prend différentes formes : la cbaux carbonatée , par exemple , cristallise ou en rbombes , ou en prismes hexaèdres réguliers , ou en solides terminés par douze triangles scalènes , ou en dodécaèdres dont les faces sont des pentagones, etc.
Dans le corps organisé, au contraire, la forme est toujours constante, déterminée; cliaque végétal, cliaque animal ont la leur; et cette constance dans la forme s'entend, nonseulement du corps vivant entier et considéré dans sa masse , mais encore de cbacune de ses parties constituantes en particulier , de cliacun de ses organes.
En outre , dans le minéral , la forme est généralement anguleuse , et ne paraît tendre nullement à une fin qui soit déterminée , ni être utile en rien à la conservation de l'être. Dans le corps organisé , au contraire , la forme est généralement arrondie; et cela, non-seulement dans le corps en masse, mais encore dans cbacune de ses parties composantes. De plus, cette forme est évidemment en rapport avec une fin déterminée , et telle qu'elle devait être pour la conservation du corps.
2» Volume. Dans le minéral , le volume n'a rien de constant; ce volume peut être indifféremment petit ou grand, selon la quantité dans laquelle se sont déposées les molécules qui le forment. Cela est même , lorsque la forme est cristalline; un même cristal, dans une même substance minérale, peut être très petit ou très gros.
Au contraire, le volume du corps organisé est déterminé;
STRUCTURE. ï l
cliaque végétal , cTiaque animal ont lenr stature propre , qui est celle de leur espèce , et qui est à peu près fixe pour chacun .
30 Nature chimique. On appelle ainsi la nature delà matière qui compose les corps. Cette matière n'est pas une; elle est d'espèces diverses, qu'on appelle éléments , parce que ce sont elles qui forment, soit à elles seules, soit en s'associant entre elles en certains nombres ou en certaines proportions , les divers corps , tels que la nature les présente. Quand un corps n'est formé que d'une seule espèce de matière , que d'un seul élément , il est dit simple ; quand il résulte de la combinaison de plusieurs espèces de matière , de plusieurs éléments , il est dit composé. La science qui fait l'étude des corps sous ce rapport s'appelle la chimie; elle recberche combien il y a d'espèces de matières , ou autrement d'éléments des corps, et quelles com.binaisons diverses peuvent former entre eux ces éléments; elle scrute la nature chimique de chaque corps , c'est-à-dire quelle est l'espèce de matière qui le forme, s^il est simple, et quels sont les divers éléments qui se sont réunis pour le constituer, et quelles combinaisons ont formé ces éléments , s'il est composé. Elle admet aujourd'hui cinquante-deux élém.ents (1), sans y comprendre ce qu'on appelle les fluides impondérables , savoir : la lumière ^ le calorique et le Huide électrique.
Or , les corps inorganisés et organisés comparés sous le point de vue de leur nature chimique présentent de grandes différences.
C'est dans le règne minéral , que se trouvent toutes les espèces de matières connues les cinquanle-deux éléments ;
(i) Ces cinquante-deux e'ie'ments sont : l'oxygène, Fliydrogène, le bore, le carbone, le pliospliore, le soufre, le séle'nium , l'iode, le pLtîiore ou fluor, le chlore, le brome, l'azote, le silicium, le zirconium , l'aluminium, l'yttrium, le glucynium, le magnésium, le calcium, le strontium, le baryum, le sodium, le potassium^ le litliiura, le manganèse, le zinc, le fer, l'étain, Farsenic , le molybdène, le tungstène, le columbium ,-le cbrôme , l'antimoine, l'urane , le cerium , le cobalt, le titane, le bismuth , le cadmium , le cuivre, le tellure , le plomb , le mercure , le nickel , l'osmium, l'argent, For, le platine, le palladium , le rhodium et l'iridium.
ï2 CORPS IlNOllGANISÉS ET ORGANISÉS,
seulement plusieurs de ces éléments, et surtout deux, que nous verrons former spécialement les corps organisés , le carbone et l'azote, ne s'y montrent qu'en état de combinaison. Dans le règne organique, au contraire , on ne trouve qu'un petit nombre des éléments connus de la matière , savoir : l'oxygène , rhydrogène , l'azote , le carbone , le soufre , le phosphore , etc.
Dans le corps inorganique , la composition chimique est plus simple , car souvent ce corps est formé par un seul élément, et quand il est composé, il n'offre le plus souvent qu'une combinaison ternaire. La nature chimique du corps vivant est au contraire plus composée, car jamais cet être n'est un corps simple , ni même un composé binaire , il est toujours un composé au moins ternaire ou quaternaire. Le végétal et l'animal les plus simples offrent dans la matière qui les forme, la réunion : le premier, de trois éléments au moins, oxygène, hydrogène et carbone; et le second , de quatre, oxygène, hydrogène , carbone et azote.
Le minéral a une composition chimique qui est constante, et qui ne change qu'éventuellement; il doit cette stabilité dans sa natui-e chimique, d'abord à ce que ses éléments composants ont satisfait complètement aux affinités qui les ont entraînés, et ensuite à ce que sa conservation, comme nous le verrons , est un état purement stationnaire. La composition chimique de l'être vivant, au contraire, change sans cesse , ne reste jamais la même, et cela par deux causes inverses : d'abord , parce que ses éléments composants n'ont pas satisfait complètement à leurs affinités, et, par conséquent, ne forment que des combinaisons mobiles; ensuite , parce que cet être, comme nous le verrons, se conserve par un mouvement intestin continuel, qui modifie sans cesse la nature chimique de la matière qui compose son corps. Les éléments qui forment le minéral sont ceux-là mêmes auxquels la chimie ramène tous les corps, et que cette science n'a pu encore décomposer. Dans le corps des êtres vivants, on peut au contraire distinguer deux sortes d'éléments, des éléments dits chimiques ou inorganiques , qui sont ceux que présentait le minéral , et que la chimie retire par l'analyse
de tout corps quelconque; et des éléments dits organiques y ainsi nommés parce qu'ils n'existent que dans les corps vivants, et sont les produits exclusifs de l'organisation et de la vie. On retire, par exemple, des végétaux et des animaux : if> de l'oxygène , de l'iiydrogèue, du carbone , de l'azote , différents métaux, qui sont des éléments chimiques ; 20 de l'albumine, de la gélatine, de la fibrine, etc. ^ matières qui généralement composent leurs organes , qui conséquemment peuvent être dites leurs éléments; mais qui , étant déjà des corps composés , et surtout n'étant faites que par l'organisation et la vie, sont, à juste titre, appelées éléments organiques.
Enfin ,^, c'est en vertu des affinités chimiques générales,, que sont réunis dans le minéral les éléments qui le forment. Au contraire, dans les êtres vivants , ces affinités sont sans pouvoir sur les combinaisons desquelles résulte le corps , et ces combinaisons sont produites par ces mêmes forces qui ont fait les éléments organiques , c'est-à-dire par les forces de l'organisation et de la vie.
Or, de ce dernier fait, résulte cette autre différence entre les corps inorganiques et organiques , que les chimistes peuvent décomposer et composer les premiers, et jamais les seconds. En effet, comme ce sont les affinités chimiques qui ont réuni les éléments qui forment le minéral, et comme on connaît les conditions qui règlent l'exercice de ces affinités, on conçoit que le chimiste peut diriger ces affinités, de manière à séparer et à réunir tour-à-tour les éléments constituants de ce corps. Mais , comme ce sont les lois de la vie qui ont fait l'ê Ire vivant, et que ces lois sont encore ignorées , le chimiste n'a plus le même pouvoir à l'égard de toute matière végétale et animale quelconque. Comment le pourrait-il , puisqu'il ne connaît pas les lois de la vie , et n'a pas en main l'affinité vitale, si on peut parler ainsi, qui a présidé à la formation de ces matières ? La chose est certainement évidente relativement à la composition; elle l'est ^ aussi à l'égard de la décomposition, car tout ce qu'on qualifie des noms d'analyses végétales ou animales , ne sont que des destructions de corps organisés.
i4 CORPS INORGATîISÉS ET OaGANISÉS.
40 Texture intime. Ou appelle ainsi l'arrangement physique des molécules matérielles qui composent les corps ; et, sous ce point de vue , les corps inorganiques et organiques sont aussi très dissemblables.
D'abord, le corps organique est toujours, ou tout solide^, ou tout liquide, ou tout gaz; jamais il n'offre dans sa composition une réunion de parties solides et de parties fluides, ^e qu'on appelle dans un minéral l'eau de cristallisation ne contredit pas cette assertion; car cette eau n'est autre chose que celle qui tenait primitivement en suspension ou ^n dissolution les molécules du minéral , ou même une eau étrangère qui a été incarcérée , entre les molécules de ce minéral, au moment où ces molécules se sont rapprochées pour le former. Le corps organisé, au contraire, offre toujours une réunion de parties solides et de parties fluides; le végétal, en même temps qu'il a des parties corticales et ligneuses plus ou moins dures , a de la sève ; et l'animal , en même temps qu'il a des os, des chairs , a du sang et d'autres fluides.
En second lieu, dans le minéral, les molécules de matière qui composent le corps sont toujours disposées par couches superposées les unes aux autres. Dans le végétal et l'animal, au contraire, ces molécules forment toujours uu entre-croisement, un entrelacement; elles constituent desfibres qui s'en tre-croi sent, et forment des tissus spongieux, aréolaires.
En troisième lieu, dans les corps inorganiques, la masse du corps est homogène, c'esl-à-dire composée de parties qui se ressemblent toutes par leurs qualités physiques et chimiques, et par les actions qu'elles accomplissent dans le système du corps. Dans un morceau de marbre, par exemple, ce sont partout des molécules de carbonate de chaux , qui ont toutes la même dureté, la même composition, et qui surtout concourent toutes d'une même manière à la formation et à la conservation du corps. Au contraire, la masse de l'être organisé est hétérogène , c'est-à-dire que le corps est formé de parties qui diffèrent par leurs formes , leurs qualités physiques et chimiques, et surtout parce qu'elles n'exécutent pas dans le système du corps les mêmes actions,
STRUCTURE. l5
mais concourent, chacune à leur manière, à sa formation et à sa conservation. Le végétal, par exemple , oflre dans sa composition, du bois , de Vécorce , àes feuilles , des racines , des fleurs , etc. , toutes parties, de consistance , de forme, de composition chimique différentes , et qui surtout concourent^ chacune à leu.r manière, à la conservation de l'être , les unes en lui assimilant de nouveaux matériaux , les autres en le dépouillant de ceux qui le formaient préalablement. Il en est de même de l'animal , qui nous offre des os y des muscles , des nerfs, des ^vaisseaux ^ etc., toutes parties qui sont aussi très différentes les unes des autres , et dont les unes le font sentir, d'autres se mouvoir , etc. En un mot, le corps organisé seul offre dans sa structure des organes , c'est-à-dire des parties différentes de forme , de structure, affectées chacune à des offices spéciaux, et concourant toutes néanmoins à fonder l'individualité de l'être. Tel est, en effet , le nom qu'on a donné à ces parties constituantes des corps vivants, du mot grec opyavov , qui veut dire instrument; parce qu'on peut effectivement considérer ces parties comme autant d'instruments , de roues , qui accomplissent, par le concours de leurs actions, la vie de l'être.
De cette dernière différence entre les corps inorganiques et organiques , différence qui est capitale, il résulte cette double conséquence, qui est inverse pour chacune de ces classes de corps : pour les corps inorganiques , i ^ que leurs parties composantes peuvent exister, aussi-bien lorsqu'elles sont séparées , que lorsqu'elles sont réunies en agrégats ; et que le minéral , comme le dit M. Lamarck, n'a réellement l'individualité que dans la molécule intégrante ; 20 qu'il n'y a aucune dépendance forcée entre les parties de ce minéral, non plus qu'entre les actions de ces parties ; de sorte qu'une de ces parties peut être modifiée sans que les autres s en ressentent. Et au contraire pour les corps organisés : i» que leurs parties composantes ne peuvent exister que lorsqu'elles sont liées à tout l'être; qu'ainsi l'individualité n'est pas dans la molécule intégrante seule, mais dans une masse de molécules intégrantes diverses , réunies en un corps particulier ; 2" qu'il y a une dépendance entre toutes les parties
1 f) CORPS INORGANISÉS ET ORGANISÉS,
qui forment un végétal et un animal , de même qu'un accord, entre les actions diverses de toutes ces parties; de sorte que la lésion d'une partie et la modification d'une action entraînent la lésion et la modification des autres parties et des autres actions
Enfin , un dernier caractère différentiel , c'est que , tandis que le corps inorganique d'une espèce déterminée a toujours une composition fixe , l'être vivant , bien que constituant une espèce spéciale y est susceptible d'offrir des différences individuelles: par exemple, celles des tempéraments ^ des constitutions , etc.
Ainsi , de grandes différences séparent les corps inorganiques et les corps organiques , sous le rapport de la composition matérielle. Or , on a donné au mode de composition matérielle des corps organisés le nom à^ organisation , d'après les organes que nous avons dit le constituer; et, par suite, on a appelé corps organisés ou organiques les végétaux et les animaux, qui présentent ce mode de structure, elcorps inojganiques les jninérsiUXj qui ne l'ont pas. Cette dernière dénomination est bien préférable à celle de corps inertes qu'on donnait jadis aux minéraux; parce que de celle-ci on pouvait conclure , contre la vérité , que ces corps n'exécutent aucune action. Ce qui caractérise le mode de structure appelé organisation , c'est que le corps, i» a une composition cîiimique spéciale, et en opposition avec les affinités cliimiques générales; 20 offre une réunion de parties solides et de parties fluides; 3o aune texture aréolaire, fibreuse; 4^ enfin, présente un assemblage d'organes , c'est-à-dire de parties qui sont diverses entre elles par la forme., la structure, les usages, et qui concourent toutes néanmoins à un même résultat. C'est surtout ce dernier trait qui caractérise une organisation, et qui a souvent fait prendre ce mot dans un sens figuré; comme quand on dit l'organisation d'une macliine, d'un Etat, faisant allusion aux rouages divers qui composent cette machine, aux ordres différents de citoyens qui forment cet Etat , et qui , destinés chacun à des offices spéciaux, concourent néanmoins à la formation. du tout.
ARTICLE II
Différences dans les Actions des Corps inorganiques eS organiques.
Tous les corps sont actifs ; tous exécutent des actions par lesquelles ils se conservent ce qu'ils sont, et concourent aux différents phénomènes de l'univers. C^est par ces actions qu'ils commencent à être, se conservent, éprouvent toutes les modifications qu'ils présentent pendant la durée de leur existence, et finissent. Mais, sous chacun de ces quatre points de vue , ainsi que sous le rapport des forces auxquelles par abstraction on rapporte ces actions, les êtres inorganiques et organiques sont tout-à-fait dissemblables.
lo Origine. Un minéral doit de commencer à être , à exister, à ce que des circonstances extérieures à lui, les forces générales de la matière, ou le détachent de la masse d'un autre minéral , ou précipitent du sein d'un liquide les molécules qui le constituent, ou associent, combinent ses éléments pour le former de toutes pièces. Il n'y a rien dans cette origine qui constitue ce qu'on va voir fonder dans le corps organisé une génération , une naissance. Enfin , dans le règne minéral, les individus, dans leur succession, sont complètement indépendants les uns des autres.
Le végétal et l'animal, au contraii-e, doivent d'éwe à une génération , c'est-à-dire qu'ils proviennent toujours d'une molécule qui a appartenu primitivement à un être semblable à eux , la graine dans le végétal , l'œuf dans l'animal; molécule qui s'est détachée de cet être en des circonstances déterminées, et qui , à la suite de développements successifs^ les a formés. En un mot , les corps organisés naissent. De plus , leur origine est toujours la suite de la vie d'un autre individu, et dans leur succession ces êtres sont dépendants les uns des autres.
A la vérité , comme souvent on volt apparaître spontanément des corps organisés, là où il ne paraît pas y en avoir eu précédemment; comme il est des végétaux et des animaux dans lesquels on n'a trouvé jusqu'à présent ni graines ni Tome 1. 2
l8 CORPS iîv'OUGAîS^ISÉS ET ORGANISES,
œufs, les anciens ont cru, et quelques modernes ci'oient encore à ce qu'on appelle une génération équivoque , c'està-dire à une formation de toutes pièces de l'être vivant à la surface du globe, par un mécanisme semblable à celui qui donne Fêtre à un minéral. Par exemple, les anciens, voyant apparaître des vers et autres animaux dans les chairs qui se pourrissent, croyaient à une génération spontanée par la chaleur et la putréfaction: corrupiio unius , generatio alterlus. De même , quelques modernes y ont cru , d'après l'existence des vers intestinaux, et surtout d'après cette immensité d'animaux infusoires qui se montrent tout à coup dans les liquides, même lorsqu'on a fait bouillir préalablement ces liquides. Enfin, sans parler d'un ouvrage qu'a publié M. Frej sur cette question, et où sont consignées des expériences dans lesquelles l'auteur a cru assister à des générations spontanées d'animaux déjà assez élevés dans l'échelle, un des plus célèbres naturalistes de notre temps , M. Lamarckf professe qu'il se fait des générations spontanées aux extrémités des règnes végétal et animal ; et il établit que nos espèces vivantes actuelles ne sont que les produits de ces générations spontanées , qui ont été graduelle^ ment compliqués , perfectionnés par l'organisation, et dont les formes ont été alors fidèlement transmises par la succession des générations.
Sans entrer ici dans la discussion de cette question très ardue, et sur laquelle nous reviendrons ailleurs, nous nous bornerons à deux réflexions. D'une part , ces générations spontanées sont -elles bien réelles? le plus grand nombre des physiologistes de nos jours les récusent; ils font remarquer que l'idée n'en est venue , en quelque sorte , que négativement, pour les cas où l'on ne voyait pas l'emploi des procédés par lesquels la nature d'ordinaire forme les corps organisés; qu'aussi le domaine de ces générations spontanées s'est d'autant plus limité , que les connaissances en histoire naturelle se sont plus étendues. Il est de fait, par exemple, qixJristote croyait à la génération spontanée des vers et insectes qui apparaissent dans les chairs pourries ; et aujourd'hui les recherches de Redi j Swanierdam y Spallanzani^
ACTIONS. IQ
ont prouvé que ces animaux provenaient, comme tous autres, cl'œufs qui étaient déposés clans ces cîiairs. De même, on a déjà signalé la génération de plusieurs vers intestinaux : par exemple , on a reconnu les sexes des ascarides , leurs œufs; on les a surpris accouplés, et il est facile de concevoir comment ces œufs ont pu passer d'un corps à un autre. Quant aux animaux infusoires , sont-ce bien de nouveaux animaux qui ont été formés de toutes pièces, ou des animaux provenant d'œufs qui étaient préalablement dans les liquides, et y sont éclos ? il n'est pas plus possible de démontrer l'une de ces opinions que l'autre , et par conséquent on est réduit à admettre celle qui est la plus probable, et c'est la dernière. D'auti^e part , en admettant la réalité de celle force cosmique , de cette génération équivoque, on ne pourrait la rapporter aux mêmes forces qui font le minéral; il est sur, en effet, que les forces générales de la matière, loin de donner la vie, tendent à l'étouffer; il sera démontré que ce n'est pas par ces forces que les corps vivants subsistent , mais par une force spéciale à eux : comment croire dès lors que ces forces générales, impropres à entretenir la vie, puissent la créer? il faudrait au moins admettce que ces forces ont subi ici quelques modifications, en vertu desquelles elles font passer la matière de l'état brut h l'état organisé.
Ainsi , faisant abstraction de ces générations équivoques , qui sont un point en litige , concluons que les corps organisés nous offrent déjà ce caractère distinctif , que seuls ils naissent, et ont pour origine ce qu'on appelle une génération, 20 Mode de conservation. Les corps inorganisés et organisés ne diffèrent pas moins sous ce rapport. D'abord, pour le minéral , cette conservation ne s'entend que de Findividu seulement; cet être ne jouit pas de la faculté de se reproduire ; il est détruit et cesse d'être , par cela seul qu'il donne l'existence à un autre minéral. Le végétal et l'animal, au contraire, ont à se conserver à la fois, et comme individu, et comme espèce; ils jouissent de la faculté de donner l'existence à un être semblable à eux, et cela en continuant de vivre; en un mot, ils se reproduisent.
Ensuite, le minéral, dans sa conservation inrlividuelle y n'olTre rien de plus que les actions mêmes qui ont fondé sa création. Sa conservation n'est que la persistance des affinités d'agrégation et de combinaison qui ont réuni et juxtaposé les molécules qui le forment. Le végétal et l'animal, au contraire , se conservent par un mécanisme qui leur est spécial : d'un côté, iis saisissent sans cesse, dans les corps extérieurs à eux , une certaine quantité de matière qu'ils élaborent et qu'ils assimilent ensuite à leur propre substance; d'un autre côté , ils retirent en même temps de tous leurs organes , et sans cesse aussi , une quantité de la matière qui les formait préalablement, et la rejettent hors d'eux : ils se montrent ainsi toujours en proie à deux mouvements opposés , l'un de composition , et l'autre de décomposition. Le végétal, par exemple, puise sans cesse dans le sol et l'atmosphère, par ses racines et par ses branches, des matériaux divers avec lesquels il fabrique la sève dont il se nourrit; et tandis qu'il s'approprie cette sève , il rejette, sous forme d'excrétions, une portion de la matière qui le formait. 11 en est de même de l'animal, qui prend au dehors de lui , et de l'air, et des aliments; qui fabrique avec eux un fluide propre à le nourrir, le sang; et qui, en même temps qu'il s'assimile ce fluide , se débarrasse , par des excrétions , d'une portion de la matière qui le composait. Kn un mot, les corps organisés qui seuls nous avaient oflert les particularités de jiaitre et de se reproduire , sont aussi les seuls qui se nourrissent , qui se conservent comme individus par une nutrition.
Tel est, en eflet, le nom qu'on donne au mode de conservation si spéciale que nous venons de décrire; et de lui résultent les diflerences suivantes entre les corps inorganiques et organiques. La conservation du minéral n'est, en quelque sorte, qu'un état stationnaire; celle du corps organisé nous ofl're , au contraire, un flux continuel de matière, entrant d'un côté, et sortant de l'autre. Le minéral, pour se conserver, n'a besoin du contact d'aucun corps, et sa conservation même est d'autant plus assurée, qu'il estplus isolé : le corps organisé, au contraire, réclame toujours pour sa cou-
servalion la prt'seace de corps étrangers, dans lesquels il puisse puiser la matière nouvelle qu'il doit s'approprier sans cesse. Enfin le minéral n'a rien de fixe et de déterminé dans son mode de conservation, parce que celui-ci dépend des forces générales de la matière, tient à la nature des divers corps qui sont mis en contact avec lui^ et sur le choix desquels il n'a aucune influence. Le végétal et l'animal, au contraire, ont un mode de conservation constant et déterminé, parce que ee mode est le fait de leur activité propre, et non le résultat des forces générales et des corps extérieurs qui les entourent. Sans doute ce sont Lien ceux-ci qui leur fournissent la matière nouvelle qu'ils s'approprient, et qui reçoivent la matière ancienne qu'ils rejettent, mais c'est la propre activité de l'être organisé qui règle la mesure dans laquelle se font, et cette appropriation, et ce dépouillement.
Z^ Chan^enieriLs pendant U existence .T ont corps est susceptible d'éprouver des cliangements pendant qu'il existe; mais le corps organisé en offre qui lui sont propi-es, et que ne présente pas le corps inorganique. D abord il serait théoriquement possible que le minéral n'en éprouvât aucun : si on le suppose, d'une part, com|)osé de manière que ses divers éléments constituants soient saturés les uns des autres, au point de ne plus réagir ,1 et d'autre part, dans un isolement absolu de tout autre corps, il est évident qu'il restera éternellement dans le même état. Au contraire, le corps vivant doit de toute nécessité éprouver des changements; on sait que forcément, pendant la durée de son existence, il parcourt une suite d'états, qu'on appelle ses dges; on le voit successivement croître, se développer, parvenir à un état de maturité , et enfin décroître.
En second lieu, quand le minéral éprouve quelques changements, toujours ils résultent des corps extérieurs qui le touchent, et que des circonstances indépendantes de lui mettent en contact avec sa surface. Ainsi, les corps extérieurs déj)Osentils sur lui de nouvelles molécules, il augmente de nmsse, de voiume. Ces corps au contraire détachent-ils de sa surface quelques-unes des molécules qui le formaient , il diminue dans sa masse et son volume. C'est de même par Faction de^s
corps extérieurs que sa nature chimique peut être modifiée. Au contraire, les cLangemenls appelés dges , qu'éprouve forcément l'être vivant, ne dépendent pas des circonstances extérieures; ils tiennent au mouvement nutritif intestin que nous avons vu exister en lui ; il est en effet dans l'essence de ce mouvement, de régler toutes les phases de la vie de l'être, c'est-à-dire, de faire d'abord croître son corps, puis de le conserver quelque temps à un élat de maturité, et enfin, de le faire dépérir.
En troisième lieu, il n'y a et il ne pouvait rien y avoir de fixe et de déterminé dans les changements qu'éprouve le minéral , parce que ces cliangemens tiennent moins à luimême qu'aux corps dont il est entouré. Au contraire ceux de l'être vivant, qui sont dus à son mouvement nutritif intestin, sont constants et déterminés.
En quatrième lieu, les changements qu'éprouve le minéral se font tous à sa surface; son intérieur y est tout-' à- fait étranger, et n'y prend part que lorsque tout est détruit autour de lui : son augmentation, par exemple, est comme le grossissement graduel de la houle de neige qu'on roule sur le sol,* elle se fait par jux La-position, mot dont l'étymologie indique rigoureusement l'acception. Cette augmentation, comme la diminution du minéral enfin, ne sont pas un accroissement et un décrois sèment, mais un simple changement dans la masse. Au contraire, dans l'être vivant les changements ont lieu dans toutes les parties à la fois , à l'intérieur comme à l'extérieur, et non à la surface seulement; c'est à toutes les parties en même temps que s'appliquent les molécules nouvelles, et de toutes les parties aussi que se détachent les molécules anciennes. L'augmentation de volume est bien cette fois ce qu'on appelle un accroissement, car toutes les parties y participent en même temps, l'intérieur comme l'extérieur. Tout se fait, comme on dit, par intus-susceplion, mot dont i'étymologie indique aussi rigoureusement l'acception. En un mot, les corps organisés, qui sont les seuls qui naissent, se reproduisent , se nourrissent, sont aussi les seuls qui croissent, qui vieillissent^ qui en somme -aient des dges.
ACTIOIN'S. 2 3
Enfin, les corps organisés peuvent encore s'oiïrlr sous deux états qui n'ont pas d'analogues dans le règne minéral , en état de santé et en état de maladie : en santé , quand toutes leurs actions s'exécutent avec aisance, liberté, et qu'il y a accomplissement possible de toutes leurs facultés, et espoir de parcourir toute leur carrière; en maladie, quand ces actions, au contraire, s'exercent avec difficulté, douleur, et qu'il y a perversion des facultés, et crainte d'unû destruction plus ou moins. prochaine. Seuls, ils peuvent être dits sains ou malades.
Ces premières différences entre les corps inorganiques et organiques , peuvent déjà nous expliquer celles que nous avions signalées dans la structure de ces deux classes de corps. Ainsi, le corps organisé, par opposition au corps inorganique, a toujours offert une réunion de parties solides et de parties fluides ; c'est que les parties nouvelles qu'il s'approprie , ainsi que les parties anciennes dont il se dépouille , sont appliquées et enlevées à tous les organes à la fois , à l'intérieur et à l'extérieur; et, pour que cela fut possible, il fallait bien que ces parties revêtissent l'état de fluide. Ainsi le corps organisé a , par opposition au corps inorganique , une composition hétérogène, et offre un assemblage d'organes; c'est que les actions de ce corps organisé sont diverses , comme on l'a vu ; les unes lui font reproduire soiï espèce, les autres effectuent sa nutrition; et comme ces actions, nutrition et reproduction, ne sont pas elles-mêmes des actes simples , mais le produit du concours de beaucoup^ d'autres actions diverses, qu'on a^ipelle fonctions ^ il fallait bien que l'être eût autant d'organes particuliers pour exé-^ cuter cliacune de ces fonctions. Enfin, le minéral ne pou vait avoir une forme et un volume constants et déterminés^ puisque l'une et l'autre dépendent de l'ordre et de la quantité dans lesquels se déposent les molécules qui le forment, <'.t que ces deux conditions tiennent à une circonstance sui^ laquelle il ne peut influer, la nature des corps qui le touclient. Au contraire, le corps organisé qui se nourrit par sa propre activité, et qui éprouve pendant sa durée une succession de développements déterminés ;> devait avoir une
2 4 COKPS INORGANISÉS ET OIIGANÎSÉS.
forme et un volume constants; et, en effet, il y tend sans cesse par son activité propre, y parvient par une gradation constante, et emploie pour y arriver un temps déterminé. Mais poursuivons notre parallèle.
4" Fin. Tout corps cesse d'être, finit; mais les corps inorganiques et organiques diffèrent encore sous ce rapport. Le minéral cesse d'exister toutes les fois que la force de cohésion et les affinités de combinaison qui tenaient juxta-posées et réunies les molécules qui le forment sont vaincues par d'autres affinités qu'exercent sur lui les cor»s extérieurs qui le touclient; et qu'ainsi ses molécules composantes sont entraînéees par là à la formation d'autres corps. Or, de là résulte qu'il n^y a rien de fixe et de déterminé sur la durée de l'existence d'un minéral , puisque ce sont les corps extérieurs, et sur lesquels il n'a aucune prise, qui déterminent sa destruction. Si quelquefois on peut calculer d'une manière approximative la durée de son existence, c'est d'après la considération toute mécanique de sa densité et de sa masse, son usure ainsi que tous les cliangements qu'il éprouve, se faisant de l'extérieur à l'intérieur. Sa destruction n'est donc ni nécessaire ni spontanée. Ajoutons encore que ce mincirai conserve jusqu'à sa destruction complète ses qualités intimes, ne variant, comme on l'a déjà dit, que dans les qualités accessoires de sa masse, de son volume et de sa forme.
Le végétal et l'animal , au contraire , finissent quand s'arrête le mouvement nutritif en vertu duquel ils se conservent; et cela arrive irrésistiblement après une certaine durée de ces êtres, et qui est à peu-près fixe pour chaque espèce. 11 est en effet dans l'essence du mécanisme qui les fait vivi'e, de ne durer qu'un certain temps, et de se détruire par la continuité de son exercice. Or. de là résulte ([ue la durée de l'existence des corps organisés est limitée , et que leur fin, au lieu d'être toute fortuite^, et d'être un acte purement physique et chimique, comme celle du minéral, est au contraire nécessaire qI sponlanée , et un phénomène tout -à-fait spécifique des êtres vivants, une mort.
ACïîOx^S. 2.)
Les corps organisés qui, seuls, naissent^ se reproduisent ^ se nourrissent , croissent , a^ieiliissent . sont aussi les seuls qui meurent. L'époque de cette mort ne peut plus ici se calculer par la considération toute mécanique de la densité et de la masse , parce qu'en effet l'usure se fait à l'intérieur comme à l'extérieur. Enfin, le corps organisé ne conserve pas jusqu'à la fin ses qualités intimes, comme nous avons vu que cela était dans le minéral; dès que son activité 2)iopre a cessé , et qu'il est cadavre , mot qui encore ne peut être appliqué au minéral, ses parties se détruisent, parce que les molécules intégrantes et constituantes qui les formaient étaient engagées dans des combinaisons contraires aux forces chimiques, et que cette activité seule maintenait; elles se putréfient , phénomène qui n'a pas encore son équivalent dans le règne minéral , et qui n'est autre chose que le retour de la matière qui compose les corps organisés aux forces physiques et chimiques générales.
50 Forces motrices. Quelles que soient les actions des corps qu'on étudie, on ne peut en pénétrer l'essence ni la cause. Mais l'esprit de l'homme, par suite d'un instinct qui luiest propre, qui le porte toujours à rattacher tout phénomène à sa cause, cédant aussi à la tendance qu'il a continuellement de généraliser, a été conduit à concevoir tous les corps comme animés de forces particulières, auxquelles ils doivent toutes les actions qu'ils produisent, et qui sont conséquemment comme les causes de ces phénomènes. Telles sont, par exemple, la force d'attraction en astronomie, la force de gra^ntation en physique , la force 6.^ affinité en chimie, etlayorce de vie en physiologie. Ce n'est pas ici le lieu de discuter comment l'intelligence humaine a été conduite à admettre l'existence de ces forces, et quelle idée il faut s'en faire; nous nous en occuperons ailleurs , à ce que nous appelons la philosophie de notre science : on y verra que tantôt ces forces ne sont qu'un mot par lequel on représente la cause inconnue des faits; que tantôt elles expriment l'action la plus générale , et celle dont les autres ne sont que des modifications. Mais , supposant ces forces admises^ comme elles sont établies d'api es les actions, on conçoit qu'elles
2 6 CORPS IKOIIGAKISÉS ET OllGAiSlSÉS.
doivent êlre diverses comme le sont les actions elles-mêmes; et, en effet, de même qu'à juger d'après la structure et les actions, il y a deux classes de corps bien distinctes, de même on reconnaît deux genres de forces motrices, iesyb;'ces généi'ales ^ et les forces spéciales on 'vitales.
Les premières sont celles qui agissent en tout corps quel qu'il soit, dans les corps vivants comme dans les corps inorganiques, et c'est à cause de cela qu'elles sont dites ^énérales. Telles sont toutes les forces dites physiques et chimiques , les forces de gravitation^ de cohésion , les affinités chimiques , Isl force expansive du calorique , etc.
Les secondes , au contraire , sont celles qui , opposées à celles-là, font produire des phénomènes tout différents, et affranchissent jusqu'à un certain point des forces générales: on les appelle spéciales , parce qu'elles n'existent pas dans tous les corps, mais dans quelques-uns seulement ; et on les appelle i;ita/e5, parce qu'elles sont exclusives aux corps vivants. Il est possible, sans doute, qu'elles aient au fond la même nature que les forces générales; mais il est sûr qu'elles sont au moins ces forces générales modifiées , et que les faits qu'on leur rapporte fondent des exceptions aux lois générales, et, à ce titre, méritent d'être rattachés à des lois spéciales.
Or , ceci étant admis sur les forces auxquelles on rapporte toutes les actions des corps , est-il besoin de dire que les corps inorganiques et organiques diffèrent encore sous ce point de vue? Cela ne résulte-t-il pas nécessairement de la diversité de leur structure et de celle de leurs actions ?
Le minéral , en effet, ne présente que les forces générales , et dépend en toutes ses actions, de \di gravitation , de laybrce de cohésion, des affinités y de \a. force répulsive du calori-^ que , etc. La première l'entraîne toujours vers le centre de la terre, le fixe au sol, l'y attache en proportion de sa masse et de sa densité. Les secondes maintiennent dans un rapport déterminé de position les molécules intégrantes et constituantes qui le forment. Enfin la dernière lui fait partager toujours la température du milieu dans lequel il est place.
Le végétal et l'animal , au contraire, sont bien jusqu'à un certain point, soumis à ces mêmes forces générales; mais ils obéissent de plus à d'autres forces spéciales à eux, qu'on appelle TÙales ^ et dont le caractère est de soustraire plus ou moins les corps qu'elles animent, aux forces générales dont nous venons de parler. En effet , ces êtres triomphent , momentanément au moins, de la force Ae gravitation ^ puisque le végétal prolonge ses tiges dans l'air, fait circuler sa sève de bas en haut, souvent lance au loin ses graines j puisque l'animal fait aussi circuler en lui de bas en haut le sang qui le fait vivre, et d'ailleurs , par l'acte de la locomotion , se détache spontanément du sol. Dans l'affranchissement momentané où sont de cette force ces êti-es organisés , il n'y a môme rien qui soit relatif aux circonstances de masse et de densité qui en règlent l'exercice dans les autres corps. Ils ne sont pas davantage soumis à la force de cohésion et à VaJJinité chimique ; cdiv\es> moiécxAes qui forment leurs parties sont unies dans des combinaisons contraires à celles que veulent ces forces , comme le prouve leur putréfaction à la mort. Enfin, ces végétaux et ces animaux sont de même affranchis de lA force répulsive du calorique , car ils ont une températurequileur est spéciale , qu'ils conservent indépendamment de celle du milieu dans lequel ils vivent^ qui est la même en toutes saisons, tous climats, et qui ne change que par les variations de leur activité propre dont elle est le produit. Nous aurions pu ne pas faire mention de tout ce dernier article, puisque ces forces , dont on dit les corps animés , ne sont que des abstractions de notre esprit, par lesquelles on exprime avec le plus de généralisation possible les actions des corps , et que celles-ci étant indiquées ^ la différence des forces devait s'ensuivre. Mais comme l'indication de cette différence est en quelque sorte le résumé de toutes les au-, très, qu'elle est employée par tous les auteurs comme langage abréviatif , nous avons cru devoir terminer par elle ce parai-? lèle des corps inorganiques et organiques.
Ainsi , des différences plus importantes encore distinguent sous le rapport des actions les coi^ps inorganiques et organiques.
28 COUPS mOllGANlSÉS ET ORGANISÉS.
Or , de même qu'on avait donné un nom particulier, celui à^ organisation , au mode de structure propre aux corps organisés , de même on en a donné un à leur mode d'activité, celui de vie ; et par suite on a appelé cojys vissants les végétaux et les animaux qui le présentent. Ainsi ces êtres ont été appelés indifféremment cor/:?5 organisés, ovl 'vi\^ants ^ selon qu'on a eu égard, ou à leur mode de composition matérielle qui est une organisation , ou à leur mode d'activité qui est une vie', et ces deux dénominations sont également bonnes , car le mode de structure appelé organisation , et le mode d'activité appelé vie, existent toujours ensemble. Ce qui caractérise la vie est donc : de commencer à être par une naissance; de se conserver comme individu par une nutrition, et comme espèce par une reproduction; d'avoir une durée limitée; de présenter, pendant cette durée, les mutations connues sous le nom à^âges ; et de finir par une mort. Les corps organisés seuls ont la vie ; les minéraux ejcistent, mais les végétaux et les animaux seuls vivent (il.
(i) Les auteurs ont beaucoup vaiie et varient encore sur la définition qu'on doit donner du mot -vie. Buisson dit qu'il ne peut pas plus être de'fîni que le mot être, qui a tant occupe les métaphysiciens j maison peut toujours pre'ciser ie sens qu'on attacîie à un mot. Kant définit la vie , un principe intérieur d'action, de cliangement et de mouvement; SchniLIt, l'activité de la matière dirigée par les lois de l'organisation; JErhard, la faculté du mouvement destinée au service de ce qui est mu; Crei'isanus , V uniformité constante des }»}iénomènes avec la diversité des influences extérieures; Bichat, l'ensemble des fonctions qui résistent à la mort; Béclard , Forganisation en action, etc. Toutes ces définitions me semblent défectueuses. Kant, Schmldt, Bc'clardy par exemple, disent bien que la vie est un principe d'activité , maïs ils ne spécir.ent pas son mode , et c'est ce qui est nécessaire , puisqu'il y a un principe d'activité partout. Les définitions d^Erhard et de Creuisomis sont trop abstraites. Celle de Bichat est surtout mauvaise, car elle se-nble faire de la mort un être positif; et s'il est vrai, au contraire, que cette mort ne soit que la cessation de la vie , cette définition se change en celle-ci : la vie est Fensemble des fonctions qui résistent à la cessation de la vie; ce qui est ne rien dire. Une bonne définition de la vie doit non-seulement établir qu'elle consiste en \\n mode d'activité, mais encore spéciaer les traits qui distinguent ce mode d'activité de tous les autres. Or . c'est ce que fait la définition que nous donnons, quand noiis disons qu'elle est un mode d'activité, d'existence, dans lequel ou commence à être par une naissance , on croit par intus-susccplion ,
Ce qui la caractérise encore, c'est cette activité intérieure spéciale que présentent les cor[)S qui la possèdent, et qui , les aiFrancliissant en partie des forces générales, en fait comme autant de petits tourbillons, de petils systèmes spéciaux dans l'univers.
Telles sont les différences des corps inorganiques et organiques; et l'on voit que, dans le parallèle que nous venons de faire de ces deux classes de corps , nous avons , par le fait, énuméréce qui doit faire le sujet de la pliysiologie , les phénomènes de la vie. Pieclierclier comment un être vivant liait, comment il se nourrit, se reproduit , comment s'encliaînent , pendant sa vie^ ses divers âges , enfin, comment il meurt; tel est, en effet, le Lut de la physiologie.
Mais ce ne sont là que les phénomènes généraux de la vie , ceux qui sont propres à tout être vivant quelconque. Les êtres vivants sont, comme on le sait, très nombreux , et ils diffèrent relativement aux procédés plus ou moins simples ou composés par lesquels s'accomplit en eux la vie.
on finit par une mort , et , pendant la durée de l'existence qui est limitée , on se conserve comme individu par nutrition, comme espèce par une reproduction, et Ton passe par divers dges. C'est Lien là , en effet, spécifier le genre d'activité qui la constitue; car , pour ce qui est de son essence, on conçoit qu'on ne peut pas plus la connaître que celle de tout autre mode d'activité. Du reste , n'est-ce pas notre même idée qu'expriment MM. Cut^ier et Blainville , quand le premier définit la vie : « La faculté qu'ont certains corps de M durer pendant un temps et sous une forme déterminée, en attirant sans M cesse, dans leur substance, une partie des substances environnantes, et on » rendant aux éléments une portion de leur propre substance » 5 et quand le second dit qu'un corps vivant « est un foyer où il y a à tous momeuLs apport « de molécules nouvelles et départ des anciennes , mais où la combinaison » n'est jamais fixe , mais toujours in nisu, d'où mouvement continuel plus » ou moins lent, et quelquefois clialeur. » Ce n'est en effet là que détailler un des traits que nous n'avions fait que dénommer, celui de la conservation comme individu par une nutrition. Il en est de même encore, quand M. Cupier dit de la vie , a qu'elle est un tourbillon plus ou moins rapide et compliy que , dont la direction est constante , et qui entraîne toujours des molécules » de mêmes sortes 5 mais où les molécules individuelles entrent, et d'où elles M sortent continuellement, de manière que lajhrme du corps vivant Iji est » j;lus essentielle que la matière. »
3o VÉGÉTAUX ET ANIMAUX.
Nous avons surtout à faire connaître ceux qui appartiennent à la vie de l'iiomme. Pour cela, comparons entre eux les corps vivants, pour nous élever du plus simple au plus compliqué , l'homme ; et , comme ces corps vivants sont de deux sortes, les végétaux et les animaux, faisons-en d'abord le parallèle.