XVIII. — PROPAGATION DE l'ÉCRITURE DROITE
criture droite pour les jeunes enfants, la principale cause de myopie aurait disparu.
Voici les termes mêmes du Rapport :
La Commission pense qu'on obtiendra un très grand progrès en exigeant, suivant la formule de Mme G. Sand, une écriture droite sur papier droit, corps droit. On évitera ainsi, du même coup, la scoliose (1) et la myopie. — Nous ne nous dissimulons pas que l'idée de substituer absolument, pour les enfants, l'écriture droite à l'écriture penchée paraîtra singulière tout d'abord; mais nous avons cherché vainement les raisons sérieuses que l'on pourrait opposer à cette proposition qui a, d'ailleurs, l'avantage de rendre les caractères plus lisibles, ainsi que nous croyons que tout le monde pourra s'en assurer, comme nous l'avons fait nous-mêmes. Il faut remarquer, d'ailleurs, que lorsque l'enfant devenu adulte voudra écrire penché, ce qui permet une plus grande rapidité et une plus grande rectitude des lignes sur le papier non réglé, il lui suffira d'incliner son papier vers la gauche. Mais, en tout cas, la solution que nous préconisons, en plaçant le corps dans une symétrie parfaite, parallèlement au bord de la table, le papier placé devant le milieu du corps, paraît devoir éviter les déformations latérales qui sont actuellement si fréquentes ; rendant naturelle la position normale de la •tête, elle s'opposera au rapprochement continu de celle-ci vers le papier. Aussi nous pensons que si l'Administration adopte cette conclusion, la principale cause de myopie aura disparu.
Assurément, un élève pourra se tenir mal tout en ayant le papier droit devant lui et en écrivant sans pente ; mais, du moins, pourra-t-il se tenir bien, tandis qu'avec les principes actuels, les admonestations perpétuelles des maîtres les plus soigneux viennent se briser devant des impossibilités physiologiques.
Ces conclusions, publiées en 1882, ont été adoptées dans plusieurs pays étrangers.
En France, elles restèrent lettre morte.
Cependant une Commission de quatre-vingts membres, nommée par décret du 24 janvier 1882, fut chargée d'étudier les conditions de l'hygiène des écoles primaires et des écoles maternelles (2). Elle délégua à une sous-commission l'examen des questions d'hygiène de la vue ; cette sous-commis-
(1) Voir ci-dessus, Chapitre XIII (page 145).
(2 Hygiène des écoles primaires. Rapport d'ensemble par le Dr Javal ; Imprimerie Nationale et librairie Masson, Paris, 1884.
sion s'appropria entièrement les motifs de la Commission spéciale de 1881 et proposa la conclusion suivante, qui fut votée en séance plénière :
« Pendant le cours élémentaire et le cours moyen, on obli- « géra les enfants à se conformer à la formule de Mme Sand : « Écriture droite sur papier droit, corps droit ».
Des esprits impatients pourraient trouver que, depuis dix ans, l'Administration aurait dû se conformer sans retard aux avis des Commissions et rendre obligatoire l'enseignement de l'écriture droite.
Ce n'est pas notre avis.
Dans un pays aussi fortement centralisé que la France, le pouvoir central ne doit agir qu'avec une extrême modération, et la Direction de l'Enseignement primaire a bien fait en se bornant, tout d'abord, à autoriser l'écriture droite dans les écoles, nous laissant la tâche de faire partager notre opinion aux maîtres.
C'est pour parvenir à ce résultat que, dix ans plus tard, le 26 janvier 1892, j'ai repris ma thèse à la tribune de l'Académie de Médecine.
Après avoir exposé, en détail, l'état de la question, j'ai terminé mon discours par les paroles suivantes :
<( Il me reste à m'excuser d'avoir entretenu l'Académie d'un sujet dont l'importance paraît minime. Je ferai remarquer cependant qu'en cas de guerre, surtout avec les tirs à très longue portée, l'état de la vue des soldats n'est pas sans importance.
« Disraeli a dit au Parlement anglais : « La puissance appartient au peuple le plus vigoureux, le plus nombreux et le plus instruit ».
« L'Académie n'a pas à s'occuper de l'instruction populaire ; quant au nombre, on n'a pas perdu le souvenir de la discussion sur la dépopulation que j'ai provoquée à la suite de la lecture d'un mémoire de M. Lagneau. Aujourd'hui, j'ai voulu appeler l'attention sur une question d'aptitude physique, dont l'importance ne sera certainement pas méconnue par ceux de nos confrères qui appartiennent à l'armée et surtout à la marine. »
Cette communication fut le point de départ d'une observation qui fut faite à l'Académie de Médecine par mon illus-