ÉVOLUTION DE L'ÉCRITURE
Caractères manuscrits. — Tandis que, par une évolution dont il est sans intérêt pour nous de suivre les étapes, sur les manuscrits du moyen âge, la forme des lettres capitales est revenue à ce qu'elle était au siècle d'Auguste, nos minuscules cursives et imprimées résultent de transformations innombrables, qui se produisirent parallèlement en Italie, en Allemagne, en Espagne, en Angleterre, en France.
Dès avant notre ère, les Romains avaient pris l'habitude de modifier leurs lettres capitales lorsqu'ils écrivaient des manuscrits: c'est ainsi que se produisirent les lettres oncialcs (Voir fig. 5, page 5), où l'A, l'E, FM par exemple, prennent des formes arrondies, telles que CID pourl'M. Dans ces manuscrits, on voit aussi certaines lettres dépasser l'alignement, soit par en haut, soit par en bas.
En même temps se développaient diverses écritures cursives, qui, s'étant perdues rapidement, n'ont pas exercé d'influence sur notre écriture actuelle, et des notes tironieiines, sorte de sténographie dont l'usage persistait encore au ixe siècle de notre" ère (Voy. p. 30).
Nous trouvons donc chez les Romains quatre types : capitales, onciales, cursives et tironiennes, correspondant à nos quatre types actuels : capitales, minuscules, cursives et sténographiques.
Au moyen âge, la première velléité de retour à une écriture correcte, grammaticalement et matériellement, est attribuable à Charlemagne, et se manifeste dans son capitulaire de 789 ; aussi voyons-nous, sous la direction d'Alcuin, l'abbaye de Saint-Martin de Tours produire, entre 796 et 804, des onciales magnifiques et de belles minuscules.
Cette tentative n'enraya pas le développement de diverses écritures nationales : irlandaise, anglo-saxonne, lombarde,etc.
Mais l'impulsion était donnée, et, au xne siècle, l'écriture franque minuscule avait atteint un haut degré de perfection.
Parmi le chaos des écritures diverses qui se produisent ultérieurement, nous devons mentionner la gothique, dont l'origine n'est pas antérieure au xive siècle.
L'invention de l'imprimerie n'amena pas une simplification immédiate ; c'est ainsi que le moine Léonard Wagner, à Augsbourg, mort en 1522, se vantait de savoir tracer soixante-dix sortes d'écriture ! Cependant, par bonheur, la Renaissance italienne, qui s'était traduite par un troisième retour à la minuscule franque, avait coïncidé avec la généralisation de l'imprimerie ; retardez cette renaissance de quelques années ou faites venir l'imprimerie un demi-siècle plus tôt, et notre minuscule actuelle n'aurait jamais vu le jour ; l'humanité aurait été sans doute condamnée pour toujours à employer ces détestables caractères gothiques, dont l'usage, restreint d'abord aux pays les plus rebelles à l'influence de la Renaissance italienne, tend actuellement à disparaître de plus en plus.
D'ailleurs, la distinction entre l'écriture cursive et négligée des notarii et la belle calligraphie des librarii préparait la séparation entre les caractères manuscrits actuels et les caractères typographiques : la liaison entre les lettres a toujours été évitée par les librarii des bonnes époques ; indispensable pour la rapidité d'exécution, elle nuit nécessairement à la clarté.
La vie d'un homme ne suffirait pas pour étudier les variations que l'écriture a subies, depuis le siècle d'Auguste jusqu'à nos jours ; nous y renoncerons absolument, mais nous allons énumérer les causes matérielles qui, indépendamment des oscillations du goût et des retours systématiques à l'antiquité, nous paraissent avoir exercé sur ces variations une influence tout à fait prépondérante ; ces causes sont : les variations de prix du papier, les transformations de la plume et l'emploi des lunettes.
Le prix du papier a joué un rôle très important dans les transformations de l'écriture ; il semble qu'à la même époque on ait employé la cursive sur le papyrus des documents courants, tandis que le parchemin des eodices ne reçoit que des onciales bien ramassées, tassées pour ainsi dire ; point