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DÉCHIFFREMENT DES MAUVAISES ÉCRITURES

Vers le milieu du siècle dernier, on mettait encore entre les mains des enfants, pour les exercer à lire toutes les écritures, des recueils ad hoc, parmi lesquels on me signale une édition des sonnets de Pibrac. A ce genre d'exercice purement empirique, il me paraîtrait intéressant de substituer, à l'usage des personnes telles que les typographes qui ont souvent à lire de mauvaises écritures, un procédé d'instruction méthodique. Si je suis bien renseigné (et à cet effet, je me suis adressé à M. Prou, professeur à l'Ecole des Chartes), il n'existe aucun manuel répondant à ce but. Les circonstances m'ont amené à penser qu'il y avait à faire quelque chose dans ce sens. En effet, obligé de recourir aux yeux d'autrui pour prendre connaissance des lettres qui me sont adressées, j'ai réussi rapidement à faire l'éducation de la personne qui me prête ses yeux, et cela en me fondant, d'une part, sur les notions exposées plus haut (Chap. XIII) sur le mécanisme de l'écriture, et, d'autre part, sur la connaissance de l'ordre de fréquence des lettres qui, pour le français, est r, a, l, i, e muet, t, d, etc.

Je commence par me faire donner quelques indications générales sur l'écriture à déchiffrer. L'écrivain fait-il une différence entre les u et les n? Les queues des lettres, les inférieures surtout, sont-elles assez longues pour qu'il n'y ait jamais confusion, par exemple, entre les p les n? Les / sontils barrés ? L'écrivain laisse-t-il de larges espaces entre les mots? etc. — Cela fait, on commence à lire, en passant les mots trop difficiles à déchiffrer et, dans les mots lus, je fais remarquer la forme des lettres fréquentes, à mesure qu'on les rencontre. Comment est déformé Yr ? L'a ressemble-t-il à un « ou à l'assemblage d'un e et d'un i ? L7 est-il bien distinct

du t par sa boucle et par l'absence de barre? L'z est-il suivi d'une levée de plume, habituelle aux écrivains qui mettent les points sur les i avant de tracer les lettres suivantes ? Ou bien l'écrivain, ne faisant pas de levées de plume après les z, ne met-il pas les points trop à droite, c'est-à-dire au-dessus de la lettre suivante? Pour le /, question analogue, afin de savoir si la barre est faite aussitôt après le t ou après terminaison du mot ? Le d est-il semblable au d typographique et, dans ce cas, subit-il une déformation analogue à celles qui ont été mentionnées plus haut pour l'a, ou bien est-il à volute et lié à la lettre suivante ?

Exemple : Un père reçoit de sa fille une lettre lui demandant de lui envoyer une pipe pour monter à cheval. L'écriture était superbe, à cela près qu'en écrivant le mot jupe, le point destiné au j était allé se placer sur le second jambage de l'zz.

Autre exemple : Une personne qui ne fait aucune différence entre les « et les n, qui ne barre pas les / et les fait légèrement bouclés, et qui enfin oublie souvent de mettre les points des z, adresse à Chatou-sur-Seine une lettre que la poste, très légitimement, dirige sur Chalon-sur-Saône.

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