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EXPERTISES EN ÉCRITURE

Sauf un article du Dr Héricourt relatif aux écritures dextrogyres et sinistrogyres, je ne crois pas qu'aucune publication ait jamais été faite sur l'application de la physiologie aux expertises en écriture, applications nombreuses pour qui voudra les rechercher. Le plus estimé des traités d'expertises, dont l'auteur est un américain, M. Frazer, est muet sur ce point, et l'édition française de son livre, dans aucune des annotations du traducteur, ne porte trace d'une pareille pensée.

Si les experts en écriture savaient leur métier, ils ne manqueraient pas de s'entourer des lumières que peut donner la physiologie.

Puisqu'il n'existe, à ma connaissance, aucune école où puissent se former les experts en écriture, les tribunaux s'adressent à des archivistes, à des graphologues (1), ou môme à des personnes quelconques dont l'incompétence est souvent notoire.

Depuis 1570, époque où Hamon, secrétaire de Charles IX, fut pendu, soit pour cause de protestantisme, soit pour avoir été accusé d'avoir contrefait la signature du roi, les experts en écriture ne sont pas en odeur de sainteté (2). D'ailleurs, dans son très intéressant mémoire paru dans la Revue scientifique en décembre 1897 et janvier 1898, M. Alphonse Bertillon nous dit qu'ils sont recrutés un peu au

(1) On a vu plus haut que la graphologie, souvent pratiquée par les chiromanciennes, est l'art de deviner les caractères des personnes d'après l'aspect de leur écriture.

(2) Relativement à Hamon, voir vin manuscrit de Poujade, intitulé : Essai d'une Histoire de la Calligraphie en Europe, volume grand format de 302 pages, conservé au Musée pédagogique sous la cote: manuscrits, n° 51.

hasard. Il ajoute que sauf le Dl Héricourt et l'auteur du présent livre, personne n'a étudié sérieusement la physiologie de l'écriture.

Dans une certaine mesure, les législateurs d'il y a cent ans subissaient l'influence de l'utilitarisme de Bentham. Ils ont compris que, l'utilité sociale étant la seule raison d'être des mesures répressives, il importe que les peines soient appliquées très probablement et très rapidement pour n'avoir pas besoin de le faire très sévèrement, ces deux premières conditions ayant pour but de prévenir les crimes et délits sans recourir à la crainte de peines trop cruelles.

Les jurés n'étant pas imprégnés des idées d'Helvétius, de Beccaria, de Bentham et de Spencer, leur mentalité les conduit à des acquittements mal fondés, par crainte soit d'erreur, soit d'application de peines qui leur paraissent excessives, d'où la tendance du parquet à « correctionnaliser » les affaires de faux. Tout ce désordre disparaîtrait si une bonne éducation professionnelle des experts, assurant une répression probable et rapide, permettait au législateur d'édicter des peines moins excessives.

L'incertitude et la lenteur des jugements fondés sur les expertises en écriture ont eu pour contrecoup la sévérité de la peine : il y a quelques années encore, les billets de la Banque de France portaient cette mention que : « La loi punit de mort le contrefacteur ». Les pénalités excessives dont on frappe le faussaire n'ont pour excuse que l'inanité des expertises, d'où résulte la rareté et la lenteur des condamnations. C'est à cette fâcheuse situation que pourrait remédier un vrai enseignement de l'expertise fondé sur des données scientifiques.

Dans une écriture, on peut distinguer deux éléments : les éléments voulus et les éléments involontaires. Ces derniers seuls constituant le graphisme, sont à considérer par l'expert en écriture.

Le même aphorisme peut s'exprimer encore en disant que ce n'est pas par la disposition des lignes, des mots et des lettres, ni même par la forme de ces dernières, toutes choses assez faciles à copier, qu'on peut reconnaître « la main »

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