‹ Physiologie de la lecture et de l'écritureChapitre 121 sur 147 · XXIV. — EXPERTISES EN ÉCRITURE · texte numérisé non relu

XXIV. — EXPERTISES EN ÉCRITURE

en effet, il n'en va pas ici comme dans certaines expertises, chimiques par exemple, où le juge ne peut vérifier par luimême les assertions de l'expert consulté.

On ne conçoit pas un tribunal chargé de décider sur de graves intérêts, matériels ou moraux, qui mettrait sa conscience à l'abri derrière celle d'un expert en écriture.

Expertise des écritures pathologiques.

Des circonstances de force majeure ne m'ont pas permis de réunir et de comparer des spécimens d'écritures pathologiques. Cette étude aurait fourni la matière d'un important chapitre dont la place était tout indiquée dans la seconde partie de ce volume, étude qui eût pu être utilisée dans un certain nombre de cas contentieux.

Je me bornerai à consigner ici, grâce à la complaisance de M. Monpillard, des indications sur un cas particulier. Le testament d'un ataxique était attaqué par les héritiers naturels. Le malade, pour pouvoir écrire avec moins de secousses, avait pris la précaution de tracer préalablement le texte au crayon pour le repasser ensuite à l'encre, comme font des enfants sur des modèles d'écriture. Le cas était assez complexe, en ce sens qu'il s'agissait d'une écriture à la fois pathologique et artificielle. Cette écriture était plus lourde et plus régulière que l'écriture naturelle du testateur.

M. Monpillard fit écrire devant lui un certain nombre d'autres ataxiques, successivement en écriture courante, puis en faisant usage du procédé employé par le testateur.

Si l'on examine l'écriture d'un ataxique, on constate que, suivant l'état physique du sujet, l'aspect général de cette écriture se modifie dans des proportions, considérables : tantôt elle est régulière, les lignes sont droites, les lettres d'égales dimensions ; tantôt au contraire, elle est extrêmement irrégulière, les lignes droites alternant avec des lignes montantes, descendantes ou sinueuses, les mots et les lettres étant de dimensions et d'aspect très variables.

On constate même souvent que deux mots écrits à quelques secondes d'intervalle ne semblent pas avoir été tracés par la même main, tant les différences dans l'aspect du graphisme sont évidentes.

Le cas devient très complexe quand il s'agit d'écritures appliquées et surtout quand elles ont été exécutées dans les conditions mentionnées tout à l'heure.

La comparaison d'un document ainsi obtenu, et de pièces écrites par le même malade, au courant de la plume, devient extrêmement difficile.

En effet, les exemples que M. Monpillard me permet de reproduire ici, montrent que le graphisme se trouve être profondément modifié quant à son aspect général.

L'écriture courante du malade Paquet (Fig. 83) et celle

Fig. 84.

exécutée sur un modèle tracé (Fig. 84-) présentent des différences telles qu'il semble inadmissible a priori qu'elles soient du même auteur.

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