CONCLUSION A L'USAGE DES PEDAGOGUES
Imaginons une école où l'on appliquerait les progrès réclamés dans ce livre, et relatifs tant à l'hygiène qu'à l'emploi du moindre effort.
1° Hygiène de la vue. — L'éclairage des classes sera organisé d'après les indications contenues dans le chapitre XV. Les livres et les cartes murales seront choisis conformément aux préceptes posés dans le chapitre XVI. On "n'enseignera, aux jeunes enfants, que l'écriture droite (chapitres XIII, XVIII, XIX). Leur acuité visuelle sera mesurée (chap. VIII), dès qu'ils connaîtront les lettres, et tous ceux qui auraient Une acuité insuffisante seraient passés à l'ophtalmomètre (p. 74) par un spécialiste. Le cas échéant, ils seraient munis de verres cylindriques.
Dans ces conditions, la myopie scolaire et la scoliose ne pourraient apparaître que dans le cas où les enfants emporteraient à la maison beaucoup de travail à exécuter dans des conditions d'éclairage défectueuses.
2° Moindre effort dans l'enseignement de la lecture. — Les premiers essais d'écriture seront faits en sténographie (chap. IV). En même temps, les enfants apprendront de petits chants et on leur enseignera l'écriture musicale chiffrée (chap. V). Ils apprendront donc, simultanément deux écritures simples et "rigoureusement logiques. On a vu que, par ces deux détours, ils apprendront bien plus vite la lecture ordinaire et la lecture musicale sur la portée, que si ces lectures étaient abordées directement.
L'enfant saura donc lire et écrire sans avoir entendu parler d'orthographe et sans avoir fait l'effort exigé pour tracer les caractères de notre alphabet.
Dans les pays à orthographe bizarre, tels que la France et l'Angleterre, je crois que l'on trouvera profit à employer soit ma méthode (chap. XX), soit quelque système analogue, pour le premier enseignement de l'écriture usuelle. L'enfant apprendrait ainsi, presque sans s'en apercevoir, les traits principaux de l'orthographe de sa langue maternelle.
DÉDUCTIONS PRATIQUES
Secours de l'Espéranto. — Tandis que ce que je viens de dire a reçu la sanction de l'expérience, c'est seulement par présomption que je puis parler du secours qu'on pourrait demander à l'enseignement préalable de l'espéranto, l'admirable langue auxiliaire internationale construite par le D' Zamenhof (1).
Réunissons dans une classe enfantine des enfants illettrés, et, de préférence, appartenant à des nationalités diverses, et prescrivons à la maîtresse de se conformer rigoureusement au système inauguré par M. I. Carré en pays breton, mis en vogue par M. Berlitz, et qui consiste à faire exclusivement usage de la langue qu'il s'agit d'enseigner : après quelques jours, tout ce petit monde suivra facilement les leçons de choses en espéranto et, après peu de semaines tous parleront couramment.
La langue qu'ils parlent étant rigoureusement phonétique, les enfants n'auront qu'un très faible effort à faire pour savoir l'écrire, d'abord en sténographie, puis en écriture usuelle. Par surcroît, sachant deux langues, l'espéranto et la maternelle, ils seront aptes à en apprendre rapidement d'autres.
3° Pour les Aveugles. — Dès leur entrée à l'école, il faut les plonger tout entiers dans l'espéranto, chose facile avec des internes. La connaissance de cette langue leur est en effet bien plus utile qu'aux clairvoyants. Mais la raison principale d'agir ainsi, c'est de les affranchir, au début, des difficultés orthographiques, tout en les dotant d'une langue à écriture et à lecture rapides, dont ils auront intérêt à se servir, toute leur vie, pour communiquer entre eux par écrit.
Il existe déjà, grâce à M. Gart, un nombre suffisant de livres de classe et de morceaux choisis espérantistes, imprimés ou écrits en points saillants.
(1) Je renvoie les personnes qui savent l'espéranto au chapitre XIII pour se convaincre de l'utilité d'écrire cette langue sans lettres accentuées et au chapitre XXII pour étudier la petite modification nécessaire en vue d'éviter la confusion entre les u et les n, lettres si fréquemment employées dans la langue de Zamenhof.
Le jour où l'on se mettra à publier des livres scolaires en espéranto, je pense que les éditeurs de ces livres, et particulièrement des dictionnaires, feraient bien de s'inspirer des types figurés à la fin du chapitre XVII.