XXV. — MOYENS D'ACCÉLÉRER LA LECTURE DES AVEUGLES
qu'en réalité, bien souvent, entre des consonnes consécutives, se prononce très légèrement une voyelle qui ne s'écrit pas. Les sténographes usant d'un artifice analogue, ceux des symphones non prononçables du tableau qui nous occupe sont tout prêts pour servir de signes représentatifs de ces abréviations. Il va sans dire aussi qu'en sténographie, les signes de consonnes de notre huitième colonne disparaîtront toutes les fois qu'on devra leur associer 17 ou IV, et seront remplacés par les symphones afférents aux consonnes dures correspondantes.
Toutes ces explications n'ont qu'un seul but : montrer, par un exemple concret, la possibilité de concilier la phonographie et la sténographie sans trop nuire à cette dernière ; la lisibilité de la phonographie qui vient d'être esquissée est plutôt augmentée par l'emploi des symphones et n'est guère diminuée par la suppression d'une partie des intervalles entre les mots. Je crois qu'avec de l'exercice, une phonographie de ce type, précisément parce qu'elle occupe moins de longueur, serait d'une lecture plus rapide que le « toutes lettres » et que l'abrégé orthographique.
Emploi simultané de deux doigts. — Puisque la lenteur de lecture provient de la faible étendue de la surface sensible du doigt, il est clair que la vitesse serait à peu près doublée, si l'on pouvait faire usage simultanément de deux doigts. Or, d'après ce qui en a été dit au Chapitre IV (page 43), la machine Lafaurie, qui écrit en deux colonnes parallèles, se prête à une manœuvre de ce genre : on ferait défiler la bande sous l'index et l'annulaire, qui sont de longueur à peu près égale, le médius inutilisé étant légèrement soulevé.
Lecture par l'oreille. — Enfin, puisque nous savons que la lecture du Morse par l'oreille est passablement rapide, on conçoit un retour à la vieille idée que voici :
Dès 1856, peu de temps après l'invention de Morse, un haut fonctionnaire des télégraphes français, M. Charles Bourseul, eut l'idée que son alphabet pourrait être employé par les aveugles préférablement au Braille, et il construisit un appareil analogue au manipulateur de Morse, fonction-
— DÉDUCTIONS PRATIQUES
nant sans mouvement d'horlogerie, et à l'aide duquel on pouvait écrire l'alphabet Morse en relief (1). D'après les nouveaux progrès de la télégraphie, il serait facile de construire un appareil analogue, où les signes seraient remplacés par deux lignes de points perforés, qui permettraient de lire à l'audition les bandes obtenues par l'appareil à inscription.
Le dernier progrès à cet égard paraît être celui obtenu par le photo-télégraphe Siemens et Halske 1904, qui transmet deux mille lettres à la minute, soit vingt mille mots de six lettres par heure. La rapidité du manipulateur qui sert à préparer la bande perforée, destinée à l'appareil expéditeur, est analogue à celle d'une machine à écrire ordinaire.
Aux personnes qui s'intéressent à la création d'un système international de sténographie à l'usage des aveugles, je signale un travail tout à fait récent de M. Knowles (2).
On me communique à l'instant un livre (3), dont l'auteur expose avec une légitime admiration le système d'écriture en relief imaginé par le missionnaire Murray, à l'usage des aveugles chinois. Murray fait usage de 408 combinaisons, pour représenter les 408 articulations employées en Chine. Il paraîtrait que par ce système, des illettrés chinois auraient pu apprendre à lire et à écrire en moins de trois mois, et que l'écriture de l'un d'eux aurait atteint la rapidité tout à fait extraordinaire de plus de vingt-deux mots à la minute.
(1) Instituteur des aveugles (Journal de Guadet), T. II, p. 140. Appréciation de Ballu sur l'appareil de Bourseul. Ibid., p. 162.
(2) The « London Point » Sj'steme of reading for the Blind, with methods of abbreviation for use with the System, being a progressive scheme from simple letters to shorthand ; designed for the Blind of ail classes, by the Bev. J. Knowles, àuthor of « oriental Braille, one alphabet for the blind for ail oriental languages », approved of by the British and foreign blind Association.
(3) The Inventer of the Numeral-type for China by the use of which illiterate Chinese both blind and sighted can very quickly be taught to read and Write fluentty by « Constance F. Gordon-Cumming. » Downey et C°. L.t.d. 12 York Street, Covent Garden, London, 1899.
Tout ce chapitre a été écrit sans tenir compte du New-York point dont les caractères ne mesurent que 2 points en hauteur. Ce système qui fournit un plus grand nombre de signes que le Braille me paraît devoir être plus favorable à la rapidité de la lecture.