CHAPITRE IV
ÉVOLUTION DE LA STÉNOGRAPHIE
Dans les chapitres précédents je me suis placé uniquement au point de vue des modifications que le temps a fait subir aux caractères sémitiques, pour aboutir aux caractères, manuscrits ou imprimés, de l'époque actuelle, et le seul but de cette étude était de donner un appui à la recherche des modifications qu'il convient d'y apporter (1).
A côté de nos alphabets, qui dérivent tous, par transformisme des vingt-deux lettres de l'alphabet phénicien, viennent se placer des alphabets artificiels, tels que ceux fabriqués de toutes pièces pour la sténographie, la télégraphie, la musicographie ou l'anaglyptographie (écriture en relief pour les aveugles).
Avant de parler de ces alphabets spéciaux, il est intéressant de noter que, pendant la conquête du monde par les alphabets dérivés du phénicien, il s'était produit, au moins en un point du globe, en Irlande, au m0 siècle de notre ère, un alphabet artificiel, créé logiquement et de toutes pièces : c'est l'alphabet ogamique, dont je reproduis d'autre part (Fig. 13) un fac-similé, emprunté au livre déjà cité, page 10, de M. Philippe Berger.
On ne saurait trop admirer la sagacité de l'inconnu qui, il y a dix-huit siècles, créa un alphabet si aisé, à la fois, à apprendre et à exécuter et dont la création mérite d'être mise en parallèle avec celle de Charles Barbier (Voy. page 55).
Remarquez avec quelle subtilité le créateur de cet alphabet a tenu compte de nos aptitudes, qui nous permettent de compter avec sécurité, d'un seul coup d'ceil, aisément jusqu'à cinq.
(1) L.-P. Guénin, Sténographie Française, in-18. 3e édition, Paris, Delagrave; et Javal, Entre Aveugles, in-16, Paris, Masson 1903.)
Remarquez aussi la disposition des signes, de part et d'autre d'une ligne droite, précisément comme dans les télégraphes enregistreurs les plus modernes.
i idhadh « il'».
e edhadh « tremble » .
u ur "bruyère».
0 onn '< genêt » .
a ailm « sapin».
r mis " sure au".
x strail' «prunier sauvage ».
ng ngedal "roseau»,
g ffort ^lierre»,
m muin "ronce».
qu queirl " pommier ».
c coU " coudrier ».
t tenne
d duir « chêne ».
h Jiuaih "aubépine »
n Dion « frêne de Plaine",
s saiJ " saule ».
f fern « aulne ».
1 luis "frêne de Montagne».
b beith «bouleau».
Fig. 13.
La plupart des indications qui suivent sont empruntées aux remarquables ouvrages de MM. Guénin père et fils.
L'histoire de la sténographie débute avec Xénophon, qui recueillit à l'aide de signes abréviatifs les entretiens de Socrate. Plus tard Tiron, esclave et factotum de l'orateur Gicéron, dont il devint l'affranchi et le confident inventa les notes, dites tironieimes, grâce auxquelles nous possé-