VII. OPTIQUE DE L'ŒIL
cesser d'être myope. Par exemple, un vieillard dont le remotum est à 1 mètre et le proximum à 50 centimètres de l'œil, a besoin de verres concaves n° 40 pourvoir nettement au loin, et de verres convexes faibles pour distinguer les objets voisins.
On ne connaît pas bien le mécanisme par lequel certains yeux contractent la myopie, mais on sait que cette affection se développe rarement chez les jeunes enfants et rencontre son terrain de prédilection parmi les élèves de l'enseignement secondaire. Je pense que, chez les sujets prédisposés, l'œil s'adapte d'une manière permanente aux exigences d'un travail assidu; au lieu de s'accommoder transitoirement, par une augmentation de convexité du cristallin, il s'allonge, de manière à rendre inutiles les contractions du muscle ciliaire (1). Cet allongement graduel ne va pas sans altérations des tuniques oculaires; la choroïde et la rétine en font les frais et l'augmentation de la myopie est le moindre des inconvénients à redouter en pareil cas. C'est pourquoi, dans mon opinion, pour les yeux menacés de myopie progressive, le commencement et la fin de la sagesse consistent à supprimer tout effort d'accommodation, en réglant la distance des yeux à l'ouvrage et en prescrivant des verres strictement suffisants. Depuis que je procède ainsi, j'ai vu nombre de myopies progressives devenir stationnaires.
Si l'on compulse les statistiques, on est conduit à admettre que la utopie, rare chez les très jeunes enfants, débute habituellement vers l'âge de huit ou dix ans et commence par être légère ; j'ai d'ailleurs vérifié le fait en France, en examinant la vue de nombreux enfants dans plusieurs écoles primaires publiques et dans deux grands établissements libres d'enseignement secondaire. C'est donc pendant le premier âge scolaire qu'il faut apporter le plus grand soin à empêcher les enfants de s'approcher trop de leurs livres et de leurs cahiers et c'est pour leur en faciliter les moyens qu'il importe de veiller à l'éclairage des classes, à la bonne impression des livres, à la disposition convenable des tables et des bancs. Il faut surtout adopter des méthodes d'écriture qui soient compatibles avec une bonne attitude des élèves.
(1) Pour plus de détails, voir à la fin de ce chapitre, page 79, le paragraphe consacré aux réglages de l'œil.
Quand on a négligé de couper le mal dans sa racine et qu'on a laissé la myopie apparaître, il est encore possible, le plus souvent, d'en arrêter les progrès. J'ai vu disparaître un commencement de myopie chez des enfants à qui j'avais fait porter des verres convexes pour supprimer tout effort.
J'ai souvent vu le défaut rester tout à fait stationnaire chez des écoliers à qui je recommandais de n'employer qu'un lorgnon tenu dans la main gauche pour regarder le tableau noir ou les cartes géographiques, de manière à se servir de leurs yeux avec des verres plus faibles pour lire et pour écrire ; il est rare, au contraire, que la myopie ne progresse pas d'année en année chez les écoliers qu'on arme de lunettes ou de pince-nez qui leur suffisent pour voir au loin, mais qui les obligent à faire des efforts en lisant ou en écrivant.
Plus tard, quand la croissance est terminée, on peut être moins réservé ; il n'est pas rare de rencontrer des adultes qui portent en permanence et sans inconvénient les verres correcteurs exacts.
Hypermétropie. — On a vu plus haut qu'une myopie légère est compatible avec la presbytie ; cette remarque suffit pour indiquer que la presbytie n'est pas le contraire de la myopie, comme on se le figure souvent. L'opposé de la myopie est un état auquel Donders a donné le nom d'hypermétropie et qui a été constaté dès 1772 par Jean Janin dans les termes suivants :
Tous les physiologistes et les physiciens ont dit qu'il y a trois sortes de vue, savoir : la myope, la presbyte et la vue parfaite. De ces trois espèces de vue, il n'y en a que deux de naturelles, qui sont : la vue ordinaire et la myope ; car la presbytie n'est qu'accidentelle, puisqu'elle n'affecte que les vieillards... Je ne sache pas qu'aucun auteur ait fait mention d'une autre espèce de vue naturelle ; cependant il en existe; mais on doit les considérer comme des phénomènes, ou des écarts de la nature. L'observation suivante en est un exemple... Quoique les yeux du sieur Silva représentassent, par leur grande sphéricité, des yeux myopes, ils ne l'étaient cependant pas, puisque les lunettes concaves, bien loin de lui être favorables, lui causaient au contraire une plus grande confusion dans l'objet aperçu; il n'y avait que les lunettes qu'on appelle mi-cataractes/ qui lui fussent utiles, ce qui fait présumer, avec quelque espèce de raison, que la vue de son organe a beaucoup d'analogie avec l'œil d'une personne qui a souffert l'opération de la cataracte...