CHAPITRE PREMIER
EVOLUTION DE L'ÉPIGRAPHIE
Les spécimens d'écriture les plus anciens que nous possédions sont des inscriptions gravées dans la pierre; bien que l'on puisse attribuer à l'action destructive des siècles l'absence de documents écrits sur des matériaux plus fragiles, il n'en paraît pas moins fort vraisemblable que l'inscription d'un fait important se pratiquait principalement, dans l'origine, sur des matières dures, et par gravure en creux; c'est ainsi, du moins, que les choses paraissent s'être passées en Egypte, car les papyrus les plus anciens reproduisent assez fidèlement les hiéroglyphes des monuments, et il est possible de remarquer les simplifications successives par lesquelles l'écriture à l'encre a passé pour prendre peu à peu l'aspect d'une cursive. A l'exemple des épigraphistes, nous dirons qu'une écriture est cursive, lorsque la forme des lettres dénote sa destination à l'usage courant; une écriture anglaise ou bâtarde est cursive, fût- elle gravée dans la pierre la plus dure, et les lettres capitales modernes sont épigraphiques, alors même que nous les traçons rapidement à la main sur le tableau noir.
Les caractères épigraphiques les plus anciens, cunéiformes d'une part, hiéroglyphiques de l'autre, présentent cette particularité qu'ils ne sont pas formés de traits d'épaisseur uniforme.
Les cunéiformes sur pierre ou sur brique doivent leur nom à la forme des éléments qui les composent : supposez qu'on presse sur une argile molle des clous analogues à ceux qui servent à ferrer les chevaux, un petit nombre de ces empreintes se coupant entre elles, les unes verticales, les autres horizontales, et un plus petit nombre dans uneposition oblique, forment, par leur réunion, un groupe de l'écriture cunéiforme. On conçoit que la facilité d'exécution par gravure sur pierre ait pu faire adopter ce genre de. carac-
tères dans un temps primitif, mais il n'est que juste d'ajouter que ce principe d'écriture était des plus ingénieu-
H7I tHT n -tïî fcïïH^ÏÏT= «
/Y^. i. — Variété cunéiforme.
sèment choisis. Les groupes cunéiformes présentent de très grandes variétés de combinaisons au moyen de l'emploi d'un signe unique ; il n'est fait usage ni de courbes difficiles à tracer purement, ni, le plus souvent, de lignes obliques dont les inconvénients seront signalés plus loin ; enfin la visibilité des différents groupes est à peu près la même, et c'est un mérite que tout système d'écriture doit rechercher soigneusement.
Tout comme les cunéiformes, les hiéroglyphes égyptiens ne sont pas formés de traits dont l'épaisseur soit constante : la représentation d'un oiseau, par exemple, n'est pas faite en gravant seulement le profil du modèle : l'artiste, après avoir tracé le contour, enlevait une couche uniforme de pierre dans tout le périmètre de la silhouette qu'il voulait obtenir.
Sauf peut-être les deux exemples précédents, les inscriptions antiques sont formées de traits uniformes: pas de pleins ni de déliés : tous les caractères sont constitués par des traits de même épaisseur et de même profondeur, et,
Fig. 'J. — Variété cypriote.
si l'on excepte le cypriote, dont les traits affectent toutes les orientations possibles, nous voyons les hiéroglyphes et les cunéiformes céder la place à des caractères formés, comme nos capitales actuelles, de traits verticaux et horizontaux, accompagnés d'un petit nombre de courbes et d'obliques.
Tel est, par exemple, le caractère de l'épigraphie phénicienne; mais avec cette réserve que, dans la variété sido-