IX. — INFLUENCE DE L'ÉCLAIRAGE SUR L ACUITÉ VISUELLE
points, quand nous faisons varier l'éclairage général de la feuille.
Nous avons supposé tout à l'heure qu'on faisait varier l'éclairage des points lumineux. Supposons maintenant qu'on fasse varier l'éclairement du fond, sans faire subir aucune variation à celui des points blancs : c'est ce qui aura lieu si l'on fait usage d'un écran opaque, blanc, percé de trous de dimensions diverses, derrière lesquels brûleront des bougies, et qu'on éclairera par devant au moyen d'une lumière variable.
Sans chercher aussi loin, le ciel étoilé nous donne un exemple parfait de cette expérience : la visibilité des étoiles ne varie, en effet, que par suite de la variation dans l'éclairage de la voûte céleste. Soit 1 l'éclat d'une étoile à peine visible dans un ciel parfaitement noir, et considérons une série d'étoiles dont les éclats soient respectivement 1, 4, 16,
64, 256 et soit e l'éclat du ciel pour lequel l'étoile 4 est
à la limite de la visibilité; dans les limites de la loi de Fechner, les étoiles 16, 64, 256.... seront tout juste visibles dans un ciel dont les éclats seront respectivement e2, e3,
e'' On conçoit donc pourquoi la voûte étoilée réalise un
photomètre assez sensible : plus il fait sombre, plus on voit d'étoiles, ce qui donne raison au poète, quand il parle de
l'obscure clarté qui tombe des étoiles.
D'après ce qui précède, on comprend fort bien pourquoi les variations de l'éclairage n'auront qu'une influence relativement faible sur la visibilité de points blancs marqués sur un fond noir. Bien plus, il ne faut pas oublier que, si la loi de Fechner était absolument exacte, la visibilité de ces points serait tout à fait indépendante de l'éclairage ; la recherche de l'influence de l'éclairage sur la visibilité de points blancs sur fond noir équivaut à la recherche de la discordance entre la réalité et la loi de Fechner.
Dans la vie de tous les jours, l'éclairage n'exerce donc sur la visibilité qu'une influence très restreinte, car ce que nous venons de dire s'applique aussi à des points noirs sur fond blanc et généralement à des objets quelconques, tout au moins dans certaines limites assez étendues. Et il est fort heureux qu'il en soit ainsi, car il serait tout à fait déplorable que les variations de l'éclairage vinssent modifier profondé-
ment les rapports d'ombre et de lumière sur les objets extérieurs. On dirait qu'à tous égards l'œil ait été construit pour fonctionner sans s'apercevoir des variations colossales d'éclairage auxquelles il est soumis ; nous pouvons lire en plein soleil, c'est-à-dire avec un éclairage un million de fois plus intense que celui d'une bougie à un mètre, suffisante pour nous permettre de distinguer à merveille les caractères d'impression ; mais cette précieuse faculté d'adaptation de l'organe, qui en assure le fonctionnement dans les circonstances les plus variées, a pour effet de rendre singulièrement difficile le problème de la photométrie (1).
(1) Ce qui précède nous permet d'aborder d'une manière toute nouvelle le problème de la photométrie. — Il est important de savoir mesurer l'éclairage qui parvient en tel ou tel point d'une classe ou d'une salle de spectacle, quel que soit le nombre des sources lumineuses qui concourent à
Fig. 31.
cet éclairage, et le premier essai qui ait été fait jusqu'ici dans ce sens a été relaté dans la thèse de doctorat de N. Th. Klein. Lapait que j'ai prise aux recherches de M. Klein me met fort à l'aise pour dire que la solution