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X. — LES PLEINS ET LES DÉLIÉS EN TYPOGRAPHIE

pu dire notre mot, dès 1878, dans la grande querelle qui s'était élevée entre partisans et adversaires de la renaissance des elzéviriens.

Pour le mode de répartition des pleins et des déliés, nous partions volontiers de l'égalité des traits constitutifs, qui peut être conservée sans inconvénient pour les caractères un peu grands, et nous formions ces caractères de traits relativement grêles, ce qui leur donnait un aspect net dans toutes leurs parties; puis, à mesure que nous passions à des caractères plus fins, nous augmentions l'épaisseur relative des pleins, et nous finissions, pour les numéros les plus faibles, par prendre des types assez voisins des Didot, qui n'ont aucune raison d'être pour les numéros élevés.

Tels sont les procédés qui nous paraissent découler de toute l'étude à laquelle nous nous sommes livré jusqu'ici, et tout particulièrement de la recherche de l'influence exercée par l'éclairage sur l'acuité visuelle. Dès maintenant, nous voyons que, pour l'épaisseur relative des pleins et des déliés, on doit suivre une règle précisément inverse de celle qui avait été adoptée par Didot ; en effet, si l'on examine une série de caractères, soit de Didot, soit de l'Imprimerie nationale, soit anglais, en un mot, une série de ces caractères modernes où le contraste entre les pleins et les déliés est poussé à son extrême limite, on peut voir que les déliés ne diminuent pas d'épaisseur à beaucoup près aussi vite que les pleins, quand on passe des gros aux petits numéros ; cela tient à ce que les déliés des plus petits numéros seraient à peu près invisibles et aussi excessivement fragiles si on les avait faits, à proportion, aussi minces que pour les caractères les plus gros de la série.

Quand un système a existé aussi longtemps que celui des caractères de Didot, il ne suffit pas de donner de bonnes raisons dans une monographie si l'on veut porter dans l'esprit du lecteur une conviction suffisamment robuste pour le faire abandonner ; il faudrait, de plus, montrer les raisons qui avaient fait adopter ce système, et rechercher si ces raisons existent encore. Il nous a été impossible, malgré toutes nos recherches, de trouver, dans les auteurs ou dans la tradition, les raisons qui ont décidé Didot à faire un pas plus avant dans la voie qui avait été suivie successivement, depuis

Garamond, par Grandjean et par Luce, et qui consiste en une diminution successive de l'épaisseur des déliés ; il faut donc nous en tenir aux hypothèses. L'exagération des déliés a probablement reconnu pour cause, non pas les considérations théoriques exposées tout à l'heure, mais plutôt l'habileté croissante des graveurs et des fondeurs; qui ont trouvé graduellement les moyens de graver et de fondre correctement des types avec une finesse d'exécution dont leurs prédécesseurs eussent été incapables : il se serait produit un mouvement analogue à celui qui a donné naissance à l'écriture anglaise, dont les fins déliés auraient été difficiles à exécuter couramment avant l'invention des plumes de fer ; si telle est la cause de l'invasion des déliés minces dans la typographie, il va de soi qu'il n'y a pas là de quoi décider personne à persévérer dans la voie où les Didot se sont engagés. — Si, au contraire, l'exagération des déliés a été adoptée pour permettre de grossir les pleins et obtenir une lisibilité suffisante pour les petits caractères, cette raison ne saurait nous influencer quand il s'agit de caractères un peu gros ; et elle perd même journellement de son importance pour les types qui ne sont pas d'une finesse excessive, car, depuis le commencement du siècle, les moyens d'éclairage ont été singulièrement perfectionnés ; il n'est pas logique de conserver des types qui avaient leur raisond'être quand on se servait de chandelles ou de lampes fumeuses. La bougie stéarique, le quinquet de nos pères, la lampe Carcel, le modérateur, le gaz, l'éclairage électrique sont postérieurs à l'apparition des caractères Didot ; c'est pourquoi nous proposons de faire, pour les caractères de dimension usuelle, les pleins moins gros que ceux dont l'usage était justifié vers la fin du xvme siècle, et de réserver pour les caractères les plus fins l'artifice qui consiste à grossir les pleins à un degré incompatible avec la conservation d'une épaisseur assez grande pour les liaisons qui les réunissent (1).

Influence des défauts optiques de l'œil. — Considérant non seulement qu'il n'existe pas d'yeux absolument parfaits, mais qu'il est rare qu'un œil ne présente pas de défauts

(1) Pour plus]de détails, voir plus loin au chapitre XVII «Typographie compacte ».

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