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DESSIN DES CARACTÈRES

Les préliminaires historiques et théoriques sur lesquels nous nous sommes étendu (1) étaient nécessaires pour nous mettre en état d'étudier, dans l'intérêt de la lisibilité, tout ce qui, dans les caractères, est conciliable avec leur forme typique. — Par forme typique, nous voulons désigner les éléments caractéristiques de chaque lettre. Ainsi la forme typique d'un V est constituée par deux lignes droites : les traits terminaux, la différence entre l'épaisseur des deux branches, etc., ne sont pas ce qui constitue le type du V, mais deux lignes d'égale longueur se rencontrant sous un angle aigu par leur extrémité inférieure constituent un V ; les modifications accessoires ne lui donnent pas plus les attributs du V que si elles n'existaient pas.

Pendant la lecture, le regard n'a pas le temps d'examiner chaque lettre dans toutes ses parties ; loin de là, le point de fixation se déplace suivant une ligne, rigoureusement hori-

(1) Voyez ci-dessus, pages 17 et 109.

zontale, qui coupe toutes les lettres courtes, en des points situés un peu plus bas que leur sommet ; les autres parties des lettres sont donc vues indirectement et frappent des régions de la rétine plus ou moins distantes de la fovea centralis. La connaissance de cette manière de procéder du lecteur devra influer sur les formes qu'il conviendra de donner aux lettres.

Mais nous devons tout d'abord prouver que les choses se passent réellement comme nous venons de le dire ; cela importe d'autant plus qu'il s'agit d'une assertion toute personnelle.

Voici comment nous avons été conduit à faire cette petite découverte. — Lorsqu'on fait une série d'expériences sur les images accidentelles (1), on acquiert bientôt la notion précise du point sur lequel on dirige le regard à un moment donné; chez moi, cette notion était suffisamment développée pour que je fusse absolument certain que, lorsque je lisais un texte un peu gros, le point de fixation se déplaçait suivant une ligne droite horizontale, située entre le haut et le milieu des lettres courtes.

Pour m'assurer qu'il n'y a pas d'erreur dans cette appréciation subjective, j'ai encore fait l'expérience suivante: après avoir lu une dizaine de lignes d'un caractère gras, gros œil (c'est-à-dire à queues courtes) et non interlignées, je fermais brusquement les yeux ; j'aperçevais aussitôt dans le champ visuel des stries horizontales, alternativement claires et sombres, qui n'étaient autre chose qu'une image accidentelle des lignes d'impression. Cette expérience suffit à prouver une partie de notre thèse, à savoir que le regard se déplace horizontalement pendant la lecture; en effet, s'il se produisait, le long des lettres, des excursions verticales du regard, aucune image accidentelle ne pourrait se produire, car alors les lignes ne viendraient pas se peindre constamment sur la même partie de la rétine.

Les images accidentelles dont nous venons de parler ne sont pas faciles à voir, car leur production repose sur la différence de teinte, assez peu marquée, qui existe entre le blanc du papier et le gris résultant du mélange qui, pendant le déplacement rapide du regard, se produit entre une grande

(1) Voir chap. XVI, la note de la page 187.

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