ÉPAISSEUR DES TRAITS CONSTITUTIFS DES LETTRES
Quelle épaisseur faut-il donner aux pleins et aux déliés? Ce problème est beaucoup trop complexe pour que nous puissions le résoudre ici. Supposons d'abord qu'on emploie une épaisseur de trait uniforme pour tracer des lettres, l'épaisseur à donner au trait dépendra absolument de l'éclairage. En plein soleil, les lettres grêles paraîtront plus nettes, étant moins empâtées, mais elles deviendront absolument invisibles dans une demi-obscurité; il faut donc, pour une môme grosseur de lettres, employer des traits d'autant plus forts qu'elles devront être lues avec moins de lumière. Il en est de même pour les yeux affectés d'imperfections optiques. Les livres devant être lisibles pour tout le monde et malgré l'imperfection du luminaire, il faut donc grossir les traits qui constituent les lettres. Mais cet épaississement a des limites : en épaississant tous les traits, on arrive à faire disparaître le dessin général des lettres, et c'est pour ce motif qu'on a été conduit à ne grossir qu'une partie des traits et à créer les caractères classiques dont les Didot ont gravé les types les plus accomplis/Nous admirons sans réserve l'Horace et le Virgile de Didot, mais ici encore nous devons établir une distinction entre les types destinés aux enfants et aux adultes. Tandis que nous lisons en reconnaissant les lettres et même les mots d'après leur configuration générale, l'enfant regarde chaque lettre dans toutes ses parties ; comme, de plus, son œil est bien moins résistant, nous n'acceptons pas les types modernes pour les livres destinés au premier âge, et nous demandons qu'on reprenne les caractères anciens, où les déliés sont presque égaux aux pleins. Quant à l'épaisseur de ces derniers, il nous paraît tout à fait superflu de la réglementer; l'expérience nous apprend que les graveurs la font toujours amplement suffisante ; l'essentiel est de réserver