I. — ÉVOLUTION DE LÉPIGRAPHIE
Enfin, nous devons nous demander si l'on a bien fait d'adopter, dans chaque groupe de langues, une direction, toujours la même, pour la lecture. Il suffit d'avoir lu ou écrit bien peu de temps une langue sémitique, pour être certain que la lecture et l'écriture peuvent se pratiquer de droite à gauche, tout aussi bien que de gauche à droite. Gela étant admis, il me semble que l'écriture boustrophédon, où le sens alternait de ligne en ligne, n'était pas sans présenter de sérieux avantages. Toutes les personnes qui ont enseigné la lecture à des enfants, savent combien les jeunes écoliers ont de peine, après avoir terminé une ligne, à reporter le regard au commencement de la ligne suivante ; les adultes eux-mêmes, quand l'impression est fine et la justification un peu large, se trompent parfois de ligne et sont obligés de se rectifier ; avec l'écriture boustrophédon, ainsi nommée parce que le lecteur suit des yeux un chemin analogue à celui parcouru par un bœuf qui laboure, rien de pareil n'est à craindre : arrivé au bout d'une ligne, l'œil est tout transporté au commencement de la ligne suivante.
Il est curieux de remarquer, sur certaines coupes antiques du musée du Louvre, avec quel soin les noms des personnages représentés sont inscrits, de telle sorte que, l'initiale se trouvant près de la tête, les noms s'en éloignent, écrits de gauche à droite ou de droite à gauche, suivant que l'espace disponible pour ces indications se trouvait à droite ou à gauche du personnage.
De tout ce qui précède, nous retiendrons simplement que l'épigraphie antique a subi une évolution logique, mais inconsciente, et que, sauf peut-être l'abandon de l'écriture boustrophédon, nous n'avons rien à regretter des transformations successives qui nous ont légué le système actuel des capitales romaines.
Quant à la forme des lettres, prises . une à une, il en est tout autrement: le groupe cunéiforme était supérieur, ce me semble, à la lettre capitale, dont nous sommes bien obligés de faire usage. Il est manifestement absurde d'avoir des lettres aussi analogues que B et R, ou G et G, ou bien encore que V, et Y. Rien qu'en changeant la position des lettres, on aurait B et Ph , G et O , ou V, et >l, qui seraient bien moins faciles à confondre, il serait aisé de créer des centaines de systèmes préférables à notre alphabet traditionnel,