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I. — ÉVOLUTION DE LÉPIGRAPHIÉ

ment nouveau; la lecture n'étant plus un laborieux travail, il ne s'est plus agi de voir distinctement tous les détails des lettres ; il suffisait de voir nettement les parties caractéristiques pour deviner le reste. Aussi voyons-nous apparaître successivement des caractères où le contraste des pleins et des déliés s'accentue de plus en plus, et dont les écriteaux des rues de Paris nous offrent un type des plus parfaits. Examinons des LETTRES CAPI- TALES XORMAXDES (1) et nous constatons qu'à la distance où ces lettres sont encore lisibles, les LETTRES CAPITALES ANTIQUES, ou même les types intermédiaires des LETTRES CAPITALES ÉGYPTIENNES et des LETTRES CAPITALES ROMAINES, cessent absolument d'être lus. Mais, à cette distance, ces lettres dites normandes ne sont que devinées, car leurs déliés sont absolument invisibles .

La supériorité des lettres normandes est d'autant plus marquée que l'éclairage est moins bon ; c'est un point qui sera traité plus en détail dans la seconde partie de cet ouvrage, mais nous devons, dès maintenant, serrer d'un peu près la question du type des lettres, car nous aurons à en déduire des conséquences pratiques.

Tandis que les Grecs se contentaient de caractères d'une belle forme, dont toutes les parties étaient également visibles, les Romains, plus pratiques et moins artistes, semblent s'être posé le problème de produire, dans un espace donné, une inscription aussi lisible que faire se pouvait, et cette préoccupation se traduit par plusieurs particularités de leurs inscriptions lapidaires. Outre l'usage du délié, qui permet d'augmenter l'importance du plein, nous voyons à Rome les lettres perdre de bonne heure la forme carrée, si élégante, que les Grecs conservèrent plus longtemps ; à l'AN- TIQUE CARRÉE succède l'ANTIQUE ALLONGÉE, dénaturée encore par l'introduction de déliés et à'apices sans lesquels les déliés seraient d'un très mauvais effet. En même temps, la place réservée à chaque lettre varie, suivant sa largeur : Les INSCRIPTIONS LATINES chassent infiniment moins que les

(1) Il va sans dire que nous supposons ces quatre types de lettres exécutés en caractères identiques sous le rapport de la hauteur et de la largeur.

8 PREMIÈÈE PARTIE. — HISTORIQUE.

INSCRIPTIONS GRECQUES, où chaque lettre occupe le même espace. Les Romains poussèrent l'économie de place au point de faire quelquefois surplomber certaines lettres : il n'est pas rare de voir ainsi la barre horizontale des T passer au-dessus des deux lettres voisines, la queue d'un Q s'étendre sous la lettre suivante, etc.

Il importe de bien distinguer entre ce que j'appellerai la visibilité parfaite et la lisibilité. — La visibilité parfaite, d'après laquelle chaque lettre est vue dans toutes ses parties avec une égale précision, a été recherchée par les Grecs, qui s'en approchèrent beaucoup avec leurs caractères grêles, carrés et formés de traits bien égaux dans toute leur longueur ; mais si nous nous éloignons peu à peu d'une inscription tracée d'après ce système antique, au moment où cette inscription cesse d'être lisible, nous la ferons réapparaître en élargissant les traits qui répondent aux pleins; puis, sans augmenter l'espace occupé par l'inscription, déplaçons les lettres pour égaliser, non plus l'espace occupé par chacune, mais les intervalles qui les séparent; il nous sera loisible d'augmenter encore les pleins sans que les lettres se touchent, et, par suite, d'améliorer la lisibilité, et cela d'autant plus que nous gagnerons de l'espace pour les pleins, en amincissant les déliés. Mais alors, les déliés ne seront plus vus, ils seront devinés, et l'amélioration de lisibilité nous permettra de déchiffrer encore l'inscription, en nous tenant à une distance d'où l'inscription primitive serait absolument invisible.

Comme corollaire de l'emploi des déliés, se présentent les apices nécessaires pour marquer leur terminaison ; ces traits terminaux améliorent incontestablement la lisibilité, en accentuant et affirmant, pour ainsi dire, la position des déliés. Quant aux apices qui terminent les pleins, ils n'ont été introduits que par un besoin de symétrie.

Pour le but que nous nous sommes proposé, il est inutile de rechercher à quelle époque tous les hommes, à l'exception des Chinois, se décidèrent définitivement à écrire par lignes horizontales; au point de vue physiologique, ce choix était indiqué, car les mouvements horizontaux des yeux, plus fréquents dans la vie ordinaire, commandés par deux muscles seulement, me paraissent se faire avec une précision et une vitesse supérieures à celles des mouvements verticaux.

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