XVII. — TYPOGRAPHIE COMPACTE
de prix, les éditeurs ne sauraient l'adopter. Nous devons donc chercher à améliorer la lisibilité sans diminuer le nombre de lettres contenues dans la page.
Il existe cinq moyens principaux d'augmenter la quantité de matière contenue dans une page de dimension donnée, à savoir : 1° supprimer les interlignes ; 2° diminuer l'approche ; 3° aplatir les caractères pour en faire tenir un plus grand nombre dans une ligne ; 4° avoir recours à une pointure plus faible, et 5° diminuer la saillie des lettres longues.
Le premier de ces moyens a été employé constamment depuis les premiers temps de l'imprimerie. En effet, comme on a pu s'en assurer en regardant les exemples intercalés p. 212 et 215, la suppression de l'interligne ne nuit pas à la lisibilité ; l'interligne doit donc rester la marque distinctive des impressions de luxe. Rien n'est plus absurde que d'employer des caractères fins et de les interligner; mieux vaut se servir de caractères de dimension raisonnable et supprimer les interlignes, bien que cela présente l'inconvénient de donner à la page un aspect noir et lourd, des plus désagréables. Pour fixer une limite, nous dirons qu'avec les caractères actuellement usités, nous n'admettons pas l'usage du 7 interligné; il vaut mieux prendre du 8 plein.
La différence de hauteur des deux colonnes de la Fig. 59, qui est exactement d'un point typographique, est mise en évidence par la dénivellation des deux filets qui les terminent.
C'est ainsi que de ces deux colonnes, celle de gauche est en cinq interligné de deux points, celle de droite en six plein; on voit que celle de droite est lisible plus loin que celle de gauche et contient la même quantité de matière en occupant moins de place.
C'est ainsi que de ces deux colonnes, celle de gauche est en cinq interligné de deux points, celle de droite en six plein ; on voit que celle de droite est lisible plus loin que celle de gauche et contient la même quantité de matière en occupant moins de place.
Le second moyen d'augmenter la quantité de matière est de diminuer l'approche. Par l'exemple donné plus haut, page 211, on peut voir qu'il y aurait plutôt intérêt à augmenter la distance entre les lettres : les imprimeurs actuels nous paraissent avoir un peu dépassé les limites du raisonnable en diminuant l'approche comme ils l'ont fait.
Le troisième moyen, qui consiste à donner aux caractères une forme étroite, a été mis en usage depuis l'origine de l'imprimerie. C'est même à leur forme étroite, permettant de faire entrer beaucoup de lettres à la ligne, que les caractères elzéviriens doivent leur regain de popularité. On les emploie souvent pour publier des vers, car leur usage donne le moyen, tout en conservant un petit format, tel que l'in-12 ou l'in-18, de se servir de caractères assez grands sans que la longueur des vers dépasse la justification. — C'est pour ce motif que les caractères étroits sont souvent désignés par les imprimeurs sous le nom de poétiques.
Depuis Grandjean, qui avait adopté des caractères assez larges, la forme des caractères a été en se rétrécissant de plus en plus ; l'un des mérites de la typographie anglaise est d'avoir résisté à cette tendance et d'avoir eu recours plutôt à la diminution de hauteur qu'à la diminution de largeur des caractères.
Il faut noter cependant qu'il est légitime de donner aux caractères une forme d'autant plus étroite qu'ils sont plus grands ; pour un in-4° imprimé en caractères de douze points, nous prendrions volontiers des types poétiques. Le livre étant en effet destiné à être mis à plat sur la table, la perspective aura pour effet, surtout pour le haut de la page, de diminuer en apparence la dimension verticale des lettres.
Le quatrième moyen, employé par les imprimeurs pour faire tenir beaucoup de matière dans un petit espace, consiste à employer des caractères plus petits. Tandis qu'autrefois le cicéro, qui mesure 12 points Didot, était usuel, le petit Romain qui correspond à notre 9 n'était pas, comme son nom le prouve, considéré comme un gros caractère ; on a réussi à graversuccessivement des caractères de plusen plus petits, et l'on est descendu jusqu'à la mignonne, la nonpareille, la perle et le diamant, qui mesurent respectivement 7, 6, 4 et 3 points, sans descendre au-dessous de la limite de ce qu'une bonne vue peut aisément distinguer.
Il est à remarquer que les caractères typographiques usuels ne nous donnent pas le spécimen de ce que produirait une simple diminution de grandeur des lettres. En effet voici une série de types :