XVII. — TYPOGRAPHIE COMPACTE
Le cinquième des moyens énumérés ci-dessus pour réduire l'espace occupé par les caractères d'impression consiste à raccourcir les lettres longues ; on obtient ainsi dès caractères dits compacts, qui sont particulièrement employés par les journaux. — Pendant des siècles, on a divisé le corps de la lettre en trois parties égales: les longues dépassaient en haut et en bas d'une quantité égale à la hauteur des lettres courtes. Ce principe a été conservé jusqu'à nos jours par l'Imprimerie nationale, qui se sert de deux types : gravure cfticienne (1825) et gravure nouvelle (1847), dus tous deux à Marcellin Legrand (Voir plus haut Fig. il, page 27). Dans la gravure ancienne, les courtes occupent encore précisément le tiers de la hauteur totale, de sorte que le petit trait caractéristique des 1 1 1 de cette imprimerie, qui est sur l'alignement du haut des lettres courtes, se trouve exactement à la moitié de la hauteur de 17. Dans la gravure dite nouvelle, la grandeur relative des longues est un peu moindre. Mais il faut remarquer que pour la diminution des lettres longues comme pour toutes les autres modifications, l'Imprimerie nationale est fortement en retard sur la mode ; cet important établissement fait preuve d'un esprit de conservation très énergique et s'en tient aux formes classiques.
Pour s'en convaincre, il suffit de jeter les yeux sur un livre moderne, quel qu'il soit : les longues y sont bien plus courtes que dans les types de l'Imprimerie nationale, à tel point qu'on peut considérer comme très habituels des types où les longues ne dépassent que d'une quantité à peine supérieure à la moitié de la hauteur des courtes ; c'est ce qui a lieu pour le présent alinéa, composé avec le 8 dont nous avons fait usage pour les citations qu'on a rencontrées de place en place dans ce volume.
Bien plus, dans les journaux imprimés en caractères tout à fait modernes, il arrive que les longues sont raccourcies à tel point que l'espace compris entre deux lignes successives est plus étroit que celui occupé par les lettres courtes de chaque ligne. Il semblerait donc que le raccourcissement des lettres longues eût atteint la limite du possible.
Il n'en est rien cependant, car on peut arriver à la suppression totale des longues inférieures, sans nuire beaucoup
à la lisibilité.— C'est ce qui a été fait, en 1879, par la Compagnie des omnibus de Paris, qui, ayant affermé à un office de publicité la place qu'elle consacrait aux indications utiles au public, a dû reporter la nomenclature des itinéraires sur une bande très étroite, située le long des pieds des voyageurs d'impériale. L'amour du gain rendant industrieux, la Compagnie a fait remplacer les longues inférieures par de petites capitales, comme cela est fait dans l'alinéa suivant.
On peut remarQuer Que la lisibilité souffre moins de cette substitution Qu'on ne pourrait le croire au premier abord, car, ainsi Que nous l'avons déjà fait remarQuer plus haut, les lonGues inférieures se présentent environ sept fois moins souvent Que les lonoues supérieures.
La FaciLiTÉ De LecTure souFFre DavanTaGe par La substi- Timon De peTiTes caprraLes aux Longues supÉrieures.
L'artifice employé par la Compagnie des omnibus, quelque ingénieux qu'il paraisse, ne nous semble pas devoir être adopté pour l'impression, car il donne un produit hybride assez désagréable; mais il nous semble qu'on peut, sans inconvénient, raccourcir les longues inférieures, plus que les longues supérieures. Les longues inférieures sont g, j, p, q et y. Sur ces cinq lettres, il en est deux, le p et le q, dont on pourrait supprimer totalement les queues, sans causer de confusion avec d'autres lettres : il n'y a donc pas d'inconvénient à faire p et q plus courts que d ou b. Le j ou l'y s'accommoderont, sans difformité, d'une queue très courte ; reste donc le g, qu'on ne pourra raccourcir qu'au prix d'une légère altération de dessin, que nous avons déjà indiquée lors de notre récapitulation de la forme des lettres.
La proposition que nous fîmes, d'abréger les longues inférieures un peu plus que les supérieures, nous paraît présenter cet avantage supplémentaire que, les courtes ne se trouvant plus au milieu de la hauteur du corps, les lettres retournées produiront un effet assez désagréable pour ne plus échapper aussi facilement au correcteur: elles dépasseront, en effet, par en haut, du double de la différence de longueur établie entre les longues supérieures et inférieures.
Le neuf qui a servi à composer le présent volume a été gravé dans ce système, que nous préconisons depuis 1879.
Dans le présent alinéa, composé en lettres banales, se trou-