La médecine appli
quée aux souffrances de la Lorette doit être considérée comme un mandat purement officieux. La spéculation lui est totalement étrangère.
La clientelle d'un médecin de Lorettes se grossit par la filiation non interrompue de malades qui considèrent le docteur comme un ami.
On vient causer avec lui santé ou maladie comme on causerait promenade ou théâtre.
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— Docteur , je suis chargée , de la part de Mathilde, de vous remercier de vos soins...
Il y a long-temps qu'elle n'est venue.
— Elle n'a plus besoin de venir , docteur. . .
Elle est guérie.
— C'est juste. .
— Je voudrais bien être comme elle... Je souffre affreusement , docteur.
Contez-moi cela , mon petit ange.
(Ici le récit plus ou moins détaillé des maux delà Lorette, et la prescription de l'Hypocrate. )
— Merci , docteur... Je dirai bien des choses de votre part à Mathilde , n'est-ce pas ?... Dites donc, docteur, vous seriez bien aimable de me confier votre parapluie. Le temps se couvre.
La Lorette prend le parapluie le plus coquet qu'elle trouve près de la cheminée.
A la seconde visite , la malade ne rapporte pas le parapluie , mais elle emporte un flacon ou une aquarelle, ou une statuette qu'un client a donnée au docteur, elle part en s'écriant : Docteur, c'est pour me rappeler que je vous dois deux visites.
A la troisième visite , la Lorette arrive en cabriolet, et dit en entrant : Docteur, prêtezmoi donc de quoi renvoyer mon ver rongeur* La Lorette prend vingt francs sur la cheminée; elle en soustrait un quart pour le cocher , et met le reste , par distraction, dans sa bourse.
C'est le médecin qni paie au malade sa visite.
Au jour de l'an, la Lorette éprouve le désir de témoigner au docteur sa reconnaissance ;
elle lui envoie la gravure à'H ippocràle refusant tes présents d' Jr taxer ce.
Ce jour-là le docteur reçoit ce même tableau de vingt-cinq clientes.
Quand la maladie condamne la Lorette à garder le logis , et qu'elle craint de convertir son boudoir en infirmerie, elle a recours à son médecin ordinaire pour obtenir admission dans un des temples ouverts aux infirmités humaines.
Elle se fait conduire au Parvis-Notre-Dame, entre sans façon au bureau du médecin de service, et fend la foule des prolétaires.
— - Docteur , je viens , au nom d'un de vos confrères , solliciter pour moi un des trente mille divans gratuits que la philanthropie entretient pour ceux qui n'aiment pas à mourir à domicile.
— Mais vous n'êtes pas inscrite à l'indigence ?
— J'ai le droit d'y figurer. J'ai tout perdu hier à la bouillotte.
— C'est différent. Nous allons vous faire admettre à F Hôtel-Dieu.
— A l'Hôtel-Dieu... Diable!., j'aime mieux autre chose.
— A la Charité ?
— La Charité ! Je n'en veux pas pour deux sous. Beaujon, à la bonne heure : la galanterie administrative en a fait une clinique parfumée. C'est un champ d'asile de Lorettes, une Abbayeaux-Bois de viveuses. On y meurt en buvant de la bourrache dans des verres à Champagne !
Ce que deviennent les vieilles "Lorettes.
ieillir, ou plutôt savoir vieillir est un art que les Lorettes , mieux qu'aucune femme du monde, ont le secret de mettre à profit.
Quand le papillon se fait vieux , il tombe en léthargie sur la fleur où il a butmé, et puis il meurt sans faire aucun effort pour essayer encore la vie.
La Lorette voit le temps avancer sans s'effrayer..
A quarante ans la Lorette se réveille un ma-
tin ambitieuse. Elle se rappelle le nom de vingt Àrthurs qui sont devenus préfets, procureurs du roi , députés ou ministres.
Elle se met en chasse de bureaux de tabacs, de bureaux de papiers timbrés , de bureaux de poste aux lettres.
Elle obtient tout , sous condition de ne pas publier ses mémoires et de brûler les anciennes lettres d'amour.
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Les hommes en place ont une peur atroce j des souvenirs de jeunesse.
La vieille Lorette est très-recherchée des hypo- j condriaques comme dame de compagnie , son j habitude des vicissitudes de la vie lui a donné une égalité d'humeur que rien ne détruit.
La Lorette qui retrouve un étudiant passé à l'état de notaire se fait commanditer et devient j marchande à la toilette , ou achète un fonds
de table d'hôte et le notaire \ient dîner en remboursement de ses avances.
La Lorette qui a vécu dans l'intimité de jeunes vaudevillistes les trouve directeurs , elle se place sous leur aile et se fait modestement
ouvreuse de loges.
Vous retrouverez la Lorette de quarante ans à chaque jalon de l'échelle sociale ou matrimoniale.
Votre marchand de bois vous envoie sa fac-
ture par sa femme, vous reconnaissez un débardeur Musard.
Vous prenez des chevaux pour un voyage ; la maîtresse de poste approche, vous retrouvez en elle un ex-postillon de Lonjumeau de l'Opéra. •
Les princes étrangers, les sous-préfets français font aussi une prodigieuse importation et exportation de la Lorette.
Il v a des pays, où la Lorette est maire, son époux se repose sur elle des soucis municipaux. La Lorette correspond avec le préfet du département, qui souvent se dit : C'est increvable, cette écriture-là ne m'est pas inconnue.
Dans une tournée de recrutement le préfet arrive dans la commune :
«Tiens, c'est toi, Élisa !» s'écrie-t-il, oubliant son rôle;... puis, rappelé à l'ordre par un chut... et par l'écharpe tricolore du magistrat subalterne... il fait trois saluts et dit! « Madame , j'ai l'honneur de vous présenter mes respects. Cette commune est des mieux administrées.
Et il ajoute tout bas :
« Si tu veux , au carnaval nous irons faire une partie de bal Chicard. »
Le maire répond : « Monsieur le préfet, vous me faites beaucoup d'honneur. »
Sous le cachemire de la femme du financier, sous la tiretaine de la fermière , même sous le sarrau de serge des sœurs de la sagesse, partout la Lorette se trahit à l'œil exercé qui la cherche...
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Un poème.
outes les palmes lyriques ne seront pas exclusivement le monopole de vos couronnes, ô grisettes si fîères du poète qui vous a chantées ; les souples lianes qui attachent votre Homère à ses beaux peupliers de Touraine se rompront peut-être un jour à la voix de nos sirènes.
Mais, en attendant ces chants harmonieux, la Lorette ne peut rester à l'abri de l'encens des muses ; la cuisinière lui rirait au nez , car la cuisinière a eu son poème :
Gueïnadier, que tu m'affliges En m'apprenant ton dépari!...
est une ode qui transmet aux siècles à venir la sensibilité exquise et le dévouement surhumain du cordon-bleu de notre époque.
La maréchaussée n'a-t-elle pas aussi son Odyssée ?
Y avait une fois cinq, six gendarmes Qu'avaient un bon rhume de cerveau...
Ces chants si purs sont lancés par les brises occidentales jusqu'aux rivages où la civilisation n'a pas encore apporté le jus de réglisse et la manière de s'en servir.
Jetons quelques jalons dans le champ poétique et gravons le nom de Lorette , afin qu'il dise au poète touriste qu'il y a encore quelque chose ici-bas à immortaliser.
Les vers que nous présentons sont une ébauche qu'une jeune muse nous a confiée.
Les vers sont enfants de la lyre ; Il faut les chanter, non les lire.
Pour chanter l'air, ilfautque l'air existe. Nous appelons donc à notre secours messieurs les compositeurs; nous promettons pour prix à la plus
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suave inspiration une musette en fer creux...
Une Lorette émérite qui a fait des éducations en Russie , couronnera le vainqueur quel que soit son sexe.
Voici le thème à poétiser , le canevas à bro der de notes légères :