‹ Physiologie de la parisienneChapitre 11 sur 32 · GLYCÈRE · texte numérisé non relu

GLYCÈRE

ycère finit en ce moment le printemps de la secondejeunesse, époque bien dangereuse pour les amants ; elle est bien faite, élancée , et les extrémités

sont surtout chez elle d’une rare perfection ; seule entre toutes les femmes , elle sait répandre sur ses traits ce léger nuage de tristesse qui ressemble à un commencement d’amour. Ménippe , qui a vendu toutes ses charges pour

elle , s’est percé le cœur de chagrin d’avoir reçu son congé.

Glycère ne reste jamais plus d’un quart d’heure à sa toilette. Une suite non interrompue d’études lui a appris le secret des armes qui lui sont particulières. Les véritables coquettes ont toutes comme Ténus , une ceinture qui les rend invincibles. Pour les unes, c’est un nœud de rubans posé sur la tête d’une certaine façon ; pour les autres , ce sont des mouches placées à certaine distance les unes des autres. Déposez le ruban , enlevez les mouches , la femme reste et la beauté s’évanouit. La coquette qui hésite sur sa coiffure , sur la forme de sa robe, sur la couleur de ses mules, n’est jamais dangereuse pour long-temps : ce qui vous a saisi en elle aujourd’hui , peut disparaître demain. Les femmes sûres d’elles-mèmes savent parfaitement par quel côté elles vous ont pris , et par conséquent , par quel côté elles doivent [vous retenir. C’est par une spécialité que l’on parvient dans le monde , c’est aussi par une spécialité que l’on parvient en amour.

Glycère, qui connaît la force de ce principe, ne modifie jamais sa toilette que dans les détails ; l’ensemble reste toujours le même. Plie

sait que Fou commence à s’attacher par les yeux , et elle évite soigneusement tout ce qui pourrait faire disparaîtr e l’impression première qu’ils ont reçue. Comme on l’a quittée la veille, on la retrouve le lendemain. On n’a jamais de prétexte pour ne plus l’aimer.

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