‹ Physiologie de la parisienneChapitre 23 sur 32 · DÉNOUEMENT · texte numérisé non relu

DÉNOUEMENT

Un an s’est écoulé depuis cette correspondance. Le docteur K.... a donné sa consultation ; les deux époux vivent séparés. Louise a passé une année dans les larmes. Son amie Ernestine, qui est venue se fixer à Paris, l’a conduite dans le monde cet hiver. Il y a quelques jours, elles sont parties ensemble pour Bade. Un ami du mari d’Ernestine, le marquis de S... , qui a été le cavalier de Louise dans tous les bals, doit aller les rejoindre. Adolphe, de son côté, s’est dirigé vers Spa avec Rosalie. A son retour, Louise sera parfaitement consolée; elle ne se plaindra plus d’être obligée de vivre séparée de son mari. Les deux époux, toujours remplis de politesse et d’égards l’un vis-à-vis de l’autre, ne se verront qu’à de rares intervalles; et si par hasard on les aperçoit ensemble à l’Opéra ou au bois de Boulogne, les

peintres de mœurs ne manqueront pas de dire en les désignant : « Voilà un lion et une lionne! »

Seconde réflexion assez leste.

Quand vous mettez pour la première fois les pieds dans la chambre d’une Parisienne / vous

ressentez une émotion qui ne ressemble nullement à celle que l’on éprouverait en province dans la même situation. En province, on laisse régner partout un désordre affecté : les rendezvous ont l’air d’une surprise ; en cédant on veut laisser croire qu’on résiste. A Paris, on cherche à vous aplanir les voies : la lampe a l’air de briller plus doucement, le silence lui-même semble plus intelligent, et les meubles plus familiarisés avec votre présence. La femme de Paris a le don de communiquer la vie à tout ce qui l’entoure; les rubans de ses souliers trament sur le parquet comme des serpents endormis, et sa robe, négligemment jetée sur un fauteuil , semble se reposer , dans sa molle attitude, du bonheur d’avoir porté ses charmes tout le jour.

A Paris on peut oublier le nom de sa première maîtresse, mais on se souvient de sa chambre à coucher.

Troisième réflexion assez hasardée.

Les jeunes gens de province, quand ils voient passer une femme, regardent tout de suite le

visage pour savoir ce que tiendra le cœur. À Paris, il faut examiner d’abord les pieds et les mains. Regardez une Parisienne dans les yeux avec persistance et ténacité, aucune émotion ne se trahira sur sa figure. Examinez attentivement son pied ou sa main , elle rougira et détournera la tête. Il faut regarder une Parisienne de bas en haut.

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