RÉPONSE D’ERNESTINE A LOUISE
i je connaissais ton mari , je pourrais te donner quelques conseils, et te tracer des règles de conduite. Mais je ne veux pas agir en aveugle dans une affaire où ton bonheur est en jeu. Ne songe pas à l’amour si tu veux être heureuse; réfugie - toi dans l’habitude , prends Adolphe comme il est, ne te préoccupe ni de sa tris! esse, ni de sa gaîté , et pour le reste compte sur les* enfants que tu auras bientôt. Quand on est mère, on souffre moins de son isolement. Je sens que ma fille me consolerait, si j’avais besoin d’être consolée.
Notre plus grand ennemi est nous-mêmes ; c’est l’imagination qui nous perd. Méfie-toi de la tienne. Ton mari finira par t’aimer, mais il faut faire bien des sacrifices, cacher bien des blessures pour arriver à ce résultat. S’il résiste, si tu ne peux parvenir à te l’attacher, alors, ma pauvre Louise, tu feras comme tant d’autres : tu mourras de chagrin de voir ta vie ainsi livrée à la solitude du cœur, ou bien tu te consoleras. Je crois même qu’à ta place je prendrais ce dernier parti; mais heureusement le moment de faire un choix n’est pas encore venu.