PHYSIOLOGIE DE LA MÉMOIRE ET DE L’IMAGINATION
l’appelle magnifiquement un grand physiologiste, Haller, cette indispensable condition de la production et de l’expression de toute pensée ! La science pure et systématique est seule capable de tels partis pris. Le 'vulgaire, souvent plus -philosophe que les philosophes, le vulgaire ne s’y laisse pas aller. Pour lui, ne plus avoir de mémoire, c’est ne plus avoir de pensée et presque de vie. Et ce n’est pas seulement dans la vie actuelle que cette vie des idées est indispensable ; supprimez-la dans le passage de cette existence à celle qui doit la suivre, et vous verrez ce que deviendra cette dernière. Mais nous n’avons pas, ici au moins, à nous poser même cette question.
La mémoire est, en définitive, la faculté en vertu de laquelle a lieu la reproduction, le rappel, soit volontaire, soit involontaire, des sensations et des idées, des pensées qu’elles constituent, des événements auxquels elles se rattachent, sous cette condition que l’esprit ait conscience, fût-ce au degré le plus faible et le plus incertain, du fait de ce rappel ou de cette reproduction.
Pour peu qu’on se soit observé soi-même, pour peu qu’on ait donné son attention aux résultats de l’observation psychologique la plus ordinaire, on sait, on se convainc que la mémoire ou l’acte de mémoire involontaire a lieu de deux façons : ou bien il est absolument spontané, naissant, comme de lui-même, des profondeurs silencieuses et sourdes de notre double organisme, prenant l’esprit à l’improviste, sans que rien, impression, sensation, idée, semble l’avoir excité ; ou
bien il est provoqué, sans que ce même esprit et sa volonté y soient non plus pour quelque chose, soit par une sensation intérieure, soit par une perception de l’ordre externe, soit par tout autre fait intellectuel ou moral. Dans ce cas, l’esprit constate bien que l’acte ou le fait de mémoire a été occasionné parla production ou la reproduction de cet autre fait intellectuel ou moral; mais il constate en même temps que lui esprit, ou sa volonté, n’y contribue absolument en rien.
Quant à l’acte volontaire de mémoire, rien de plus connu, de plus général, rien de plus indispensable. L’animalité s’en passe ; mais l’humanité, non. Sans mémoire volontaire, il n’y a, ou à peu près, plus d’homme.
On a dit, en subtilisant, que la mémoire volontaire ne l’est pas autant qu’elle en a l’air, ou que 1 indiquerait son titre. Pour que la volonté porte la mémoire à se souvenir de tel ou tel fait, de tel ou tel sentiment, de telle ou telle idée plutôt que de telle ou telle autre , il faut, a-t-on prétendu, que déjà elle-même soit portée à cela par quelque autre sentiment, quelque aufe idée collatérale, attenante, par quelque autre disposition micorporelle, mi- spirituelle. Pour qu’on put. croire qu’il en est autrement, et que la volonté est ici bien réelle et bien absolue, l’esprit, a-t-on ajouté, devrait en eÜct pouvoir évoquer, à volonté, un très-grand nombre de nos idées antérieures et jusqu’à celles qui semblent le plus étrangères aux sentiments au moins apparents du moment.
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Demander, en fait de mémoire, cela à la volonté, c’est être beaucoup trop exigeant pour cette dernière faculté, bien plus qu’elle n’a droit de l’être elle-même pour la plupart des ordres qu’elle donne et des conditions de corps et d’esprit dans lesquelles ils se produisent. La doctrine de la volonté ou de la liberté d’indifférence, c’est-à-dire en définitive absolue, n’est pas-plus vraie au psychologique qu’au moral, pas plus applicable à la mémoire qu’à la moralité des actions ; parce que, dans un cas comme dans l’autre , d’un point de vue comme de l’autre, nous ne sommes ni une volonté pure, ni une volonté toute-puissante. Et pour ne pas sortir de notre sujet, si l’on veut se donner la peine d’en appeler à cet égard à sa propre expérience, une expérience de tous les instants, on verra, à n’en pas douter, que, malgré des restrictions inhérentes à notre nature même, l’exercice volontaire de la mémoire peut s’appliquer dans des conditions, des limites tellement vastes, souvent même tellement étranges, qu’il a un droit incontestable à cette qualification.
L 'imagination, pour nous et dans notre manière de considérer psychologiquement cette faculté de rétention et de reproduction des sensations, des sentiments et des idées, l’imagination est la sœur de la mémoire ou plutôt sa fille, mais une fille plus ornée, plus brillante, plus sensuelle que sa mère; dont les œuvres, les produits se présentent non plus à la pâle vue de l’esprit, comme ceux de la mémoire, mais presque aux yeux du corps,
c’est-à-dire à cet œil intérieur qui est à la fois, et sans assimilation exagérée ou blessante, l’œil de l'art, l’œil des songes et des visions. Ce que la mémoire se rappelle quelquefois avec di fliculté, avec doute, l’imagination le voit après l’avoir peint. Et elle le voit et le peint ainsi pour tous les ordres de sensations et d’idées. A coup sûr, l’imagination, cette grande artiste, ne peut peindre ou seulement même dessiner ni des touchers, ni des saveurs, ni des odeurs, ni des sons. Mais conformément à son nom et à son titre, elle dessine et peint en traits de feu des images, de vraies images, des images de la vue, qui se lient étroitement'à ces touchers, àceé saveurs, à ces odeurs, à ces sons, les représentent et les évoquent. Une main, la main d’un amant, s’est promenée sur de chers trésors ; la mémoire en est restée ou s’en reproduit ardente; elle devient de l’imagination. Cette imagination va-t-elle reproduire ces contacts, ces émanations, cette souplesse? Non, la nature ne l'a pas voulu. Mais elle reproduira, elle peindra, elle scidptera, elle animera un fantôme, une Galatée, et il n'y manquera rien, rien de ce qui a été senti, deviné même. Ce n’est pas seulement l’œil de l’esprit, c’est presque l’œil du corps qui jouira de ce spectacle, et malheur, hélas ! au corps, à l’esprit, ou plutôt au cœur, qui ne peut plus se le donner !
Ces relations, cette identité ou au moins cette communauté de nature de l’imagination et de la mémoire , la première n’étant en quelque sorte que le degré le plus élevé de l’autre, le souvenir, l’idée devenue image, cette
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communauté de nature a été sentie et proclamée par plus d’un grand philosophe, par des philosophes placés à des points de vue bien différents, Hobbes, par exemple, et Malebranche. Le confesseur delà Vision en Dieu , en traitant au même lieu de l’imagination et de la mémoire, fait à peine à celle-ci l’honneur de s’en souvenir ; quant à l’imagination, elle a tout, le nom, la place et la chose, et c’est pour elle et par elle qu’en réalité a été écrite la Recherche de la vérité. C’est qu’en effet chez Malebranche et dans sa philosophie, l’imagination jouait un terrible rôle. En toute chose Malebranche faisait plus que sentir, se souvenir et même imaginer; il voyait. Et pour ce qui est de l’imagination , de ses actes , de ses produits, le mot ici n’est pas trop fort, pour ce qui est de ses conditions nerveuses et encéphaliques, que n’at-il pas vu, affirmé, décrit !
Ah ! c’était-là le bon temps de la physiologie de la pensée ! Quelle assurance d’affirmation et de description, quels détails, précis, infinis, tels que n’en montrera jamais le microscope! et quelle précieuse bonhomie dans cet auditoire cartésien , accueillant ces affirmations avec autant d’amour et de foi que les malices des Petites lettres ! Des fibres , des fibrilles nerveuses, qui vont de toutes les parties, des parties les plus extrêmes du corps à son centre, de tous les organes au cerveau ; des esprits animaux, qui se meuvent dans ces fibrilles, s’élaborent dans le foie, le cœur, le poumon, comme au temps de Galien et même au temps d’Anaximène ; prenant au foie un peu de sa bile, au
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cœur beaucoup de son sang, au réservoir de Peequet le plus sucré de son chyle, au poumon, le plus fin de son air et de son soufre ; et une fois bien composés de tout cela, allant subir dans le cerveau une dernière élaboration, qui leur permette de recevoir les ordres de la volonté, quelquefois de se mouvoir contre ces ordres, mais qui leur permette surtout d’être les dociles instruments de l’imagination , cette folle du logis, qui, Malebranche le'savait d’original, en est si souvent la maîtresse. 11 faut les voir alors, ces esprits animaux, se précipiter tout à travers les traces qu’ont creusées, dans la partie principale du cerveau, dans les corps striés, le corps calleux, la glande pinéale, les impressions des sens ; y être, pour l’esprit, le point de départ, la cause physique des images ; quelquefois même s’élancer de là, par les nerfs, dans les parties les plus éloignées du corps, pour y produire des ravages identiques à ceux que s’est représentés et a craints l’imagination.
Je ne veux pas faire le fier, non pas, à coup sur, eu ce qui me concerne, mais en ce qui concerne notie temps et ses prétentions à la science. 11 n’y aurait peutêtre pas de quoi, et malgré ou plutôt sur ces prétentions mêmes il ne serait pas difficile de devancer, à notre égard, la sévérité de l’avenir. Il nous traitera, cet aAenir, nous qui savons tout et redressons tout, il nous traitera, et ce sera justice, comme nous traitons nos devanciers. Toutefois et en regard de cette conviction, une conviction chez moi bien profonde, je ne puis m’empêcher de me demander comment, sur le sujet
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qui nous occupe, et daus ces systèmes de physiologie psychologique dont je n’ai pu parler sérieusement, ces puissantes têtes du dix-septième siècle et de la philosophie, Descartes et son disciple Malebranche, ne se sont pas aperçu, eux si sincères et si habiles spiritualistes, qu’ils émettaient, qu’ils renouvelaient, voulais-je dire, des hypothèses puériles, non-seulement vides, mais impossibles, et du plus grossier mécanisme , et qu’en somme et en fin de compte, en mettant à la place de quelques fragments de faits observables, les mouvements des esprits animaux, c’est-à-dire les mouvements d’une chimère, ils ne faisaient que jouer sur les mots. Ah ! que ceci doit, encore une fois, nous faire réfléchir, et, en toute chose et en toute science, pour peu que la voie soit obscure, et que la Providenée ait oublié d’y allumer sa lanterne, nous faire substituer à la philosophie orgueilleuse et affirmative la philosophie du point d’interrogation !
A voir cette facilité des physiologistes de la pensée à se payer de mots ou à se contenter des plus chimériques hypothèses, je me suis quelquefois étonné que quelque brave philosophe un peu anatomiste, ou quelque anatomiste un peu philosophe, n’ait pas substitué ou plutôt joint, soit à la théorie des esprits animaux, soit à la théorie de la vibration fibrillaire, quelques inductions transcendentales tirées des formes particulières du cerveau, de leur structure, de leurs ressemblances, de leurs aspects, de leurs rapports, de tout en un mot ce qui leur a fait donner les jolis noms qu’on connaît;
qu’il n’ait pas promené ces esprits, ou ces espèces, ou ces vibrations , à -travers toutes ces mille parties cérébrales, aussi curieusement conformées que curieusement dénommées ; que , pour s’en tenir aux esprits, il ne les ait pas fait voyager des corps cannelés ou striés , leur premier point d’arrivée ou de coction, aux couches optiques , à la lyre, à X ergot , à la voûte à trois piliers , qui, comme le dit Chaussier *, en a quatre, à la cloison transparente , qui est opaque, au corps bordé. à la corne d'Ammon , à X hippocampe ; puis d’un hémisphère du cerveau à l’autre, au moyen des commissures, afin de bien mélanger ces esprits de droite à gauche et vice versa; puis du cerveau au cervelet, par X aqueduc de Sylvius ; puis du cervelet au cerveau, en parcourant les touffes , les amygdales , les luettes, les bras , les cuisses, les jambes de ces deux illustres viscères, pour les faire enfin aboutir et jaillir en images parfaites et comme un bouquet d’artifice, à la surface du cerveau, ou au moins dans ce qu’on appelle son écorce, où en effet de graves anatomistes modernes n’ont pas craint de placer de nouveau le siège de la mémoire et par conséquent de l’imagination.
Mais, pour parler sérieusement et en finir sur ce sujet, une chose qui m’étonne depuis longtemps et n'a pas cessé de m’étonner, c’est qu’en présence de cette prodigieuse quantité de formes ou de parties spéciales et presque séparées de l’intérieur et -de l’extérieur du eer-
) . De Y Encéphale, préface, p. 6.
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veau *, formes invariables dans une bizarrerie que' le corps humain n’offre nulle part ailleurs, sans que l’esprit puisse former l’ombre d’une conjecture sur les usages physiologiques et à plus forte raison psychologiques d’aucune d’elles, c’est, dis-je, que dans une telle ignorance et sur la foi d’une ou deux mauvaises expériences, d’une ou deux mauvaises dissections, d’une ou deux mauvaises observations pathologiques, expériences, dissections, observations contredites par mille autres, des anatomistes et des physiologistes de sens aient osé parler des fonctions de telle ou telle de ces parties ; affectant, comme nous l’avons déjà vu, les corps striés ou le centre ovale, ou môme les ventricules (le vide) au sensorium commune , l’écorce cérébrale à la mémoire, que sais-je? \e psaltérion (la lyre) à l’imagination : comme si non-seulement l’anatomie, la physiologie, la pathologie, et leurs incertitudes et leurs contradictions, permettaient de s’arrêter une seconde à de pareilles déterminations , mais comme si le plus simple bon sens, la plus simple connaissance des faits psychologiques et des facultés qu’on en conclut n’eussent pas dû suffire à les prévenir.
Oui, regardez-le bien, ce cerveau ; parcourez d’un œil effaré, auquel vous ajouterez, cela va sans dire, l’œil gigantesque du microscope, parcourez tous les détails de ses cavités; épatez de votre doigt ses substances blanche, jaune, grise, cendrée, noire; façonnez-ic de votre scal-
t . Voir la note II,
pel, préparez-le, comme vous dites, par tous les moyens et avec tous les réactifs possibles; coupez-le en tranches, en lames, en lamelles ; tiraillez-le, déchirez-le de 1 avant à l’arrière, de haut en bas, en plans, en libres, en fibrilles; armez-vous, pour le déployer, de toute la patience, et de toute l’habileté de main des Reil, des Spurzheim, des Laurencet, des Foville; prenez pour guide le résultat même des recherches de ces éminents anatomistes; suivez avec eux, et en quelque sorte sous leur scalpel, les faisceaux , les cordons, les plans , les couches, les noyaux , les fibres montantes ou descendantes, rentrantes ou sortantes, divergentes ou convergentes, les commissures, les décussations, les substances, toutes les conditions ou dispositions, en uû mot, soit réelles, soit apparentes de l’organe encéphalique ; ne vous effarouchez pas trop, si vous voulez, de cette toute petite circonstance que ces dispositions ou apparences, considérées soit en elles-mêmes, soit dans leurs directions, leurs relations, leurs usages prétendus, ne sont complètement les mêmes pour aucun de leuis démonstrateurs; tâchez, si vous croyez pouvoir le tentei, de concilier entre elles ces divergences et ces contradictions ; supposez même que vous les avez conciliées : vous n’aurez fait, en fin de compte, que multiplier les carrefours et les rues du cerveau, sans plus sav oir qu au temps de Méry ce qui se passe dans ses maisons, dans ses cellules. Sans doute, vous ne croyez plus, avec de grands philosophes, avec Descartes et Malebranche, que sur sa substance si molle, si fluente, que pourtant vous appelez
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fibreuse, on trouve des traces, des impressions, des espèces, des images, pas plus qu’on n’y trouve d’idées. Vous ne dites plus avec ces philosophes et à propos de l’imagination et de la mémoire, que l’exercice de ces
facultés a lieu par la contemplation à laquelle se livre
de nouveau l’âme de ces traces et de ces images, laissées tout à point dans le cerveau. Vous convenez que, s’il en était ainsi, et au bout seulement de quelques années de vie, de sentiment et de pensée, chaque fibre, chaque molécule du cerveau, chaque point imperceptible de sa substance aurait à supporter et à présenter à la contemplation de l’àme un tel nombre de traces et d’images, traces et images relatives à tous les ordres d’impressions, de sensations, de passions, d’idées, que l’âme, à coup sûr, et celle de Malebranche lui-même, serait dans l’impossibilité de s’y reconnaître.
Et vous avez parfaitement raison.
Mais qu’avez-vous mis à la place de ces chimères a priori ? des chimères a posteriori; ce que vous appelez gravement les résultats de l’expérience et de l’observation.
Oui, sans doute, il est dur pour une aussi orgueilleuse créature de se dire que ce qu’il lui importerait le plus de connaître, elle l’ignore, et probablement l’ignorera toujours ; que ce nœud de sa double nature, de sa vie et de sa pensée, elle ne le dénouera pas, et même ne le comprend pas; qu’elle ne le comprend dans aucune hypothèse, moins encore dans celle qui fait la plus large part aux organes, que dans celle qui leur fait la
plus petite. Je le disais tout à l’heure, du point de vue du ridicule de certaines théories ou de certaines affirmations. Je le répéterai ici d’un point de vue plu^ sérieux, je ne dis pas de plus d’avenir. Dans le cerveau des animaux supérieurs, et surtout dans celui de l’homme, c’est quelque chose qui frappe que cette quantité de substances diverses, blanche, jaune, rougeâtre, grise, noire, diversement mélangées et combinées ; que ces cavités de toutes sortes, communiquant les unes avec les autres, par des canaux , des aqueducs , des trous , des ponts , des entonnoirs ; que ces formes particulières, soit du dedans, soit du dehors, si variées, si bizarres, si délicates, si soignées, toute cette apparence du mécanisme le plus compliqué et le plus arrêté dans un organe pourtant dont la substance , même après le dur refroidissement de la mort, offre une mollesse supérieure à celle de tout autre organe. Assurément, un appareil aussi curieusement étudié, plein de dispositions si singulières, non-seulement doit avoir un but, tendre à un résultat général, qui est, à n'en guère douter, la double régulation de la vie et de la pensée ; mais il doit tendre à ce résultat général par des résultats, des actes particuliers, qui aient pour conditions ces dispositions particulières. Or, c’est précisément sur ces résultats particuliers et sur leurs rapports avec les détails de l’organisme que porte invinciblement notre ignorance ; ignorance qui faisait dire à Bossuet, avec ce suprême bon sens qu il applique aux sciences mêmes qui eussent dû lui être le plus étran-
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gères, que ces parties cérébrales, si extraordinaires et si diverses, sont « choses que les médecins et anatomistes démontrent plus aisément qu’ils n’en expliquent les usages 1 . »
Le mot sera-t-il toujours vrai , ou , si l’on veut , toujours applicable? Si je disais toute ma pensée, je ne m éloignerais guère de l’affirmative. L’anatomie pourra arriver à un peu plus de précision dans la détermination de quelques origines nerveuses, considérées soit en elles-mêmes, soit dans leurs rapports avec d’autres semblables origines. Elle pourra suivre, un peu plus loin qu’elle ne l’a fait jusqu’ici, quelques fibres ou quelques plans de matière encéphalique, convertir des fibres en canalicules, des globules en cellules, le tout à grand renfort de microscope; mais la lumière (et quelle lumière!) s’arrêtera là. Ici, comme ailleurs à 1 Océan, Dieu a dit à la science de l’homme : Tu n’iras pas plus loin, parce que plus loin ce serait trop loin. Un jour, avec la permission de Dieu , l’Océan pourra bien envahir de nouveau ses rivages. La science, pour ce qui est de la physiologie de la pensée, ne dépassera pas les siens. La connaissance qui lui est ici refusée faisait partie peut-être de la science du premier arbre et du premier homme; mais depuis, ni les arbres n’ont porté, ni les hommes n’ont goûté, et ne goûteront de tels fruits.
t. Traité de la connaissance de Dieu et de soi-même.