‹ Physiologie de la portièreChapitre 6 sur 17 · CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI

Les tracasseries de la portière.

a portière est essentiellement tracassière; il semble que son im-

nie

portan ce et que son pouvoir s'ac croissent de chaque petite tyranqu'elle fait subir aux hôtes de la maison

qu'elle administre. Pour peu que vous ayez fait une observation à la portière, que vous ave/ né gligé de la saluer en passant , ou d'ajouter le mot s'il vous plaît à la demande du cordon, vous pouvez être sûr qu'elle vous jouera tous les tours qui sont en son pouvoir.

Malheur à vous si vous avez un chien : le pauvre animal sera le bouc émissaire de toutes les petites infamies de la portière : chaque fois! qu'elle le rencontrera dans l'escalier , elle lui donnera un vigoureux coup de pied pour lei punir des ordures qu'il n'aura pas faites dans l'escalier; et comme un coup de pied ne laisse pas de traces et que vous ne pourriez pas être vexé d'une chose que vous ignorez, elle prendra le balai avec lequel elle vient de balayer le ruisseau, et parsèmera d'un millier de taches noires son poil blanc et lustré.

Si l'on apporte pour vous une lettre pressée, elle la cachera dans un coin et ne vous la donnera que le soir ou le lendemain matin, et en vous la remettant, elle aura bien soin , par un raffinement de malice , de vous faire savoir qu'on la lui avait recommandée , et qu'elle l'a depuis douze ou quinze heures. « Je vous demande bien pardon, dira-t-elle d'un ton hypo-

rite : elle s'était fourrée dans mon ouvrage et ni ; n'y ai plus pensé. »

Après cela il peut arriver qu'elle se prive lême totalement de vous remettre cette lettre our peu qu'elle ait été apportée par un commisionnaire ou qu'elle soit affranchie. Car, s'il y a in remboursement de port, sa vengeance n'irait as jusqu'à ne pas réclamer les décimes dufac- ?ur! — Diable! la vengeance est une bonne chose, îais surtout quand on peut la savourer gratis î

Vous voulez causer avec quelqu'un d'intérêts ■portants et fermer votre porte à toutes les viites, vous descendez chez la portière : « Vous (r, onnaissez bien M. un tel , lui dites-vous. — )ui ça ? ce monsieur gros et court qui vient les oirs ? — Précisément ; eh bien, je vous prie de ie laisser monter que lui seul chez moi aujourd'hui; je n'y suis pour personne autre. » Cette ecommandation faite, vous pouvez être sûr que ous les importuns vont arriver librement chez ous, et que la personne que vous attendez est a seule qui n'y pénétrera pas.

Et si par hasard vous avez oublié de payer un )illet le jour de l'échéance ! soyez sans inquiéude, elle n'oubliera pas de vous remettre le protêt apporté par l'huissier; mais elle alten-

(Ira que vous rentriez avec quelqu'un ou

sa loge soit remplie par les bonnes de la mal son : ainsi, du moins, tous les étages vont savoir que vous ne payez pas vos billets, que vous êtes dans de mauvaises affaires, que vos meubles vont être saisis, que vous allez être conduit à la prison pour dettes... Heureux si toutes ces bonnes langues ne vous conduisent pas jusqu'aux galères.

Et si votre domestique a oublié de descendre

otre bougie, elle vous laissera monter l'escaier sans lumière , dans la douce espérance que

ous vous y casserez le cou. « Que je suis donc àchée, vous dira-t-elle; mais je n'ai pas le plus ►etit bout de chandelle, et je viens de prêter non rat à madame Patureau. »

Et si vous rentrez passé minuit et qu'il >leuve à torrents ! oh ! alors , la portière nage lans la joie. Vous frappez précipitamment, pan,

us

pan, pan!... La portière se réveille, regarde 1 bougeoir qui lui re^te , et voit que vous êtes! seul qui ne soyez pas rentré. Elle tient la nieil leure de ses vengeances. Pendant qu'elle s'ei réjouit, les gouttières vous inondent et vou frappez toujours. — « Oui, oui, va, frappe!., t'en as pour un bout de temps ! » Le marteaij retentit de plus belle. — « Bon , le v'ià qu; s'impatiente... je crois bien , c'est que d tombe !... Doit -il être trempé! bah! ça le rafraîchira. » Nouveaux coups de marteau ; I maison en est ébranlée. — «Bien! bien!... tout à l'heure j'vas me réveiller. .. j'aime mieux être à ma place qu'à la sienne ; avec ça qu'il fait un froid!... Le pauvre locataire continue de frapper en désespéré, et, enfin, après encore deux ou trois petits monologues tout aussi charitables, la portière se décide à ouvrir. En vous voyant ruisselant de pluie, elle vous dit bonnassement : « Ah ! mon Dieu ! est-ce qu'il pleut? — Je crois bien!... et voilà un quartd'heure que vous me laissez là à la porte. — I — C'est que je dormais. — Diable, vous avez! le sommeil dur ! — Écoutez donc , on a assez de mal ici... et depuis six heures du matin qu'on est sur pied... » Le locataire se hâte de [

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franchir son escalier, et la portière se renfonce si dans ses draps, en se disant in petto : « Il est fi capable d'en attraper une fluxion de poi -

trine. »

i Bon petit cœur !

Nota benè. C'est par ces nuits d'orage

que les mauvais locataires déménagent par la

fenêtre.

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