‹ Physiologie de la portièreChapitre 7 sur 17 · CHAPITRE VII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VII

Contributions indirectes.

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au delà du prix que vous vouliez y mettre. Le chapitre des contributions indirectes tient une large place dans le budget de la portière.

D'abord , elle a droit , — en vertu de quelle charte, je voudrais bien le savoir , — mais enfin elle a droit à une bûche par chaque voie de bois que le locataire fait entrer dans la maison. Et quand je dis une bûche, que l'on ne croie pas que c'est une bûche quelconque , la première bûche venue ; oh ! que non pas : c'est la bûche la plus grosse de toutes, la plus ronde , la plus belle , celle que l'on appelle communément la bûche de Noël. La portière la choisit elle-même : c'est encore un de ses droits.

Aussi combien elle vous regarde en pitié , combien elle vous mésestime , comme vous passez à ses yeux pour un vas grand chose, si , par économie ou pour tout autre motif , vous ne brûlez que du bois commun, du bois flotté , mince et fluet ! Il faut la voir procéder en maugréant à la recherche de sa grosse bûche ! Elle les regarde toutes les unes après les autres en poussant des soupirs. — « Beau fichu bois , s'écrie-t-elle ; c'est un vrai paquet d'allumettes. Faut-il être cancre pour acheter de la saloperie comme ça !... quand on n'a pas le

h-2 moyeu de faire venir du bois, ou prend au co-J tret chez la fruitière. » Et prendre au cotret chez la fruitière, c'est, aux yeux de la portière , le nec plus ultra de la déconsidération. Lorsqu'elle en veut à des locataires, qu'elle les a déchirés à belles dents , et qu'elle a épuisé toutes ses petites infamies, elle termine par ces mots accablants dans sa bouche : Enfin, c'est des gens qui prennent leur vin au litre, et qui vont au cotrel chez la fruitière.

C'est qu'en effet , dans ces deux cas , on la prive du revenu le plus clair de ses contributions indirectes. Car, comme on le pense bien, la bûche par voie n'est pas la seule dîme que la portière prélève sur votre provision d'hiver. La portière est toujours au mieux avec votre bonne ; elle ferme les yeux lorsque son cousin vient le soir ou le matin dans sa chambre; elle lui remet en cachette les petits billets qui arrivent pour elle; elle se charge même verbalement d'une commission amoureuse, et, bien entendu, c'est vous qui payez tout cela. Quand la bonne descend à la cave chercher du bois , < lie oublie toujours une ou deux bûches près de la porte, en dehors, et la portière, qui connaît l'usage , y descend bientôt après elle. Il

en est de même pour le vin : lorsque le panier de douze bouteilles est rempli, la bonne en prend une treizième dans sa main , et celle-là ne monte jamais jusqu'à la salle à manger.

Il est encore un autre impôt que vous payez à la portière, sans vous en douter, c'est celui du luminaire. La portière connaît les habitudes

de chaque locataire , et l'heure à laquelle il rentre. Elle profite de cette connaissance pour brûler en toute sûreté votre bougie. Mais elle n'est pas assez maladroite pour ne s'adresser qu'à une seule ; il faudrait la laisser allumée trop long-temps , et il y paraîtrait a la taille. Chaque bougie y passe à son tour. S'il y en a huit déposées chez elle, chacune fait l'office pendant trois quarts d'heure. Elle s'éclaire ainsi pendant six heures , ce qui la conduit bien à peu près jusqu'au moment où elle se couche. Et sur les ports de lettres ne trouve-t-elle

pas aussi le moyen de prélever son petit ira]

pot? Si, pour lui rembourser ses trois sous, vous lui donnez deux pièces de deux sous, vous pouvez être sûr qu'elle n'aura jamais un sou à vous rendre. Or, de deux choses l'une, ou vous lui direz : « C'est bon ! c'est bon ! gardez pour vous , » et alors les cinq centimes lui sont acquis... ou vous lui répondrez : « Vous me devrez cela. » Dans ce dernier cas , elle ne pensera jamais à vous le rendre; et vous, si par hasard vous y pensez, vous n'oserez pas le lui redemander. D'où il suit que , de toute manière , c'est vingt-cinq pour cent que prélève la portière pour l'avance qu'elle vous fait d'un port de lettre.

Comme on le voit , le casuel de la portière vaut la peine qu'on s'en occupe , ce qui n'empêche pas la bonne femme de passer sa vie à se plaindre, et de dire partout et toujours qu'elle se tue le corps et l'âme pour un morceau de pain.

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