‹ Physiologie de la voix et du chantChapitre 8 sur 8 · DU LARYNX CHEZ QUELQUES MAMMIFERES · texte numérisé non relu

DU LARYNX CHEZ QUELQUES MAMMIFERES

Chiens.

I/épiglotte est triangulaire, ne présente point sur sa face inférieure de crête longitudinale; cette face inférieure est presque plane.

Les cartilages arythénoïdes sont beaucoup moins élevés que ceux de l'homme , placés presque parallèlement l'un à l'autre, beaucoup plus allongés d'avant en arrière que chez l'homme; leur extrémité supérieure est fortement recourbée en arrière en forme d'arc de cercle. Ils se bifurquent antérieurement pour se continuer avec les muscles thyro-arythénoïdiens supérieurs et inférieurs, de telle manière que le contour postérieur des ventricules est tout à-fait cartilagineux.

On voit évidemment des fibres musculaires dans les replis glottiques supérieurs; elles constituent donc aussi le muscle thyro-arythénoïdien supérieur. Ce muscle est situé plus en dehors de l'axe de la trachée que le thyroarythénoïdien inférieur. Les rubans vocaux sont proportionnellement plus épais que ceux de l'homme; la trachée, aussi, beaucoup plus large.

Les ventricules sont profonds, fortement musculeux.

De chaque côté de la ligne médiane de l'épiglotte partent des fibres musculaires qui vont s'attacher aux grandes cornes de l'os hyoïde.

les cartilages corniculés de Santorini, dans beaucoup de larynx, n'existent pas 5 dans quelques autres ils sont apparens, mais faiblement, à l'état rudimentaire; ils ne paraissent que comme une indication. Ils sont situés sur les arythénoïdes, mais plus en dehors qu'eux.

la glotte est ovalaire. Les muscles crico-arythénoïdiens postérieurs sont implantés sur les arythénoïdes , de telle sorte que leur contraction dilate largement la glotte, en agissant précisément sur lé milieu de chaque lame vocale de telle sorte que la forme ovalaire de l'anche se prononce fortement.

e Sur Ies chiens vivans 3 lorsqu'on coupe les replis glottiques supérieurs, la voix n'est pas changée.

Lorsqu'on a amené la glotte dans l'incision faite entre l'hyoïde et le thyroïde , on voit facilement les cartilages arythénoïdes s'éloigner l'un de l'autre dans l'inspiration et se rapprocher dans l'expiration.

Lorsque l'animal crie on voit ces cartilages présenter une agitation, un frémissement, une mobilité rapide; on dirait qu'ils vibrent.... et cependant il n'en est rien ' puisqu'on peut les serrer légèrement avec les doigts et que les sons continuent; on les coupe aussi sans altérer la voix. En pressant le thyroïde latéralement on fait crier l'animal en sons aigus; en le serrant d'avant en arrière on obtient des sons graves.

Cette section entre l'hyoïde et le thyroïde est facile à faire, surtout si l'on fait reposer la partie postérieure du col sur un billot qui rend convexe la partie antérieure le sang quicoule en abondance gêne beaucoup; l'animal

dans ses cris, le pousse â la figure , dans les yeux de l'expérimentateur; il tombe dans la trachée et gêne l'expérience. J'ai essayé quelquefois de lier quelques vaisseaux: c'est difficile 5 le sang coule en nappe au milieu des cris. La cautérisation avec le fer rouge ne l'arrête pas toujours. Ce qui m'a réussi le mieux, c'est la torsion des petits vaisseaux qu'on peut apercevoir ou le mâcheraient avec des pinces fortes, une sorte d'attrition , de broiedes lèvres de la plaie. J'ai trouvé quelques chiens où cette section faisait couler très-peu de sang, c'était surtout ceux qui ne poussaient pas de cris.

les notes que je viens de présenter sur le larynx des chiens sont extraites de toutes celles que j'ai l'habitude de prendre aussitôt après une vivisection et une autopsie cadavérique. Je crois convenable de ne donner ici, sur l'organisation laryngienne des animaux, qu'une courte description des parties qui sont les plus importantes ou les plus remarquables. Je craindrais, en faisant autrement, de tomber dans des longueurs fastidieuses.

Larynx du Chat.

J'étais bien empressé d'ouvrir, d'examiner des larynx de chats. Leurs cris, qui, dans le moment du rut, se rapprochent si bien de ceux des enfans, qui parcourent aussi par saccades des notes graves et aiguës, me faisaient penser que l'étude de l'organe phonateur devait, chez eux, offrir beaucoup d'intérêt. Mais ces animaux ne sont pas faciles à manier; pour les contenir, j'ai fait fabriquer, en bois , un appareil qui me permet de lier solidement les quatre pattes et d'élever , selon le besoin , la partie antérieure du col, de manière à faire saillir en convexité sa partie moyenne.

J'en ai mis à mort un assez grand nombre ; j'ai ouvert aussi beaucoup de chiens, et je dois prévenir que les détails dans lesquels j'entre ne se rapportent pas à un seul de ces animaux, mais à l'organisation que j'ai vu exister dans la majorité des cas.

Dans le chat , l'épiglotte présente à sa face inférieure une crête à peine apparente.

Les replis muqueux arythéno-épiglottiques contiennent un faisceau musculeux fort , mais qui , au lieu de s'attacher au sommet du cartilage arythénoïde comme chez l'homme, descend se fixer sur la partie postérieure et snpérieure du cartilage cricoïde, à coté de l'articulation crico-arvthénoïdienne.

Les cartilages arythénoïdes ne présentent point de tubercules de Santorini.

Les ligamens supérieurs de la glotte sont plus déjetés en dehors que chez l'homme.

Les ventricules sont proportionnellement moins profonds que ceux de l'homme ; ils paraissent plutôt triangulaires qu'ovalaires , la base tournée en avant contre le thyroïde et le sommet en arrière.

Les cartilages arythénoïdes présentent à leur sommet une disposition très-remarquable ; ce sommet est un bord courbé en arc de cercle^, la convexité est en haut; la partie postérieure de ce bord convexe est plus rapprochée de celle du côté opposé qu'antérieurement. Entre cette partie postérieure des deux bords supérieurs des cartilages arythénoïdes et le bord supérieur du muscle arythénoïdien, il existe un petit intervalle curviligne presqu'ovale. Cet intervalle est absolument une gouttière arrondie qui se confond plus bas et antérieurement avec la glotte. La description peut difficilement en donner une

idée exacte. J'ai voulu en présenter un dessin, de même que celui de -lotte humaine en diverses positions. Mon peintre s'est mal tiré de sa mission: ces dessins sont tels qu'on ne les comprend pas suffisamment; ils sont inexacts, j'ai dû y renoncer.

La glotte présente une disposition remarquable. Lorsqu'on l'examine abandonnée à elle-même , on la voit plus étroite antérieurement que postérieurement, mais affectant une forme ovale irrégulière; en effet elle présente un angle aigu antérieurement et un angle arrondi postérieurement; elle est plus large dans son milieu qu'à ses extrémités.

Il est évident que les ligamens supérieurs de la glotte sont trop en dehors du courant d'air pour en recevoir le choc et pouvoir vibrer. Lorsqu'on presse sur les muscles crico thyroïdiens postérieurs , la glotte est largement ouverte et devient vraiment piriforme.

tJuand on rapproche fortement les cartilages arythénoïdes, le tiers antérieur de la glotte se trouve fermé, il y a même à ce tiers antérieur, dans chaque lèvre de la glotte, un petit point légèrement saillant qui se met de suite en contact, comme il arrive chez l'homme, au tiers postérieur ou à la moitié des lames vocales.

Larynx du Renard*

L'épiglotte est semblable à un cœur de carte, point de crête à sa face inférieure. La pointe se relève en haut et en arrière. La glotte est triangulaire, sommet en avant contre, le thyroïde; arythénoïdes petits , peu élevés comme chez le chien; les muscles arythénoïdiens trèsprononcés se voient très-bien, ils sont insérés sur le cricoïde, à la partie postérieure, sur la portion moyenne qui s'élève plus que chez l'homme.

Les muscles sont très-prononcés , les laines gîottiques sont presque tranchantes au bord libre, elles sont moins fortes, moins épaisses que celles du chien ; elles vibrent très-facilement. Ventricules bien prononcés. La glotte ressemble beaucoup à celle du chien.

Les lames ou ligamens gîottiques supérieurs n'existent qu'à l'état rudimentaire , c'est-à-dire qu'ils ne semblent formés que par un repli de l'épiglotte.

Cette épiglotte se continue avec les arythénoïdes par un bord bien tranché, blanc, évidemment fibro-cartilagineux.

Larynx du Mouton, Bouc, Chèvre.

Je réunis ces trois larynx dans le même article parce qu'ils se ressemblent beaucoup.

L'épiglotte est triangulaire, tout-à-fait plane à sa face inférieure.

Cartilages arythénoïdes recourbés en arrière de telle manière que le bord postérieure est concave , représentant par cette concavité la moitié d'nn cercle. L'extrémité postérieure de ces cartilages est très-mobile; la face interne , tournée directement l'une vers l'autre , est très-large, absolument de même tissu que celui de l'épiglotte. La base de ces cartilages présente, comme chez l'homme , une apophyse antérieure et une postérieure.

Dans la chèvre , les cartilages arythénoïdes sont surmontés d'un cartilage en tout semblable à l'épiglotte. Ce cartilage, réuni par une substance très-dense à celui du côté opposé , forme une gouttière presque aussi large que l'épiglotte , concave supérieurement.

Les muscles sont forts , bien prononcés. Le crico-arythénoïdien latéral est bien détaché du thyro-arythénoïdien.

Au-dessus des lames thyro-arytliénoïdiennes il n'existe pas de ventricule 5 il n'est indiqué que par une escavaJ tion très-légère , et cependant les lames sont assez isolées pour vitrer. Ces lames sont molles et peuvent acquérir beaucoup de tension et présenter un grand relâchement]

Les muscles thyro-arythénoïdiens supérieurs n'existent pas.

Les thyro-arythénoïdiens inférieurs sont très-épais, très-puissans; ils sont surmontés par des libres aponé- j vrotiques, tendineuses, constituant les lames vocales et vibrant facilement sous le souffle de l'aide ou de mal musette.

Ce qu'il y de plus remarquable dans ces larynx, c'est j une saillie que fait inférieuremet le cartilage arythénoïde;àla partie antérieure de cette saillie s'attache l'extrémité postérieure du muscle thyro-arythénoïdien , et derrière cette saillie se trouve creusé, aux dépens du çricoïde, une excavation assez profonde dans laquelle l'extrémité inférieure de l'arythénoïde est mobile.

Bœuf.

la glotte, les cartilages arythénoïdes ressemblent beaucoup à ceux du mouton et de la chèvre.

Le muscle arythénoïdien est composé de fibres parallèles étendues d'un cartilage arythénoïde à l'autre ; on ne voit pas de fibres obliques. Le muscle crico-arythénoïdien latéral est tout-à-fait séparé du thyro-arythénoïdien. Le muscle arythéno-épiglottique est très-fort, très-facile à disséquer.

Le muscle thyro-àrythénoïdien est très-épais , beaucoup plus large antérieurement que postérieurement, triangulaire, base en avant, sommet postérieur. Les lames vi-

bratiles , thyro-arythénoïdiennes inférieures, correspondent à la partie tout-à-fait inférieure du cartilage thyroïde. Elles sont beaucoup plus épaisses que chez l'homme x mais moins denses, moins aponévrotiques, d'un aspect moins nacré, moins tendineux que chez l'homme : plus en arrière que ces lames, se voit la face interne du carr tilage cricoïde qui est profondément excavé. Il n'existe point de ventricules au-dessus des lames glottiques, qui cependant sont isolées et font une saillie suffisante pour vibrer facilement.

Point de ligament supérieur de la glotte; au lieu des ventricules, il se trouve une légère dépression au-dessus des lames vibratiles.

J'ai expérimenté tous ces larynx par l'insufflation opérée par la bouche d'un aide vigoureux et par le réservoir de ma musette.

Il faut rapprocher les arythénoïdes et donner une légère tension aux lames vocales en tirant sur le tyroïde; alors, fait bien remarquable , c'est qu'on retrouve sur chaque animal le caractère du cri qui appartient à son espèce.

Pour obtenir des sons delà glotte d'un bœuf, la bouche d'un aide est impuissante. Il a fallu remplir fortement d'air le réservoir de ma musette, et encore plus d'une fois, la colonne d'air s'échappait sans production de sons: nouvelle preuve de la nécessité d'une proportion entre les puissances d'expiration et la résistance, les dimensions de l'ouverture glottique.

J 'étais venu à bout de me procurer un larynx de loup. Lorsque je l'ai reçu , il était entièrement putréfié ; je n'ai pu le disséquer.

J'ai étendu mes recherches aux larynx des oiseaux

chanteurs. Ainsi , j'en ai disséqué plusieurs appartenant à des rossignols et à des canaris mâles. J'ai d'abord cherché le larynx inférieur que beaucoup d'auteurs admettent dans les oiseaux chanteurs; je n'en ai jamais aperçu. On trouve bien à la réunion des bronches un renflement cartilagineux; mais ce renflement n'est rien autre que le premier anneau de la trachée plus large, plus saillant que les autres, auquel viennent se réunir les bronches.

La glotte est placée chez tous les oiseaux au lieu ordinaire, seulement elle paraît plus basse parce que les cornes de l'hyoïde sont très-allongées, et que le larynx peut monter et descendre beaucoup par la grande mobilité , la grande contractilité du tube sur-laryngien.

la glotte, dans le canari, comme dans le rossignol, présente deux petits cartilages allongés, libres dans la moitié de leur étendue, réunis postérieurement par un muscle arythénoïdien. Leur partie antérieure libre circonscrit un petit espace demi-ovalaire complété en ovale entier par des fibres musculaires. La description ne saurait en donner une idée exacte; mais on voit, au premier coup-d'œil , que cette glotte est merveilleusement disposée pour s'ouvrir largement et se resserrer beaucoup, et produire des sons admirables. Cependant il n'existe aucun ventricule; mais les lames glottiques sont assez isolées pour vibrer.

J'ai ouvert les larynx des oiseaux criards, tels que le geai, la pie. Toujours point de larynx inférieur, toujours dans la glotte disposition analogue à celle que je viens de décrire.

Pour bien étudier sur l'homme les vibrations des lèvres glottiques, j'ai fait construire un stéthoscope courbé de

telle façon qu'appliqué sur mon oreille il vienne reposer, par l'autre extrémité taillée en cône, sur le thyroïde. J'avais pour but d'étudier sur moi-même les vibrations des lames vocales dans tous les tons du chant, et dans un effet de la voix qui étonne et qu'on n'a pas encore bien expliqué; je veux parler de Vengastrimisme ou ventriloquie. Le stéthoscope ordinaire ne peut remplacer celui que j'ai imaginé, parce que jamais un aide n'est assez patient pour prêter son larynx à toutes les recherches nécessaires; il faut vraiment, pour opérer avec succès, agir soi-même, sur son cartilage thyroïde , avec l'instrument recourbé dont je parle.

Cet instrument a coûté beaucoup de temps, beaucoup de tâtonnemens aux ouvriers de la ville que j'habite. L'un d'eux vient seulement de m'en remettre un. Je vais m'en servir pour compléter des recherches que j'ai commencées sur plusieurs ventriloques et sur moi-même qui suis parvenu à parler aussi un peu en ventriloque.

Lorsque j'aurai rassemblé assez de données , que j'aurai obtenu quelques résultats certains, je m'empresserai de les publier.

Je termine en exposant, ici, quelques expériences que j'ai faites pour construire une glotte artificielle, semblable à celle de l'homme.

J'ai essayé avec des lamelles de cuivre, de corne , de peau, de baleine ; il me fallait la souplesse des lames vocales, leur élasticité et leur forme afin d'obtenir leur mode d'action, et démontrer ainsi mécaniquement , par ce procédé artificiel, la vérité de ma doctrine de phonation. On devine que je n'ai pu y parvenir, et je n'ai pu trouver de mécanicien assez adroit pour m'aider.

Je cite ces efforts faits, parce qu'ils pourront guider

ceux qui seraient tentés d'imiter ces recherclies ou plutôt de les poursuivre.

ta seule matière qui m'ait donné quelques sons, c'est le parchemin. En mouillant légèrement un morceau de parchemin pour le ramollir, en repliant ce parchemin sur lui-même, vous obtenez l'épaisseur des lames vocales ; au-dessus d'un roseau taillé en biseau et en demi-cercle à Tune de ses extrémités , tendez plus ou moins deux parties de parchemin préparé comme je l'ai dit; arrangez ces deux parties de manière à ce qu'elles circonscrivent entr'elles un petit espace elliptique analogue à la glotte ; faites souffler par l'autre extrémité du roseau, vous obtiendrez ainsi quelquefois des. vibrations qui vous donnent quelques sons , mais obscurs, Lien vagues; le caoutchout pourrait encore être essayé.

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