COROLLAIRES PHYSIOLOGIQUES ET PATHOLOGIQUES
Les muscles thyro-arythénoïdiens ne vibrent jamais, mais seulement les lames vocales.
Lorsque ces muscles se contractent fortement pour former les sons aigus, ils pourraient plisser les lames vocales si, en même temps, les muscles hyo-thyroïdiens n'entraient en action, et ne donnaient ainsi de la tension à ces lames.
Quelques physiologistes demandent encore à quoi servent les ventricules ? M. Magendie l'a dit depuis longtemps; ils isolent les lames vocales pour faciliter leurs vibrations. — J'ajouterai que chez l'homme comme chez tous les animaux où ils existent, ils sont tapissés par des fibres musculaires, sans doute pour qu'ils aient la faculté d'expulser les mucosités ou les corps étrangers qui s'y logeraient.
Il faut très-peu d'efforts pour produire la phonation, c'est-à-dire pour mettre en vibration l'anche humaine. Elle devrait servir de modèle pour la construction des anches de nos instrumens. Ces dernières pourraient être plus souples, se rapprocher davantage, dans leur structure, dans la matière de leur composition, de la densité des lames vocales.
Pour voir facilement combien les lames vocales s'inclinent sur l'axe de la trachée , il faut examiner un larynx par sa partie inférieure.
Toutes les fois que la muqueuse qui couvre les lames glottiques est altérée, épaissie, ou simplement engorgée, la voix est changée, elle est moins claire, et ordinairement plus grave qu'à l'état normal; de nombreuses
autopsies m'ont appris ce fait. Ces larynx ne valent rien pour l'expérimentation, ils ne peuvent donner les notes aiguës.
Une bronchite , une amygdalite , une stomatite, en d'autres termes, uneinflammation de la muqueuse buccale, pharyngienne, trachéale et même nasale, se communique facilement au larynx. L'émission des sons, alors, est difficile , altérée.
La muqueuse glottique peut brusquement s'engorger , par exemple sous Finfluence d'un refroidissement des pieds, d'une course contre la direction du vent, de l'insolation , etc. La voix est voilée; quelquefois, il y a danger imminent de suffocation. J'ai vu cette suffocation menacer les jours d'une femme de 35 ans, très-irritable , très-maigre , à la suite d'une application de sangsues que j'avais prescrite pour combattre une douleur de dents. Au lieu de placer les sangsues sous les angles maxillaires , la malade les laissa piquer sur la partie moyenne et antérieure du col; le sang coula peu. Quelques heures après, un gonflement considérable, une rougeur érysipélateuse se manifestèrent au col ; la malade étouffait... la respiration était sibilante, la voix rauque.... Il y avait évidemment gonflement de la muqueuse glottique (1) qui s'engorge plus facilement qu'on ne croirait avant d'avoir observé les faits. Une forte saignée, des dérivatifs actifs sur les hras, de l'eau froide, acidulée sur le col et dans la bouche sauvèrent cette femme.
Les treplis arythéno-épiglottiques s'engorgent souvent aussi ; mais cet engorgement ne constitue pas un danger pressant, parce que l'ouverture comprise entre ces re-
(I) Angine laryngée, gloltique des auteurs.
plis est bien plus grande que celle que bornent les lames vocales. Ces replis présentent un tissu très-mou, très-lâche chez la plupart des individus qui meurent infiltrés, hydropiques, ils sont boursouflés, gonflés par une infiltration séreuse; et néanmoins pendant la vie, la respiration n'était pas gênée par ce gonflement.
J'ai vu un larynx dont la muqueuse était d'une couleur grise, ardoisée, d'une odeur fétide, gangreneuse. Il appartenait à un homme âgé qui venait de succomber avec un abcès sous le menton.
Lorsque dans les spasmes du larynx il y a aphonie , c'est que les muscles dilatateurs, convulsés, ont ouvert la glotte au point de ne plus permettre aux lames vocales de recevoir le choc de l'impulsion de l'air.
Quelquefois, ce sont les muscles constricteurs qui présentent un état spasmodique; alors il y a sensation d'une boule qui étouffe, telle dans Y hystérie (1).
La mue de la voix qui survient à la puberté n'est autre chose que l'engorgement des lames vocales déterminé par une nutrition plus active, par un nouveau travail d'organisation. La puberté, du reste, n'appose pas son cachet seulement sur le larynx, puisque le corps entier présente, à cette époque, un développement rapide, que tous les tissus sont plus injectés, plus stimulés, plus nourris. Pendant la mue de la voix, il est facile de comprendre que le repos de la glotte est nécessaire, c'est-à-dire la cessation du chant, parce qu'en effet, il serait dangereux d'augmenter une stimulation déjà fort
(I) J'ai expliqué , dans plusieurs Mémoires publiés sur la rage , le rôle que joue la glotte dans la mort des individus atteints de cette maladie.
active; ensuite parce que l'étude du chant donnerait des résultats infidèles qui tromperaient pour l'avenir, lors même que l'hygiène ne donnerait pas le conseil du repos, la nature indique assez qu'il est convenable puisqu'alors les notes sont voilées,, sans harmonie et difficiles à former.
Lorsqu'il y a altération dans la voix, difficulté subite de chanter juste, elles peuvent encore être produites par l'innervation trop forte ou trop faible qui fait contracter les muscles phonateurs d'une manière anormale. — Il y a sthénie ou bien asthénie.
Les indications du traitement sont faciles; je n'entends nullement parler ici de ces maladies de longue durée, profondes, qui désorganisent le larynx.
Pour appuyer sa doctrine vocale, Bennati cite deux faits très-intéressans , mais dont l'explication ne me paraît par rationnelle.
« i° Celui d'un prince qui avait un abcès à la région « tonsillaire qu'on *ne pouvait apercevoir malgré l'em- « ploi de tous les moyens usités en pareil cas. Le docteur «KorefF engagea son malade à chanter la note la plus « aiguë qu'il pouvait fournir. L'abcès alors devint visible, fut cautérisé et guéri. »
L'explication que je propose est bien simple. Si l'on se rapelle ce que j'ai dit, dans le cours de ce Mémoire, sur la manière dont la formation des notes aiguës soulève la glotte, sur le courant d'air qui est plus rapide alors puisque la glotte est plus étroite, on comprendra sans peine que la tonsille malade a dû être projetée légèrement en avant par le procédé M. KorefF.
2e fait. — « Le comte Fédrigotti était grand amateur «de chant, mais ne pouvait tirer parti de toutes ses
«ressources; il se fît extirper par un chirurgien célèbre «les deux tiers de chacune des tonsilles ; sa voix alors «acquit un timbre plus clair, gagna quelques notes, etc.» Qu'en conclure ? sinon que la section faite sur les amygdales trop volumineuses a opéré un dégorgement qui s'est étendu aux lames vocales, dont les vibrations sont ainsi devenues plus faciles, plus nettes.