PRÉFACE
L'ouvrage que j'ai l'ijonneurde présenter au pul)lir français se compose de deux parties, cfui forment, dans l'édition allemande, chacune un volume séparé. La première traite spécialement d'optique physiologique ; j'en ai résimié les aperçus dans l'introduction qui suit. La deuxième est consacrée à des questions de psychologie, et S(^ trouve ici traduite eu son entier. Ces deux parties, il est vrai, S(î complètent l'une l'autre ; mais l'abondance de l'ouvrage obligeait à fain^ un choix, et il a fallu sacrifier la première, quoiqu'elle ne soi! pas la moins intéressante. J'en ai conservé du moins l'essentiel, et j'ai fait de mon mieux pour ne pas tronquer les doctrines de l'auteur.
M. Georges Hirth est petit-fîls, par sa mère, d'un philologue et poète français que la Révolution exila de Paris: celui-ci devint professeur de gymnase en Allemagne, ^viico au latiu qu'il parlait couramment, et épousa une belge de Namm*, femme énergique et très cultivée. Son ])ère, fils d'un solide paysan de Thuringe, était avocat, bon orateur, et, ajoutons-le, fort préoccupé de l'invention d'un moteur perpéinel. On ne s'étonnera point de retrouver en M. Hirth les marques de ses origines, une nature d'homme actif et de logicien, unissant le goût des choses d'art à celui de la spéculation scientifique. Ecrivain depuis trente ans, d'abord statisticien et économiste, puis journaliste, imprimeur et éditeur d'un grand journal, collectionneur d'antiquités, et au besoin décorateur pour son propre usage, M. Hirth a donné déjà au public Le Cicérone de
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l'ancienne Pinacothèque, de Munich et de la galerie de peinture de Berlin, les Idées sur Venseignernent du dessia et la culture de la vocation, l'Art pratique, les grands Illustrateurs des XVI'', XVI I*^ et XVIIP siècles, la Bibliothèque des amateurs de livres, et l'Intérieur allemand (das Deutsche Zinimer), sorte de pliilosophie des arts décoratifs. Dans sa Physiologie de fart, il se révèle enfin psychologue instruit, délié, et plein d'ardeur. Il a des hardiesses qui pourront semhler de la témérité, et il ne laisse point que de pousser, ici et là, des reconnaissances aventureuses. On ne lui contestera du moins ni l'originalité des vues, ni l'indépendance du jugement. Il a surtout le grand avantage de parler des choses d'art en homme qui les comprend et à qui les œuvres des maîtres sont devenues familières. Ce n'est pas précisément le cas pour lous les savants qui touchent à l'esthétique.
Deux critiques parfaitement compétents, Ernest Brtlclve et Cornélius Gurlitt *, ont jugé de la manière la plus favorable, (Ml Allemagne, l'ouvrage de M. Hirth. BrUcke reconnaît la ^aleur de ses recherches sur l'optique; Gui-lilt le félicite <ravoir tiré hors de la métaphysique et du raisonnement pur la Ihéorie et l'enseignement de l'art, pour les placer dans la jouissance et l'observation de la nature. Qu'il me suffise d'invoquer ici le bon témoignage de ces deux écrivains, sans préjuger en rien l'opinion de la critique française î
Un ancien élève de l'Ecole normale supérieure, M. Lucien Alekan, m'a prêté son concours pour la traduction de la deuxième partie du livre. J'ai plaisir à lui en laisser le méiMte ot à le l'emercier.
1. Beilage zur allgemeinen Zeitung^ 27 iiovoml)i'o 1891. — Die Gcffentvart^ iO ocU)hn) 1891.
Ecole de dessin an pi
Kintre japonais Eiôsai.
INTRODUCTION
Je ne voudrais pas introduire un ordre artificiel dans les études discursives qui forment la première partie du livre de M. Hirth. On me permettra cependant, pour la clarté de cette Introduction, d'en distribuer les matières sous quelques titres généraux. Dans les Considérations préliminaires, j'ai groupé quelques-unes des idées de Fauteur dont le développement se trouvera dans l'ouvrage même. J'ai réuni, comme se rapportant à la forme, les chapitres où il est parlé de la vision monoculaire et binoculaire, de la profondeur et de l'élargissement bilatéral du champ visuel, de la perspective et des points identiques, et j'ai rapporté à Y éclairage ceux qui L dtent de l'addition des lumières des deux yeux et des problèmes de notre mesure optique. Le dernier chapitre concerne le mouvement, et complète la notion que nous nou faisons tous d'une chose « vue ».
Deux thèses principales donnent à ce livre sa vie et son unit^ L'une est que la fonction première de notre appareil dioptrique consiste à fournir à notre organe central, — l'œil intérieur de M. Hirth, — un matériel que celui-ci a la charge d'interpréter. L'autre e st qu'il faut se débarrasser des concepts mathématiques, beaucoup trop rigides pour s'appliquer aux problèmes délicats de la vision, et restituer enfin la sensation visuelle telle qu'elle est. Ces thèses impliquent d'ailleurs, ainsi qu'on le montrera, l'admission d'un processus électro-chimique, sans lequel les propriétés de l'œil et les merveilles de la vision demeurent inexplicables.
Mais il n'y a pas lieu d'insister sur ces généralités, et je passe tout de suite à l'exp osition des doctrines de M. Hirth, dans laquelle, j'en avertis le lecteur, je m'abstiendrai sévèrement de laisser paraître aucune critique personnelle.