Helmboltz, Optique pigiiolojîqut, 1" édition, page
a. HIBTH. 10
vations, eu véritr primitivos, j'ai trouvé que ce mouvement est indécis : un point lumineux, perçu actuellement par nous dans la cavité rétinienne, ne semble pas, dans le cas d'obscurcissement parfait du champ visuel, se diriger aussitôt et avec une entière exactitude du coté flxé maintenant par rœii. Surtout si, en fermant les paupières ou sur un champ visuel obscur, je laisse l'image consécutive se déplacer avec le regard, j'ai la sensation qu'elle ne peut être qu une image psychique et non rétinienne. Comme preme que la reproduction lumineuse proprement dite, positive ou négative, s'effectue dans l'œil intérieur, dans les sphères visuelles de l'écorce cérébrale, je veux rappeler seulement encore les maladies nerveuses que se sont attirées plus d'une fois par leur imprudence des observateurs passionnés d'images consécutives*. Je ne suis pas allé aussi loin, mais je puis affirmer avoir ressenti à maintes reprises, à la suite d'expériences prolongées, non seulement des maux d'yeux et de tète, mais surtout une sensation de brûlure à l'occiput (dans les sphères visuelles?).
Mais n'avons-nous jamais, en réalité, pu reconnaître dans l'hallucination, dans la vision artistique, dans l'appaiilion du rêve riche en lumière et en couleurs, et en général dans toute vive reproduction de souvenirs visuels, que des modifications plus ou moins importantes d'images consécutives? N'avons-nous là jamais que des images mnémoniques brillant par elles-mêmes, ou n'avons-nous là aussi, peut-être, que de simples « interprétations » de perceptions actuelles?
1. Voir dans Helmholtz, Optique phi/siol., i'* édition, page 357, un avis digne de considération. En traitant de Tincertitude et de la défectuosité de ces observations, il dit : « La difficulté réside tout d'abord dans le temps nécessaire au début à tout observateur pour s'babituer à saisir et à juger sûrement les phénomènes relatifs à ses recherches ; mais surtout ces expériences attaquent si vite les yeux que, si on les poursuit trop longtemps, il se produit de graves ol dangereuses maladies des yeux et des nerfs. Aussi les observateurs n'ont-ils pu jusqu'ici découvrir ou même confirmer qu'un nombre de faits relativemeul ix'tits ; et tout observateur futur qui veut instituer des expériences de ce genre fera bien de se borner chaque jour à quelques expériences, d'en interrompre la série, dès qu'il remarquera que les expériences ou, en général, la contemplation d'une lumière brillante ou de couleurs vives entraînent de légères douleurs d'yeux ou de tôte, ou si les reproductions commencent à prendre plus de force et plus de durée qu'elles ne doivent en avoir dans rœil normal. »
Maury* rapporte le fait suivant : « Un malade atteint d'halliicinations analogues à celles de Nicolaï, aperçut soudain au pied d'un arbre un homme enveloppé d'un large manteau bleu, et, voulant vérifier une expérience célèbre de David Brewster, il pressa le globe d'un de ses yeux ; il rendit ainsi la figure moins distincte ; puis la regardant obliquement, elle lui apparut double et de grandeur naturelle ». Ces cas et autres semblables formaient la base de l'opinion émise il y a trente ans par Maury, d'après laquelle les apparitions hallucinatoires, leur épanouissement en couleur et leur décoloration successive seraient des excitations rétiniennes, entretenues ou provoquées à coup sûr par une irritation du cerveau. Si le rapport cité est digne de foi, si vraiment l'image hallucinatoire pouvait apparaître double à la suite de la compression d'un des bulbes, on ne saurait douter en ce cas d'une participation des rétines à la fantasmagorie. Mais alors il s'agit en première ligne, non pas d'une image fantastique issue des éléments représentatifs, mais bien plutôt d'un cas d'assimilation actuelle* interprétée par un malade.
1. Alfr. Maury, Le sommeil et les rêves, Paris, 186?3, 3* édition, pajje 60. Maury «ite ce cas remaniuable d'après les Annales médico-psychologiques^ III, page 170. mais sans indifjuer la série de ce journal, qui contient de nombreux volumes. Je n'ai pas pu trouver la citation.
2. On demandera peut-être avec étonnement s'il y a donc encore une assimilation autre que l'assimilation actuelle. Je le crois ! Le rêve nous représente souvent des personnes, des scènes dont nous nous disons pendant le rêve même que nous ne les avons encore jamais vues ou ne les connaissons que superficiellement. Dernièrement, j'avais une vision très intense de mon pays natal : c'était la nuit, il faisait clair de lune ; je m'approchais de la maison paternelle ornée de son perron et de son acacia ; sur l'escalier, je vis un homme : de la taille, du maintien, de l'habillement i^il portait une casquette de fourrure noire, d'où sortait la chevelure blonde bouclée, et un large manteau à pèlerine de drap bleu, selon la mode d'il y a quarante ans), je conclus que c'était mon père, mort depuis trente-quatre ans déjà. L'homme montait lentement l'escalier, il me tournait doûc le dos. Je retins mon haleine. « Mon père, feu mon père », me disais-je. Je savais en rêve qu'il était mort, mais je le voyais nettement devant moi, seul son visage me restait encore caché. Je pris alors courage et lui posai doucement la main sur l'épaule, eu lui demandant : « Père, est-ce bien toi ? » L'homme se retourna aussitôt. Son visage m'était entièrement étranger, il avait une barbe, comme mon père n'en avait jamais porté ; je pourrais aujourd'hui encore dessiner ce visage, tant je l'ai considéré avec attention. Il me regarda avec bienveillance et me dit qu'il y avait sans doute erreur de ma part. La scène était demeurée la même. Cet exemple peut suffire à prouver quo nous avons aussi dans le rêve des assimilations de forme accomplie.
i48 PHYSIOLOGIE DE L'ART
Comme je l'ai expliqué plus haut (pages o7, 109), la reconnaissance est la fonction du sens visuel la plus fréquente, la plus indispensable à nos mouvements, à notre nutrition, etc. Déjà dans Tétat intellectuel normal l'homme déploie à cet effet une virtuosité véritablement énorme; dans le demi-jour surtout, et en général dans tous les cas d'astigmatisme, une longue expérience nous met en état de doter les phénomènes môme les plus confus d'images mnémoniques relativement correctes. Le myope va le plus loin en ce sens. Mais toute imagination vive, qui se complaît dans les images, aime à dépasser l'enchaînement de la raison, sans que nous devions pour cela admettre déjà une surexcitation maladive. Les images mnémoniques s'imposent formellement à la perception actuelle.
Hamlet. — Voyez-vous ce nuage là-bas, qui ressemble presque à un chameau ?
PoLOMus. — Par le ciel, il ressemble vraiment à un chameau. Hamlet. — Il me paraît ressembler à une belette. PoLONius. — Il a le dos d'une belette.
Hamlet. — Ou à une baleine ?
PoLOMus. — Une véritable baleine î
Nous avons là un fin échantillon d'observation physiologique. Hamlet, dans sa folie simulée, fait sentir à ce vieux niais de Polonius toute la supériorité de son esprit et montre comme il est facile de mettre à nu avec grâce les « approbateurs » de cette sorte sans caractère. Qu'on se rappelle aussi le dialogue précédent avec Gtildenstern : « ...le petit instrument que voici renferme beaucoup de musique, une voix magnifique, et cependant vous ne pouvez en tirer un son. Par Dieu! croyez-vous que je sois un instrument plus facile à manier qu'une flûte ? » L'entretien avec Polonius apparaît donc à la fois comme une glorification de l'imagination créatrice et de la critique. Les images mnémoniques tant soit peu semblables s'offrent d'elles-mêmes à la vive fantaisie d'Hamlel : mais tandis qu'il embrasse dt^jà à l'avance du regard toute la série de ces idées et en fait l'instrument de son ironie, il persifle la lenteur d'esprit de Polonius ; Polonius se traîne à sa suite, aucune idée ne lui vient et il demeure bouche
béante ft chaque image nouvelle, plus pr6t encore à céder au caprice du prince qu'à sa propre conviction. Il n'y a ni chcî! l'un ni chez l'autre la moindre trace d'hallucinations : ce sont seulement les deux pOles de la mobilité toute normale et saine du choix mnémonique qui précède chaque acte de reconnaissance. Il n'en est pas autrement du « visage » et de « l'homme » observés dans la lune : chaque jeune niais los connaît et les reconnaît, puisqu'ils sont admis au nombre des symboles de l'humanité, mais le premier qui les a reconnus était un poète. L'Invention fabuleuse dans l'association des images est aussi vieille que notre race. Si le moineau respecte le gardien du champ dans l'épouvantait balancé par le vent, plus d'une fois l'homme épris d'amour reconnaît dans un épouvantait le protol;-pe de la beauté. Les artistes surtout possèdent l'heureux don de combler les lacunes et de ne pas se laisser induire en erreur par des défauts partiels de leurs modèles. Celle faculté première du sens visuel, cette tendance à enrichir les ustensiles et ouvrages humains de réelles images collectives empruntées au souvenir, est le fondement des premiers essais artistiques des peuples de la nature; c'est aussi en dernier ressort le fondement de tout art, de toute satisfaction, de toute joie de vivre plus haute. Chez l'halluciné, cette virtuosité de la reconnaissance iniaginative s'exagère en règle générale jusqu'à l'état morbide. Aussi est-il souvent difficile de dislinguer s'il s'agil chez lui d'images actuelles ornées par l'imagination, comme dans le cas d'Hamlct, ou d'images mnémoniques entièrement actives, comme dans le cas de M. Baillarger. Le cas cité par Maui7 (page 147) rentrerait plutôt, je l'ai déjà dit, dans la première catégorie ; de même pour « l'homme dans la lune », que nous voyons double si nous percevons en double l'image de la lune en louchant volontairement ou en comprimant l'une de nos prunelles. Il est d'autant plus difficile de se prononcer, que les deux sortes d'hallucinations présupposent un fond objectif obscm" ou crépusculaire, ou, ce qui revient au même pour l'effet produit, une réduction de la sensation lumineuse actuelle. Tant que l'halluciné, en plein jour, perçoit tous les objets do son entourage avec précision
«»t notteto, ou lant qu une personne qui lui impose Tempêclio (le s'abandonner à ses penchants morbides, il reste presqiio toujours exempt de tentation. Mais aussitôt que le demi-jour objectif ou subjectif) et avec lui l'astigmatisme entrent en jeu, les formes fantastiques s'étendent, en repos ou en nioii- >ement, sur le fond réel obscur. Les images lumineuses du souvenir et du présent se complètent les unes les autres : les premières ont à remplir un rôle plus actif, les dernières un rôle plus passif.
Si nous déduisons maintenant dans ces phénomènes l'élément morbide, nous avons un tableau des faits, tels qu'ils se passent dans la mémoire lumineuse de tout esprit sain, ri surtout de tout esprit doué de talent artistique. Une fois ce sont plutôt des images mnémoniques actives, isolées ou collectives, du genre des visions et des rôves, qui s'établissent par leur propie force ou font pencher la balance de leur côté, une autre fois ce sont plutôt les images actuelles, auxquelles viennent s'incorporer pour les compléter des images antérieures ou des parties de ces images. Ce dernier cas est par exemple celui du jeune homme qui, à la sortie du théâtre, Irouve belles sans exceplion toutes les dames à la lueur indécise des becs de gaz. La bonne humeur et le sentiment d'une cei'taine force occupent là une grande place ; sous leur influence tout nous apparaît « plus rose » ; les images et couleurs agréables du souvenir prennent le dessus, la crainte et le sentiment de faiblesse favorisent par contre plutôt les images tristes, inquiétantes, l'évocation môme de fantômes. Je me bornerai à remarquer brièvement que le mouvement, les signes lumineux consécutifs de la vie et de la nature, surgissent toujours aussi en même temps de notre souvenir. Dans des conditions favorables, ces signes acquièrent, môme dans des esprits sains, une force irrésistible. Si nous considérons, par exemple, quelque temps la poitrine nue d'un cadavre, nous croyons apercevoir les légers soul^ vements et abaissements dus à la respiration. C'est une image forcée, sans idée fixe, il est vrai; mais l'idée fixe appalaît aussi, quand l'amour et l'espérance s'attachent à l'illusion. Que de fois le médecin n'a-t-il pas été rappelé sur
LE SOUVEjSIR VISUEL COMME LUMIÈRE COLORÉE Ib'l
l'affirmation solennelle qu'on a vu respirer le mort! Soit encore le cas du chasseur qui rencontre, dans la forôt vierge des tropiques, un carnassier jusqu'alors inconnu de lui; avant même qu'il en prenne conscience, une image s'est formée de sa provision de souvenirs, sur ce que va faire cet animal, s'il l'attaquera et comment il bondira, si ses crocs ou ses griffes sont le plus à redouter, etc. — toutes images consécutives de mouvements, dont la juste assimilation automatique décide ici d'une vie d'homme.
La mobilité de la mémoire lumineuse dépend de l'abondance des matéi'iaux dont se sont formés un à un les types (ie souvenirs, ainsi que de la pratique dans 1' « équation » de la lumière, pourvu toujours que le talent d'association lequis ne fasse pas défaut. Le paysan qui a vu pour la première fois aux rayons du soleil un édifice monumental de la ville, ne le reconnaîtra sans doute pas aussitôt par une pluie forrentielle ou sous l'éclairage du soir; Tarchitecte ou le |)eintre expérimenté, non seulement le reconnaissent, mais se rimaginent avec les éclairages les plus divers. Ils en re- Irouvent la forme dans l'esquisse la plus fugitive jetée sur le papier, pour laquelle le paysan n'a pas la moindre intelligence. Le type « femme blonde » comporte comme éléments un teint clair rosé, et des yeux bleus. Celui qui n'a encore jamais vu de blonde aux yeux verts et au teint méridional, stM-a peut-ôtre tout d'abord incapable d'en juger : c'est que l'organisation mnémonique présente une lacune, comblée, il t^st vrai, sans peine en pareil cas par notre imaginalion. On dit aussi : « Sur bien des personnes les phénomènes nouveaux, inaccoutumés, exercent une force d'attraction toute |)articulière, tandis que les gens corrects, circonspects, ont besoin d'un temps plus long pour enrichir et rendre plus souple leur goût fortement organisé. » Mais même les sauts apparents de l'éducation du goût ne sont au fond aiitre chose ([u'un degré supérieur d'organisation. Dans ces assimilations rapides, ou sans intermédiaire apparent, des souvenirs sympathiques ou antipathiques, propres à renforcer l'impression ou à l'affaiblir, doivent être aussi puisés à quelque source ; l'imagination ne constitue pas de goût nouveau, sans rece-
voir, SOUS forme d'image, quelque impulsion qui l'y porte. Aussi n'est-il pas nécessaire, chez des individus dont la grande masse ne comprend déjà plus le goût et Timaginalion, de faire aussitôt appel à la surexcitation maladive; leurs combinaisons seules demeurent souvent inintelligibles, et cela non seulement pour d'autres, mais bien des fois aussi pour eux-mêmes, parce que les associations des images mnémoniques les plus éloignées s'effectuent par voie automatique, en vertu d'un mécanisme électrique des plus compliqués. Mais l'artiste, dont la profession est l'étude systématique, sera capable, après quelques recherches, de nous renseigner sur l'origine des images de sa fantaisie.
D'ailleurs, ce n'est pas seulement chez les artistes, les poètes et les hallucinés malades, que nous avons à chercher le flamboiement visionnaire et le concours d'images mnémoniques très éloignées. L'homme ordinaire les possède aussi dans la sphère la plus large, quoique en un sens plus critique que créateur. Le chien de basse-cour reconnaît le mendianl étranger à son costume misérable et à son humble attitude: de môme le policier rompu dislingue au milieu d'une foule d'autres personnes la physionomie du pick-pocket, en dépil des allures nobles que se donne ce dernier. Qu'est-ce que cela, sinon le développement à un haut degré de l'image collective pick-pocket? Un développement très exclusif, à la vérité, car notre homme est incapable de distinguer Tarbitre de commerce innocent du professeur innocent, ses types mnémoniques fortement organisés appartiennent au seul monde des filous. Le gérant d'un grand hôtel estime au premier coup d'oeil quel étage peut habiter et payer l'étranger à peine débarqué. Et qu'est-ce là, sinon un souvenir des plus complexes, lorsque nous disons du premier venu qu'il nous inspire de la confiance ou de la défiance, quii est un compagnon joyeux, aimable, plein d'entrain, ou un homme désagréable? Toute notre « estimation sur la mine », dont feu Lavater a tracé une grammaire aussi amusante qu'ingénieuse dans ses « fragments pliysiognomiques pour le progrès de la connaissance et de l'amour des hommes », repose sur des images collectives physiognomiques. Si nos
appréciations sont souvent erronées, c'est que nous nous sommes trop fiés à une image collective en réalité encore imparfaite, ou que nous ne possédons pas la mobilité de mémoîi'e voulue pour nous convaincre, par le moyen d'autres images mnémoniques, de l'impossibilité d'appliquer ici limage collective en question.
En général, nous appelons « prudence » ces hésitations de notre jugement ; mais elles supposent à leur tour, comme je l'ai indiqué, des souvenirs « inliibitoires », ces souvenirs ne seraient-ils que des notions générales, notre expérience personnelle, ou la doctrine une fois admise qu'il faut être réservé dans tel ou tel genre de jugements. Tout cela nous donne une idée de la vaste étendue des associations mnémoniques : ce sont ainsi, non seulement les images mnémoniques des cinq sens, fruits de l'hérédité, de la vie réelle et du rêve (ou produits de la fantaisie, de l'hallucination), et les images collectives composées avec les premières, mais encore les comparaisons, jugements, conclusions, notions et principes d'expérience formées d'après nos perceptions personnelles ou celles d'aulrui, les images de substitution du langage, de l'arithmétique, de la géométrie, qu'une mémoire bien organisée sait évoquer de nouveau au moment voulu. Les éléments de notre savoir surgissent aussi le plus souvent par voie automatique, ou en vertu de combinaisons mnémotechniques, objets d'une conscience superficielle.
Mais si l'on reconnaît, en premier lieu, qu'à toute nouvelle perception actuelle nous voyons en même temps les images plus anciennes, et qu'ainsi ces images jouent un rôle important, décisif môme dans notre connaissance ; et en second lieu, que les souvenirs lumineux comme les perceptions fondamentales sont une pure lumière colorée induite, nous sommes amenés nécessairement à ce principe : éviter dans l'éducation artistique tout ce qui peut apporter à la mémoire de la lumière et des couleurs des images fausses, capables de la fourvoyer.
La question du processus nerveux, qui rend possible la co-vibration des souvenirs à chaque perception nouvelle, ne peut recevoir encore de réponse. Nous sommes ici encore en
présence d'une énigme. Peut-ôtre la fixité relative des qualités lumineuses du souvenir (appelons-les pr ototypiques par opposition à celles qui sont modifiées par l'équation de la lumière), se laisse-t-ellc ramener à ce phénomène, que les images conservées sont purement au fond des actions ultérieures effectives, substantielles, de l'électricité lumineuse qui pénètre de la rétine dans l'appareil visuel central et s'y accumule. C'est là, il va de soi, une simple conjecture, qui ne prend de son côté quelque consistance que si Ton admet sans réserve l'hypothèse de Herz. Le fait des images consécutives négatives (complémentaires) et des contrastes simultanés de couleurs * ne s'oppose pas à ce qu'on l'admette ; ces phénomènes montreraient seulement quelles fluctuations les courants électriques provoquent dans notre représentatiou avant de s'installer définitivement et à demeure dans la substance rétentive. De même, les modifications successives des images positives, leurs oscillations, leur expansion, leure.xlinction, leur réunion en images collectives (génériques), ne présentent pas un obstacle insurmontable, car les sphères visuelles nous offrent, non une galerie d'images solidement encadrées, mais des éléments nerveux mobiles, en voie de
1. Auç. Kirschincann dans sa dissertation citt'O plus haut donne, d'après les conditions d'espace et de temps, dans lesquelles des phénomènes de contraste peuvent apparaître dans le domaine du sens visuel, la division suivante tout extéri(?ure de ces phénomènes :
I. Le phénomène de contraste répond, par sa localisation dans le champ visuel, à la partie de la rétine excitée, et est perçu après (jne l'irritation a cessé. C'est ce qu'on nomme le contraste succtessif, qui coïncide plus ou moins avec les phénomènes d'image consécutive.
n. L'effet de contraste se produit dans des parties de la rétine non atteintes par l'excitation et en même temps que cette excitation. Dans ce contraste simultané il faut distinguer deux cas :
a) L'eff'et de contraste se remarque seulement dans le voisinage le plus immédiat de la partie irritée de la rétine : contraste marginal.
b) L'influence du contraste se révèle dans les parties éloignées, n'est dour pas liée au fait de contact : contraste simultané proprement dit.
ni. Les conditions mentionnées sous les paragraphes 1 et 2 se réalisent à la
fois et provoquent un contraste mixte.
IV. Le contraste apparaît après l'excitation et en des parties non «rrtWtf*. Celte
possihilité n'a pas été prise en considération dans les travaux compétents
(jue je connais, sans doute parce que le contraste ainsi provoqué a moins
que les autres occasion de se développer.
V. Le contraste existe entre les sensations des deux yeux : contraste hf^^-
culaire.
transformation incessante. Il y aurait donc bien plutôt lieu do s'étonner, si les images mnémoniques ne se modifiaient pas au cours du temps.
A la théorie de déposition de Munk (voir plus haut page 38) d'après laquelle « l'image mnémonique isolée n'a besoin que d'un petit groupe d'éléments représentatifs », s'en oppose une autre qui réclame aussi pour le développement des souvenirs visuels l'aide des éléments représentatifs des sphères visuelles cà peu près dans la même étendue où est installée la perception actuelle. On peut nommer cette seconde théorie, théorie du glissement (LabilitâBttheorie). Nous devrions admettre alors « un état d'équilibre instable dans le centre en question, en vertu duquel l'un des mouvements antérieurs ne peut réapparaître, sans entraîner la réapparition d'un ou de plusieurs autres mouvements, exactement comme dans une pile de boulets, on ne peut retirer l'un des boulets inférieurs sans communiquer des mouvements déterminés à plusieurs autres boulets ou peut-être môme à tous les autres*. On allègue, en faveur de cette dernière théorie, l'image de la pierre qui tombe dans l'eau et y décrit les ondes circulaires connues; la comparaison n'est plausible que si nous ne pensons qu'au seul acte de la reconnaissance actuelle. Mais nos images apparaissent aussi sans données actuelles de la réline, comme les ondes se produisent aussi sans la chute de la pierre ! On ne se tire pas d'affaire ici avec des images purement mécaniques. Toujours ést-U que les deux manières de voir partent de ce principe : toutes les associations de ressemblance reposent sur un contact nerveux. C'est en vérité encore un X, mais un X raisonnable et discutable. Le pire qui pourrait arriver à ce problème, est d'être renvoyé, en manière de consolation, à la « fonction unifiante de la conscience », ce qui n'explique rien, mais ouvre seulement la porte toute grande à la métaphysique.
1. Alfred Lehmaim, De la reconnaissance. Essai de confirmation expérimentale de la théorie des associations Imaginatives. Philos, Studien, de Wundt, tome V (1889), page lo6.