LA CHALEUR DU TRAVAIL
culaire que d’attribuer au Mécanicien la force de traction et la vitesse de sa machine.
Le fait initial et la condition sine qua non du mouvement dans le corps humain aussi bien que dans toute machine thermique, est la production de la chaleur. Le corps produit de la chaleur en brûlant des matériaux tirés de lui-même.
La combustion de nos tissus est pour nous une dépense nécessitée par le mouvement. Comment est employée cette dépense, et comment le muscle utilise-t-il la chaleur produite? Le problème est loin d’être résolu; mais on sait que, dans le corps comme dans la machine, il y a une corrélation intime et un rapport constant entre la quantité de chaleur dépensée et la quantité de travail effectué. Le travail musculaire est, comme le travail de tout appareil thermodynamique, soumis au principe de V équivalence mécanique de la chaleur.
Le travail, en mécanique, se mesure à l’aide d’une unité appelée kiloqrammètre , et la chaleur avec une unité appelée calorie. Le kilogrammètre est la quantité de travail nécesaire pour élever un poids d’un kilogramme à un mètre de hauteur, et la calorie est la quantité de chaleur nécessaire pour élever d’un degré la température d’un kilogramme d’eau.
Les physiciens disent que l’équivalent mécanique de la chaleur est égal à 425 kilogrammètres. Cela signifie que la quantité de chaleur nécessaire pour porter de 0“ à 1° un kilogramme d’eau serait capable, en se transformant en travail, d’élever à un mètre de haut un poids de 425 kilogrammes.
Telle est la théorie ; mais en pratique il y a toujours beaucoup de travail perdu, et les appareils les plus parfaits n’utilisent guère que neuf ou dix centièmes de la chaleur produite : le reste se perd, dans la machine qui s’échauffe. Dans le corps humain, la chaleur perdue au point de vue du travail est considérable, et, le corps absorbant celle qui n’est pas utilisée, sa température augmente pendant l’exercice musculaire.
Etant donnée la quantité énorme de chaleur perdue pendant le travail des muscles, il est étonnant au premier ahord que le corps où se répand cette chaleur n’atteigne pas une température plus haute. On ne signale guère, en elï'ct, que 1” à 2" de plus chez l’homme qui fait un travail violent,que chez l’homme qui se repose.
Cette égalité constante dans la température du corps humain est due à un appareil régulateur dont est pourvu l’organisme et dont voici le mécanisme.
LE TRAVAIL MUSCULAIRE
Quand le corps s’échauffe, les vaisseaux sanguins de la surface du corps se dilatent et reçoivent une grande quantité de sang venu de l’intérieur des organes. Aussi voit-on toujours, chez l’homme qui a chaud, la peau rougir et gonfler. Le sang, qui s’est porté h la peau , se refroidit très vite par rayonnement, et , comme la circulation est très active dans un corps qui travaille, le liquide qui vient de perdre sa chaleur est aussitôt remplacé par une autre ondée sanguine qui se refroidit à son tour. En quelques minutes tout le sang de l’économie vient ainsi se rafraîchir à la peau.
La surface cutanée n’a pas seulement, comme moyen de réfrigération, le rayonnement calorifique, elle a aussi la transpiration et l’évaporation cutanées. Tout le monde connaît le pouvoir réfrigérant d’un liquide qui s’évapore. Tout le monde peut constater aussi le bien-être qui suit la production de la sueur quand on travaille par une température élevée.
En cas de refroidissement excessif, le mécanisme est inverse de celui que nous venons d’exposer. Les vaisseaux capillaires se resserrent sous l’influence du froid , et rétrécissent leur calibre , chassant violemment vers l’intérieur des organes la masse du liquide sanguin. Dans la profondeur des tissus, le sang, préservé du froid extérieur, peut conserver sa chaleur.
On dit ordinairement que le travail produit de la chaleur dans le corps ; c’est l’inverse qu’il faudrait dire : la chaleur est la cause et non l’effet du travail. Il faut chauffer une machine à vapeur avant de la faire fonctionner, et un temps assez long s’écoule toujours entre le moment où le feu est allumé et celui où la locomotive marche. Dans notre organisme, les choses demandent moins do temps, mais le travail n’est pas absolument instantané, et il y a toujours un intervalle appréciable entre la voUtion et l’exécution d’un mouvérnent. Ce temps est utilisé par une série d’opérations dans lesquelles les combustions, source de la chaleur vitale, doivent tenir leur place.
11 n’y a pas de contraction musculaire sans production de chaleur. Si Ton enfonce dans un muscle une aiguille reliée un appareil thermo-électrique , et qu’on fasse contracter ce muscle, on voit l’appareil accuser aussitôt une élévation de température.
Les faits vulgaires confirment les expériences scientifiques. Chacun sait qu’on se réchauffe en faisant des mouvements et le froid invite tout le monde à presser le pas pour faire provision de chaleur.