‹ Physiologie des exercices du corps (volume 2)Chapitre 13 sur 183 · ACTION DE LA CDALEUR · texte numérisé non relu

ACTION DE LA CDALEUR

On sait bien l’importance de la chaleur pour produire du mouvement, mais on ne sait pas comment et par quel mécanisme la chaleur agit sur le muscle pour le faire entrer en contraction. Agit-elle directement sur les fihres contractiles pour les faire raccourcir mécaniquement , ainsi qu’elle le fait pour certaines substances élastiques? Quelques physiologistes ne sont pas éloignés de le croire.

« En échauffant un muscle on change sa forme et on le voit se « raccourcir en se gonflant. Ces effets disparaissent quand le « muscle est refroidi.

« La libre musculaire n’est pas seule à posséder cette pro- « priété de transformer la chaleur en travail. Le caoutchouc, par « exemple, se comporte d’une manière analogue; on peut meme, '< avec cette substance , imiter jusqu’à un certain point les phé- « nomènes musculaires.

« Si l’on prend un morceau de fil de caoutchouc non vulcanisé, « et si, en l’étirant entre les doigts, on arrive à lui donner 10 ou 15 « fois sa longueur primitive, on voit changer l’apparence de ce « lil qui devient blanc et nacré. En môme temps le fil s’échauffe « d’une manière énergique et tend énergiquement à revenir sur « lui-rnôme, de sorte que si on lâche une de ses extrémités, il « revient instantanément à sa longueur première et retombe à sa « température initiale. C’est la chaleur sensible qui a disparu « pour devenir travail mécanique. En effet, si l’on plonge dans « l’eau le lil ainsi étiré, de manière à lui enlever sa chaleur, il « reste pour ainsi dire figé dans l’allongement et ne développe « aucun travail mécanique.

« Mais si on prend le lil ainsi allongé et qu’on lui rende sa cha- « leur, on le voit revenir sur lui-même avec une force considé- « rable.

« Le lil de caoutchouc ainsi refroidi, si on le charge d’un poids, « no tend plus à le soulever; mais si on saisit le lil entre les « doigts, on le sent, à mesure qu’il s’échaufle à leur chaleur, se « gonfler et se raccourcir en soulevant le poids : il y a production « de travail mécanique.

« Si l’on échaulfo ainsi le fil en divers points, on crée une série « de gonflements dont chacun soulève le poids d’une certaine « quantité. Enfin, si on le chauffe dans toute son étendue , le fil « revient à ses dimensions primitives, sauf le léger allongement « que produit le poids suspendu.

« De profondes analogies rapprochent ce phénomène de ceux

LE TRAVAIL MUSCULAIRE

« qui se passent dans le tissu musculaire. Ces analogies m’ont « paru remarquables ; il semble qu’elles ouvrent des aperçus « nouveaux sur les origines du travail musculaire (1). »

Les expériences de laboratoire ne conduisent pas toujours à des conclusions applicables aux faits vulgaires ; cependant tout le monde a pu se rendre compte de l’influence de la température sur les mouvements du corps.

Par un froid très vif, quand on a V onglée , on ne peut se servir des muscles de la main, et si on plonge le bras pendant quelques minutes dans l’eau glacée, il en résulte une paralysie momentanée de tout le membre.

On a plus d’aptitude aux exercices de corps en été qu’en hiver. Les professeurs de gymnastique, qui ne sont jamais à court d’explications , disent qu’en été le corps est plus souple. Ce n’est pas une question de souplesse qui fait que le muscle agit mieux quand il est échauffé. Pour presser entre les doigts un dynamomètre, il n’est pas nécessaire d’avoir de la souplesse : on constate pourtant une très grande différence dans le chiffre amené par la pression suivant que les muscles sont refroidis ou échauffés.

La chaleur produit dans les fibres musculaires un commencement de contraction, ou du moins une aptitude à entrer plus vite en action sous l’influence de la volonté. Un muscle échauffé semble avoir emmagasiné, en quelque sorte, une force latente. On a constaté que le summum de l’aptitude à se contracter se manifeste pour les muscles de l’homme vers 40”. Il en résulte que l’homme dont les muscles se rapprochent de cette température est plus vite en possession de tous ses moyens et peut donner du premior coup toute sa force.

Un exercice du corps s’exécute avec plus de vigueur et d’aisance quand la chaleur du travail a fait monter la température des muscles. Ce fait est tellement connu qu’il y a des expressions vulgaires pour le caractériser. On dit d’un homme (pii commence un exercice de force ou d’adresse et dont les mouvements n’ont pas encore acquis toute leur vigueur ou toute leur précision , qu’il n’est pas encore écliaulfé.

(I) Mahiîy, la Machine animale.

Page 1