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EFFET DES ÉMOTIONS DÉPRESSIVES

soufllenl incomparablement plus vite dans les reprises du duel que dans un assaut fait à la salle d’armes. Pourtant leurs mouvements sont plus prudents, plus raccourcis; ils ne cherchent pas les grandes attaques, et observent plus qu’ils n’agissent : ils font moins de dépense de force, mais les épées ne sont pas mou-

chetées.

Les émotions dépressives font sentir leur effet sur la respiration des animaux aussi bien que sur celle de l’homme. Un cheval impressionnable qu’on maltraite pendant le travail, ou seulement qu’on menace sévèrement de la voix, s’essouflle très promptement.

C’est pour la môme raison que les animaux sauvages peuvent être pris, à la chasse, par des animaux domestiques, malgré leur supériorité d’accoutumance ii la fatigue. Le chien, incomparablement moins vile que le lièvre, parvient pourtant à le forcer ; la frayeur que ressent l’animal poursuivi trouble sa respiration et lui ôte une grande partie de ses moyens.

Les impressions morales, ainsi que les sensations physiques, ne peuvent diminuer l’aptitude respiratoire que par des effets réflexes qui viennent troubler le jeu régulier du soulïlet pulmonaire. Sous l’influence de la peur, on voit les mouvements de la poitrine tantôt s’accélérer outre mesure, tantôt se ralentir et se suspendre momentanément, tantôt se succéder à intervalles inégaux. Le défaut de coordination, le désordre des mouvements respiratoires qu’on observe sous l’influence de la frayeur ressemblent beaucoup à cette incohérence des mouvements des lèvres qui empêchent un homme ému d’articuler nettement ses paroles. — C’est ainsi que les émotions dépressives peuvent amener une sorte ' de bégaiement de la respiration.

Le désordre des mouvements respiratoires détruit la régularité des échanges gazeux qui ont lieu dans le poumon entre le sang veineux et l’air atmosphérique, et entrave, ainsi, profondément la fonction de l’hématose. Quand la respiration n’est plus régulière, l’acide carbonique formé par le travail ne peut être éliminé à mesure qu’il se forme, l’oxygène ne peut être introduit il proportion que l’organisme le réclame ; dés lors, le besoin de respirer n’est plus satisfait, et l’essoufflement se produit.

Ainsi, les impressions morales peuvent venir ajouter leur influence à celle du travail pour amener l'essoufflement, non pas en augmentant la production de l’acide carbonique , mais en empêchant son élimination régulière. Plus le sujet est impressionnable, plus aisément les émotions influencent ses actes respira-

HO

LA FATIGUE

toires.De là la supériorité, dans certains exercices du corps, des hommes calmes et maîtres d’eux-rnêmes. La crainte d’étre battu, la préoccupation de se voir momentanément dépassé peuvent diminuer l’aptitude respiratoire d’un sportsman d’ailleurs très vigoureux, mais trop impressionnable, et lui faire perdre le prix d’une course à pied ou à l’aviron.

Il y a une remarquable ressemblance entre les troubles respiratoires dus à une violente impression morale et ceux qui résultent d'une forte sensation physique. L’analogie est tout aussi frappante si l’on compare les modifications produites par une émotion très vive dans le fonctionnement du poumon, et celles qu’y détermine un exercice trop violent. — Si l’on se trouve en présence d’un homme haletant de terreur, on pourrait croire qu’il vient de s’essouffler par une course rapide. Dans les deux cas le tableau est le même : respiration irrégulière, parole entrecoupée, teint livide.

Chez l’homme saisi par une impression physique vive , telle que le froid de la douche, chez l’homme transi de peur, et chez l’homme essoufflé par la course , il y a un élément commun capable de troubler la respiration : c’est une sorte de choc subi par une région de centres nerveux qui préside aux mouvements respiratoires. La douche froide influence la respiration par la sensation violente que les nerfs de la peau transmettent au cerveau. La peur agit en produisant sur les centres nerveux un ébranlement dont nous ne connaissons pas le mécanisme , mais dont les effets sont analogues à ceux d’une impression physique. Quant au travail musculaire, il fait sentir son effet sur le centre respiratoire, parce qu’il modifie profondément la composition du liquide sanguin; il accumule dans ce liquide un excès d acide carbonique, et ce composé a la propriété de produire sur le bulbe rachidien, d’où naissent les nerfs respiratoires, une excitation qui amène, par effet réflexe, des modifications profondes dans le jeu des mouvements du poumon.

L’e.xcifalion produite par l’acide carbonique du sang sur le bulbe rachidien n’est pas perçue par le sujet aussi nettement qu’une impression extérieure, mais elle se traduit par un besoin, le besoin do respirer, qui provoque inimédiatomont dos mouvements réflexes dans les muscles respiratoires. Ces mouvements , tout à fait automafiques , ont pour but d’éliminer do 1 organisme avec une [ilus gi'unde énergie l’acide carbonique qui tend à s accumuler à trop forte dose.

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