‹ Physiologie des exercices du corps (volume 2)Chapitre 54 sur 183 · LE SURMENAGE PAR ÉPUISEMENT · texte numérisé non relu

LE SURMENAGE PAR ÉPUISEMENT

nait à supposer que l’homme fort pouvait bien avoir une poitrine délicate.

La représentation terminée , il nous fut facile d etre initié au genre de vie de cet homme qui nous semblait un intéressant sujet d’étude. Courant de foire en foire , il faisait un travail excessif, donnant chaque jour dix représentations où il fallait tomber un ou deux adversaires, sans compter les assauts de « canne » et de « boxe française » et l’exercice des poids. Dans l’intervalle des représentations, c’était la parade avec les haltères et les boulets de canon. Les muscles ne chômaient guère et pourtant ne grossissaient pas, loin de là. Il est vrai que l’ordinaire n’était pas plantureux et qu’on ne dînait bien qu’aux jours de bonne recette. Le lutteur devenant plus conliant nous parla enfin de sa santé , et il nous fut facile de comprendre qu’il était phtisique. En effet, peu de temps après, nous apprîmes qu’il avait succombé à la phtisie pulmonaire.

Ainsi finissent bien souvent les hommes forts qui, après avoir commencé par maîtriser la fatigue , après avoir passé par l’entraînement qui leur permet de travailler avec excès sans ressentir le malaise de la fatigue, dépassent la limite de leurs forces, et ne réparent pas leurs pertes avec une alimentation substantielle.

Les entraîneurs ont un mot d’une image très saisissante pour caractériser un cheval dont on a poussé l’entraînement trop loin : ils disent que le cheval a été flambé. Ce mot signifie que le travail excessif qu’on lui a fait subir ne s’est pas borné à brûler les tissus de réserve, la graisse elles autres matériaux du corps inutiles au mouvement, mais que les combustions se sont attaquées au cheval lui-même considéré comme machine, et à ses tissus musculaires, organes essentiels du mouvement.

De môme, notre hercule de foire avait été flambé par le travail musculaire excessif. Il présentait le type d’une forme de surmenage bien différente de celle que nous avons décrite et que nous appellerons V épuisement organique.

La forme de surmenage que nous appelons épuisement organique est un état de fatigue chronique dans lequel l’organisme, au lieu d’absorber des produits nuisibles comme dans la fatigue

LA FATIGUE

aiguë OU le surmenage fébrile, se dépouille au contraire de ses matériaux utiles et de ses tissus les plus nécessaires à la vie.

Cet état représente d’ordinaire la forme chronique de la fatigue, mais il peut se produire très promptement lorsque l’inanition est jointe au travail.il résulte d’un défaut d’équilibre entre les recettes et les dépenses.

Si l’on se livre à un exercice très violent, et que l’alimentation soit proportionnée au travail, l’organisme répare ses pertes; et, le travail ayant une tendance à grouper les matériaux assimilés sur les organes qui participent à l’action, ce sont les muscles qui bénéficient du surcroît de nutrition : la machine se consolide. Mais si l’alimentation est insuffisante, ou, — ce qui revient au même, — si la nourriture introduite dans l’estomac n’est pas assimilée, il y a disproportion entre la dépense de chaleur que nécessite la machine animale, et la quantité de combustible qui lui est apportée de l’extérieur. Or, il n’y a pas de mouvement sans chaleur, et il ne peut se produire de la chaleur sans que des matériaux quelconques soient brûlés. Aussi, à défaut d’aliments suffisants, et les tissus de réserve étant épuisés, les organes essentiels à la vie devront faire les frais des combustions du travail. — Un homme qui mange peu et travaille beaucoup peut se comparer à ces malheureux qui, ayant épuisé toutes leurs provisions de chauffage, suppléent à l’absence des bûches avec les débris de leur mobilier.

Ce n’est pas toujours une profession demandant une très grande force musculaire qui amène l’épuisement organique. C’est plutôt une occupation exigeant un très grand nombre d’heures de travail. Les combustions, dans ce cas, ne sont pas très violentes, et les déchets qu’elles produisent ont le temps de s’éliminer : les produits de désassimilation ne s’accumulent pas dans 1 organisme il n’y a pas auto-intoxication, mais beaucoup de matériaux organiques sont brûlés et l’organisme subit des pertes.

Il peut arriver que l’homme s’épuise sans ressentir le moindre malaise de fatigue, et puisse continuer, tout en maigrissant sensiblement, le travail qu’il a entrepris. Mais toutes les fois que l'organisme est dépouillé d’une partie de ses matériaux essentiels, il tombe dans un état de « moindre résistance » et ne se défend plus contre les innombrables dangers qui peuvent 1 atteindre de l’extérieur. — L’épuisement est la prédisposition par excellence à toutes les maladies.

LES DÉPERDITIONS ORGANIQUES 1 i3

Il convient, selon nous, de faire une différence capitale entre le surmenage par intoxication et le surmenage par épuisement. Dans le premier cas, il s’agit d’un état infectieux, susceptible d être influencé par les affections diverses qui atteignent le sujet, mais capable par lui-rnôme de produire des accidents graves et même la mort. Dans le second cas, c’est un état d’amoindrissement de la résistance vitale, donnant à l’organisme une réceptivité plus grande pour les maladies, mais ne pouvant créer une maladie par lui-même.

Prenez un homme épuisé, donnez-lui une hygiène convenable, mettez-le à l’abri de tout germe contagieux, il refera inévitablement à force de temps les tissus qu’il a perdus. Qu’on donne à un jeune soldat surmené par des marches forcées, ou à un animal forcé à la chasse, toutes les conditions de repos, d’alimentation et d’hygiène, il pourra se faire que ni l’un ni l’autre n’échappenl à une maladie grave et tous deux pourront succomber.

L’épuisement organique est l’état dans lequel se trouve un homme dont le corps a subi des pertes excessives. Il présente de l’analogie avec tous les états morbides caractérisés par une diminution considérable des éléments organiques du corps vivant. — Or toute soustraction importante des matériaux qui font partie intégrante de l’organisme amène un état général de faiblesse et d’adynamie.

On sait l’épuisement qui résulte des sueurs trop copieuses provoquées par une chaleur excessive ou par tout autre agent. Cette déperdition est une cause d’affaiblissement suffisant pour qu’on attache la plus grande importance à la faire cesser chez les malades affaiblis, les phtisiques, par exemple.

La diarrhée est une cause d’épuisement plus active encore que la sueur : elle suffit, dans certaines cholérines, pour enlever en peu de jours les nourrissons les plus robustes, quand on ne réussit pas à l’arrêter d’emblée. La cholérine des adultes, par la déperdition rapide et abondante qu’elle provoque, amène aussi une prostration profonde en quelques heures. Tout le monde sait l’épuisement profond et prolongé qui résulte des grandes perles de -sang.

Tous les flux, enfin, toutes les pertes par sécrétion exagérée, amènent un abaissement de la force et de la résistance du sujet et le disposent à subir l’influence de toutes les causes de maladies capables do l’atteindre.

LA FATIGUE

On peut en se basant sur les faits, émettre cet axiome :

Toutes les fois qu’un homme est dans les conditions normales de structure, une perte notable de poids est une preuve de diminution dans la résistance du sujet.

Il faut à l’organisme, pour être réellement fort et résistant, une certaine masse d’éléments ; si on les lui prend d’un côté, il faut les lui rendre de l’autre, et ce qu’on ôte de graisse à un homme ou à un cheval à l’entraînement, il faut le lui restituer sous forme de muscles, sous peine de le jeter dans un état d’affaiblissement qui diminue sa résistance.

Pourquoi l’organisme dépouillé d’une partie de ses éléments tombe-t-il dans un état de moindre résistance ? Il est diflicile de répondre à cette question d’une façon satisfaisante. On peut dire que les divers éléments du corps se prêtent un mutuel appui et que dans la lutte pour l’existence ils concourent chacun pour sa part à la défense commune.

Les éléments essentiels du sang sont les globules. Quand ces éléments diminuent, il se produit un état de résistance moindre de tout l’organisme. On attache une telle importance, quand on veut juger de la gravité de l’état du sujet, au nombre de ces globules, qu’on a imaginé des appareils pour les compter. Il n’y a rien d’absurde à attribuer aux éléments qui constituent la fibre du muscle, ou les éléments du nerf, la même importance qu’aux globules sanguins dans la résistance de l’organisme.

Quelle que soit l’insuffisance de la théorie, retenons les faits et tâchons de la mettre en lumière. Efforçons-nous surtout de faire ressortir l’importance pratique de la connaissance exacte de l’état d’épuisement et des conditions dans lesquelles il se produit.

L’épuisement dû au travail musculaire se fait sentir en général sur l’organisme tout entier, et toutes les fonctions, tous les organes paraissent en ressentirl’influence. Le symptôme le plus frappant de cette forme de surmenage est un état de langueur générale des fonctions et de prostration des forces, un état d adynamie. On peut observer, chez un homme épuisé, de l’anémie, de la névropathie, des troubles digestifs, de la faiblesse musculaire, etc.

Quelquefois les troubles paraissent se localiser sur certains

LES ATROPniES PAR SURMENAGE

organes, ou sur certains systèmes organiques, suivant la forme de travail qui a produit l’épuisement, et suivant les conditions accessoires dans lesquelles ce travail s’exécutait, se faisait chez certains sujets.

Ce qui frappe le plus l’observateur chez l’homme épuisé par le travail musculaire, c’est la diminution de volume des muscles qui ont travaillé avec excès. L’homme qui s’épuise par le travail brûle son tissu musculaire, et l’on voit ainsi deux causes opposées amener le même résultat. Le muscle s’atrophie par l’inaction : il s’atrophie aussi par l’excès de travail ; tandis qu’un travail modéré, accompagné d’une alimentation suffisante, augmente son volume et sa vigueur.

L’épuisement peut se faire sentir sur divers organes internes, et notamment sur le cœur. Le cœur, en sa qualité de muscle, devrait s’hypertrophier sous l’influence du travail musculaire, car il n’y a pas de surcroît d’exercice sans augmentation de l’action du myocarde. Le plus souvent, en effet, cet organe s’hypertrophie, dans le vrai sens du mot, c’est-à-dire devient plus épais, plus lourd, offre des parois plus résistantes et plus capables d’imprimer au sang une impulsion vigoureuse. On a constaté l’hypertrophie vraie ou concentrique du cœur chez beaucoup d’athlètes et de gymnasiarques. On l’a constatée aussi chez des chevaux de course, et notamment sur le célèbre cheval Eclipse dont le cœur atteignait cinq ou six fois le poids ordinaire. Mais pour le cœur, comme pour les autres muscles, l’excès d’exercice amène l’usure et la dégénérescence des fibres , diminue la résistance de l’organe , et, tout en produisant la dilatation des cavités, occasionne un amincissement de leurs parois et une diminution de vigueur de leurs fibres.

Cet état s’observe très souvent chez les sujets qui ont abusé des exercices capables d’amener le surmenage du cœur, — la course, par exemple. — Les coureurs de profession , qu’on voit encore en Afrique faire des trajets dont le récit est à peine croyable, finissent presque tous par subir la dilatation passive du cœur, résultant do l’épuisement de l’organe. On les met généralement à la retraite vers l’âge de quarante ans, et ils présentent alors des troubles graves de la santé occasionnés par des affections cardiaques.

Quelquefois l’épuisement manifeste surtout son action sur le système nerveux central , et l’homme épuisé devient névropathe.

F. Laüuanüe.

lü

Page 1