INSUFFISANCE DES NOTIONS ACTUELLES J
pourra, avec de l'énergie, faire une route de cinq ou six heures sans s’arrêter; mais si la fatigue a tardé h se produire, elle tardera aussi à disparaître , et ce ne sera plus une minute ou deux qu'il lui faudra pour redevenir dispos, mais bien une journée, deux peut-être. C’est que les déchets de la fatigue ne seront plus, cette fois, des corps gazeux, comme l’acide carbonique et la vapeur d’eau, et ne se déplaceront pas avec une grande rapidité pour sortir de l’organisme. Ces déchets, ainsi que nous l’avons expliqué, seront des produits azotés, solides, très peu solubles, et demandant un temps très long (de 6 à 18 heures) pour s’éliminer du corps par l’urine. De là la durée du temps de repos nécessaire. Si l’exercice recommence trop tôt, si le temps de repos est insuflisant, de nouveaux déchets se formeront avant que les premiers amassés ne soient sortis du corps, et ils s’accumuleront à haute dose. C’est ainsi que se produit l’intoxication due au surmenage à tous les degrés.
Le repos est donc la condition essentielle de l’élimination des déchets du travail, parce qu’à l’état de repos, la production de ces déchets se ralentit. Il est la condition essentielle aussi de la réparation des organes, parce que le mouvement d’assimilation en vertu duquel ces organes se réparent est entravé par le mouvement de désassimilation si actif pendant le travail.
Mais l’élimination des produits de désassimilation et la réparation des tissus n’expliquent pas tous les faits dans lesquels le repos intervient pour rendre aux muscles fatigués le pouvoir d’entrer de nouveau en contraction.
Quand nous étendons, le bras horizontalement, et qu’au bout de cinq minutes la fatigue nous oblige à le laisser retomber, il nous siillit de le laisser inactif pendant une minute pour recouvrer la faculté de l’étendre de nouveau. — Que s’est-il passé dans le muscle pendant cette minute de repos?
Le temps de repos a été trop court pour permettre au courant sanguin de lessiver en quelque sorte le muscle, et d’entraîner les déchets de combustion qui pouvaient imprégner ses libres. D’autre part, une minute ne peut suflire pour que les matériaux apportés par le sang puissent réparer matériellement les pertes
IGO
LA FATIGUE
subies. Il faut donc invoquer un effet dynamique, bien qu’on ne puisse dire au juste en quoi consiste cet effet.
Le muscle, par le fait même de la cessation du travail, fait une nouvelle provision de cette force inhérente à sa fibre, la contractilité, qu’un effort prolongé avait épuisée.
Cette explication ressemble plutôt à un aveu d’ignorance qu’à une théorie; mais, aussi insuffisante qu’elle soit, elle est conforme aux faits, en ce sens qu’elle implique l’existence d’une force propre au muscle, et indépendante de celle qui peut lui venir d’un apport extérieur. — Qu’on détruise toute communication du muscle avec les vaisseaux nourriciers qui lui apportent le sang; qu’on fasse disparaître tous les filaments nerveux qui le rattachent aux centres moteurs de la moelle épinière et du cerveau, ce muscle, ainsi réduit à la seule énergie de ses éléments propres , sera susceptible de subir des alternatives d’épuisement par le travail , et de retour à la puissance contractile sous l’influence du repos, aussi bien que lorsqu’il était associé aux organes de circulation et d’innervation. Si on l’électrise d’une manière continue, il se fatiguera et ne répondra plus à l'excitation du courant; si on le laisse alors un certain temps sans chercher à le mettre en action , on verra peu à peu son pouvoir contractile reparaître, comme si ses éléments étaient capables d’élaborer d’une manière incessante une certaine quantité de force contractile pour remplacer celle qui a été épuisée par la contraction trop prolongée.
Il est une dernière catégorie de faits où une autre influence doit être invoquée , si l’on veut bien se rendre compte des effets du repos. La cessation d’un effort musculaire semble avoir quelquefois pour unique objet de faire cesser la douleur que provoque la contraction dans le muscle.
Le muscle est traversé par de nombreux filaments nerveux sensitifs, et ces filets sont nécessairement froissés quand un muscle entre en contraction. Tout le monde connaît un phénomène qui montre à quel point la contraction musculaire peut devenir douloureuse quand elle est poussée trop loin : la n’est autre
chose qu’une contraction musculaire involontaire et exagérée. Ce phénomène nous montre à quel point un muscle qui se contracte peut provoquer des phénomènes douloureux. La douleur ([ui accompagne un froissement persistant des ncrls seiisitils tiraillés i)ar le muscle est souvent la vraie cause de la sensation qui nous invite et nous force à relâcher le muscle en laisant