‹ Physiologie des exercices du corps (volume 2)Chapitre 67 sur 183 · NUTRITION PLUS ACTIVE DES MUSCLES · texte numérisé non relu

NUTRITION PLUS ACTIVE DES MUSCLES

aussi pour résultat d’activer le mouvement d’assimilation, c’està-dire d’ajouter aux tissus déjà existants de nouvelles molécules puisées dans les produits de la digestion. Il en résulte que le second résultat compense l’effet du premier, et que les pertes subies par le fait du travail sont réparées par les acquisitions nouvelles qui sont les suites du travail même.

Mais les pertes et les acquisitions, si elles se font équilibre comme quantité, n’ont pas pour siège les mêmes éléments anatomiques. Certains tissus sont usés par les combustions de l’exercice musculaire, et ce sont des tissus d’un autre ordre qui bénéficient de l’accroissement du mouvement nutritif. Sous l’influence du travail les muscles augmentent, tandis que la graisse diminue. Or, les muscles sont les organes du travail, et leur développement plus grand augmente la force du sujet. Les graisses, au contraire, sont des tissus encombrants, inutiles à l’exécution mécanique des mouvements, et capables de porter entrave au travail de diverses manières. — Le mouvement nutritif est donc dirigé par le travail musculaire dans un sens qui rend le sujet plus apte à travailler.

Quand on descend aux détails du mouvement, on voit qu’à chaque contraction musculaire le sang se porte au muscle, baigne la fibre motrice, et reste en contact avec elle pendant un temps prolongé ; c’est ainsi que les éléments du liquide nourricier peuvent se déposer sur les éléments des muscles , dont ils augmentent peu à peu le volume. Le tissu graisseux , lui, subit pendant le travail des modifications chimiques, auxquelles sa composition le rend très apte. Il est fait d’éléments ayant de l’affinité pour l’oxygène, car il est composé d’hydrogène et de carbone. Or, l’oxygène est le principe le plus actif des combustions vitales. C’est aux dépens des tissus hydro-carbonés que se font de préférence les combinaisons chimiques d’où la chaleur vitale tire son origine. A chaque effort musculaire , il se fait une dépense de calorique proportionnelle à la force de la contraction, et, d’après les théories les plus récentes, c’est grâce à la combustion des graisses que s’alimente la chaleur dépensée par les muscles en travail.

Si nous cherchons à présent les conséquences de ces faits au point de vue de l’aptitude au travail, nous trouverons que la disparition progressive du tissu graisseux et l’augmentation du volume des muscles sont deux conditions qui favorisent également le travail.

L ACCOUTUMANCE AU TRAVAIL

L’augmentation de volume des tissus musculaires amène une augmentation proportionnelle de la force du sujet. On sait en effet (jue la puissance contractile de l’organe est en raison directe de sa surface de section.

La diminution des tissus graisseux facilite le travail, pour plusieurs raisons qu’il nous faut exposer avec quelques détails.

En premier lieu, la disparition des masses graisseuses qui infiltrent les organes allège le corps et facilite tous les mouvements qui ont pour but de le déplacer : la marche, la course, le saut. Ce résultat est un des plus importants et des plus recherchés dans les méthodes d’entraînement qui préparent les sujets aux exercices de vitesse. Mais la graisse ne gêne pas seulement le travail par son poids : elle est une cause d’échauffement excessif du corps pendant l’exercice musculaire ; elle s’oppose à la prompte réfrigération du sang, parce qu’elle a peu de conductibilité pour la chaleur: le corps enveloppé d’une couche de graisse tend à conserver sa chaleur comme s’il était recouvert d’une certaine épaisseur d’ouate. Quand un homme obèse s’échauffe sous l’influence du travail, il rayonne avec peine son calorique vers l’extérieur, h travers la couche de graisse qui le recouvre, et le sang parvient diflicilernent à se refroidir.— Nous observons, du reste, la contre-épreuve de ce fait. Les animaux très amaigris supportent très mal le froid. Les chevaux de course que l’entraînement a privés de leur revêtement graisseux craignent les refroidissements, et, malgré leur vigueur extraordinaire, ne peuvent, sans graves inconvénients, se passer de chaudes couvertures et d’écurie confortahlement installée.

Enfin une autre cause de fatigue résulte de l’accumulation de la graisse dans l’organisme: c’est la facilité avec laquelle ce tissu cède au mouvement de désassimilation.

On sait que la graisse est le type des tissus de réserve. Ces tissus ont pour destination de faire face aux dépenses supplémentaires de calorique que peut nécessiter un surcroît de travail musculaire; ce sont des provisions amassées dans le corps et toujours prêtes à faire les frais des combustions. On pourrait dire que ces matériaux ne font pas partie intégrante de l’organisme et tiennent le milieu entre les organes auxquels ils sont seulement accolés, sans entrer dans leur structure intime, et les aliments dont ils dérivent et sur lesquels ils ont été prélevés comme une épargne journalière.

Les tissus de réserve , étant destinés îi disparaître , ont donc moins de résistance que les tissus formant la trame fondamentale

DISPARITION DES TISSUS GRAISSEUX 17o

des organes; aussi subissent-ils avec exagération les combustions vitales. Un homme très abondamment pourvu de tissus graisseux dépense plus de chaleur, à travail égal, qu’un homme de môme poids doué de tissus plus secs , et chez lequel les muscles dominent. Les combustions semblent se limiter difficilement chez l’homme obèse , et la quantité de chaleur produite dépasse de beaucoup celle qu’utilise le travail. Quand un obèse a perdu sa graisse , on peut dire que le rendement de ses muscles a augmenté : leur contraction est alimentée par des combustions plus modérées, et la dépense de calorique tend à se rapprocher davantage du chiffre de l’équivalent mécanique.

Mais d’autres éléments de fatigue tendent à disparaître chez l’homme qui maigrit, à mesure que diminue chez lui la dépense de calorique : ce sont les produits de désassimilation. Ces produits sont très différents, suivant la nature des combinaisons chimiques, sources de la chaleur produite ; ils sont encore très mal connus, mais on ne peut s’empêcher de penser que leur composition est subordonnée à celle des tissus qui leur donnent naissance. On est fondé fl croire, par exemple, que les tissus graisseux, composés surtout d’hydrogène et de carbone, devront fournir par leur combustion, par leur combinaison avec l’oxygène, beaucoup d’acide carbonique et d’eau. Cette opinion est conlirmée par l’observation des faits, qui nous montre combien les sujets gras s’essoufflent, toutes conditions égales d’ailleurs, plus facilement que les sujets maigres, et combien ils sont plus sujets à transpirer.

Les hommes et les animaux chargés d’emhonpoint voient leur respiration devenir plus facile à mesure que l’entraînement les débarrasse de leur surcroît de tissu graisseux. Tous les entraîneurs savent bien que ce bénéfice n’est pas le résultat seulement de la diminution du poids total du corps et du moindre travail qui en résulte, par exemple pour courir. En effet, un cheval bien entraîné, de môme qu’un boxeur en parfaite « condition » doivent peser autant qu’avant la préparation. Ils doivent avoir fait des acquisitions en tissu musculaire capables de compenser leurs pertes de tissus adipeux.

Selon nous, cotte immunité pour l’ossouftlement tient on grande partie fi ce que l’absence dos réserves hydro-carbonées entraîne la diminution des produits de combustion dont l’hydrogène et le carbone sont la base, et en particulier de l’acide carbonique. Un sujet bien entraîné doit produire, à travail égal, moins d’acide carbonique qu’avant l’entraînement.

l’accoutumance au travail

Dans la préparation des chevaux de course, on attache une grande importance à faire disparaître la graisse , et on sait très bien qu’en diminuant ce tissu on facilite beaucoup la respiration du cheval. Mais les entraîneurs donnent de ce fait une explication de fantaisie : ils prétendent que la graisse « interne » gène les mouvements du poumon , et qu’en la supprimant on rend le jeu de cet organe plus libre. Cette explication est tout à fait insuffisante. Et d’abord, le poumon est de tous les organes internes le moins sujet à s’infiltrer de tissus graisseux. De plus, l’immunité pour l’essoufflement pendant le travail se produit chez tous les sujets entraînés , même quand ils conservent une certaine quantité de graisse supérieure à celle que portent avec eux les sujets qui n’ont pas encore subi l’entraînement.

En effet, il y a des sujets qui, suivant l’expression des gens de métier, « s’entraînent gras » , c’est-îi-dire qui, malgré le travail et malgré la faculté acquise de le supporter, conservent une forte dose de tissus graisseux. Chez ces sujets, une certaine quantité de graisse fait partie constituante de l’organisme, et celui-ci ne peut la perdre qu’à la condition de perdre en même temps une partie de sa résistance. Ce fait est très connu des hommes de cheval, et il est<^iignalé dans l’ouvrage très estimé de Stonehenge sur l’entraînement du cheval de course. Il y a beaucoup de chevaux susceptibles d’acquérir la vitesse et la puissance de souffle sans perdre leur embonpoint aussi complètement que les autres.

Quand on fréquente les réunions d’hommes adonnés à la gymnastique, on voit qu’il en est de l’espèce humaine comme de l’espèce chevaline, et il n’est pas très rare de rencontrer des gymnasiarques très agiles et môme des coureurs de profession qui présentent à la fois un embonpoint très appréciable et une respiration très libre et très résistante à l’essoufflement. A côté de ces sujets, on voit tous les jours des hommes qui font peu de volume, ont à peine sous la peau quelques millimètres de tissus graisseux, et s’essoufflent cependant, — n’étant pas entraînés, — incomparablement plus vite que les sujets restés gros et gras après l’entraînement.

Si la graisse ne gênait que par son volume, il n’en serait pas ainsi ; mais elle gêne surtout par la facilité avec laquelle elle cède au mouvement de désassimilation, ou, en d’autres termes, par la facilité avec laquelle elle brûle pendant le travial. Or, toute graisse ne brûle pas avec la même facilité. Chez certains tempéraments, la graisse fait partie intégrante de la structure des organes : elle est

Page 1