‹ Physiologie des exercices du corps (volume 2)Chapitre 68 sur 183 · GRAISSE DE RÉSERVE ET GRAISSE DE CONSTITUTION · texte numérisé non relu

GRAISSE DE RÉSERVE ET GRAISSE DE CONSTITUTION

un tissu constitutionnel , elle a pour ainsi dire droit de cité au milieu des éléments anatomiques qu’elle accompagne. Chez certains autres , au contraire , la maigreur est l’attribut dominant du tempérament, et toute la graisse qu’on y trouve est un élément surajouté, ne faisant partie de la constitution qu’à titre provisoire, et destiné, par conséquent, à disparaître avec la plus grande facilité. Chez les uns, la graisse est un tissu « de constitution » ; chez les autres, elle n’est qu’une réserve^ une provision destinée à être consommée à la première demande de l’organisme.

Il est donc contraire aux faits d’observation de parler de « graisse interne » qui disparaît et de « graisse externe » qui persiste. La graisse se distribue également sur tout l’organisme; et si une cause, telle que le travail, la fait diminuer, ce sont les parties qui travaillent le plus qui maigrissent les premières.

Quand on observe des hommes obèses faisant de l’escrime pour maigrir, on voit que chez eux la graisse interne est loin de diminuer la première ; l’abdomen est la région qui garde avec le plus de ténacité sa provision graisseuse. Rien de plus disgracieux que la forme du corps à cette période ingrate pendant laquelle l’obèse diminue des bras, des pectoraux et des jambes et n’a encore rien perdu de son ventre. Les régions que l’escrime a fait travailler ont perdu leur embonpoint; les bras et les jambes paraissent grêles, et la poitrine, qui s’est desséchée sous l’influence du travail des muscles pectoraux, paraît serrée et rentrée par comparaison avec l’abdomen resté aussi volumineux qu’au début do l’exercice. Ce n’est qu’en persistant quelques semaines encore dans son exercice que l’obèse obtient, — ce qu’il ambitionnait avant tout, — de perdre son ventre. Or, la respiration est devenue facile et l’essoufflement a diminué longtemps avant la disparition de ces masses graisseuses de l’abdomen, dont la persistance doit singulièrement gêner le mouvement du poumon quand il se dilate dans le sens vertical.

La diminution de l’essoufflement, chez l’homme ou chez le cheval qu’on entraîne, tient bien moins à la liberté plus grande du poumon par diminution de la graisse qui l’avoisine, qu’à la moindre production de l’acido carbonique par suite de la disparition des provisions des tissus combustibles qui donnaient naissance à une trop grande quantité de ce gaz.

Les sujets habitués au travail de vitesse acquièrent très vite la faculté de no pas s essouffler,, parce que le travail de vitesse est celui qui fait le plus promptement disparaître les tissus graisseux.

F. Laokanoe. it)

l’accoutumance au travail

La combustion des tissus graisseux par le fait même du travail explique d’une manière satisfaisante pourquoi la pratique de l’exercice musculaire diminue la tendance de l’homme à s’essouffler. L’homme entraîné n’a plus dans son organisme les éléments capables de produire cette surabondance d’acide carbonique cause de la gêne respiratoire excessive qu’il éprouvait avant de s’habituer à l’exercice. La disparition de ces tissus riches en hydrogène explique aussi la moindre tendance de l’homme entraîné à transpirer. La sueur est composée en majeure partie d’eau, et l’oxydatiou d’un élément riche en hydrogène devait tendre à donner naissance h un excès de sécrétion aqueuse.

L’essoufflement n’est pas la seule forme de la fatigue, de même que les graisses ne sont pas les seuls tissus de réserve. I! se produit, par le travail, des déchets de combustion azotés qui ne peuvent dériver des tissus hydrocarbonés. H y a parmi les tissus de réserve des éléments albuminoïdes, et c’est d’eux que dérivent les substances azotées excrétées par l’urine et qu’on voit diminuer quand l’organisme a été soumis depuis longtemps à la pratique assidue de l’exercice musculaire.

Ces tissus ont, dans la production de la Courbature, le même rôle qui appartient à la graisse dans la production de l’essoufflement. Le tissu graisseux, en se brûlant, donne naissance à de l’acide carbonique et autres produits riches en carbone et en hydrogène; les tissus azotés produisent, en subissant les combustions, toute une série de composés riches en azote, dont l’acide urique et les diverses substances extractives sont les types, fcelon nous, — et nous espérons l’avoir démontré par des arguments suffisamment probants (1), — les déchets azotés de combustion qui se forment pendant le travail et séjournent dans le sang à sa suite sont la cause des malaises généraux, fébriles ou non fébriles, qui constituent la fatigue consécutive ou Courbature.

Chez l’homme accoutumé au travail, les malaises consécutifs de l’exercice ne se produisent pas. C’est là un des résultats les plus frappants de l’entraînement, et ce résultat serait tout à fait inexplicable si on n’admettait pas que l’exercice journalier fait disparaître du corps l’élément organique auquel sont dus les phénomènes de la fatigue consécutive. Cet élément, selon nous, c’est la réserve azotée que renferment les muscles. Nous pensons

(1) Voir pages 118 et suivantes.

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