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GYMNASTIQUE QUI DÉFORME

cultivé assidûment les anneaux, la barre fixe et les autres engins du « portique ».

Ce qui frappe dans le gymnasiarque de profession , c’est le développement exagéré du buste et le peu d ampleur de la partie inférieure du corps. Les épaules sont énormes , les banches étroites, les jambes grêles. La partie du corps qui est chargée de jouer le rôle de support devrait naturellement etre fortement musclée pour fournir au tronc une assiette solide, et c’est une première anomalie de voir que la partie supérieure 1 emporte au contraire en volume et en vigueur sur la partie inférieure.

Cette anomalie s’explique aisément si on se rappelle le mécanisme des exercices qui s’exécutent aux agi'es. Tous nécessitent une véritable transposition dans l’action des membres, et font jouer aux bras le rôle des jambes. Tous exigent que le poids du sujet soit supporté par les épaules, soit que les bras suspendent le corps au-dessous de la barre du trapèze, soit qu’ils le soutiennent au-dessus. Les épaules , dans ces exercices , doivent donc acquérir un développement qui les rende aptes à remplacer les hanches.

Outre le défaut de proportion que nous signalons, le gymnaste de profession présente une déformation très caractéristique : il a le dos rond.

Si l’on regarde de profil un homme qui depuis plusieurs années se livre assidûment aux exercices du trapèze et des barres , on voit que la ligne partant de la nuque pour rejoindre la chute des reins dessine une convexité fortement prononcée. Cette voussure est l’exagération de la courbure naturelle de la colonne dorsale ; elle atteint quelquefois la proportion d’une véritable difformité chez les sujets exclusivement adonnés aux exercices « avec engins ».

Ce n’est pas tout. Les épaules aussi sont le siège d’une déformation caractéristique. L’omoplate, attirée en avant par sa partie articulaire, a subi en même temps un mouvement de bascule qui en relève et en fait saillir en arrière l’extrémité inférieure. La pointe de l’os vient faire dans le dos une saillie comparable à celle qui, chez les phtisiques très amaigris, produit les épaules ailées., avec cette difl'érence que, chez le gymnasiarque, de grosses saillies musculaires accompagnent des saillies osseuses, tandis que chez les sujets cachectiques la pointe de l’os semble prête à percer la peau.

Du côté antérieur, la ligne qui forme le profil de la poitrine F. Làohanoe.

les résultats de l’exercice

est aplatie et semble renti’ée. Une saillie prononcée existe au ni\eau du mamelon, mais elle est due au développement exagéré des pectoraux plutôt qu’à la voussure des cotes. Le thorax est pourtant augmenté de volume chez les gymnasiarques, mais surtout, ainsi que nous le verrons, chez ceux qui font des exercices de jambes. Pour les amateurs de gymnastique aux agrès, ce sont plutôt les moignons des épaules et les muscles de la région pectorale et dorsale qui prennent du développement et font paraître la poitrine plus vaste dans le sens transversal. Le diamètre antéro-postérieur n’a certainement pas diminué chez les sujets dont nous parlons, il a même augmenté, mais l’ampliation se traduit seulement en arrière, par la voussure plus convexe du dos. La poitrine n’est pas rentrée, mais elle semble l’être par suite de la tendance des épaules à se porter en avant.

Telles sont les déformations qu’on observe habituellement chez nos gymnasiarques, — non chez tous, mais chez ceux qui s’adonnent avec excès à la gymnastique classique : nous pouvons dire à la vieille gymnastique, car une réaction tend heureusement à se faire contre elle. Cette déformation est due à l’abus des exercices qui exigent V appui et la suspension du corps à l’aide des mains. Or, ce sont là les deux attitudes fondamentales de la gymnastique « avec engins ».

Quand le corps se meut pour passer, de la suspension par les mains, à l’appui sur les poignets, il exécute ce changement par deux procédés : le rétablissement et la culbute.

Dans le rétablissement, le corps est d’abord suspendu par les bras étendus de toute leur longueur à deux anneaux ou à une barre horizontale ; puis il est attiré en haut par la contraction des biceps qui rapprochent les épaules des poignets. A ce moment commence la difficulté. 11 faut que les coudes, qui sont plus has que les mains, s’élèvent au-dessus d’elles, de telle façon qu’au lieu d’être suspendu., le corps arrive à être soutenu par les poignets.

Pour passer de la suspension au soutien, le sujet doit s’élever au-dessus d’une barre en bois s’il est au trapèze , ou au-dessus d’une ligne horizontale fictive s’il est aux anneaux. Dans les deux cas, il est obligé de faire pffsser d’abord le centre de gravité du corps en arrière de cette ligne pour arriver ensuite à le faire monter au-dessus.

Si l’on suit de l’œil les différents temps du mouvement, on Voit

LE DOS RONt) ÜÈS GYMNASTES

les iiuiscies de la nuque se contracter énei’giquement par un elTort qui semble enfoncer le cou dans les épaules. Tout le corps se ramasse sur lui-même , et la colonne dorsale se courbe énergiquement pour amener le plus possible les épaules en avant de la barre et alléger ainsi la charge des bras, en même temps que le bassin se relève le plus possible pour ramasser tout le poids du corps et remonter le centre de gravité. — Le gymnasiarque nous olïre à ce moment la plus disgracieuse attitude qu’on puisse imaginer. Or, l’on sait que le corps tend à garder l'empreinte d’une attitude souvent reproduite.

Cette attitude ramassée de la partie supérieure du corps , avec flexion exagérée des six à huit premières vertèbres dorsales, est caractéristique de tous les mouvements de rétablissement en avant. Elle se retrouve aussi dans les culbutes qui exigent un mouvement de révolution du corps autour d’un bâton de trapèze, ou autour de la ligne fictive qui réunit deux anneaux de fer. Tous ces exercices nécessitent la flexion forcée de la colonne dorsale et obligent le gymnaste à faire le gros dos.

D’autres exercices en gymnastique semblent, au premier abord, propres à contrebalancer l’effet de ceux dont nous venons de signaler l’inconvénient. Si le trapèze et la barre fixe font travailler les flecliisseuis de la colonne vertébrale, on dit qu’en revanche les barres parallèles font surtout agir les extenseurs. C’est vrai, et pourtant ces exercices ne tendent pas à corriger l’apparence voûtée que gagne la colonne dorsale, quand on fait du trapèze.

En effet, les barres parallèles, comme tous les engins qui exigent l’appui du corps sur les mains , tendent à porter en avant les moignons des épaules , de telle sorte que , sans augmenter la voussure du dos , ils la rendent plus apparente. Quand le poids du corps est supporté par les bras, qui le transmettent aux épaules, il faut que les muscles volumineux qui entourent l’omoplate, la clavicule et la tête humérale se contractent énergiquement pour faire de ces trois os un tout solide et résistant, capable de jouer le rôle du bassin. Les muscles, auxquels revient la plus grande part dans ce travail de consolidation d’une région essentiellement mobile, sont les pectoraux, car ils ont pour rôle d’attirer le moignon de l’épaule en avant et en dedans et c’est la position que prend toujours la tête de l’humérus dans les exercices aux parallèles.

Chez 1 homme qui progresse le long de deux barres parallèleSj

292 LES RÉSULTATS DE l’eXERCICE

appuyé sur les bras verlicalemenl tendus, le tronc pendant par son propre poids, il est facile de voir que la ligne allant d’une épaule à l’autre passe notablement en avant de celle qu’on obtiendrait en prenant les mêmes points de repère chez un homme debout au port d’armes. C’est la contraction énergique et soutenue des pectoraux qui , pendant toute la durée de l’appui sur les mains, donne à la partie articulaire de l’omoplate cette direction en avant. De plus, l’écartement des barres étant toujours supérieur à la largeur des épaules , les bras sont écartés du corps et la poussée qu’ils transmettent à l’articulation scapulo-humérale se fait à la fois de bas en haut et de dehors en dedans.

En d’autres termes, les barres parallèles tendent, pendant l’exercice , à rentrer les épaules , à les relever et à les porter en avant.

Nous n’avons pas à insister ici sur le mécanisme physiologique qui tend à rendre définitive une attitude souvent reproduite. Rappelons seulement qu’un muscle souvent contracté avec une très grande énergie tend à se raccourcir définitivement, et par conséquent à rapprocher ses deux points d’attache. C’est ainsi qu’à la suite d’un travail très soutenu et fréquemment répété, le pectoral finit par rapprocher son point d’insertion le plus mobile, qui est le col de l’humérus, de son insertion la plus fixe qui est la région de la poitrine, ou, en d’autres termes, par attirer les épaules en avant et en dedans.

Enfin, la poussée de l’humérus de dehors en dedans tend à laisser son empreinte dans la conformation du sujet, par la déformation qu’elle fait subir soit à la clavicule elle-même, en exagéi’ant sa courbure, et, par conséquent, en diminuant sa longueur, soit aux cavités articulaires en modifiant leur profondeur et leur direction.

L’analyse des mouvements explique donc, ce que le simple coup d’œil constate : la gymnastique des agrès déforme ceux qui en abusent.

Elle tend à ramasser le corps et à lui donner une apparence voûtée : 1“ en grossissant outre mesure les muscles des épaules et du dos ; 2" en exagérant la convexité de la colonne vertébrale au niveau des sept ou huit premières vertèbres dorsales.

Elle tend non pas à diminuer l’ampleur réelle du thorax, mais à faire paraître la poitrine rentrée, en portant le moignon de l’épaule en avant, en dedans et en haut.

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