CHAPITRE V
lE TRAVAIL DE COORDINATION DANS L EXERCICE.
Les exercices difficiles. Le « Scavoir-faire » dans l’exercice. — Le tour du trapèze. — L’apprentissage des mouvements. La précision dans les actes musculaires. — Rôle du cerveau et des facultés psychiques , dans la coordination des mouvements. — Une leçon de danse. — L’éducation des muscles. Économie ae lorce musculaire et de dépense nerveuse à travail mécanique égal.
Le perfeotionnement du sens musculaire. — La danse de Saint-Guy. — Rôle hygiénique des exercices difficiles ; leur utilité. Sujets qui doivent s’en abstenir. Erreur habituellement commise dans le choix d’un exercice.
La volonté n’est pas la seule faculté d’ordre psychique qui entre dans l’exécution des mouvements : son rôle se borne à déterminer l’acte musculaire et à exciter le muscle; mais d’autres facteurs doivent intervenir pour régler, diriger et pondérer les actes musculaires.
Tout mouvement exige l’intervention d’un très grand nombre de muscles, et chaque muscle mis en jeu doit se contracter avec une force déterminée, pour que l’ensemble du travail aboutisse à un mouvement précis. — On appelle travail de coordination l’opération qui a pour but de choisir les muscles qui doivent participer au mouvement, de régler l’effort respectif de chacun d’eux en leur distribuant exactement la quantité d’influx nerveux nécessaire pour en obtenir une contraction qui ne soit ni trop faible ni trop énergique. Ce travail est exécuté par le cerveau.
Nous appelons dif^cilesles exercices qui nécessitent plutôt une habile coordination des mouvements, qu’une grande somme de travail. L’équitation, l’escrime, la gymnastique exécutée avec les engins sont autant d’exercices difficiles et exigent de la part du sujet plutôt de l’adresse que de la force.
LE RÔLE DU CERVEAU DANS l’eXERCICB
En voyant avec quelle facilité s’exécutent les actes les plus compliqués de la vie usuelle, on serait tenté de croire que chaque muscle a une destination fixée à l’avance et se trouve tellement enchaîné h la volonté qu’il suffit de vouloir déplacer une partie du corps dans une certaine direction pour trouver immédiatement le groupe de muscles auquel doit être confiée l’exécution du mouvement. On oublie que les actes les plus ordinaires, ceux qu’on accomplit avec le plus d’aisance ont été laborieusement étudiés et ont commencé par être gauches et difficiles avant de devenir pour ainsi dire naturels et automatiques, à la suite d’une longue pratique.
Les exercices difficiles nécessitent, le plus souvent, des attitudes auxquelles l’homme n’a pas été habitué, des mouvements nouveaux auxquels ses membres n’ont pas été employés. Il faut un apprentissage nouveau pour trouver des combinaisons nouvelles dans le jeu des muscles. Certains groupes musculaires habitués de longue date à agir ensemble doivent être désunis dans certains mouvements gymnastiques , tandis qu’on doit unir dans un même effort d’autres groupes qui jusqu’alors n’avaient jamais été associés au même mouvement. Un homme essayant de marcher sur les mains est obligé de chercher des attitudes tout à fait nouvelles pour lui, et de faire intervenir dans son exercice des combinaisons de mouvement et d’équilibre auxquelles son corps ne s’est jamais plié. Le sujet fût-il d’une force athlétique, il est certain qu’il ne réussira pas du premier coup. Toute l’énergie dépensée dans ses efforts musculaires ne pourra suppléer à l’apprentissage, car, dans l’exemple cité, le « savoir-faire » est plus nécessaire que la force.
A chaque mouvement nouveau , à chaque attitude inconnue que les exercices difficiles imposent au sujet, il faut que les centres nerveux exécutent une sorte de triage des muscles, ne faisant participer à l’effort que ceux qui le favorisent, éliminant ceux qui peuvent lui faire obstacle. Il faut aussi que les os sui lesquels agissent les muscles soient déplacés dans une direction parfaitement adaptée à l’exécution de l’acte projeté, car une inclinaison plus ou moins grande des leviers peut favoriser cet acte, ou au contraire le rendre impossible. Enfin, il faut que toutes les