LES EXERCICES DIFFICILES
II faut avoir pratiqué soi-même les exercices pour comprendre toute la part que peut prendre dans le travail la faculté de coordination. S’il y a l’apprentissage des mouvements que l’on ne connaissait pas, il y a aussi le perfectionnement des mouvements qu’on connaît; il y a une manière de marcher, une manière de courir, une manière de soulever des poids avec le moins de travail possible; un léger déplacement de l’épaule ou du coude, une courbure ou un redressement de la colonne vertébrale, sont autant de mouvements imperceptibles pour le spectateur et que l’exécutant utilise pour diminuer quelquefois son effort de moitié. Il n’est qu’une manière de saisir toutes les nuances que peuvent présenter les mouvements ; c’est d’en faire soi-même. On comprend alors qu’il y a, pour chaque acte musculaire le plusinsignifiant, une foule de variantes qu’on ne peut saisir quand on se borne h regarder. Par l’apprentissage on arrive à faire un choix parmi ces différents procédés, et on adopte tout naturellement celui qui représente la plus grande économie de force.
C’est ainsi qu’on finit par exécuter sans fatigue les exercicesqui, au début, semblaient le plus fatigants.
Le trait dominant des exercices difficiles, celui qu’il importe de retenir dans l’application de la médication parle travail, c’est que leur difficulté diminue à mesure qu’on les pratique. Aussi leurs effets sont-ils tout différents suivant qu’on les applique à des sujets neufs ou à des hommes déjà rompus aux mouvements qu’on leur conseille. Certains exercices de gymnastique qui coûtaient au début une grande dépense de force nerveuse s’exécutent, au bout d’un certain temps, avec une merveilleuse facilité.
L’équitation est un travail qui brise et exténue le débutant : ce n’est plus qu’un exercice très modéré pour le cavalier émérite. Le canotage exige un certain apprentissage , d’autant plus prolongé, qu’il s’exécute souvent à l’aide de frêles embarcations sur lesquelles le rameur a peine à tenir l’équilibre : la “périssoire, le cjiq ^ etc. ; mais, au bout de quelque temps de pratique, il ne’ demande plus que des muscles résistants. Le même sujet qui, au début, était à bout de force après une demi-heure d’aviron, peut, six semaines plus tard, ramer sans fatigue, d’un soleil à l’autre.
La diminution de fatigue, pour les exercices que l’on pratique beaucoup, vient, en premier lieu, d’un emploi plus intelligent des muscles , auxquels le sportsman devenu habile sait faire rendre beaucoup de travail avec une petite dépense de force. Il y a une autre raison pour que la fatigue ressentie soit moindre: c’est que
-iin LE RÔLE DU CERVEAU DANS L’EXERCIGE
les centres nerveux font un effort moins grand, pour coordonner les mouvements mieux connus. Tel travail qui, dans les débuts, no cessitait l’intervention continuelle des facultés conscientes, s’exécute plus tard sans que la volonté semble y prendre part et devient automatique. Il ne faut pas comparer les effets d'un exercice qu’on apprend avec ceux d’un exercice qu’on sait. Danser est u« amusement; apprendre à danser est un travail d’esprit, autant que de corps.
Nous avons encore devant les yeux le tableau d’une leçon de danse prise par un de nos meilleurs amis, oculiste distingué, qui, à l’âge de trente ans, voulut apprendre la polka. Rien de curieux à observer comme la contraction do sa figure, indiquant une tension énorme de toutes ses facultés. Il s’était isolé, par la pensée, de tous les assistants, concentrant toute la puissance de sa volonté sur ses jambes qui refusaient de suivre le l'ythme. C’était un véritable combat qu’il livrait à ses muscles indisciplinés , et la sueur ruisselait sur son front. — Jamais, nous dit-il ensuite, une •opération de cataracte ne lui coûta pai’eil effort cérébral.
Le premier bénéfice dû à la pratique des exercices difficiles est ■donc de faire l’éducation des mouvements. Tout le monde a remarqué combien la gymnastique arrive rapidement à diminuer la gaucherie et la lourdeur du sujet. Le conscrit qu’on ôte aux lourds travaux de l’agriculture pour le mettre a faire 1 exercice se dégrossit rapidement. Les muscles, habitués jusqu’alors à obéir avec lenteur pour dépenser leur force dans des mouvements faciles, sont obligés d’obéir avec précision et d’entrer en jeu au commandement. Ils subissent une discipline nouvelle pour eux et font un apprentissage qui rend leur action plus prompte et plus facile.
Si l’on pénètre dans les détails d’application des exercices difiî- •ciles, on rencontre pourtant des malades chez lesquels ils trouvent une indication formelle ; ce sont les enfants atteints de chorée. Dans cette maladie, le sujet a perdu toute espèce d’autorité sur ses muscles. Des mouvements involontaires l’agitent du matin au soir, en dépit de ses efforts pour rester immobile, et, d’autre part, les mouvements voulus échappent à toute direction, à tout contrôle. Les malades renversent les objets qu’ils touchent, se