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LE TRAVAIL DE COORDINATION DANS L’EXERCICE

■«■ymnastiquo pout nous montrer la diversité des facultés intellecluelles que le travail de coordination met en jeu.

Un clown se prépare à s’élancer de pied ferme sur une étroite plate-forme à une grande hauteur. Regardez-le préparer son mou- Yement. Il reste un instant immobile, comme hésitant; ses membres inférieurs se tendent et se fléchissent alternativement à plusieurs reprises , ébauchant sur place le mouvement violent qu’il va faire. Il semble tâtonner, calculant l’effort nécessaire pour atteindre la plate-forme, sans aller au delà. Plus le saut demande •de précision, et plus devient apparente cette sorte de répétition préalable qui n’est que la traduction aux yeux du spectateur d’un travail intérieur auquel se livre le gymnasiarque. Mesurant de l’œil la distance, il évalue l’effort nécessaire pour la parcourir et cherche à déterminer le degré de contraction qu’il faut faire subir à ses muscles.

La sensibilité du muscle et des parties qui l’avoisinent , telles que les nerfs et la peau , donnent au sauteur la notion exacte de l’intensité de la contraction qu’il prépare ; le souvenir d’un effort fait maintes fois pour franchir une distance semblable lui permet, par comparaison, de juger suffisant l’effort qu’il va faire: et c’est seulement après avoir porté ce jugement rapide qu’il s'élance et atteint le but.

C’est ainsi que tout mouvement coordonné demande l’entrée en jeu des trois facultés maîtresses ; la Sensibilité qui nous indique l’intensité du travail du muscle ; le Jugement qui nous en fait apprécier l’effet probable , et la Volonté qui décide le mouvement et en détermine l’exécution.

Le plus souvent, les actes musculaires sont coordonnés pendant qu’ils s’exécutent, au fur et à mesure qu’ils se succèdent. C’est ce qu’on observe dans les mouvements lents. Mais toutes les fois qu’un mouvement doit être très prompt et très soudain, il doit être coordonné à l’avance.

Avant d’exécuter un acte exigeant à la fois de la promptitude et de la précision, les muscles doivent subir une préparation. Ils reçoivent des centres nerveux une excitation latente trop faible pour les faire entrer en contraction, mais qui suffit à les tenir pour ainsi dire en éveil. C’est une consigne donnée que l’organe moteur, sentiuelle vigilante, exécutera au premier signal.

C est seulement au prix de cette iutervention incessante de l’influx nerveux que les mouvements instantanés peuvent s’exécuter avec une juste mesure et avec une précision parfaite. Si un

LE RÔLE DU CERVEAU DANS l’eXERCICE

acte musculaire était à la fois très soudain et tout à fait im prévu, il aurait aussi pour caractère d’être désordonné et serait mal adapté, comme intensité et comme coordination, à la circonstance qui le provoque.

Un cheval effrayé par une détonation inattendue veut faire un bond pour s’enfuir, mais ses muscles n’étaient pas préparés: les membres ne trouvent pas instantanément la direction voulue ; au lieu de s’élancer, l’animal s’abat.

On peut caractériser d’un mot les exercices difficiles au point de vue physiologique, en disant qu’ils nécessitent surtout un travail de coordination. Le travail de coordination a pour effet immédiat d’économiser la force dépensée , en réglant le travail des muscles, en demandant à chacun la part exacte qui doit lui revenir dans l’exercice, en supprimant les contractions inutiles, en faisant agir les leviers osseux suivant l’inclinaison la plus favorable à la réussite du mouvement.

La faculté de coordination, comme toutes les facultés physiologiques, se perfectionne rapidement par l’exercice, et il en résulte une plus grande facilité du travail chez l’homme qui se livre aux exercices de difficulté. A égale dépense de force, le gymnasiarque habile produit plus de travail que l’homme maladroit, ou, si l’on veut, il emploie moins de force pour faire le même travail.

Un homme qui excelle dans les exercices d’adresse est une machine dont le rendement a augmenté : le travail perdu est réduit chez lui au minimum.

L’aisance des mouvements est une conséquence toute naturelle de la pratique des exercices difficiles. Un mouvement est aisé quand rien ne l’entrave et ne le contrarie. Le gymnasiarque exercé excelle surtout k supprimer toute contraction musculaire qui ne concourt pas directement à l’exécution du mouvement. Dans les mouvements de l’homme inhabile, beaucoup de muscles sont paralysés dans leur action par l’intervention inopportune des muscles antagonistes. Une grande partie de la force quil dépense doit être employée à vaincre la résistance que ses propres muscles opposent à ses mouvements. Le nageur novice déploie une force capable de faire marcher un lourd bateau, et pourtant il avance à peine de quelques mètres et s’arrête épuisé. Ses efforts désordonnés viennent d'une lutte inutile entre les muscles extenseurs qui doivent exécuter le mouvement et les muscles fléchis seurs qui viennent maladroitement l’entraver.

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